Carbone, climat, alimentation - Paysage in Marciac 2020

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À Paysages in Marciac 2020, cette table ronde réunit Maïté Narbo, responsable développement durable chez Danone France, Arnaud Daguin, Konrad Schreiber et Xavier Durand autour d’un même constat : l’agriculture doit redevenir une solution pour le climat, les sols et l’alimentation. Les intervenants expliquent que le carbone n’est pas seulement un problème atmosphérique : bien capté par les plantes et stocké dans les sols, il devient le moteur de la fertilité, de la rétention d’eau, de la biodiversité et de la qualité nutritionnelle. Tous défendent une agriculture fondée sur la couverture permanente des sols, la réduction du travail du sol, l’autonomie fourragère et la baisse des intrants fossiles. Danone présente ses actions avec ses éleveurs partenaires via diagnostics carbone, accompagnement technique et financement de la transition. Au-delà des outils, le débat souligne l’urgence d’un changement culturel, économique et politique pour mieux rémunérer les agriculteurs.

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Résumé
À Paysages in Marciac 2020, cette table ronde réunit Maïté Narbo, responsable développement durable chez Danone France, Arnaud Daguin, Konrad Schreiber et Xavier Durand autour d’un même constat : l’agriculture doit redevenir une solution pour le climat, les sols et l’alimentation. Les intervenants expliquent que le carbone n’est pas seulement un problème atmosphérique : bien capté par les plantes et stocké dans les sols, il devient le moteur de la fertilité, de la rétention d’eau, de la biodiversité et de la qualité nutritionnelle. Tous défendent une agriculture fondée sur la couverture permanente des sols, la réduction du travail du sol, l’autonomie fourragère et la baisse des intrants fossiles. Danone présente ses actions avec ses éleveurs partenaires via diagnostics carbone, accompagnement technique et financement de la transition. Au-delà des outils, le débat souligne l’urgence d’un changement culturel, économique et politique pour mieux rémunérer les agriculteurs.


Présentation des intervenants

Cette table ronde réunit plusieurs intervenants issus de mondes différents mais engagés, chacun à leur manière, dans la transition agricole.

Une représentante de Danone France ouvre les échanges. Elle explique travailler chez Danone, groupe mondial ayant plusieurs activités, notamment les produits laitiers et la nutrition infantile. Plus précisément, elle est responsable développement durable sur la partie lait, sur un périmètre France. Elle rappelle que Danone collecte le lait en France au plus près de ses éleveurs partenaires, avec cinq usines et cinq zones de collecte, et qu’environ 1 700 éleveurs travaillent avec l’entreprise. Son rôle consiste à déployer les programmes techniques d’amélioration des pratiques agricoles, de transition agricole et d’accompagnement des éleveurs, en lien avec l’ensemble de l’écosystème technique.

Arnaud Daguin se présente ensuite. Ancien cuisinier pendant une quarantaine d’années, il consacre désormais son énergie à accélérer la transition agroécologique. Il explique avoir toujours été préoccupé par la notion de valeur, non pas au sens vénal, mais au sens de la valeur réelle des choses. Sa question centrale a longtemps été : qu’est-ce qu’un bon produit ? Il rappelle avoir cofondé l’association Pour une agriculture du vivant, dont il est porte-parole, pour porter une approche transversale s’adressant à tous les acteurs et faire monter dans le débat public l’importance des enjeux agricoles.

Konrad Schreiber prend ensuite la parole. Il explique avoir eu une première vie de paysan puis une seconde dans le développement agricole. Depuis les années 2000, il travaille à structurer des projets autour de l’autonomie et de la fertilité des sols. Il évoque notamment le projet « La Vache heureuse », présenté comme un standard d’autonomie laitière pour les ruminants. Il rappelle aussi son engagement dans la mesure des pratiques et des résultats agricoles, avec l’idée que l’on doit « mesurer pour progresser ». Il insiste sur l’importance de données concrètes, issues du travail réel des paysans, et cite des travaux montrant notamment un problème majeur de sols nus sur de nombreuses parcelles.

