Erwan CARADEC - Du TCS au Semis Direct sous Couvert - 1/2

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À Douarnenez, dans le Finistère, à moins d’un kilomètre de la mer, Erwan Caradec conduit avec son frère une ferme laitière de 175 ha, avec environ 95 vaches et 1 million de litres de lait produits. Passé des TCS au semis direct sous couvert, il pratique aujourd’hui le semis direct intégral depuis près de dix ans. Son système repose sur des rotations adaptées au parcellaire, avec double culture, méteils, maïs, blé, luzerne de longue durée et haricot d’industrie, dans une logique d’autonomie protéique. Il insiste sur les bénéfices observés : meilleure portance des sols, hausse de la matière organique, forte activité biologique et limitation de l’érosion. Les couverts diversifiés, les légumineuses et les effluents d’élevage jouent un rôle central. Pour lui, réussir en semis direct suppose surtout de raisonner la rotation, maintenir des sols couverts en permanence et progresser collectivement, en groupe, plutôt que seul.

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Résumé
À Douarnenez, dans le Finistère, à moins d’un kilomètre de la mer, Erwan Caradec conduit avec son frère une ferme laitière de 175 ha, avec environ 95 vaches et 1 million de litres de lait produits. Passé des TCS au semis direct sous couvert, il pratique aujourd’hui le semis direct intégral depuis près de dix ans. Son système repose sur des rotations adaptées au parcellaire, avec double culture, méteils, maïs, blé, luzerne de longue durée et haricot d’industrie, dans une logique d’autonomie protéique. Il insiste sur les bénéfices observés : meilleure portance des sols, hausse de la matière organique, forte activité biologique et limitation de l’érosion. Les couverts diversifiés, les légumineuses et les effluents d’élevage jouent un rôle central. Pour lui, réussir en semis direct suppose surtout de raisonner la rotation, maintenir des sols couverts en permanence et progresser collectivement, en groupe, plutôt que seul.

1/2 - Erwan CARADEC - Du TCS au Semis Direct sous Couvert


Aujourd'hui, première partie d'un entretien avec Erwan CARADEC, un éleveur laitier à Douarnenez (29). Il nous explique ici comment il a rendu ses terres plus vivantes que jamais, et les moyens à mettre en oeuvre pour y arriver !


Localisation et présentation de la ferme

L’exploitation se situe sur la commune de Douarnenez, dans le Finistère, à proximité immédiate de la mer, à moins d’un kilomètre du littoral.

Erwan Caradec y est installé avec son frère. Sur la ferme, la production principale est le lait, avec un peu plus d’un million de litres produits, pour environ 95 vaches laitières. La surface de l’exploitation est d’environ 175 hectares.

La ferme a une particularité marquée : elle est en semis direct intégral depuis quasiment dix ans au moment de l’intervention. Le système repose sur :

Les rotations mises en place

Erwan Caradec explique qu’il existe plusieurs rotations sur l’exploitation, avec deux grandes bases principales, auxquelles peut s’ajouter un troisième schéma, notamment autour de la luzerne sursemée.

Sa rotation principale est construite en fonction de la culture de légume industriel, qui sert de tête de rotation. En règle générale :

  • un méteil est implanté avant la culture de haricot ;
  • ce méteil est semé à l’automne précédent ;
  • il est récolté au mois de mai, voire début juin ;
  • la culture de haricot est semée fin juin-début juillet ;
  • elle est récoltée ensuite ;
  • un blé suit ;
  • puis d’autres cultures s’enchaînent.

L’ensemble est conduit en semis direct intégral.

Plus loin, il détaille davantage une rotation type :

  • méteil protéagineux pour l’alimentation des laitières ;
  • haricot ;
  • blé ;
  • couvert avec légumineuses ;
  • maïs grain ou maïs épi ;
  • puis l’année suivante maïs ensilage ;
  • retour ensuite vers méteil, haricot, blé, puis deux années de maïs.

Il adapte cependant ces rotations au parcellaire, notamment parce que toutes les parcelles ne sont pas accessibles aux machines de récolte des haricots, ni aux camions. Sur les parcelles plus pentues ou plus contraignantes, il raisonne plus opportunément, en fonction :

  • de la topographie ;
  • du risque d’érosion ;
  • de la possibilité de récolter en grain, en ensilage ou non ;
  • et de l’intérêt agronomique de la culture ou du couvert.

Pour lui, le couvert est une culture à part entière. Il faut le semer, le suivre, et décider s’il sera récolté, laissé au sol, ou valorisé autrement.

