Biodiversité et système de culture sous couverture végétale, Véronique Sarthou

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Dans cette intervention, Véronique Sarthou explique les liens entre biodiversité et systèmes de culture sous couverture végétale (SCV), ainsi qu’en agriculture de conservation des sols (ACS). Elle distingue la biodiversité productive, la biodiversité associée utile — auxiliaires, pollinisateurs, faune et flore du sol — et la biodiversité destructrice, qu’il ne s’agit pas d’éliminer totalement mais de réguler grâce à la lutte biologique par conservation. La présentation montre que le non-travail du sol, les couverts végétaux, l’allongement des rotations et la diversification des cultures favorisent vers de terre, carabes, staphylins, abeilles sauvages, oiseaux et chauves-souris. Ces pratiques améliorent les habitats, soutiennent les chaînes alimentaires et renforcent la régulation naturelle des ravageurs. Véronique Sarthou souligne aussi l’importance du paysage agricole : haies, bandes fleuries, bordures enherbées et réseaux écologiques augmentent durablement le biocontrôle et la pollinisation, tout en permettant souvent de réduire l’usage des phytosanitaires.

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Résumé
Dans cette intervention, Véronique Sarthou explique les liens entre biodiversité et systèmes de culture sous couverture végétale (SCV), ainsi qu’en agriculture de conservation des sols (ACS). Elle distingue la biodiversité productive, la biodiversité associée utile — auxiliaires, pollinisateurs, faune et flore du sol — et la biodiversité destructrice, qu’il ne s’agit pas d’éliminer totalement mais de réguler grâce à la lutte biologique par conservation. La présentation montre que le non-travail du sol, les couverts végétaux, l’allongement des rotations et la diversification des cultures favorisent vers de terre, carabes, staphylins, abeilles sauvages, oiseaux et chauves-souris. Ces pratiques améliorent les habitats, soutiennent les chaînes alimentaires et renforcent la régulation naturelle des ravageurs. Véronique Sarthou souligne aussi l’importance du paysage agricole : haies, bandes fleuries, bordures enherbées et réseaux écologiques augmentent durablement le biocontrôle et la pollinisation, tout en permettant souvent de réduire l’usage des phytosanitaires.

Cette intervention a eu lieu dans le cadre du colloque d'hommage à Lucien Séguy et Hubert Charpentier.

Pour retrouver la vidéo du colloque dans son entièreté : https://www.youtube.com/watch?v=o0Y3qdaK1uk



Introduction

Dans cette intervention, Véronique Sarthou présente les liens entre l’ACS (agriculture de conservation des sols) et les SCV (systèmes de culture sous couverture végétale) avec la biodiversité. L’objectif est de montrer comment ces systèmes peuvent favoriser la biodiversité fonctionnelle, utile à l’agriculture, tout en limitant la biodiversité destructrice, sans chercher à l’éliminer totalement.

Les différents types de biodiversité en milieu cultivé

Dans les milieux cultivés de zone tempérée, on trouve plusieurs formes de biodiversité :

  • une biodiversité dite « banale », « ordinaire », « sauvage » ou parfois « patrimoniale » ;
  • une biodiversité productive, c’est-à-dire les espèces et races utilisées directement en agriculture ;
  • une biodiversité ressource, utile au fonctionnement des agroécosystèmes ;
  • une biodiversité destructrice, comprenant notamment les ravageurs.

La biodiversité productive correspond à la biodiversité planifiée. La biodiversité ressource et la biodiversité destructrice relèvent de la biodiversité associée. L’ensemble constitue l’agrobiodiversité, ou biodiversité agricole.

Véronique Sarthou rappelle que la biodiversité ressource et la biodiversité destructrice font toutes deux partie de la biodiversité fonctionnelle. L’enjeu n’est donc pas d’éliminer totalement les organismes nuisibles, car ils servent aussi de support alimentaire aux auxiliaires. L’objectif est plutôt d’augmenter la biodiversité ressource et de limiter la biodiversité destructrice.

Cette logique correspond à la lutte biologique par conservation, c’est-à-dire par la conservation et la gestion des habitats.

