Essai de buttes d'automne en pomme de terre, avec Benoist Leforestier
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Aujourd'hui, une interview d'un agriculteur en seine-maritime sur la pomme de terre !
Veuillez nous excuser pour la mauvaise qualité du son. Il y a eu beaucoup de vent le jour du tournage, et il nous a été difficile de retirer les saturations dues au vent.
Présentation de l’exploitation et contexte
Je suis Benoist Leforestier. Je suis en EARL avec mon épouse sur une exploitation de 110 hectares de cultures. Par le biais des échanges de terres, je produis annuellement 32 hectares de pommes de terre, à la fois pour le marché du frais sur 13 hectares, et le reste pour l’industrie pour Lunor.
Pour Lunor, les besoins sont plutôt spécifiques : il faut des petits et moyens calibres, avec des variétés adaptées.
Cette année, après 10 à 15 ans d’agriculture de conservation, notamment avec semis sous couvert, vers de terre et recherche d’amélioration de la structure du sol, et à la suite d’essais menés dans d’autres pays ou dans d’autres régions en France, nous avons voulu réaliser ici, en Seine-Maritime, un essai de buttes d’automne en pommes de terre.
Mise en place de l’essai de buttes d’automne
Après un précédent lin textile, nous avons réalisé, au mois de septembre, un passage de Gisel à 10-15 cm de profondeur derrière le lin.
Ensuite, nous avons semé un couvert végétal composé d’un mélange de :
Après cela, nous avons passé le bed former, un outil qui nous sert habituellement à tamiser les pommes de terre au printemps. Derrière ce passage de bed former, j’ai ensuite passé la planteuse à pommes de terre, celle qui sert normalement à planter au printemps, afin de former les buttes dès l’automne.
Levée et développement du couvert
Malgré une date de semis un peu tardive, la levée s’est bien passée et les couverts se sont correctement développés pendant l’hiver.
Les couverts ont été semés autour du 10 septembre. Avec un automne relativement doux ensuite, la levée a été assez rapide, avec une humidité du sol suffisante. Le développement n’a pas été optimum, car le semis restait un peu tardif, mais les couverts se sont malgré tout développés correctement.
Observations sur la structure du sol pendant l’hiver
Pendant l’hiver, ce que nous avons pu observer, c’est un très bon enracinement des couverts, qui a très bien structuré la butte de pommes de terre.
L’hiver ayant été peu humide, les buttes se sont peu retassées. Ainsi, aux mois de février-mars, on avait dans les buttes une structure de sol vraiment excellente.
La comparaison a été faite non pas avec d’anciens essais, mais surtout avec le reste de la parcelle conduit de manière classique, c’est-à-dire avec couvert semé en direct derrière le lin.
Un point marquant a été noté : dans la butte, il y avait une très bonne odeur, une odeur de terre vivante, presque une odeur de champignons, quelque chose de plutôt sympathique, qu’on ne retrouvait pas du tout dans le reste de la parcelle. C’était un élément intéressant.
Destruction du couvert au printemps
Au printemps, environ trois semaines avant plantation, j’ai dû détruire ce couvert, qui avait repoussé et qui était resté relativement vert.
Le choix d’avoir mis du radis dans le mélange a compliqué la destruction, car il n’avait pas gelé du tout pendant l’hiver. Malgré tout, la végétation restait encore importante.
J’ai donc passé le broyeur de fanes de pommes de terre, sans modification particulière, pour couper ce qui dépassait. Puis je suis revenu finir la coupe de tout ce qui était à l’extérieur.
Fertilisation avant plantation
Quinze jours avant plantation, j’ai fait l’amendement minéral classique, avec du sulfate contenant :
J’ai apporté environ 800 kg d’un engrais de type 5-5-24.
Juste avant de planter, j’ai également apporté l’azote. J’ai mis 120 unités de solution azotée. D’habitude, cette solution est incorporée au moment de la plantation, sous les pommes de terre. Avec les buttes d’automne, ce n’était évidemment pas possible, donc elle a été apportée en surface.
