Grand débat "Agriculture : l’urgence des indicateurs de résultat"

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Lors de ce grand débat sur l’urgence des indicateurs de résultat, plusieurs intervenants ont défendu une idée centrale : pour accompagner la transition agroécologique, il faut mesurer les effets réels des pratiques, et non seulement vérifier le respect de cahiers des charges. Éric Schmidt a présenté l’outil Indiciades/Indices IAD, développé depuis 2007 pour suivre simplement des résultats concrets sur les sols, le carbone, les intrants, la biodiversité ou l’économie des fermes. Antoine Loppion, de La Vache heureuse, a montré comment ces indicateurs permettent d’objectiver les progrès d’un élevage laitier, notamment sur l’autonomie protéique et la rentabilité. Frédéric Zahm a ensuite exposé la méthode IDEA, outil de diagnostic global de la durabilité fondé sur 53 indicateurs. Enfin, le réseau Maraîchage Sol Vivant Normandie a illustré une approche adaptée au maraîchage. Tous ont insisté sur un point : mesurer sert d’abord à progresser collectivement.

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Résumé
Lors de ce grand débat sur l’urgence des indicateurs de résultat, plusieurs intervenants ont défendu une idée centrale : pour accompagner la transition agroécologique, il faut mesurer les effets réels des pratiques, et non seulement vérifier le respect de cahiers des charges. Éric Schmidt a présenté l’outil Indiciades/Indices IAD, développé depuis 2007 pour suivre simplement des résultats concrets sur les sols, le carbone, les intrants, la biodiversité ou l’économie des fermes. Antoine Loppion, de La Vache heureuse, a montré comment ces indicateurs permettent d’objectiver les progrès d’un élevage laitier, notamment sur l’autonomie protéique et la rentabilité. Frédéric Zahm a ensuite exposé la méthode IDEA, outil de diagnostic global de la durabilité fondé sur 53 indicateurs. Enfin, le réseau Maraîchage Sol Vivant Normandie a illustré une approche adaptée au maraîchage. Tous ont insisté sur un point : mesurer sert d’abord à progresser collectivement.

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Et pour cette nouvelle édition mixée présentiel/visio, on vous propose aujourd’hui un grand débat avec Indiciades (Éric Schmidt), Agro’diag (Pierre-Emmanuel Radigue), Pour une Agriculture du Vivant, Maraîchage Sol Vivant, La Vache Heureuse (Antoine Loppion), Frédéric Zahm.


Avec la collaboration d'Arbre & Paysage 32.


Retrouvez tout le programme par ici 👋 https://paysages-in-marciac.fr/programmation/


Introduction du débat

Le débat est introduit autour d’une idée forte : la nécessité de mesurer pour progresser. L’enjeu est de ne plus fonder l’agriculture uniquement sur des moyens, des cahiers des charges ou des obligations de pratiques, mais sur la mesure concrète des résultats produits.

Cette mesure doit pouvoir porter sur plusieurs dimensions :

  • les sols ;
  • la qualité nutritionnelle ;
  • l’environnement ;
  • la biodiversité ;
  • plus largement, la durabilité globale des fermes.

Pour explorer cette question, quatre présentations sont annoncées afin de poser le cadre du débat :

  • une présentation d’Indiciades par Éric Schmidt, au nom de l’Institut de l’agriculture durable ;
  • une présentation complémentaire de La Vache heureuse par Antoine Loppion;
  • une présentation de l’outil de diagnostic de durabilité des fermes IDEA, par Frédéric Zahm;
  • une autre approche de la mesure à l’échelle d’une filière, le maraîchage, présentée par le réseau Maraîchage sol vivant en Normandie avec Coline.

L’ensemble des présentations doit durer environ une heure, avant un débat sur la mise en place concrète de la mesure des résultats en agriculture et sur les défis associés à l’agroécologie.

La mesure des résultats n’est pas une idée nouvelle

En ouverture, Éric Schmidt souligne que le titre du débat, « l’urgence des indicateurs de résultat », pourrait laisser penser que rien n’a été fait jusqu’à aujourd’hui. Selon lui, cette idée est fausse.

Il rappelle que des travaux existent depuis longtemps sur cette question, et cite notamment Frédéric Zahm pour le travail mené autour de la méthode IDEA, antérieur à certains développements de l’Institut de l’agriculture durable.

L’idée centrale est donc que l’urgence n’est pas née aujourd’hui : elle existait déjà depuis de nombreuses années. Ce qui change aujourd’hui, c’est que les outils arrivent à maturité.

La démarche d’Indiciades présentée par Éric Schmidt

Historique de l’outil

Éric Schmidt retrace brièvement l’histoire d’Indiciades.

En 2007, l’Institut de l’agriculture durable a commencé à définir un projet et à rechercher des indicateurs capables de rendre compte d’une « troisième voie » agricole, alors émergente. À l’époque, le mot agroécologie n’était pas encore autant employé qu’aujourd’hui.

Deux ans plus tard, l’IAD a mené un benchmark international sur 400 indicateurs utilisés dans le monde, exclusivement des indicateurs de résultats. Parmi eux, 28 ont été retenus sur des critères de simplicité, de lisibilité et de compréhension par le plus grand nombre.