La biodiversité fonctionnelle utile en agriculture

Parmi la biodiversité ressource, Véronique Sarthou cite en particulier :

Ces organismes jouent un rôle essentiel dans le fonctionnement des systèmes agricoles, notamment dans la fertilité du sol, la décomposition de la matière organique, la pollinisation et la régulation naturelle des ravageurs.

Effets des modes de production sur la biodiversité

Comparaison entre agriculture biologique et agriculture conventionnelle

Véronique Sarthou évoque une analyse de 95 publications réalisée par le FiBL, organisme suisse, autrichien et allemand travaillant sur l’agriculture biologique. Cette analyse portait sur l’influence de l’agriculture biologique sur la biodiversité.

Globalement, les résultats montrent des effets positifs de l’agriculture biologique sur :

  • les plantes ;
  • les oiseaux ;
  • les mammifères ;
  • les vers de terre ;
  • les araignées ;
  • les coléoptères, notamment les carabes ;
  • les abeilles ;
  • les papillons ;
  • les autres arthropodes ;
  • les micro-organismes du sol.

Cependant, certains effets négatifs existent, en particulier à cause de la gestion du sol en agriculture biologique, notamment le travail du sol utilisé pour le désherbage. Ce travail du sol peut pénaliser certaines espèces, par exemple les grosses espèces de carabes, ainsi que différents organismes vivant dans le sol.

Les différences entre bio et conventionnel sont surtout marquées dans les zones de grandes cultures et de cultures spécialisées. Elles le sont moins en arboriculture ou en viticulture, où il existe souvent davantage d’éléments semi-naturels.

Une autre analyse détaillée de 66 études scientifiques montre qu’en moyenne, les surfaces exploitées en bio abritent :

  • 30 % d’espèces en plus ;
  • 50 % d’individus en plus.

Ces effets concernent surtout les oiseaux et les insectes auxiliaires.

Les effets positifs apparaissent principalement à l’échelle infra-parcellaire ou parcellaire. À l’échelle du paysage, surtout lorsque celui-ci est déjà riche en habitats semi-naturels, les différences entre agriculture biologique et conventionnelle sont moins visibles.

Effets des produits phytosanitaires

L’utilisation de produits phytosanitaires a des effets négatifs sur les populations d’insectes :

  • un effet direct létal, notamment avec les insecticides ;
  • un effet indirect via les herbicides.

Les herbicides réduisent les adventices, qui constituent pourtant une partie de la nourriture ou des ressources nécessaires à la biodiversité fonctionnelle positive. Leur usage peut donc affecter les auxiliaires.

Les effets des SCV et de l’ACS sur la biodiversité

Véronique Sarthou distingue les systèmes sous couvert végétal avec un peu de travail du sol et les systèmes en ACS, qui combinent plusieurs pratiques.

Ce qui a été montré en ACS, c’est :

  • une préservation des ressources du sol et des habitats pour la biodiversité ;
  • une réduction de l’érosion hydrique et éolienne ;
  • une amélioration des conditions pour de nombreux organismes grâce à la combinaison du non-travail du sol et de la présence de couverts végétaux.

Ces systèmes favorisent :

  • certains vertébrés, comme les chauves-souris, les campagnols et les mustélidés ;
  • les prédateurs généralistes de surface du sol ;
  • les arthropodes, en richesse comme en diversité.

Le non-travail du sol permet de respecter les populations de prédateurs vivant à la surface du sol, notamment les carabes et les staphylins. La présence d’un couvert végétal à la surface renforce encore cet effet, car elle augmente par exemple les populations de collemboles, qui servent ensuite de proies de substitution pour les prédateurs.

Véronique Sarthou cite aussi une plus grande abondance d’oiseaux tels que :

  • l’alouette ;
  • le bruant proyer ;
  • la bergeronnette printanière.

Les ennemis naturels sont plus nombreux dans les systèmes sans travail du sol.

Effets des pratiques agricoles sur la biodiversité

Le non-travail du sol

Le non-travail du sol augmente l’importance et la diversité des communautés de prédateurs. Leur potentiel de régulation des ravageurs est plus élevé, même lorsque ces ravageurs ne sont pas détruits mécaniquement par le travail du sol.

