GAEC des Vigneux - Couverts permanents
Evolution de la pratique des céréales-grains vers des CIVEs
Dans une ferme engagée en agriculture de conservation des sols, un blé tendre d'hiver est inséré en quatrième année de luzerne, afin de garder la prairie un an de plus. Les résultats agronomiques sont satisfaisants, mais le contexte agro-économique incite la ferme à faire évoluer cette pratique vers un débouché méthanisation, avec sur-semis de CIVEs d’hiver dans la luzerne.
Pourquoi les couverts permanents
Les objectifs agronomique de la ferme sont :
- Régénérer les sols
- Baisser les phytosanitaires
- Maintenir un bon niveau de rendement et de qualité
Les couverts permanents permettent d’allier ces trois objectifs, avec des légumineuses pérennes qui forment un socle de fertilité et aident à la gestion adventices. Quand bien matrisés, ils permettent de maintenir les rendements du blé tendre avec souvent un meilleur taux de protéine.
Usage de la pratique dans le contexte de la Champagne crayeuse

Assolement orienté filières de « Champagne crayeuse » :
- Luzerne => 3 ans pour la filière de déshydratation
- Blé tendre d'hiver => objectif meunier, prime du programme "Performances" de Soufflet
- Orge de printemps => filière brassicole
- Colza associé => avec féverole, lin, tournesol, lentille, sarrasin
- Chanvre => coopérative "La Chanvrière de l’Aube", double usage pour la graine (Chènevis) et pour les fibres-matériaux
- Escourgeons CIVE => filière méthanisation. La fauche plus précoce permet d’implanter la luzerne de manière plus sécurisée qu’après une céréale-grain.
La Champagne crayeuse offre un contexte particulier, avec une filière luzerne historiquement bien implantée, pour des débouchés déshydratation. Dans ce but, une luzerne est implantée pour 3 ans. Emmanuel choisit de garder la luzerne une 4ème année, afin de semer en direct un blé tendre d’hiver.

Les résultats agronomiques :
- si bien maîtrisé, les rendements sont conservés
- souvent un meilleur taux de protéine
- IFT-herbicides : moins d’anti-graminées, mais plus d’antidicot’ pour réguler la luzerne
- IFT-insecticides : Emmanuel n’utilise plus d’insecticides dans sa rotation
- IFT-fongicides : des essais zéros fongicides sont réalisés, avec des variétés choisies. Pour le moment, les résultats sont encourageants

Problèmes rencontrés :
- pullulations de mulots dans les luzernes âgées
- risque de pertes de rendement lors des années sèches
- filières de déshydratation moins rémunératrices
- la luzerne-déshy exporte énormément de minéraux (PK) dans un contexte d’augmentation des prix des intrants
Réflexions sur l’évolution de la place des couverts permanents dans l’assolement
La méthanisation permet aujourd’hui des débouchés rémunérateurs pour la production de biomasse, avec le potentiel d’un retours de matières organiques aux sols via les digestats. Emmanuel envisage ainsi de garder la place de la luzerne dans la rotation, car il y voit la meilleure solution pour gérer l’enherbement dans un contexte où le désherbage chimique devient très compliqué (pertes de molécules actives, résistances aux herbicides).
Ainsi, il envisage de réduire la luzerne à 3 ans, avec un sur-semis de CIVEs d’hiver qui valorisera la première coupe dans la luzerne. Les coupes suivantes pourront être exportées pour la déshydratation. En bonus, Emmanuel pourrait éventuellement profiter d’un accès aux digestats et assurer un bon retours de MO.
Cela pourrait permettre un pas de plus vers les objectifs de la ferme :
- une meilleure autonomie dans la régénération des sols par retours des digestats
- une baisse des herbicides car les CIVEs d’hiver sous luzerne demanderont à priori moins de passages
- peut être aussi une meilleure gestion des graminées pérennes par l’action combinée de la luzerne avec la fauche des CIVEs
- rester à un niveau équivalent de rendements et de qualité sur le reste de la rotation tout en améliorant les revenus grace aux CIVEs
Des potentiels à confirmer !