Enfin, Xavier Dupré se présente comme conseiller agricole en maraîchage. Il travaille avec des agriculteurs conventionnels, notamment en melon et salade, en Occitanie et dans le Sud-Est. Il raconte avoir découvert il y a une dizaine d’années, notamment via internet, l’existence d’une autre agriculture, qui l’a rapidement convaincu. Son travail a consisté à imaginer des itinéraires techniques adaptés aux cultures légumières, un domaine moins balisé que celui des grandes cultures. Son premier angle d’entrée a été très concret : certains engrais verts permettent de lutter contre des maladies telluriques du melon. À ses yeux, c’est en montrant rapidement un intérêt mesurable pour les producteurs que l’on peut faire avancer le développement agricole.

Qu’est-ce qu’une bonne agriculture ?

Arnaud Daguin propose un exercice de définition. Pour lui, l’agriculture peut se résumer en deux mots : « production de biomasse ».

À partir de cette définition, il imagine ce que serait une agriculture idéale. Ce serait une agriculture qui produirait assez de biomasse pour :

  • nourrir ses propres sols et participer à leur fertilité ;
  • nourrir les humains et les animaux ;
  • produire aussi des matériaux pour se loger et se vêtir, ainsi que de l’énergie pour se déplacer ou se chauffer.

À ses yeux, une telle agriculture devrait tendre vers cinq grands objectifs, qui sont indissociables.

Le carbone

Le premier sujet est le carbone. L’agriculture doit capter et stocker dans les sols le maximum de carbone possible. Le carbone est présenté comme le carburant de la fertilité.

L’eau

Le deuxième sujet est l’eau. L’agriculture doit produire des sols capables d’infiltrer, de filtrer et de stocker un maximum d’eau.

La biodiversité

Le troisième sujet est la biodiversité. Selon les intervenants, la biodiversité agricole ne se « protège » pas abstraitement : soit les pratiques agricoles produisent de la biodiversité, soit elles en détruisent. L’agriculture recherchée doit donc produire un maximum de biodiversité, car celle-ci est le moteur de la fertilité.

La qualité nutritionnelle

Le quatrième sujet est la qualité nutritionnelle. Ce que l’on mange construit les corps humains. L’agriculture doit donc produire des aliments qui constituent un véritable capital nutritionnel et gustatif.

Le bonheur à la ferme

Enfin, le cinquième point est ce qu’Arnaud Daguin appelle l’« indice de bonheur intérieur brut à la ferme ». Il s’agit de la capacité, pour l’agriculteur ou l’agricultrice, à savoir pourquoi il ou elle se lève le matin, à pouvoir se projeter, transmettre ses savoirs, son savoir-faire et son économie. Cela suppose de pouvoir mesurer les services rendus par les pratiques agricoles, notamment sur le carbone, l’eau et la biodiversité, et de rémunérer ces services.

Où est le carbone dans l’agriculture ?

Konrad Schreiber développe ensuite la question du carbone. Selon lui, la première surprise est que le carbone est d’abord dans l’air. Il reprend l’idée selon laquelle l’arbre est avant tout du gaz capté puis condensé en biomasse. Pour lui, le carbone n’est pas seulement un problème climatique ; c’est aussi une ressource fondamentale pour l’agriculture.

L’agriculture dispose d’un outil extraordinairement rentable pour capter le carbone : la feuille. Plus il y a de carbone disponible, plus il y a de potentiel de croissance végétale. Cela conduit à une idée simple : il faut couvrir les sols et mettre des plantes partout. Il résume cela par un slogan : « Sauvons la planète avec les plantes ».

Le cycle du carbone

Le raisonnement présenté est le suivant :

  • les plantes captent le carbone atmosphérique par la photosynthèse ;
  • elles fabriquent de la biomasse ;
  • cette biomasse alimente ensuite l’ensemble de la chaîne du vivant ;
  • une partie retourne au sol sous forme de racines, de feuilles mortes, de bois, de déjections animales ;
  • le sol digère, recycle et remet en circulation ce carbone, tout en produisant des éléments minéraux utiles aux plantes.