Passage des TCS au semis direct

Erwan Caradec s’est installé en 1999. Dès cette période, il était déjà orienté vers les techniques culturales simplifiées, au départ pour des raisons matérielles, mais aussi par intérêt personnel pour l’agronomie.

En 2001, dans le département, un groupe de techniques culturales simplifiées a été créé avec la Chambre d’agriculture. Il y a adhéré presque immédiatement. Il souligne que le travail collectif a permis d’avancer plus vite : l’expérience des uns a servi aux autres.

Il a pratiqué les TCS jusqu’en 2005-2006, avant de passer ensuite au semis direct sous couvert.

Il raconte aussi de façon très concrète le démarrage du changement. À l’époque, les semis étaient réalisés par entreprise, et la ferme labourait encore. Puis, un jour, une panne de charrue en bout de champ l’a conduit à utiliser le semoir disponible sur l’exploitation. Une année, puis deux, il a constaté que :

  • les rendements ne bougeaient pas ;
  • la portance des sols changeait rapidement.

Cela l’a conduit à acheter un semoir de TCS en 2002, utilisé pendant quatre ans. Ensuite, il a voulu aller plus loin, car si le TCS permettait de gagner du temps, il ne le satisfaisait pas sur le plan du salissement : le travail du sol faisait lever des adventices qui gênaient les cultures suivantes.

Le passage au semis direct pur sous couvert lui a permis de limiter ce salissement grâce à la présence permanente d’un couvert végétal ou d’un « tapis » sur le sol.

Les sols de l’exploitation

Le parcellaire est très hétérogène. Il possède un peu de terres légères, environ 3,5 hectares, mais l’essentiel des surfaces est constitué de sols oscillant entre 20 et 35 % d’argile.

Ce sont des terrains hydromorphes, pas faciles à travailler. Cependant, il constate qu’ils s’améliorent au fil du temps grâce au changement de pratiques.

L’un des premiers effets très positifs observés au passage du labour puis des TCS au semis direct concerne la portance. Il cite l’exemple des parcelles de blé en sortie d’hiver :

  • auparavant, certaines parcelles n’étaient accessibles qu’à partir de fin avril ou début mai ;
  • aujourd’hui, il peut y entrer dès le mois de décembre.

Pour lui, c’est le premier bénéfice majeur constaté.

Couverture des sols et fertilité biologique

Un autre levier important est l’utilisation maximale de couverts diversifiés, avec apport de légumineuses dans les mélanges. Selon lui, cela a fait progresser très nettement le fonctionnement biologique des sols.

La ferme a aussi l’avantage de disposer de plusieurs types d’effluents d’élevage :

  • fumier bovin ;
  • lisier bovin ;
  • fumier de volaille ;
  • lisier de porc.

Cette diversité permet d’adapter les apports au mieux selon les sols et les périodes de l’année.

Erwan Caradec insiste sur l’évolution rapide de la vie microbienne et de la vie biologique des sols. Des comptages de vers de terre sont réalisés régulièrement, environ deux fois par an, sur différentes parcelles, précédents culturaux et cultures.

Il cite un exemple marquant : sur luzerne, des comptages ont dépassé facilement les 400 vers de terre par mètre carré. Cela représente une biomasse considérable, qu’il faut nourrir en maintenant en permanence de la production végétale et de la matière organique à restituer au sol.

Matière organique et pH

Dans le secteur, les taux de matière organique sont déjà relativement confortables grâce aux apports organiques. En règle générale, ils se situent entre 3 et 3,5 %, parfois davantage selon les types de sols. Sur certains sols plus légers, ils peuvent monter à 5 ou 5,5 %, voire un peu plus. Sur l’exploitation, les taux vont d’environ 3,5 % à presque 9 %.

Erwan Caradec explique avoir vu ses taux de matière organique progresser relativement vite, avec des gains de l’ordre de 0,2 à 0,3 point par an.

Concernant le pH, il souligne un point observé avec plusieurs collègues : depuis qu’ils ne chaulent plus les sols, parfois depuis dix ans, le pH ne baisse pas. Il a même tendance à remonter légèrement. Selon lui, le fait de ne plus perturber les sols limite fortement l’abaissement du pH.

Sur la ferme, les pH vont généralement de 6 à 7 selon les parcelles.

Objectif du système : produire beaucoup avec peu d’intrants

Erwan Caradec résume son objectif principal ainsi : produire un maximum avec un minimum d’intrants.

Il prend l’exemple du méteil, utilisé pour l’alimentation des laitières. Le mélange de base comprend en général :

Les mélanges peuvent varier selon les parcelles et les dates de semis.

