Eau : Grand voyage sur l'eau, Paysages In Marciac 2023

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À Paysages In Marciac 2023, cette après-midi consacrée à l’eau explore un changement de regard : sortir d’une vision purement hydraulique pour penser l’eau comme un cycle vivant, intimement lié aux sols, aux arbres, aux zones humides et aux usages agricoles. Les intervenants montrent que la végétation, en particulier les feuillus, joue un rôle majeur dans l’évapotranspiration, la régulation thermique, la pluie et la limitation des inondations, sécheresses et incendies. Les sols vivants, la matière organique, les champignons mycorhiziens et les ripisylves apparaissent comme des leviers essentiels pour stocker, ralentir et redistribuer l’eau. Le castor est présenté comme une espèce-clé capable de restaurer les hydrosystèmes, tout comme certaines pratiques inspirées de son action. Enfin, des exemples concrets dans le Gers montrent l’importance des prairies humides, de l’élevage extensif, de la restauration de mares et d’une gouvernance territoriale de l’eau fondée sur la concertation et l’agroécologie.

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Résumé
À Paysages In Marciac 2023, cette après-midi consacrée à l’eau explore un changement de regard : sortir d’une vision purement hydraulique pour penser l’eau comme un cycle vivant, intimement lié aux sols, aux arbres, aux zones humides et aux usages agricoles. Les intervenants montrent que la végétation, en particulier les feuillus, joue un rôle majeur dans l’évapotranspiration, la régulation thermique, la pluie et la limitation des inondations, sécheresses et incendies. Les sols vivants, la matière organique, les champignons mycorhiziens et les ripisylves apparaissent comme des leviers essentiels pour stocker, ralentir et redistribuer l’eau. Le castor est présenté comme une espèce-clé capable de restaurer les hydrosystèmes, tout comme certaines pratiques inspirées de son action. Enfin, des exemples concrets dans le Gers montrent l’importance des prairies humides, de l’élevage extensif, de la restauration de mares et d’une gouvernance territoriale de l’eau fondée sur la concertation et l’agroécologie.

Ce direct est réalisé à l'occasion de Paysages In Marciac 2023, organisé par Arbre et Paysage 32. Pour en savoir plus :

https://paysages-in-marciac.fr/

https://ap32.fr/


00:16:50 - Début de la conférence

00:19:25 - Sol nu : climat foutu, Laurent Denise

00:38:30 - Les propriétés exceptionnelles de l'eau, François Hirissou

00:58:30 - La vie est belle, Hervé Covès

01:19:20 - Castor : amant·e de rivière, Suzanne Husky

01:43:45 - Entre terre et eau : les zones humides, Coteaux Gascon

02:05:50 - Concilier production de biomasse et protection des cours d'eau, Syndicat Mixte Adour Amont

02:26:25 - Préserver la ressource en eau : l'outil PTGE, Institution Adour

02:47:30 - Table ronde et réponse au public


Introduction

Bienvenue à cette après-midi consacrée à l’eau, dans le cadre de la 15Modèle:E édition de Paysages In Marciac 2023, intitulée Eau : Grand voyage sur l'eau. La séance prolonge une matinée déjà dédiée à l’eau dans les milieux, avec l’idée de croiser les regards, d’échanger les perspectives et de poursuivre une réflexion collective sur des questions devenues centrales :

  • questions de civilisation ;
  • questions d’érosion ;
  • questions de gestion de l’eau ;
  • questions de qualité et de quantité ;
  • questions de désaccords, d’accords et de propositions.

Une interrogation traverse l’ensemble des interventions : allons-nous continuer à avoir une vision purement hydraulique de l’eau, ou allons-nous entrer davantage dans le génie écologique, voire dans le rôle du vivant dans son ensemble ?

L’après-midi réunit plusieurs intervenants pour des prises de parole courtes, avant une discussion ouverte avec la salle.

Une idée directrice : l’eau, le climat et le vivant

Dès les premières interventions, un fil rouge s’impose : l’eau ne peut pas être pensée séparément du végétal, des sols, des arbres, des zones humides, des rivières, ni des usages agricoles.

L’idée défendue tout au long de la rencontre est que :

  • la couverture végétale pilote une grande partie du cycle de l’eau sur les terres ;
  • les arbres jouent un rôle majeur dans l’évapotranspiration, la régulation thermique et le retour de la pluie ;
  • les sols vivants et les zones humides sont des réservoirs et des régulateurs ;
  • la vitesse d’évacuation de l’eau vers la mer est devenue excessive ;
  • le paysage doit être repensé comme une infrastructure écologique de stockage, de circulation et de recyclage de l’eau.

Laurent Denis : végétaliser pour refaire circuler l’eau

Sol nu, climat foutu

Laurent Denis ouvre son intervention par une formule volontairement abrupte : sol nu, climat foutu.

Selon lui, un sol nu est l’équivalent d’un désert, tandis que l’opposé du désert est la forêt. Il avance que, dès lors qu’un paysage n’a pas l’équivalent fonctionnel d’une forêt de feuillus, il tend vers des fonctionnements désertiques.