Le sol est donc présenté comme l’unité de recyclage du cycle du carbone.

Le rôle central du sol vivant

Konrad Schreiber insiste sur le fait que le sol est le premier habitat de la biodiversité. Dans un très petit volume de sol se trouvent bactéries, nématodes, insectes, champignons et réseaux mycorhiziens. Cette biodiversité invisible joue un rôle essentiel dans la fertilité.

Dès lors, si l’on veut capter le carbone, il faut éviter les techniques qui détruisent cette vie du sol. L’histoire de la fertilité est présentée de manière très concrète : dans une forêt, tout pousse seul, il y a du carbone, de la biodiversité, de l’eau. Mais lorsqu’un champ est travaillé de façon destructrice, plus rien ne pousse spontanément. La grande question devient alors : comment faire une agriculture paysanne qui copie la nature ?

Le travail du sol comme facteur de destruction

Un point fort de la discussion porte sur la critique du travail du sol. Selon Konrad Schreiber, les outils de travail du sol sont un facteur majeur de destruction de la biodiversité, du carbone et de l’environnement, bien avant même les pesticides.

L’image utilisée est parlante : si l’on détruit une forêt à la tronçonneuse, au bulldozer, au feu, puis que l’on nivelle le tout, il ne faut pas s’étonner de ne plus avoir le système vivant initial. Il fait alors un parallèle avec les outils agricoles : charrue, herse rotative, etc., qui « broient » le sol.

Le problème fondamental n’est donc pas seulement l’ajout d’intrants, mais le fait d’avoir d’abord détruit le fonctionnement naturel du sol. Pour les intervenants, l’agriculture doit donc réapprendre à nourrir le sol en carbone et à laisser les organismes vivants faire leur travail.

Agriculture, énergie et dépendance au pétrole

Xavier Dupré apporte un autre angle, en reliant carbone et énergie. Il explique que plus on met de carbone fossile dans un système agricole, plus on détruit ce système, à la fois à l’échelle de la parcelle et à l’échelle planétaire.

Il insiste sur le fait que la société moderne a oublié la valeur réelle de l’énergie. Il donne un ordre de grandeur : l’énergie contenue dans un litre d’essence correspond à une semaine de pédalage humain à rythme soutenable. Cela montre, selon lui, l’ampleur de l’énergie fossile mobilisée dans nos systèmes de production.

L’agriculture mange du pétrole

Il rappelle que l’agriculture actuelle consomme à peu près autant d’énergie fossile qu’elle produit d’énergie alimentaire. Dit autrement, ce que l’on mange aujourd’hui est en partie du pétrole transformé.

Cette situation n’est pas durable. Les ressources fossiles diminuent, les énergies dites renouvelables posent elles aussi des questions d’extraction minière et de rendement énergétique, et l’humanité entre selon lui dans une période inédite, marquée à la fois par le réchauffement climatique et par une contraction de l’énergie disponible.

Dans cette perspective, l’objectif doit être une agriculture la moins énergivore possible, voire autonome.

Comment les agriculteurs perçoivent-ils ces changements ?

Xavier Dupré souligne que les agriculteurs ne forment pas un bloc homogène. Certains sont curieux et désireux d’évoluer ; d’autres sont davantage enfermés dans les logiques économiques et concurrentielles du système actuel.

Il rappelle cependant que, dans les grandes cultures notamment, l’agriculture de conservation des sols peut produire de meilleures marges que l’agriculture fondée sur le travail du sol. À ses yeux, cela constitue un levier puissant de changement.

Pour que la transition avance, il faut selon lui :

  • mettre des chiffres en face des pratiques ;
  • montrer que les marges peuvent être meilleures ;
  • accompagner techniquement les agriculteurs ;
  • orienter les outils publics, notamment la PAC, vers les équipements et pratiques favorables à l’agroécologie plutôt que vers des aides distribuées sans véritable contrepartie.