L’objectif était de se baser sur des indicateurs de résultats plutôt que sur des indicateurs de moyens. Cette orientation répond à une conviction : certaines méthodes peuvent paraître très vertueuses sur le papier, mais seuls les résultats permettent de vérifier si les objectifs sont effectivement atteints.

Un bêta-test a ensuite été mené sur 140 fermes en France. Les retours ont montré que l’outil fonctionnait bien et qu’il intéressait les agriculteurs.

Une plateforme internet a alors été mise en ligne en 2013. Depuis cette date, tout agriculteur, mais aussi des associations, des établissements agricoles, des écoles ou des lycées professionnels, peuvent s’inscrire sur indiciades.fr et utiliser gratuitement l’outil.

En 2015, l’ergonomie de l’outil a été revue à partir des retours des agriculteurs, dans une logique de co-construction.

En 2019, la version 4 a permis de passer à une métabase de données, rendant possibles des comparaisons :

  • entre une ferme et un groupe de fermes ;
  • entre une ferme et des références régionales ;
  • entre différents contextes ou systèmes.

L’outil continue depuis à s’enrichir. Éric Schmidt annonce aussi son ouverture prochaine à la viticulture et à lagroforesterie.

Principes de construction des indicateurs

Pour Éric Schmidt, un indicateur doit être :

  • simple ;
  • accessible ;
  • compréhensible ;
  • utile au plus grand nombre.

Un indicateur qui ne serait lisible que par une petite sphère d’experts ou d’intellectuels n’aurait, selon lui, que peu d’intérêt.

Les indicateurs de résultats permettent de se situer dans le réel. Ils sont aussi une manière de répondre aux attentes de la société, en permettant de « dire ce que l’on fait et faire ce que l’on dit ». Cette capacité à objectiver les résultats est présentée comme une condition de crédibilisation du travail des agriculteurs engagés dans l’agroécologie.

Un autre point important est que les résultats ne doivent pas être regardés de manière figée sur une seule campagne. Ce qui compte surtout, c’est l’évolution d’une année sur l’autre.

L’exemple donné est celui du bilan humique : la précision absolue d’un chiffre n’est pas l’essentiel. Ce qui importe est de savoir si le stock de matière organique augmente ou diminue sous l’effet des pratiques.

Le mot d’ordre d’Indiciades est résumé ainsi : évaluer pour évoluer.

Des indicateurs interconnectés

Éric Schmidt insiste sur le fait qu’aucun indicateur n’évolue seul. Lorsqu’un indicateur de résultat change, d’autres changent aussi.

Les interactions entre les dimensions sont nombreuses : pratiques agronomiques, stockage de carbone, réserve utile en eau, biodiversité, efficience des intrants, qualité des sols, émissions de gaz à effet de serre.

Cette interconnexion justifie l’intérêt d’une lecture globale de la ferme.

À quoi servent les indicateurs ?

Pour Éric Schmidt, les indicateurs ne sont pas là « pour se faire plaisir ». Ils répondent à des enjeux concrets.

L’agriculteur d’aujourd’hui est confronté à trois grandes demandes sociétales :

  • produire de l’alimentation ;
  • produire de l’environnement ;
  • produire de l’énergie.

L’idée qu’il pourrait choisir entre ces trois dimensions est rejetée : la société attend désormais qu’il traite les trois en même temps.

Dans ce contexte, les agriculteurs ont besoin de points de repère pour savoir où ils vont et pour piloter des métiers devenus de plus en plus complexes.

Une question majeure est formulée : comment passer d’une agriculture qui émet des gaz à effet de serre à une agriculture puits de carbone ? Pour répondre, il faut pouvoir mesurer :

  • les pratiques agronomiques ;
  • l’efficience des intrants ;
  • la qualité du sol ;
  • les émissions de GES ;
  • les capacités de stockage de carbone.

Les dimensions suivies par Indiciades

L’outil s’intéresse notamment à :

  • l’efficience économique ;
  • la viabilité sociale ;
  • l’efficience des intrants ;
  • la qualité des sols ;
  • les émissions de gaz à effet de serre ;
  • le bilan carbone ;
  • la biodiversité.

Tous ces indicateurs sont présentés comme liés entre eux.

Exemples de résultats

Éric Schmidt présente l’exemple d’un agriculteur dont les résultats ont été observés sur deux périodes :

  • en agriculture conventionnelle ;
  • après deux ans de transition en agroécologie.

Il évoque également une étude menée avec l’association Sols d’Armorique, visant à regarder les bilans humiques, le stockage de carbone, la gestion de la fertilisation et l’efficience des produits phytosanitaires.

L’idée centrale est que les chiffres remplacent les mots et les promesses. Par exemple :

  • la couverture des sols améliore le stockage de carbone ;
  • l’intensité du travail du sol pénalise ce stockage en favorisant la minéralisation.

Ces affirmations, souvent admises théoriquement, peuvent être démontrées dans des cas réels grâce aux indicateurs.

Fiches de restitution

Les résultats sont restitués sous forme de fiches permettant de voir l’état de la ferme.