À partir de son expérience dans les Deux-Sèvres, dans un contexte de « guerre de l’eau », il formule une hypothèse simple : la paix de l’eau passera par une mise au vert. Autrement dit, c’est par la végétalisation, et notamment par les arbres, que l’on pourra récupérer de l’eau.

Où est la forêt ?

Même dans des paysages qui paraissent verts vus du sol, il souligne qu’il manque souvent beaucoup d’arbres lorsqu’on observe les territoires à l’échelle satellite. Son constat est que :

  • il n’y a pas assez de grands arbres ;
  • il faudrait retrouver des structures proches d’une forêt fonctionnelle ;
  • si l’on veut de l’eau, il faut des arbres.

Il précise aussi que toutes les forêts ne se valent pas de la même manière du point de vue climatique. Il prend l’exemple de la forêt des Landes, verte en apparence, mais dominée par des conifères, qui selon lui posent problème car ils transpirent moins que les feuillus et favorisent davantage les incendies.

Une nouvelle représentation du cycle de l’eau

Laurent Denis s’appuie sur une représentation récente du cycle de l’eau, issue des travaux de l’INRAE. Il insiste sur le fait qu’elle corrige une erreur ancienne : l’idée selon laquelle la pluie viendrait principalement de la mer, tomberait sur les terres puis retournerait à la mer.

Selon la lecture qu’il en fait :

  • environ 30 % de l’évaporation provient des mers ;
  • environ 70 % provient des terres.

Il en tire une conséquence forte : sur 100 litres de pluie, 70 litres viendraient de l’évaporation continentale. Il faudrait donc conserver sur les terres de quoi alimenter ce recyclage, et ne rejeter qu’une part limitée de l’eau vers la mer.

L’enjeu n’est donc pas de « fabriquer » de l’eau, mais d’en jeter moins à la mer et de mieux entretenir la pompe climatique.

L’évaporation des plantes « va chercher » la pluie

Dans cette vision, l’évaporation n’est pas une perte mais un moteur. L’évapotranspiration des plantes, et en particulier des arbres, permettrait d’attirer l’humidité, de favoriser la condensation et donc de soutenir les pluies.

Il résume cela ainsi :

  • pas d’évaporation, pas de pluie ;
  • c’est pour cela qu’il ne pleut pas dans les déserts ;
  • couper la couverture végétale, c’est couper la pompe.

Il rappelle aussi que le GIEC n’annonce pas forcément moins d’eau en quantité globale, mais une très forte dégradation de la répartition des pluies dans le temps : beaucoup d’eau en peu de temps, puis de longues périodes sans pluie. Pour lui, c’est un symptôme de désertification.

Inondations, sécheresses, canicules, incendies : les symptômes de la déforestation

Laurent Denis relie plusieurs phénomènes dans une même chaîne :

  • l’absence de couverture végétale dérègle le cycle de l’eau ;
  • l’eau repart trop vite vers la mer ;
  • cela provoque d’abord des inondations ;
  • ensuite viennent les sécheresses ;
  • puis les canicules ;
  • puis les incendies ;
  • et après les incendies, les pluies ravinent les sols.

Il voit là les symptômes classiques de la déforestation et de la désertification.

Le rôle central de l’évapotranspiration

Il rappelle que l’évapotranspiration :

  • provoque une grande part des pluies ;
  • évacue environ 60 % de la chaleur reçue à la surface ;
  • fait baisser très fortement les températures.

Il insiste sur le fait que la plante la plus performante à ce titre est l’arbre feuillu adulte. Il avance un ordre de grandeur de 5 000 m³ par hectare et par an pour un arbre adulte en peuplement.

Il propose une image simple : si un arbre évapore 500 mm de pluie mais en reçoit 750 mm, alors il évapore 2 litres pour en récupérer 3. Pour lui, le bilan est positif : plus on entretient la pompe, plus on récupère de pluie.

L’ETP comme minimum climatique

En s’appuyant sur la notion d’évapotranspiration potentielle (ETP), il explique qu’il ne s’agit pas seulement d’une quantité maximale d’eau évaporable, mais aussi de la quantité minimale qu’il faudrait donner au climat pour maintenir son fonctionnement.

Selon cette logique :

  • si l’on descend en dessous, on évacue moins de chaleur ;
  • les températures montent ;
  • le cycle de l’eau se coupe ;
  • on bascule vers la sécheresse et la canicule.

Les feuillus et les cultures sèches

Laurent Denis compare ensuite la courbe de transpiration d’une forêt de feuillus à celle des cultures sèches, comme les céréales.

Selon lui :

  • la forêt transpire le plus en été, au moment où l’énergie solaire est maximale ;
  • les cultures comme le blé transpirent surtout au printemps puis sèchent l’été ;
  • on est donc à l’opposé du fonctionnement climatique souhaitable.

Il estime que la stratégie ne doit pas être d’irriguer tous les champs pour compenser, mais d’assurer une continuité végétale afin de réduire les coupures dans le cycle de l’eau et de limiter le besoin d’irrigation.