Konrad Schreiber complète en expliquant que les gains économiques viennent de plusieurs sources :

  • réduction du temps de travail ;
  • baisse des besoins en intrants ;
  • baisse des investissements en machinisme ;
  • substitution d’aliments achetés par des fourrages et protéagineux produits sur l’exploitation.

Chez les éleveurs laitiers, il cite notamment le remplacement du soja acheté par de l’herbe, de la luzerne ou des mélanges céréaliers autoproduits. À ses yeux, les gains économiques potentiels sont très importants.

Les défis de la transition

La discussion insiste sur le fait que les défis sont immenses.

Un enjeu simple mais encore mal pris en charge

Pour Konrad Schreiber, la politique agricole devrait d’abord être une politique agricole du carbone. Les deux grandes mesures à financer seraient simples :

Il insiste sur le fait que c’est à la fois très simple à comprendre, visible par tous et mesurable.

La génétique des plantes

Un autre défi identifié est celui de la génétique. Les variétés modernes ont été sélectionnées pour concentrer davantage de carbone dans le grain et moins dans la paille. Or, si l’on veut restaurer les sols, il faut aussi produire davantage de biomasse végétative. Le vrai sujet devient donc la biomasse totale, et pas seulement le rendement en grain.

La fertilisation adaptée à l’agriculture biologique des sols

Autre chantier majeur : la fertilisation. Pour les intervenants, il faut repenser la fertilisation dans des sols dégradés, dans une logique organo-biologique et non plus seulement chimique.

Un défi culturel majeur

Arnaud Daguin insiste particulièrement sur la dimension culturelle. Selon lui, il existe davantage de problèmes culturels que culturaux. Il raconte avoir vu des scènes très dures entre générations, lorsque des jeunes annonçaient vouloir abandonner la charrue. Dans certains cas, il a fallu attendre la disparition du père pour pouvoir arrêter de labourer.

La transition suppose donc une réconciliation profonde entre les humains et la biosphère. Elle demande une compréhension collective de ce qui produit les déserts, de ce qui rend les sols fertiles, et du fait que c’est la plante qui fait le sol, et non l’inverse.

Le rôle de Danone et de l’agriculture régénératrice

La représentante de Danone revient sur la manière dont l’entreprise s’est saisie de ces sujets. Elle explique que Danone a pris en 2018 l’engagement que 100 % des matières premières agricoles produites en France suivent les principes de l’agriculture régénératrice.

Elle précise que les termes peuvent varier — agroécologie, agriculture régénératrice, agriculture du vivant — mais que l’esprit est le même.

Les trois piliers de l’agriculture régénératrice selon Danone

Danone organise son approche autour de trois piliers.

Le bien-être animal

Premier pilier : le bien-être animal. Dans une filière laitière, il est indispensable que les troupeaux soient dans de bonnes conditions pour produire. L’entreprise propose des diagnostics et des formations sur ce sujet.

Les hommes

Deuxième pilier : les hommes. Il ne peut y avoir d’agriculture de demain sans agriculteurs. L’objectif est donc d’accompagner l’amélioration des revenus, de la pérennité économique et du fonctionnement des exploitations.

Les sols et le carbone

Troisième pilier : les sols et le carbone. L’idée est que l’agriculture doit protéger son propre futur en restaurant les sols.

Le programme « Les deux pieds sur terre »

Dès 2018, Danone a lancé en France le programme « Les deux pieds sur terre », présenté comme un programme multipartenaire d’intérêt général destiné à accompagner les éleveurs dans la transition agricole.

Concrètement, plusieurs niveaux d’action sont décrits :

  • une sensibilisation large aux enjeux ;
  • près de 1 500 diagnostics carbone déjà réalisés ;
  • des diagnostics approfondis pour les éleveurs souhaitant aller plus loin ;
  • un financement participatif cofinancé par Danone pour certains investissements de réduction d’empreinte carbone ;
  • des groupes pilotes d’éleveurs testant collectivement de nouvelles pratiques.