Cela montre qu’en l’absence de cet outil de régulation mécanique, il est possible d’obtenir malgré tout une meilleure régulation biologique.

Certaines chauves-souris sont favorisées par les systèmes sans travail du sol, surtout en présence de couverts.

Les campagnols peuvent aussi être favorisés, mais leurs ennemis naturels le sont également, en particulier les belettes et les hermines, surtout lorsqu’il existe des habitats naturels à proximité.

Importance pour les abeilles sauvages

Véronique Sarthou rappelle qu’au moins 70 % des espèces d’abeilles sauvages sont terricoles, c’est-à-dire qu’elles nichent dans le sol. Il est donc très important que le sol soit peu perturbé, en particulier au moment où elles élèvent leurs larves dans leurs terriers.

Rôle des résidus en surface

Les couverts végétaux, les résidus de culture et les résidus de couverts laissés en surface favorisent le développement d’une faune saprophage, qui consomme ces résidus. Cela se fait au détriment des espèces rhizophages, qui mangent les racines et peuvent donc être ravageuses.

La présence de résidus importants peut cependant favoriser les limaces.

En même temps, ces résidus modifient le microclimat et peuvent perturber les ravageurs. Véronique Sarthou cite par exemple :

Cela serait lié notamment à l’émission de composés organiques volatils produisant des odeurs peu attractives pour certains ravageurs.

La couverture permanente du sol

La couverture permanente du sol fournit :

  • des abris ;
  • des ressources alimentaires ;
  • des conditions favorables à l’activité biologique.

Elle soutient notamment les collemboles, qui servent de proies de substitution aux carabes, mais permet aussi aux carabes eux-mêmes de se mettre à l’abri et de pénétrer plus profondément dans la parcelle.

La couverture hivernale du sol favorise donc fortement l’activité des carabes, beaucoup plus que dans une rotation sans couvert hivernal.

Le rôle des rotations et de la diversification culturale

L’allongement de la rotation est présenté comme le meilleur moyen non chimique de contrôler les ravageurs, surtout ceux qui restent durablement dans la parcelle.

Véronique Sarthou rappelle que, grossièrement :

  • environ 50 % des espèces de ravageurs peuvent rester durablement dans une parcelle et y accomplir tout leur cycle ;
  • seulement environ 10 % des auxiliaires peuvent faire de même.

L’allongement de la rotation est donc particulièrement important pour limiter certains ravageurs.

Les rotations culturales favorisent également :

  • un accroissement de la diversité des auxiliaires ;
  • une augmentation de la régulation naturelle des ravageurs.

La diversification culturale peut aussi se faire par mélange, par exemple avec un colza associé à une légumineuse. Dans ce cas, on observe moins de dégâts de charançons et d’autres ravageurs du colza.

Véronique Sarthou insiste sur le fait que la diversification comprend aussi les couverts végétaux intégrés dans la rotation.

Les effets du paysage et des aménagements

Les bandes fleuries

La mise en place de bandes fleuries est présentée comme très intéressante pour la biodiversité. Elles jouent plusieurs rôles :

  • abris et refuges lors des perturbations dans les parcelles ;
  • ressources trophiques pour les auxiliaires de protection des cultures ;
  • ressources pour les pollinisateurs ;
  • soutien à moyen terme des populations d’auxiliaires ;
  • colonisation secondaire des parcelles ;
  • augmentation du biocontrôle et de la pollinisation.

Ces bandes sont donc décrites comme des outils très intéressants pour les agriculteurs.

Les haies

Les haies ont elles aussi plusieurs fonctions :

  • abris et refuges ;
  • ressources alimentaires pour les auxiliaires et les pollinisateurs ;
  • complémentarité des floraisons avec celles des cultures et des autres milieux ;
  • amélioration de l’efficacité des bandes enherbées, notamment lorsqu’elles sont en pied de haie ;
  • filtration de certaines molécules polluantes ;
  • réduction de l’érosion éolienne.

Véronique Sarthou explique que les haies suscitent parfois des craintes, car elles peuvent avoir un effet négatif sur le rendement en bordure. Cet effet négatif est estimé jusqu’à environ deux fois la hauteur de la haie, avec une réduction de rendement de l’ordre de 29 %.