Les conifères et le feu

À propos des incendies dans les Landes, il avance que les conifères transpirent environ deux fois moins que les feuillus. Ils évacueraient donc moins de chaleur et provoqueraient moins de pluie, ce qui en ferait des systèmes beaucoup plus inflammables.

Sa formule est : si tu plantes des conifères, achète des Canadairs.

L’air sec, le Sahara et les radiations

Laurent Denis attire aussi l’attention sur les masses d’air sec venant des déserts, notamment du Sahara. Lorsque cet air sec remonte, il apporte une forte augmentation des radiations solaires reçues au sol.

Il insiste sur le fait que l’eau atmosphérique est une protection majeure face au rayonnement :

  • elle agit à la fois comme gaz à effet de serre et comme parasol ;
  • elle intercepte les rayonnements ;
  • elle protège les surfaces du réchauffement excessif.

Il compare cela à l’eau utilisée pour protéger des combustibles nucléaires : quelques mètres d’eau suffisent à bloquer les radiations. De la même manière, sans eau dans l’atmosphère, le soleil devient destructeur ; avec de l’eau, il devient une source de photosynthèse et de vie.

Une casserole avec un couvercle

Pour résumer le fonctionnement du système, il utilise l’image d’une casserole chauffée avec un peu d’eau au fond et un couvercle :

  • tant que l’eau reste dans le système, il peut chauffer longtemps sans brûler ;
  • si l’eau s’échappe, alors la casserole finit par brûler.

Il y voit l’image des cellules de convection terrestres : là où l’eau reste dans le système, la chaleur est absorbée ; là où elle manque, ça brûle.

Les sols, les températures et le besoin de végétation

Laurent Denis évoque des mesures par drone montrant que :

  • un sol nu exposé au soleil peut monter très haut en température ;
  • un couvert végétal abaisse nettement cette température ;
  • sous les arbres, la température baisse encore davantage.

Il cite aussi des images comparant des paysages de 2022 très chauds et secs, avec d’autres années plus humides où les champs restaient « froids » sur les cartes thermiques.

Les bassins versants et le rejet excessif à la mer

Pour lui, un bassin versant est une réserve d’eau :

  • la partie végétale et l’évaporation alimentent cette réserve ;
  • la rivière est la seule sortie du bassin ;
  • le problème vient du fait qu’on rejette aujourd’hui beaucoup trop d’eau à la mer.

Il prend l’exemple de la Garonne et de la Sèvre niortaise pour dire que les débits rejetés en mer dépasseraient largement ce que ferait naturellement une forêt.

Il insiste : la seule manière de perdre durablement de l’eau douce des terres, c’est de l’ajouter à la mer.

Réserves collinaires et ralentissement des flux

Il défend l’idée que, tant qu’on n’a pas replanté partout, les réserves collinaires sont un des moyens les plus simples de ralentir les flux d’eau, de soutenir les nappes, d’atténuer les inondations et les sécheresses, et de permettre un reverdissement.

Sa réponse à une question de la salle sur leur étanchéité est claire : l’objectif premier est de ralentir les flux ; il faut faire les choses simplement.

François Mulet : les propriétés physiques de l’eau et les arbres-climatiseurs

La liaison hydrogène comme base du fonctionnement de l’eau

François Mulet prolonge cette réflexion en entrant par la physique de l’eau. Il rappelle que l’eau (H2O) possède des propriétés exceptionnelles du fait de la polarité électrique de la molécule :

  • l’oxygène attire fortement les électrons ;
  • cela crée une dissymétrie électrique ;
  • cette dissymétrie permet les liaisons hydrogène entre molécules d’eau.

Pour lui, cette liaison hydrogène est à la base des propriétés majeures de l’eau, mais aussi de la vie, car on la retrouve dans l’ADN, les protéines et de très nombreuses structures du vivant.

Une capacité thermique exceptionnelle

L’une des conséquences de cette liaison est la capacité thermique très élevée de l’eau. François Mulet rappelle que pour augmenter de 1 °C la température d’un litre d’eau, il faut fournir 4 180 joules.

Il compare cela à d’autres matériaux :

  • le sable chauffe plus vite ;
  • les métaux chauffent encore plus vite ;
  • l’eau résiste beaucoup mieux à la montée en température.

C’est ce qui explique pourquoi une plage de sable brûle les pieds alors qu’une flaque d’eau chauffe beaucoup moins vite.

L’évaporation refroidit

Il insiste ensuite sur une idée centrale : l’évaporation est un refroidissement.

Lorsque l’eau reçoit de l’énergie thermique, une part importante de cette énergie ne sert pas à élever sa température mais à casser les liaisons hydrogène pour transformer l’eau liquide en vapeur. Cette énergie devient alors de la chaleur latente.

Cela signifie que :

  • la chaleur reçue ne se traduit pas immédiatement par une hausse de température ;
  • elle sert à changer l’état de l’eau ;
  • tant qu’il y a de l’eau à évaporer, le système se refroidit.