L’idée générale est de proposer différents niveaux d’accompagnement selon les connaissances, la sensibilité et le degré d’engagement des éleveurs.

Temps long et création de valeur

Un des grands paradoxes soulevés est celui du temps. La transition agricole prend du temps, alors que la société réclame des résultats immédiats.

Pour la représentante de Danone, un des défis majeurs consiste donc à engager les acteurs dans la durée. Cela suppose d’apporter de la visibilité et de la sérénité aux agriculteurs, notamment dans un contexte de marchés agricoles très volatils.

Elle explique que Danone cherche à proposer des contrats de long terme, avec des formules de prix basées sur les coûts de production, afin de coller au plus près des réalités de terrain et des changements de pratiques.

Comment rémunérer les services rendus ?

Arnaud Daguin revient sur l’idée qu’il faut rémunérer les résultats obtenus sur le carbone, l’eau et la biodiversité, afin que le prix du produit agricole ne porte pas seul toute la charge économique de la transition.

Il estime que les outils numériques pourraient aider à construire des plateformes collaboratives capables :

  • de mesurer les résultats ;
  • de les relier aux pratiques ;
  • de faire apparaître les corrélations utiles ;
  • de rémunérer intelligemment les agriculteurs pour les services rendus.

Dans cette logique, un agriculteur pourrait être rémunéré même si une récolte est imparfaite, dès lors qu’il a amélioré des indicateurs essentiels de fertilité, de stockage du carbone ou de biodiversité.

Les intervenants parlent aussi d’un travail de fond à conduire auprès des consommateurs et des entreprises, afin de créer à terme une valeur économique associée à ces pratiques. Ils évoquent également la perspective d’un marché du carbone agricole ou de mécanismes internes de compensation au sein des filières, plutôt que d’aller financer des projets lointains.

Changer le regard de la société sur l’agriculture

La représentante de Danone insiste sur un autre point : la société doit changer son regard sur l’agriculture.

Selon elle, on demande aujourd’hui toujours plus aux éleveurs : être chefs d’exploitation, soigneurs, gestionnaires, administratifs, et désormais presque agronomes au sens nouveau du terme. Si la société ne redonne pas de la valeur au métier agricole, la transition se fera difficilement.

L’enjeu est donc aussi de réinformer les consommateurs, de communiquer positivement sur l’élevage et sur la réalité des exploitations, et de sortir des fantasmes. Elle rappelle que l’agriculture française est souvent constituée d’exploitations familiales de petite taille, très éloignées de certaines représentations médiatiques.

Le transport, l’énergie et l’autonomie

Une question du public porte sur l’impact carbone du transport. La réponse apportée est que le carbone est un sujet global, qui concerne tous les maillons de la chaîne.

Du côté de Danone, il est indiqué que des efforts sont menés à chaque niveau :

  • optimisation des tournées de collecte du lait ;
  • réduction du gaspillage dans les usines ;
  • amélioration des consommations d’énergie sur les sites de transformation.

Mais Konrad Schreiber élargit la réflexion : selon lui, la vraie question est celle de l’énergie inépuisable et gratuite. Il estime que l’énergie solaire captée par la biomasse sera centrale, et que l’autonomie énergétique doit d’abord se construire dans les fermes, puis dans les territoires ruraux.

Il évoque notamment :

  • les panneaux solaires ;
  • le biogaz ;
  • la production locale d’énergie à partir de biomasse ;
  • l’idée que les transports agricoles pourraient, à terme, fonctionner avec du gaz renouvelable.

La méthanisation : outil ou dérive ?

La méthanisation fait l’objet d’une discussion spécifique. Les intervenants estiment qu’elle peut être pertinente, mais à certaines conditions strictes.

Konrad Schreiber explique que les projets de méthanisation doivent respecter plusieurs critères :

  • pas de bilan humique négatif ;
  • autonomie réelle de l’exploitation ;
  • maintien de la fertilité des sols.

Pour lui, beaucoup de projets ont été pensés à l’envers, depuis des logiques d’infrastructure ou de financement public, sans suffisamment intégrer la question de la durabilité agronomique.

