Frédéric Thomas, retour sur 25 ans de semis direct
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1er février 2024 : Journée Thématique du Comifer organisée au FIAP Jean Monnet (Paris 14è) sur le thème « Quelles pratiques de fertilisation pour accompagner la diversité des systèmes de culture ? »
Autour d’un programme construit en 3 parties :
- État des lieux sur la diversité des pratiques de fertilisation
- Premiers enseignements pour la gestion de la fertilisation tirés de dispositifs expérimentaux mobilisant des leviers agroécologiques
- Nouvelles mesures, méthodes et indicateurs pour raisonner la fertilisation face à la diversité des systèmes de culture
Cette JT présente et analyse la capacité des méthodes actuelles de raisonnement de la fertilisation à couvrir la diversité des systèmes de culture existant et propose, sur la base de résultats d'essais, des évolutions de méthodes et d'outils afin de répondre aux besoins de la profession.
Retour sur 25 ans de semis direct par Frédéric Thomas
Frédéric Thomas partage son expérience de 30 années en agriculture sur sa ferme familiale située en Sologne, dans le Loir-et-Cher. Évoluant sur des terres hydromorphes, sableuses et pauvres, il a dû adapter ses pratiques dès le départ en adoptant le semis direct sous couvert, une méthode qui lui a permis de gérer l’excès d’humidité et de restaurer la fertilité de ses sols.
Le rôle central de l’autofertilité
Le travail de Frédéric Thomas repose sur le développement de « l’autofertilité » des sols. Pour y parvenir, il a mis en place plusieurs leviers :
- Apport de matières organiques : Depuis 2000, il utilise des composts de déchets verts (disposant désormais de sa propre station de compostage). Ces apports ont permis d’augmenter le taux de matière organique de 0,6-1 % à environ 2,7 %.
- Couverts végétaux : Les couverts ne servent pas seulement à couvrir le sol, ils sont un moteur biologique essentiel. Ils permettent une séquestration de carbone et une accumulation d’azote, augmentant ainsi la capacité d’échange cationique (CEC) de ses sols.
- Gestion biologique : En favorisant l’activité biologique, il transforme ses parcelles en systèmes capables de minéraliser entre 150 et 250 unités d’azote par an, selon les conditions climatiques.
L’intégration de l’élevage
Depuis 2012, l’élevage occupe une place stratégique. Frédéric Thomas utilise le pâturage tournant dynamique sur ses couverts avec les moutons de collègues éleveurs. Cette pratique permet de valoriser la biomasse produite tout en optimisant le cycle des nutriments via les déjections animales, selon le principe « brout-crotte ».
Stratégies de fertilisation et cultures
Frédéric Thomas insiste sur l’importance de l’adaptation :
- Maïs : En condition de non-irrigation sur sols sableux, il utilise l’autofertilité des sols pour réduire les apports minéraux, complétés par une fertilisation localisée (environ 30 unités) au semis.
- Colza associé : Il utilise des mélanges (féverole, sarrasin, trèfle, lin) pour capter l’azote à l’automne. La féverole, en particulier, permet de stocker de l’azote qui sera ensuite disponible pour la culture de colza au printemps, réduisant ainsi le recours aux engrais minéraux.
- Céréales d’hiver : Ce sont les cultures les plus complexes à gérer en raison du décalage avec la minéralisation naturelle. Frédéric Thomas conseille aux agriculteurs de réaliser des essais avec des témoins « zéro azote » et des témoins « surfertilisés » pour mieux comprendre et calibrer la réponse de leurs sols.
Perspectives : au-delà de la production alimentaire
Pour Frédéric Thomas, l’agriculture de demain doit intensifier la photosynthèse pour :
- Produire de la nourriture et des semences.
- Fournir de l’énergie : Il considère la biomasse des couverts comme une véritable énergie renouvelable (l’équivalent de 1500 à 2000 litres de gasoil par hectare).
- Participer à la chimie verte : Il explore notamment la culture de la caméline pour les carburants aériens.
- Soutenir la biodiversité : Les couverts servent de réservoir pour les pollinisateurs et la faune auxiliaire.
En conclusion, si la précision technique reste difficile en raison de la variabilité climatique, le passage vers des systèmes basés sur l’organique et la vie du sol permet de gagner en résilience et en autonomie. Frédéric Thomas souligne que le défi consiste désormais à mieux piloter ces flux pour maximiser les performances économiques tout en régénérant les écosystèmes.