François Mulet rappelle que c’est aussi sur ce principe que repose la transpiration humaine : en suant, on casse des liaisons hydrogène et on fait baisser sa température corporelle.

Un arbre vaut dix climatiseurs

C’est à partir de là qu’il revient à l’arbre. Si l’arbre transpire de grandes quantités d’eau, il utilise cette capacité exceptionnelle de l’eau à absorber de l’énergie thermique. L’arbre devient ainsi un climatiseur naturel.

Il résume l’idée en disant qu’un arbre vaut en gros dix climatiseurs.

Ainsi :

  • plus on augmente la densité végétale ;
  • plus on augmente l’eau mobilisée ;
  • moins on a chaud.

Vapeur d’eau, condensation et point de rosée

François Mulet évoque aussi la condensation de la vapeur d’eau sur des surfaces plus froides. Il explique que certaines plantes ou feuilles plus « froides » favorisent l’atteinte du point de rosée et permettent la reformation d’eau liquide.

En s’appuyant sur les travaux d’Hervé Coves, il invite à observer les végétaux capables de condenser l’eau de l’air. Cette circulation entre eau liquide, vapeur et rosée permettrait de recréer des micro-cycles de l’eau à l’échelle locale.

Cultiver le frais

Il reprend ainsi l’idée qu’il faut « cultiver le frais » grâce aux végétaux froids, à la photosynthèse, à la densité végétale, et à l’eau dans les sols. L’évaporation refroidit l’atmosphère, et la condensation reforme de l’eau liquide.

Olivier Husson : voir les cycles de manière dynamique

Invité à réagir, Olivier Husson insiste sur la nécessité de voir les choses de manière dynamique.

Selon lui :

  • il ne faut pas rester sur des schémas trop simplistes ;
  • il faut regarder où l’on évapore et où l’on condense ;
  • si l’on évapore en bas, on refroidit le bas ;
  • si la condensation se fait en altitude, cela réinjecte de l’énergie ailleurs.

Il rappelle aussi que :

  • la photosynthèse et l’évaporation sont des clés majeures du système ;
  • les arbres sont très performants, mais toutes les plantes comptent ;
  • il faut raisonner en compromis, car on ne vivra pas uniquement de produits forestiers ;
  • le problème central est que les sols sont nus une grande partie de l’année.

Il établit enfin un parallèle avec les dynamiques cumulatives : comme l’argent dans le capitalisme, l’eau et le carbone dans les sols obéissent à des effets de seuil et d’emballement. Plus il y en a, plus le système devient capable d’en accumuler ; moins il y en a, plus il s’effondre.

Hervé Coves : mycorhizes, bois, racines et circulation cachée de l’eau

Sauver les sols

Hervé Coves reprend le fil à partir d’une idée simple : il faut sauver les sols. Il relie ce qui vient d’être dit sur l’eau, la photosynthèse et la fraîcheur à la vie souterraine, en particulier aux champignons mycorhiziens.

Deux grands types de mycorhizes

Il distingue deux grands types :

  • les endomycorhizes ;
  • les ectomycorhizes.

Les premières, présentes notamment chez la vigne, les plantes à fleurs et beaucoup d’arbres feuillus, pénètrent dans la racine et sont connectées directement au cylindre central. Elles permettraient une gestion très fine de l’eau et des échanges.

Les secondes, fréquentes chez de nombreux arbres forestiers comme certains chênes ou conifères, restent à l’extérieur de la racine.

Pour Hervé Coves, les arbres les plus aptes à piloter l’eau dans un contexte chaud et variable sont ceux liés à des endomycorhizes.

Le cormier et les arbres à fleurs

Il cite le cormier comme un exemple remarquable d’arbre à fleurs capable de capter l’eau avec une grande efficacité et de s’adapter à des contextes très variés.

D’une manière générale, il insiste sur l’importance des arbres à fleurs dans les paysages agricoles de demain.

Le bois mort comme réseau hydraulique

Un autre point central de son intervention concerne l’arbre mort. Chaque fois qu’un arbre est coupé, ou qu’une trogne est taillée, une partie équivalente de biomasse racinaire s’effondre dans le sol. Ce bois se décompose et devient le support de champignons saprophytes.

Or, selon lui, ces champignons doivent hydrater le bois pour le digérer. Ils sont entourés d’un film d’eau et deviennent des structures capables de transporter l’eau depuis les profondeurs, les rivières ou les zones humides vers des zones plus sèches.

Il décrit ainsi une trame d’hyperfluidité souterraine, capable de stocker et faire circuler de grandes quantités d’eau.

Ripisylves, crêtes et paysages mixtes

Hervé Coves montre ensuite plusieurs exemples de territoires où ces trames sont en train de se mettre en place ou de se réactiver :

  • ripisylves qui diffusent l’humidité à 150 mètres de part et d’autre ;
  • plantations sur les crêtes dans les zones les plus sèches ;
  • mélanges d’arbres ectomycorhiziens et endomycorhiziens ;
  • vallées remises en eau ;
  • systèmes agricoles plus productifs grâce à la présence d’arbres et de réseaux vivants.