La méthanisation n’est donc pas rejetée en bloc, mais elle doit être subordonnée au bon usage des sols et à une vision cohérente de la fertilité.

Former, informer, acculturer

La question de la formation revient souvent dans les échanges.

Les intervenants reconnaissent que la formation agricole, les programmes scolaires et la formation des enseignants doivent évoluer. Mais ils rappellent aussi qu’on est encore au début d’un mouvement, et que les savoirs évoqués ici ne peuvent pas se retrouver immédiatement dans tous les manuels.

Xavier Dupré note cependant que, dans certaines écoles d’ingénieurs agronomes, l’agroécologie est désormais bien présente. Il observe même parfois l’effet inverse : des jeunes ingénieurs formés à l’agroécologie ne parlent plus assez la langue de l’agriculture conventionnelle, ce qui peut compliquer le dialogue avec les agriculteurs.

L’idée générale est qu’il faut à la fois :

  • sensibiliser ;
  • former ;
  • diffuser largement les connaissances ;
  • permettre à chacun de comprendre les enjeux.

Les intervenants insistent aussi sur le rôle du citoyen, du consommateur, des réseaux, des médias et des plateformes collaboratives dans cette montée en culture générale.

Une dynamique locale, nationale et mondiale

À la question de savoir si la dynamique est seulement locale ou plus large, les réponses sont très nettes : le mouvement est global.

Les projets évoqués concernent toute la France, mais aussi d’autres pays. Les intervenants citent :

  • les réseaux mondiaux de conservation des sols ;
  • les travaux menés depuis les années 1930 après le Dust Bowl aux États-Unis ;
  • des initiatives en Australie, en Afrique et ailleurs.

Selon eux, la prise de conscience sur le climat, les gaz à effet de serre, la fertilité des sols et la résilience économique est désormais mondiale.

La question du prix du lait

Une question porte directement sur une éventuelle revalorisation du prix du lait liée aux pratiques agroécologiques.

La représentante de Danone répond qu’il n’existe pas un prix du lait, mais des prix du lait. Elle rappelle que les prix sont construits à partir des coûts de production, et que cela permet déjà de prendre en compte les réalités techniques et les changements en cours. Elle précise que des discussions existent avec les organisations de producteurs pour mieux valoriser certaines pratiques.

Il est aussi rappelé que l’effort de l’entreprise ne passe pas uniquement par le prix, mais aussi par l’accompagnement technique, les diagnostics, les formations, les expérimentations et les financements.

En complément, les autres intervenants soulignent que la création de valeur demandera du temps, notamment parce qu’il faut d’abord acculturer les consommateurs. Aujourd’hui, un produit issu de l’agroécologie n’est pas spontanément payé plus cher. Il faut donc construire progressivement cette reconnaissance.

Konrad Schreiber formule alors une idée plus radicale : dans les coûts de production, on n’intègre jamais vraiment le revenu agricole. Or, selon lui, un agronome-paysan engagé dans l’agroécologie devrait pouvoir viser un revenu d’ingénieur. Cela pose la question de ce que l’on met réellement dans les coûts de production.

Conclusion : remettre les sols en état, ensemble

En conclusion, plusieurs intervenants insistent sur l’urgence absolue de remettre les sols en état.

Le message final est clair :

  • il faut restaurer la fertilité des sols ;
  • réduire les coûts de production ;
  • diminuer la dépendance aux intrants et à l’énergie fossile ;
  • arrêter de chercher uniquement des responsables extérieurs ;
  • travailler ensemble, sans opposer systématiquement les acteurs.

L’idée centrale est qu’il ne s’agit plus de savoir à qui la faute, mais de construire collectivement des solutions. Pour les intervenants, le risque à prendre aujourd’hui est précisément celui de faire ensemble, et de faire le pari que cela peut marcher.

Ils concluent sur une conviction forte : si l’on veut sauver notre peau, il faut sauver les sols. Et sauver les sols suppose de s’y mettre tous, tout de suite.