Ces méteils sont récoltés autour du 10-15 mai. Les rendements peuvent être très élevés. Il cite notamment pour 2017 des niveaux autour de 17,5 tonnes de matière sèche par hectare, voire un peu plus de 19 tonnes de matière fraîche, ce qu’il juge très confortable pour l’alimentation du troupeau laitier.

Après ce méteil, lorsqu’un haricot est prévu :

  • le haricot est implanté fin juin-début juillet ;
  • il est récolté vers le 15 septembre ;
  • les résidus restent au sol ;
  • un blé est semé ensuite, en général autour du 15 octobre.

Sur ce blé :

  • un désherbage est réalisé si besoin fin novembre-début décembre, avec les produits adaptés et à doses adaptées ;
  • la fertilisation de printemps est assurée en général avec environ 30 m³ de lisier de porc, soit autour de 90 unités totales, pour environ 60 unités efficaces ;
  • la fertilisation minérale complémentaire, après testeur ou observation du besoin de la plante, est de l’ordre de 50 à 60 unités maximum.

Au total, il se situe autour de 110 unités d’azote pour produire environ 90 quintaux de blé par hectare.

La place essentielle des légumineuses

Après le blé, il implante un couvert avec obligatoirement une légumineuse. Pour lui, c’est essentiel afin de remettre en place un volant de fertilité azotée.

Cette logique se retrouve dans tout le système :

  • dans les méteils ;
  • dans les couverts ;
  • dans la conduite des luzernières ;
  • et dans la recherche générale d’[[autonomie protéique]].

Le système luzerne sur le long terme

Erwan Caradec décrit aussi un système original de luzerne très pérenne. En 2018, ses luzernières les plus anciennes ont 11 ans.

Le principal problème de la luzerne, selon lui, est qu’elle a tendance à s’éclaircir au fil des années. Pour compenser cela, il l’implante au printemps avec du trèfle, en général :

Le trèfle vient boucher les trous éventuels là où la luzerne s’est moins bien développée.

La première année, il réalise trois fauches. Puis, au premier hiver suivant, il implante un méteil protéagineux dans la luzerne. Ce méteil :

  • maintient la luzerne propre pendant l’hiver ;
  • est récolté début mai.

Ensuite, trois coupes de luzerne peuvent suivre dans l’année si les conditions le permettent. Les deux premières sont généralement assurées ; la dernière est plus aléatoire car elle arrive tard dans la saison.

Après cette dernière fauche, vers fin septembre-début octobre, il réalise un épandage de fumier bovin de l’ordre de 30 à 35 tonnes par hectare, non pas pour nourrir directement la culture, mais pour entretenir l’activité biologique du sol.

Puis il réimplante un méteil pendant l’hiver. Ce cycle se répète d’année en année. Il insiste sur le fait que, contrairement à ce que certains pourraient penser, il est tout à fait possible de tenir ainsi des luzernières très longtemps.

Adapter les rotations au parcellaire et à l’érosion

Sur certaines parcelles pentues, il ne suit pas forcément le schéma principal. Il construit alors une rotation plus opportuniste, en fonction :

  • de l’accessibilité ;
  • des risques d’érosion ;
  • de la valorisation possible de la culture ;
  • et de la structure du sol.

Il explique que sur des parcelles en pente qui pouvaient auparavant poser des problèmes d’érosion, la situation est aujourd’hui résolue. Pour lui, l’érosion n’est plus un sujet préoccupant dans ce système.

Il raisonne alors davantage en fonction de l’envie du moment, de la culture la plus adaptée à la parcelle, et de la possibilité de récolter cette culture en grain ou en ensilage.

Conseils pour débuter en semis direct

Erwan Caradec conseille aux agriculteurs souhaitant entrer dans la technique de commencer avec le matériel déjà présent sur la ferme, sans forcément investir immédiatement dans un semoir spécifique.

Selon lui :

  • il faut se faire la main d’abord ;
  • si besoin, acheter ensuite un semoir d’occasion ;
  • éventuellement mutualiser le matériel, mais plutôt à deux ou trois personnes maximum.

Il reste prudent sur les CUMA pour ce type de matériel, car les fenêtres météo peuvent être très courtes. Il estime qu’il faut avoir le semoir sous la main pour intervenir dès que les conditions sont favorables.

Il recommande aussi de commencer progressivement :

  • sur une pâture ;
  • sur un semis de blé après prairie ;
  • ou sur un blé après luzerne.

Pour lui, il faut d’abord construire sa rotation, assurer une couverture permanente des sols, puis seulement investir dans un semoir adapté. Il rappelle que les semoirs de semis direct n’aiment pas du tout la terre nue.