Il insiste sur le fait que la forêt actuelle ne favorise pas toujours les cultures, mais que la forêt de demain pourrait les soutenir bien davantage, à condition de laisser émerger de nouveaux équilibres.

Exemples en Chine, en Espagne, au Japon, au Canada

Il cite plusieurs exemples internationaux :

  • en Chine, des milliers de kilomètres de structures en courbes de niveau et de plantations qui transforment des zones arides en paysages productifs ;
  • en Espagne et dans la Drôme, des vallées sèches progressivement reverdis ;
  • au Japon et au Canada, des mélanges d’arbres où les espèces coopèrent à travers leurs réseaux mycorhiziens.

Pour lui, la vie a une puissance de reconquête considérable si on lui redonne les moyens d’agir.

Le castor comme allié majeur

Il en arrive enfin à l’un des personnages centraux de la journée : le castor. Pour Hervé Coves, le castor :

  • retient l’eau ;
  • amplifie la vie ;
  • crée des paysages plus humides ;
  • favorise le retour de la biodiversité ;
  • soutient la productivité des vallées.

Il le présente comme un modèle ancien et extrêmement efficace de régulation écologique.

Suzanne Husky : le castor, la rivière et la « médecine castor »

Une rivière « en bonne santé » n’est pas forcément celle qu’on imagine

Artiste et co-autrice d’un travail sur les castors avec Baptiste Morizot, Suzanne Husky interroge d’abord notre imaginaire de la rivière.

Elle rappelle que notre vision d’une « belle rivière » — eau claire, lit sinueux, rochers visibles, écoulement propre — est en partie le produit d’une longue histoire culturelle et visuelle, notamment de la peinture de paysage puis de sa diffusion de masse.

Cette représentation a construit un idéal esthétique qui n’est pas nécessairement celui d’une rivière fonctionnelle.

Une histoire longue : du minéral au castor

Elle propose ensuite une histoire en plusieurs temps :

  • d’abord une eau circulant dans un monde minéral ;
  • puis l’apparition du végétal ;
  • ensuite, il y a environ 8 millions d’années, l’apparition du castor ;
  • puis une longue période de coexistence entre humains, zones humides et castors ;
  • enfin, l’époque moderne de l’assainissement, du drainage, du retrait du bois, du recalibrage des rivières.

Selon elle, les cours d’eau ont été progressivement simplifiés, redressés, curés, vidés de leur bois et de leur capacité à déborder.

Assèchement, drainage et disparition des castors

Suzanne Husky rappelle que le castor a presque disparu en Europe au XIXModèle:E siècle. Avec sa disparition, et avec l’assainissement massif des milieux humides, de vastes territoires ont été drainés, mis en culture ou rectifiés.

Elle prend l’exemple des Landes, mais aussi d’autres régions, pour montrer comment on a cherché à faire aller l’eau « bien droit ».

Le castor ralentit fortement l’eau

Elle donne un ordre de grandeur marquant : sur 2 km de cours d’eau sans obstacle, l’eau peut s’écouler en trois ou quatre heures ; sur la même distance avec une famille de castors, elle peut mettre vingt jours.

C’est cette capacité à ralentir, étaler, infiltrer et répartir l’eau qui donne au castor son rôle majeur.

La « médecine castor » et les barrages castor-mimétiques

Dans les régions où les castors ne peuvent pas revenir seuls, notamment parce qu’ils n’y trouvent plus de nourriture ou que les milieux sont trop dégradés, des techniques dites de « médecine castor » sont mises en œuvre.

Il s’agit de créer des barrages castor-mimétiques à partir de matériaux locaux, avec des structures simples, pour :

  • remonter la nappe ;
  • ralentir le cours ;
  • recharger les sols ;
  • permettre la recolonisation végétale ;
  • préparer le retour du castor.

Suzanne Husky montre plusieurs exemples nord-américains et français où ces ouvrages ont rapidement permis la réhydratation de vallées entières.

Le castor et le feu

Elle rappelle que le castor est cité dans le rapport du GIEC, notamment pour son rôle dans la lutte contre les mégafeux. Dans les paysages brûlés, les complexes humides entretenus par les castors restent souvent les dernières zones refuges pour les plantes, les graines et les animaux.

Le castor en France

Suzanne Husky rappelle que la Nouvelle-Aquitaine est aujourd’hui la seule région de France sans castor, alors même que les toponymes liés à l’animal sont très nombreux dans le pays.

Elle mentionne plusieurs cas français de barrages castor-mimétiques, notamment dans la Drôme, où des dispositifs simples ont permis de réhumidifier très vite les sols et de relancer des dynamiques écologiques.

Une espèce clé de voûte

Pour elle, le castor est une espèce clé de voûte car il complexifie les écoulements :

  • vitesses d’eau variées ;
  • profondeurs variées ;
  • habitats diversifiés ;
  • multiplication des niches écologiques.

Cette complexification profite aux amphibiens, aux insectes, aux oiseaux, aux poissons, aux chauves-souris et à toute la chaîne du vivant.