Un témoin a été conduit de la même façon, de manière à ce que toutes les pommes de terre soient dans les mêmes conditions avant plantation.
Adaptation de la planteuse pour planter dans les buttes d’automne
Au cours de l’hiver, nous nous sommes vite dit qu’il serait sans doute assez compliqué de mettre correctement la pomme de terre dans la butte avec notre matériel.
Avec mon collègue, nous avons donc conçu des socs plus étroits et plus fins pour pouvoir planter quasiment directement dans ces buttes d’automne, sans avoir à les retravailler.
C’était un essai. Au moment de la plantation, nous avons eu du mal à placer le tubercule à la bonne profondeur. Pour faciliter le travail, j’avais aussi passé la veille un outil à disque pour trancher le milieu de la butte à 10-15 cm de profondeur, afin de couper le chevelu racinaire.
Malgré cela, la planteuse n’était pas totalement adaptée.
Plantation et premiers résultats de levée
J’ai planté les pommes de terre à 12 cm de profondeur. Habituellement, dans la référence en terrain tamisé, on est plutôt à 7 cm.
Pour l’instant, la levée des pommes de terre est tout à fait satisfaisante. Par endroits, certains plants ont été un peu déplacés, mais pour une première année, cela reste acceptable.
Comme ma planteuse n’était pas vraiment adaptée à une plantation dans des buttes d’automne, j’ai eu quelques problèmes :
- de recouvrement des plants
- de façonnage de la butte
J’ai donc emprunté une buteuse à un voisin. Malgré des réglages pas totalement adaptés, le résultat n’était pas toujours convaincant. J’ai alors repassé une nouvelle fois derrière, après avoir démonté les socs de pommes de terre, pour au final faire des buttes de pommes de terre tout à fait correctes.
Ces pommes de terre seront ensuite conduites exactement comme le reste de la parcelle, en essayant de faire toutes choses égales par ailleurs.
Suivi prévu de l’essai
L’essai sera mené jusqu’au bout. Il est prévu de réaliser :
- des comptages de densité de plantation
- des analyses de rendement
- des mesures sur les quantités de tubercules
- des observations sur la répartition des calibres
L’objectif est de bien vérifier que, même si la planteuse a été réglée de la même manière, tout se passe correctement en buttes d’automne.
Variété utilisée et densité de plantation
La variété utilisée est Anzac, une vieille variété à chair jaune qui convient bien à l’industriel.
Elle a la particularité de faire beaucoup de tubercules par plant. Elle a été plantée à environ 45 000 pieds.
J’avais des plants d’Anzac en calibre 40/45. J’ai choisi ce calibre en me disant que la vigueur germinative serait forcément meilleure et qu’il serait plus facile de voir les choses. Bien sûr, le témoin a été entièrement conduit avec le même calibre et le même plant, afin que toutes les modalités soient comparables.
Irrigation prévue
L’irrigation est faite en goutte-à-goutte. J’essaierai toutefois d’arrêter le goutte-à-goutte sur une partie de la parcelle pour comparer les deux situations :
- irrigué
- non irrigué
L’idée est de voir ce que donnent les buttes d’automne dans les deux conditions.
Pourquoi faire cet essai ?
Nous avons choisi de faire cet essai de buttes d’automne parce que cela fait au moins une dizaine d’années que nous essayons d’aller vers un maximum d’agriculture de conservation sur l’exploitation.
Cela reste toujours difficile avec la pomme de terre, parce que cette culture exige beaucoup de travail du sol.
Dans le cadre de Sol’N (transcription incertaine), nous avons déjà fait des essais en minimisant le travail du sol au printemps. Nous nous sommes vite aperçus que, dans nos conditions de sol, et particulièrement l’année dernière qui avait été un peu sèche, dès qu’on ne travaillait pas suffisamment le sol au moment de la plantation, cela se traduisait par une perte de rendement.