Il a lui-même commencé avec un semoir Aitchison de 3 mètres, puis est passé à 4 mètres. Il remarque qu’il aurait même pu prendre plus large plus tôt, tant la consommation de carburant et le besoin de puissance restent réduits.

Il cite des consommations d’environ 2 litres de gazole par hectare et un temps de l’ordre de 20 minutes par hectare de blé, avec un tracteur 4 cylindres turbo de 110 chevaux.

Le gain de temps est important, surtout lorsqu’il y a un salarié sur le tracteur, mais aussi parce que les heures non passées à travailler le sol peuvent être consacrées à l’observation ou aux animaux.

L’intérêt du collectif et du groupe départemental

Dans le Finistère, un groupe TCS a été mis en place à l’origine, puis orienté progressivement davantage vers le semis direct. Erwan Caradec indique qu’une quarantaine d’agriculteurs du département pratiquent le semis direct pur.

Le groupe se réunit trois à quatre fois par an avec un technicien, Jean-Philippe Turbin, de la Chambre d’agriculture. Les réunions comportent :

  • une partie en salle le matin ;
  • une visite de terrain l’après-midi ;
  • des échanges sur les essais réalisés, ce qui a marché ou non.

Il insiste sur le fait qu’on avance difficilement seul, alors qu’en groupe on progresse beaucoup plus vite.

Il précise toutefois qu’il n’existe pas de système totalement transposable. Ce qu’il fait chez lui ne peut pas être appliqué tel quel ailleurs. Chaque système dépend :

  • du type d’exploitation ;
  • de la présence ou non d’élevage ;
  • du climat ;
  • des sols ;
  • et des objectifs de l’agriculteur.

Commencer sur prairie ou sur sol déjà structuré

Pour un éleveur laitier, il conseillerait de démarrer le semis direct sur une pâture ou sur une prairie temporaire. La structure y est déjà faite, ce qui facilite la réussite.

Le point essentiel est de ne pas intervenir trop tôt et de ne pas abîmer une structure favorable déjà en place. Il faut attendre que le sol soit ressuyé.

En règle générale, sur une pâture, comme la structure est déjà présente, le ressuyage est plus rapide que sur un sol cultivé classique.

Il conseille aussi de bien se renseigner, de rejoindre un groupe si possible, ou de se rapprocher d’agriculteurs voisins intéressés par la technique. Faire intervenir quelqu’un qui connaît bien le sujet peut être très utile.

Exemple de système poussé à l’extrême : trois récoltes sur une année glissante

Erwan Caradec donne un exemple concret où il a poussé la logique du système très loin, avec trois récoltes de trois cultures différentes sur une même année glissante, plus une quatrième culture implantée derrière.

Le point de départ était une pâture ray-grass-trèfle, enrubannée début octobre 2016.

Ensuite :

  • un passage de glyphosate à faible dose a été réalisé, de l’ordre de 0,5 litre, pour nettoyer les graminées tout en conservant au maximum le trèfle ;
  • un méteil a été implanté début octobre ;
  • il a été récolté au mois de mai ;
  • un maïs a ensuite été semé ;
  • ce maïs a été récolté fin septembre-début octobre ;
  • un blé a été implanté derrière.

Cela lui a permis de récolter trois cultures différentes et d’en implanter une quatrième dans le même enchaînement.

Selon lui, le semis direct rend cela possible parce qu’il permet :

  • d’intervenir très vite ;
  • d’avoir des sols portants ;
  • et de faire démarrer les cultures immédiatement.

Il insiste sur un principe central : il faut éviter au maximum les périodes sans culture implantée. Le sol est vivant ; il faut qu’il y ait toujours quelque chose qui pousse.

Un contexte climatique très particulier

Le contexte local joue un rôle déterminant. À un kilomètre de la mer, le climat est très spécifique :

  • environ 1 200 mm de pluie par an ;
  • très peu de gel, parfois pas du tout ;
  • des températures qui descendent rarement sous zéro ;
  • des étés modérés, avec peu de très fortes chaleurs.

Cette proximité maritime est à la fois une contrainte et un avantage. Certaines pratiques réalisables à Douarnenez ne le seraient pas ailleurs, par exemple dans le Gers ou dans l’Est de la France, et inversement.

Il prend l’exemple de la luzerne : dans les climats plus continentaux, elle entre en dormance pendant une bonne partie de l’hiver. Chez lui, la dormance est très courte, souvent seulement quinze jours à trois semaines, en général fin janvier-début février.

Cela permet une production presque continue.

Il souligne aussi qu’il n’y a pas d’irrigation sur la ferme. Malgré cela, les doubles cultures permettent d’atteindre des productions très élevées, de l’ordre de 35 à 40 tonnes de matière produite par hectare dans certains enchaînements.