Changer de beauté

Suzanne Husky conclut en disant que la beauté doit changer de camp. Autrement dit, il faut apprendre à voir comme désirables des rivières plus lentes, plus embroussaillées, plus complexes, plus humides, parfois moins « propres » au sens classique du terme, mais beaucoup plus vivantes.

Aurélie Jouanjan : zones humides, prairies et élevage dans le Gers

Entre terre et eau

Aurélie Jouanjan présente le travail mené dans le Gers à la croisée de l’agriculture et de l’environnement, autour des zones humides, des mares, des prairies inondables et de l’élevage.

Elle rappelle que les zones humides sont des espaces « entre terre et eau », et que beaucoup de ces milieux sont directement liés à l’activité pastorale.

Une mosaïque de milieux

Dans le département, on trouve :

  • prairies humides ;
  • prairies inondables ;
  • mares ;
  • bocage ;
  • petits réseaux humides plus ou moins diffus.

Ces éléments forment une trame écologique importante à l’échelle locale et nationale, même dans un département qui n’est pas le plus connu pour sa biodiversité.

L’élevage comme gestionnaire de ces milieux

Aurélie Jouanjan rappelle que les prairies humides sont historiquement entretenues par l’élevage. Tous les herbivores y ont leur place :

  • bovins ;
  • ovins ;
  • caprins ;
  • chevaux ;
  • ânes ;
  • parfois d’autres animaux.

Ces systèmes valorisent l’herbe et les fourrages de ces milieux, et dépendent eux-mêmes de points d’eau fonctionnels : mares, descentes aménagées, pompes, bacs.

Des milieux en mauvais état

Mais la moitié des zones humides ayant disparu au XXModèle:E siècle, la moitié restante n’est pas nécessairement en bon état.

Elle cite plusieurs dégradations :

  • berges abîmées ;
  • mares tassées ou envasées ;
  • sols qui descendent dans l’eau ;
  • qualité de l’eau dégradée ;
  • petites zones humides relictuelles et fragmentées.

Un avenir menacé par le recul de l’élevage

Aurélie Jouanjan alerte aussi sur le recul de l’élevage dans le Gers :

  • perte d’environ un quart du cheptel allaitant entre 2010 et 2020 ;
  • population agricole vieillissante ;
  • nombreux départs en retraite à venir.

La question devient alors : que vont devenir ces prairies et ces zones humides si les éleveurs disparaissent ?

Mieux connaître pour mieux agir

Elle insiste sur la nécessité de mieux connaître le territoire :

  • cartographier précisément les zones humides élémentaires ;
  • croiser outils modernes et vérifications de terrain ;
  • comprendre la qualité agronomique et écologique des prairies.

Elle cite par exemple des analyses de foin de prairies inondables de la Gimone montrant une teneur élevée en calcium, ce qui pose ensuite des questions sur les effets pour les animaux et les usages.

Restaurer mares et prairies

Parmi les actions menées :

  • restauration de mares ;
  • dégagement et remise en état de points d’eau ;
  • débroussaillage raisonné ;
  • réouverture partielle de prairies ;
  • reprofilage local ;
  • restauration de prairies à partir de foin vert local.

L’idée est d’aider les milieux à retrouver rapidement leur fonctionnement, tout en maintenant leur intérêt pastoral et écologique.

Assurer le devenir

Enfin, Aurélie Jouanjan évoque les outils fonciers et contractuels permettant de protéger ces milieux dans le temps, notamment via des clauses environnementales ou d’autres dispositifs liés à la transmission.

Elle souligne toutefois que, derrière les outils, la réussite dépend aussi beaucoup du contexte humain, des relations locales et de la capacité des acteurs à agir ensemble.

Ludovic Guichard : les cours d’eau comme producteurs de biomasse

Un territoire très drainé

Technicien rivière au syndicat mixte de l’Adour amont, Ludovic Guichard rappelle l’ampleur du réseau hydrographique géré sur son territoire. Il insiste surtout sur le « petit chevelu », les petits cours d’eau souvent oubliés, qui représentent une part essentielle du linéaire.

Sur une grande partie de ces cours d’eau, le constat est sévère :

  • recalibrage ;
  • surentretien ;
  • absence quasi totale de végétation ;
  • profils rectilignes.

Laisser pousser, puis gérer autrement

Une première réponse consiste à laisser revenir spontanément la végétation ligneuse. Il montre plusieurs exemples de régénération naturelle assistée, sur deux ans puis dix ans.

Cependant, il souligne qu’aux yeux de beaucoup d’acteurs, cette végétation n’est pas perçue comme une restauration mais comme un « salissement ». C’est là un problème culturel majeur.

Observer la réactivation du ruisseau

Sur des cours d’eau laissés sans entretien pendant une quinzaine d’années, il montre que la végétation permet déjà :

  • des débuts de reméandrage ;
  • une diversification du lit ;
  • une transformation progressive du fonctionnement hydraulique.

Le cas du Lys

Ludovic Guichard revient sur le ruisseau du Lys, visité le matin même. Après 35 ans de libre développement de la végétation, les arbres ont repris leur place, les racines ont structuré le lit et le cours d’eau a retrouvé une certaine diversité.