Mais l’effet positif, moins visible, s’exerce sur une distance beaucoup plus grande, de l’ordre de vingt fois la hauteur de la haie, avec un gain estimé à 6 %. Au final, l’effet global de la haie est plutôt positif.

Elle insiste aussi sur le fait que des haies trop entretenues, taillées de manière très stricte, fleurissent peu et présentent donc un intérêt limité pour la biodiversité. Il faut des haies un peu plus libres, tout en restant dans des limites raisonnables.

L’effet de la structure du paysage

La simplification du paysage dans les régions de production intensive, notamment en Amérique du Nord et en Europe, a conduit à une baisse d’environ 50 % du contrôle biologique.

Les éléments fixes du paysage sont donc très importants :

  • arbres ;
  • haies ;
  • structures en réseau ;
  • bosquets ;
  • bordures forestières.

Certaines espèces, notamment les chauves-souris, ont besoin de réseaux d’arbres pour se déplacer dans le paysage et réguler certains ravageurs.

Toutefois, l’utilisation des produits phytosanitaires peut annuler en partie les effets positifs du paysage. Même en présence de nombreuses haies, une forte utilisation de produits phytosanitaires met la biodiversité en danger.

Selon Véronique Sarthou, l’ACS, à travers ses trois piliers, peut compenser une partie des effets négatifs liés à la simplification du paysage.

Recommandations pour favoriser la biodiversité

Pour terminer, plusieurs leviers d’action sont mis en avant :

  • créer des bandes fleuries adaptées à la faune locale ;
  • privilégier des espèces locales sauvages ou des espèces cultivées utiles, plutôt que des bandes purement ornementales ;
  • planter et entretenir les haies et bordures forestières ;
  • gérer ces éléments de manière favorable à la floraison et à la biodiversité ;
  • utiliser des plantes de couverture ;
  • tolérer, dans certaines limites, des plantes non désirées si elles apportent une floraison utile ;
  • développer les cultures intercalaires, cultures associées et mélanges ;
  • recourir au pâturage extensif, par exemple en verger, pour détruire certains ravageurs et favoriser les auxiliaires.

Véronique Sarthou insiste aussi sur la nécessité de ne pas seulement multiplier les aménagements de manière isolée, mais de constituer de véritables réseaux écologiques, en mettant en relation :

  • haies ;
  • bandes enherbées ;
  • bords de chemin ;
  • talus ;
  • agroforesterie ;
  • bosquets ;
  • bois ;
  • fossés ;
  • cours d’eau ;
  • étangs.

Il faut également laisser une place à la végétation sauvage, pour qu’elle puisse s’exprimer et fleurir.

Moins de phytosanitaires grâce à la biodiversité fonctionnelle

La conclusion est que le développement de la biodiversité fonctionnelle permet de mieux limiter les ravageurs, et parfois aussi certaines maladies, ce qui ouvre la possibilité de réduire l’usage des produits phytosanitaires.

Véronique Sarthou observe que, dans les exploitations en SCV et en ACS en Europe, on constate globalement :

  • moins d’utilisation de produits phytosanitaires ;
  • beaucoup moins d’insecticides, voire pas du tout ;
  • beaucoup moins de fongicides que dans les systèmes conventionnels.

Elle précise que les herbicides restent un cas particulier, mais que leur réduction peut aussi être possible dans certains cas.

Ainsi, les systèmes de culture sous couverture végétale et l’agriculture de conservation des sols apparaissent comme des systèmes favorables à la biodiversité utile, à condition de combiner pratiques culturales, gestion du sol et aménagements paysagers.

Conclusion

Cette présentation montre que la biodiversité en agriculture ne se limite pas à une question de présence d’espèces. Elle concerne surtout le fonctionnement du système agricole, la capacité à favoriser les auxiliaires, à limiter les ravageurs, à protéger le sol et à réduire les intrants.

Dans les systèmes en ACS et en SCV, la combinaison du non-travail du sol, de la couverture permanente, de la diversification des cultures et d’un paysage structuré permet de soutenir une biodiversité fonctionnelle particulièrement importante pour la transition agroécologique.