Cette performance repose sur l’adaptation fine des successions culturales :

  • aux périodes de semis ;
  • aux dates de récolte ;
  • au climat ;
  • et aux caractéristiques de chaque parcelle.

Erwan Caradec insiste sur sa connaissance très précise du parcellaire, jusque dans les moindres détails : zones humides, caillouteuses, creux, etc. Il adapte ses cultures à chaque parcelle.

Comptages de vers de terre, de carabes et effet des produits phytosanitaires

Des comptages réguliers sont réalisés sur la ferme, notamment sur les vers de terre et les carabes, avec l’appui de Jean-Philippe Turbin.

Des essais ont été menés pour mesurer l’impact de différents phytosanitaires sur la vie du sol.

Glyphosate

Selon les observations rapportées, le glyphosate, testé à différentes doses, n’a montré aucun impact sur la vie du sol dans ces conditions. Erwan Caradec rappelle qu’il s’agit d’un produit à action foliaire et non d’un produit agissant directement sur la vie du sol.

Anti-limaces

En revanche, des déconvenues ont été observées avec certains anti-limaces. Il cite notamment le Mesurol, qui avait un impact très négatif sur les populations de vers de terre. Son interdiction lui paraît donc être une bonne chose.

Aujourd’hui, il utilise du métaldéhyde. D’après les observations menées, son impact sur les vers de terre est beaucoup plus faible, voire minime.

Insecticides et carabes

Concernant les carabes, les essais n’ont pas mis en évidence d’impact significatif après différents traitements phytosanitaires. Il cite par exemple les insecticides réalisés sur colza contre les altises en début de cycle. D’après lui, l’impact reste limité car ces traitements interviennent à une période où l’activité des carabes est moins importante.

Évolution du salissement en passant du TCS au semis direct

Un point très marquant pour Erwan Caradec est l’évolution de la flore adventice.

En TCS, il observait beaucoup de levées de :

  • mouron ;
  • véronique ;
  • diverses dicotylédones.

Depuis le passage au semis direct, il constate que ces dicotylédones ont quasiment disparu. Il affirme ne plus voir de rumex dans les parcelles, ce qui lui paraît très frappant.

Le principal point de vigilance concerne désormais les graminées, en particulier :

Ce sont, selon lui, les adventices auxquelles il faut faire le plus attention en semis direct. Il explique néanmoins qu’avec la rotation, il parvient aujourd’hui à les contenir.

Il donne un exemple : des blés implantés au 15 octobre et non encore désherbés lui paraissent parfois suffisamment propres pour s’interroger sur la nécessité réelle d’un passage.

Le cas particulier du maïs en semis direct

Pour Erwan Caradec, le blé est probablement la culture la plus facile à réussir en semis direct.

Le maïs, en revanche, est plus complexe. Sur la ferme, des plateformes d’essais variétaux sont mises en place tous les ans. Cela permet :

  • de tester de nouvelles variétés ;
  • de confirmer celles observées l’année précédente.

Ces essais montrent que certaines variétés peuvent très bien fonctionner en conventionnel mais ne pas être adaptées au semis direct sous couvert. La différence se joue notamment sur :

  • la physiologie de la variété ;
  • sa vigueur de départ ;
  • sa capacité à s’adapter au contexte particulier du semis direct.

À l’inverse, certaines variétés peu convaincantes en conventionnel se révèlent très performantes en semis direct.

Il insiste donc sur la nécessité d’essayer, de comparer, de peser et de mesurer. Rien n’est écrit d’avance sur la variété. Il faut faire des plateformes, observer et quantifier.

Mesurer pour progresser

Erwan Caradec pèse le maximum de ce qu’il récolte. C’est ce qui lui permet d’annoncer précisément ses rendements. Pour lui, il est indispensable de quantifier :

  • les rendements ;
  • la valeur alimentaire des méteils ;
  • les réponses des variétés ;
  • et l’efficacité des itinéraires techniques.

Des analyses sont réalisées tous les ans, ce qui permet de savoir précisément ce qui est produit.

Message final

Erwan Caradec constate qu’il y a de plus en plus de personnes intéressées par ces pratiques. Il remercie les visiteurs venus voir ce qui est réalisé sur la ferme et dans le département depuis une quinzaine d’années.

Il conclut en soulignant que, malgré certaines limites administratives ou réglementaires, l’évolution va selon lui progressivement dans le bon sens. Le système continue donc à avancer, en s’appuyant sur :

  • l’observation ;
  • l’agronomie ;
  • la couverture permanente des sols ;
  • la diversité des rotations ;
  • et le travail collectif.