Mais certains arbres commencent aussi à dépérir, à tomber, ou à poser des problèmes vis-à-vis des usages voisins. D’où une réflexion sur des interventions ponctuelles de prélèvement.

Prélever sans détruire

L’idée n’est pas de revenir à l’entretien systématique, mais de faire de petites coupes ciblées :

  • trouées ;
  • prélèvements d’arbres isolés ;
  • maintien d’une structure générale boisée.

Le bois ainsi prélevé a ensuite été broyé et valorisé.

Une expérimentation de paillage bovin

Le bois broyé a été utilisé comme litière ou paillage bovin chez deux éleveurs. Cette valorisation permet selon lui :

  • d’économiser de l’entretien ;
  • de générer une petite valeur économique ;
  • de fournir un matériau compétitif par rapport à la paille ;
  • de ramener du carbone en fond de vallée via les déjections et les litières.

Il cite un bilan économique localement favorable :

  • économies pour le propriétaire ;
  • valeur du bois sur pied ;
  • travail pour les entreprises ;
  • paillage intéressant pour l’éleveur.

Un changement de regard nécessaire

Ludovic Guichard insiste surtout sur le frein principal : le regard porté sur les arbres et les bords de cours d’eau.

Selon lui, il faudrait arriver au minimum à généraliser des bandes boisées simples le long des ruisseaux. Mais cela suppose :

  • de sortir d’une logique du « propre » ;
  • de simplifier la réglementation ;
  • d’apaiser les relations à l’arbre ;
  • de redonner de la souplesse dans la gestion.

Il note aussi que certaines contraintes administratives, notamment liées à la PAC, peuvent produire l’inverse de ce qu’elles prétendent encourager, par peur du contrôle ou de la pénalité.

Sophie Duhamel : le PTGE Midour comme outil de concertation

Qu’est-ce qu’un PTGE ?

Sophie Duhamel présente le projet de territoire pour la gestion de l’eau (PTGE), un outil récent créé en 2015.

Le PTGE est défini comme une démarche de concertation réunissant tous les usagers de l’eau d’un territoire afin de construire collectivement un plan d’action permettant de retrouver un équilibre durable entre besoins en eau et ressource disponible.

Une démarche à l’échelle du bassin versant

Le périmètre d’un PTGE est celui d’un bassin versant présentant un enjeu quantitatif. Il s’agit donc de territoires où les déséquilibres liés à l’eau sont identifiés.

L’objectif est de mettre autour de la table l’ensemble des usages :

  • agriculture ;
  • eau potable ;
  • pêche ;
  • pisciculture ;
  • industrie ;
  • énergie ;
  • environnement.

Le cas du bassin du Midour

Sur le bassin du Midour, Sophie Duhamel rappelle quelques éléments de diagnostic :

  • territoire très rural ;
  • très faible urbanisation ;
  • prédominance des terres agricoles et forestières ;
  • forte place du maïs et des cultures d’été ;
  • irrigation importante.

Elle précise que l’agriculture représente environ 80 % des prélèvements d’eau du bassin, contre 20 % pour l’eau potable.

Un déficit projeté à l’horizon 2050

Les scénarios établis dans le cadre du PTGE concluent à un déficit potentiel d’environ 10 millions de m³ à l’horizon 2050 si rien ne change.

Pour résorber ce déséquilibre, plusieurs leviers sont identifiés, dont une large part concerne l’agriculture.

Deux grands volets d’action

Les solutions proposées comportent deux volets principaux :

  • économies d’eau sur le matériel et les pratiques d’irrigation ;
  • réduction structurelle des besoins agricoles en eau.

Le premier volet inclut :

  • matériel plus économe ;
  • irrigation plus précise ;
  • outils d’aide à la décision.

Le second suppose :

  • améliorer les sols ;
  • remettre des arbres ;
  • faire évoluer les pratiques ;
  • avancer vers une transition agroécologique.

Les freins à la transition

Sophie Duhamel souligne néanmoins plusieurs difficultés :

  • les agriculteurs du territoire connaissent encore mal le PTGE ;
  • les changements de pratiques impliquent des risques techniques et économiques ;
  • les sols sont souvent trop dégradés pour réagir vite ;
  • les investissements nécessaires sont lourds ;
  • la population agricole vieillit ;
  • les jeunes ont du mal à s’installer.

Elle insiste sur le fait que, sans sécurisation économique et sans débouchés, la transition reste difficile à engager.

Des leviers existent

Parmi les leviers qu’elle mentionne :

  • aides renforcées de l’Agence de l’eau ;
  • appels à projets sur des matériels auparavant peu soutenus, comme le goutte-à-goutte ;
  • accompagnement technique spécialisé ;
  • création de sites pilotes ;
  • développement de nouvelles filières, comme le chanvre.

Elle rappelle aussi que les consommateurs ont une responsabilité : sans valorisation des productions issues de pratiques plus vertueuses, les efforts des agriculteurs ne seront pas soutenables.

