Couverts végétaux, fertilisation, désherbage - Essais 2023-2024 du Centre National d'Agroécologie
![]()
Cette vidéo a été créée dans le cadre des projets CONSERWA avec le financement de l’Union Européenne, de la confédération suisse et du Royaume-Uni.
Par ici pour plus d'info : https://conserwa.eu/ et dans le cadre du projet SOL Couvert financé par l'OFB / ECOPHYTO II+, et dans le cadre du projet Massification de l'agroécologie de la région Normandie
Couverts végétaux, fertilisation, désherbage - Essais 2023-2024 du Centre National d’Agroécologie
Au Centre National d’Agroécologie, nous menons une cinquantaine d’essais terrains par an. L’objectif est de répondre aux questions techniques posées par les agriculteurs, mais aussi de questionner les dogmes agricoles actuels. Comme le souligne Martin Rollet, il est essentiel de tester toutes les idées, même celles qui paraissent “fumeuses”. Si une idée fonctionne, c’est un gain pour le système ; si elle ne fonctionne pas, diffuser ces résultats permet d’éviter aux agriculteurs des investissements inutiles.
La bioindication des adventices
Il est fréquent de se demander si les adventices sont des bioindicatrices de carences (azote, calcium, etc.). Cependant, la recherche (notamment l’INRAE) montre que le principal moteur de la flore adventice est la rotation culturale. Si vous cultivez du colza, du blé et de l’orge d’hiver, vous aurez du ray-grass, c’est une certitude. Les adventices sont d’abord le reflet de nos pratiques avant d’être des indicateurs du sol. Certaines espèces “ubiquistes” (présentes partout) ne sont pas bioindicatrices de carences spécifiques mais plutôt de sols cultivés.
Essais sur les couverts végétaux
Implantation par épandage sous la batteuse
Lors d’essais menés chez Christophe (département 27), nous avons testé l’épandage de couverts à la volée sous la batteuse.
- Le constat : Si vous souhaitez un sol intact, il faut broyer la paille à ras pour préserver l’humidité. Si vous exportez la paille ou moissonnez haut, la biomasse du couvert s’effondre.
- Espèces : Le sarrasin s’est révélé être la meilleure option dans ce système, complété éventuellement par des crucifères (radis, moutarde). Le lin, le moha, le niger et le sorgho donnent des résultats décevants dans ces conditions.
Profondeur de semis
Chez Xavier (département 27), nous avons testé l’impact de la profondeur de semis (2 cm vs 5 cm) sur le développement du couvert.
- Résultat : Pour les grosses graines (féveroles), 5 cm est idéal pour passer sous la zone de “faim d’azote” liée aux pailles de surface. Pour les petites graines (trèfle), semer à 5 cm est illusoire ; cela ne fonctionne pas.
Essais sur l’allélopathie et les cultures associées
L’idée d’associer du blé avec du sarrasin pour bénéficier d’un effet allélopathique sur les adventices a été testée sur plusieurs sites (Normandie, Nièvre).
- Résultat : Dans tous nos essais, cet effet n’a pas été observé. Le sarrasin semé en même temps que le blé ne se développe pas assez pour concurrencer les adventices, surtout en climat tempéré où sa croissance est limitée par les températures fraîches. L’allélopathie du sarrasin reste un sujet complexe et, en l’état actuel de nos essais, cette pratique n’est pas recommandée.
Projet SCV+ et désherbage alternatif
En partenariat avec l’association SCV Lucien Ségui, nous explorons le [[désherbage mécanique]] par frottement (écimage, passage de cornières) combiné à une application de solution azotée (choc salant).
- Premier constat : Il est possible de brûler les adventices et de provoquer un jaunissement important. Toutefois, cette technique est encore au stade de prototype. Elle demande un travail approfondi sur la pulvérisation, l’adjuvantation et les conditions d’application.
Fertilisation et vulpins
Nous avons cherché à savoir si la gestion de la fertilisation azotée pouvait influencer la pression des adventices (vulpins).
- Constat : Les résultats sont contradictoires selon les essais. Si une tendance montre que moins d’azote réduit le nombre de vulpins, l’effet sur le rendement est parfois pénalisant. Il ne faut pas compter sur une simple baisse de la dose d’azote au printemps pour gérer le vulpin. La gestion passe prioritairement par la rotation.
Conclusion sur la démarche
Il est crucial de tester les pratiques dans des conditions réelles. Un essai isolé ne suffit pas ; il faut multiplier les répétitions et les sites sur plusieurs années pour obtenir des résultats statistiquement robustes. Nous encourageons les agriculteurs à s’approprier ces questions et à mener des essais simples (via des outils comme l’application Canopeo pour mesurer la couverture végétale).
Pour plus de références techniques, n’hésitez pas à consulter le site RED Agri, une plateforme gratuite et documentée regroupant des milliers d’essais agronomiques.