Nous avions fermé l’essai à trois modalités : passage d’outil à dents, fraise, ou autre travail du sol. Les rendements n’étaient pas bons dans les modalités où le sol était peu travaillé. Néanmoins, le jour de la récolte, en conditions sèches, il y avait dans la benne 80 % de terre et 20 % de patates pour la modalité avec travail du sol réduit au printemps.
Cela a renforcé l’idée qu’il fallait chercher une autre voie.
L’idée des buttes d’automne
En ayant un peu voyagé, et avec un de mes fils qui travaille aussi sur ces questions, nous nous sommes dit qu’il y aurait intérêt à essayer les buttes d’automne.
L’idée est la suivante : si on prépare un minimum le sol à l’automne, on peut espérer qu’au printemps la structure soit déjà excellente, avec très peu de travail à faire. On peut aussi espérer que :
- le climat
- la pluviométrie
- et surtout le couvert végétal et son système racinaire
viennent structurer naturellement la butte.
C’est donc ce pari que nous avons fait, sur une petite surface, certes, mais déjà suffisamment représentative.
Limites du tamisage classique
En conduite conventionnelle, on fait du tamisage. Or, la tamiseuse est un outil qui travaille le sol sur environ 20 à 25 cm de profondeur.
Elle chamboule fortement la terre. Quand on suit la tamiseuse, on voit bien les dégâts que cela occasionne, notamment sur les vers de terre.
Au-delà de cela, le tamisage :
- assouplit énormément le sol
- est lourd
- est long
- est fastidieux en chantier
C’est aussi pour cela que nous avons voulu essayer les buttes d’automne.
Bien sûr, l’avantage du tamisage est d’enlever les cailloux et les grosses mottes. Avec la technique des buttes d’automne, on n’enlèvera pas les cailloux résiduels. Mais entre deux maux, il faut choisir celui que l’on veut éviter.
Pourquoi ne pas tamiser à l’automne ?
L’idée de tamiser à l’automne n’a pas été retenue. Affiner la terre avant l’hiver paraît au contraire catastrophique pour la butte, notamment à cause des risques de :
- compaction
- tassement
- dégradation structurale
Même si le couvert peut peut-être limiter ce tassement, cela semble malgré tout à proscrire.
La question du passage en bio
Un autre élément est venu se rajouter : nous avons décidé de passer la ferme en bio. Cette décision vient d’être prise.
Cela complexifie encore les choses, en particulier pour la destruction du couvert sur des buttes d’automne.
La question maintenant est de savoir si nous allons continuer ces essais. A priori, oui, car si nous passons en bio, ce n’est pas pour travailler encore davantage le sol. Au contraire, nous allons essayer de trouver la bonne solution pour :
- perturber le moins possible le sol
- perturber le moins possible la culture de pomme de terre
- détruire correctement le couvert au printemps sur buttes d’automne
Cela pose donc de nouvelles questions techniques.
Objectif de production en petits calibres
Nous plantons de façon à obtenir un maximum de tubercules, car dans cette production, ce que nous recherchons, c’est d’avoir au moins 30 à 35 % de calibre 30-42 mm dans le poids total.
On recherche donc vraiment du petit calibre, ce qui explique une plantation relativement dense.
En revanche, cela impose d’avoir une terre bien préparée, car nous arrachons avec une chaîne d’arrachage dont les barreaux sont relativement étroits. Il est donc difficile de laisser passer beaucoup de terre, parce qu’on ne veut pas perdre les petits calibres.
C’est aussi pour cela qu’il faut que, dans les buttes d’automne, la structure du sol soit excellente, afin de ne pas avoir trop de terre à l’arrachage.
Premières impressions au champ
Pour l’instant, ce que l’on voit, même si tout n’a pas encore été observé en détail, c’est que la structure de sol est quasiment équivalente à celle obtenue après tamisage.
C’est donc, à ce stade, plutôt bien parti.