Débats et échanges avec la salle

Réserves collinaires et infiltration

À une question sur le caractère perméable ou imperméable des réserves collinaires, il est répondu que l’essentiel est d’abord de ralentir les flux et de faire simple.

Vapeur d’eau et effet de serre

À propos du rôle de la vapeur d’eau, Laurent Denis rappelle qu’elle agit comme une protection thermique majeure vis-à-vis du rayonnement solaire, et pas seulement comme un gaz à effet de serre au sens classique.

Castor et cortège faunistique

Suzanne Husky précise que le castor est une espèce clé de voûte dont dépend tout un cortège d’espèces : chauves-souris, poissons, libellules, oiseaux, herbivores et prédateurs.

Castor et continuité écologique

La question de la continuité écologique et de la destruction des barrages ou seuils est largement discutée. Plusieurs intervenants distinguent :

  • les ouvrages fixes, comme certains moulins ;
  • les ouvrages de castors, mobiles, évolutifs, intégrés à la dynamique du cours d’eau.

Suzanne Husky rappelle que les barrages castor-mimétiques sont pensés comme temporaires et évolutifs, et que les castors déplacent eux-mêmes leurs ouvrages.

L’administration, les castors et les barrages

Il est rappelé que le castor est une espèce strictement protégée en France. La destruction de ses barrages est interdite, même si cela se produit encore parfois.

Des solutions existent pour gérer ponctuellement les conflits d’usage, par exemple en abaissant localement les niveaux d’eau sans détruire les castors.

La question foncière et humaine

Plusieurs échanges portent sur les difficultés à agir sur des terrains privés, sur les ventes de parcelles, ou sur les refus de propriétaires.

Aurélie Jouanjan rappelle qu’il existe des outils juridiques comme les clauses environnementales ou les obligations réelles environnementales, mais que tout dépend aussi fortement des relations humaines et de la volonté locale.

L’enjeu culturel du « propre »

Ludovic Guichard revient sur la « civilisation du propre » : tant que ronces, arbres spontanés ou bords de ruisseaux boisés seront perçus comme du désordre ou du salissement, les politiques de restauration se heurteront à de fortes résistances.

L’érosion et les sols agricoles

En fin d’échanges, plusieurs interventions rappellent que l’érosion reste un enjeu majeur, souvent sous-estimé. Il est souligné que la perte de productivité des sols agricoles sur certains coteaux est déjà considérable.

Un projet évoqué : Sol Novo

Jean-Pierre Sarthou prend la parole pour signaler un projet en cours d’élaboration, Sol Novo, consacré à la régénération des sols agricoles du Sud-Ouest.

Ce projet de recherche-action devait mobiliser :

  • l’INRAE ;
  • le CNRS ;
  • l’INP Toulouse ;
  • l’INSA ;
  • Purpan ;
  • plus de 160 agriculteurs.

L’objectif était d’accompagner une transition agroécologique à grande échelle, avec suivi scientifique, technique et économique.

Le projet a cependant été mis en pause faute de financements suffisants pour soutenir la prise de risque des agriculteurs, l’achat de matériel et les premières années de transition.

Conclusion d’Olivier Husson

En conclusion, Olivier Husson souligne que cette journée « fait beaucoup de bien » dans un contexte saturé d’annonces de catastrophes.

Il résume les enseignements autour de trois idées :

  • comprendre les processus ;
  • réguler les flux ;
  • s’appuyer sur la diversité.

Selon lui :

  • il faut penser à plusieurs échelles de temps et d’espace ;
  • combiner sols couverts, arbres, zones humides, castors, matière organique et diversité de pratiques ;
  • articuler des solutions variées plutôt que chercher une solution unique ;
  • associer tous les acteurs : agriculteurs, élus, société civile, banques, institutions, techniciens.

Il évoque aussi l’idée de dispositifs de soutien temporaire comparables à certaines aides existantes, afin de sécuriser les agriculteurs qui replantent des arbres, remettent des couverts ou restaurent la matière organique des sols.

Sa conclusion est un appel à remettre des éponges partout dans le paysage, pour mieux tamponner les excès et retrouver un monde plus vivable.

Clôture

La séance se termine sur plusieurs annonces :

  • la projection-spectacle de L’homme qui plantait des arbres à 18 h dans la même salle ;
  • le rappel que le lendemain sera consacré à la viticulture ;
  • l’évocation de la création d’une marque participative et collective, Arbres et civilisations, destinée à mettre en valeur des produits, des projets et des personnes engagés dans des démarches agroécologiques.

En toute fin, un échange rapide porte aussi sur l’idée d’un ministère de l’agroécologie, accueillie très favorablement par la salle.

Suzanne Husky conclut en soulignant combien il est important de penser ensemble la santé des cours d’eau et celle de l’agriculture, et combien il serait souhaitable que ces sujets soient pleinement enseignés, notamment dans les lycées agricoles.

L’après-midi se referme ainsi sur une idée simple et insistante : l’eau, les sols, les arbres, les rivières, les zones humides, l’agriculture et le climat ne peuvent plus être pensés séparément.