Une même ferme est montrée sur deux années :

  • à gauche, les résultats culturaux de 2018 ;
  • à droite, ceux obtenus après changement des itinéraires techniques et des modalités culturales.

On y observe :

  • un bilan humique positif dans un cas ;
  • un bilan humique très dégradé dans l’autre ;
  • des différences de taux de couverture des sols ;
  • une hausse du risque environnemental lié à l’azote ;
  • une dégradation sur d’autres indicateurs associés.

Cela illustre qu’un résultat n’est jamais isolé.

Bilan carbone et label carbone vert

L’Institut de l’agriculture durable cherche aussi à mesurer :

  • le stockage de carbone ;
  • la séquestration dans les arbres ;
  • la contribution de l’agroforesterie.

Un label carbone vert a été développé pour des fermes qui participent fortement à l’atténuation du changement climatique. Ce label ne repose pas seulement sur un bilan humique positif : il inclut aussi la compensation intégrale des émissions de GES par le stockage de carbone dans les sols et les arbres.

Conclusion d’Éric Schmidt

Éric Schmidt conclut en rappelant que la question des indicateurs de résultats ne date pas d’hier. Des travaux existent depuis longtemps, des erreurs ont été faites, les premiers outils n’étaient pas parfaits, mais l’idée était déjà là.

Selon lui, le moment actuel correspond à une phase de maturité des outils.

La présentation d’Antoine Loppion pour La Vache heureuse

La mesure au service de l’accompagnement technique

Antoine Loppion explique que le travail de La Vache heureuse consiste principalement à accompagner techniquement les fermes, en particulier sur :

Pour cela, il est indispensable de disposer de résultats mesurés, afin d’identifier l’évolution et la progression sur une série d’indicateurs choisis avec l’Institut de l’agriculture durable.

Exemple d’une ferme laitière du Sud-Ouest

L’exemple présenté est celui d’une ferme laitière du Sud-Ouest, observée sur plusieurs années.

Trois étapes y sont distinguées :

  • un système initial classique, conventionnel, avec peu d’autonomie alimentaire et protéique ;
  • une phase de transition ;
  • un système plus avancé en 2019-2020, engagé sur l’autonomie, la couverture des sols, la fertilité des sols, la santé animale et la rentabilité.

Présentation globale de la ferme et objectifs de l’éleveur

Le diagnostic commence par une présentation succincte de la ferme :

  • situation ;
  • localisation ;
  • historique ;
  • surtout, objectifs de l’éleveur.

Antoine Loppion insiste sur ce point : le travail technique ne peut être dissocié du projet de l’éleveur et de l’équipe présente sur la ferme.

Fertilité des sols et restitution organique

Parmi les résultats suivis figurent des éléments liés à la fertilité des sols, qui supposent notamment de mesurer les rendements de toutes les cultures aux différentes étapes.

L’outil permet de quantifier, culture par culture et selon l’évolution du système, la quantité de biomasse restituée au sol et celle qui est exportée.

Autonomie alimentaire et autonomie protéique

Dans la partie élevage, l’un des indicateurs majeurs présentés est l’autonomie du troupeau :

  • en protéines ;
  • en énergie.

Les trois colonnes comparées correspondent à :

  • avant la transition ;
  • pendant la transition ;
  • aujourd’hui.

Le constat est le suivant :

  • l’autonomie en énergie était déjà relativement correcte dans le système initial, autour de 70 % ;
  • l’autonomie en protéines était très faible, autour de 30 % ;
  • pendant la transition, elle ne s’améliore pas forcément immédiatement ;
  • dans le système plus abouti, elle atteint près de 60 %.

Antoine Loppion insiste sur le fait que la phase de transition n’améliore pas nécessairement tout tout de suite. C’est seulement une fois le système réellement installé que les gains deviennent nets.

Traduction économique

La question posée est ensuite : que signifie économiquement cette autonomie protéique accrue ?

Le diagnostic montre qu’au cours de la transition :

  • le chiffre d’affaires a fortement baissé ;
  • en revanche, le produit brut ou le revenu disponible de la ferme a fortement augmenté.

Antoine Loppion indique que le résultat économique de la ferme a été multiplié par trois, grâce à un travail technique mesuré et suivi dans le temps.

Le cycle du carbone de la ferme

La dernière partie présentée porte sur le cycle du carbone :

  • carbone stocké dans les sols ;
  • carbone consommé par les intrants et les activités de la ferme ;
  • carbone produit par la ferme.

Cette production est relue au regard des trois objectifs rappelés plus tôt :

  • alimentaire ;
  • environnemental ;
  • énergétique.

Pour Antoine Loppion, il est indispensable de mesurer les résultats de la progression technique afin de valoriser le travail réalisé par les agriculteurs, les agricultrices, les techniciens et les techniciennes.

La présentation de Frédéric Zahm sur la méthode IDEA

Une méthode issue d’un travail collectif de longue haleine

Frédéric Zahm présente la méthode IDEA comme le fruit d’un travail collectif, conduit depuis une quinzaine d’années par un comité scientifique.

La méthode en est à sa version 4, dans une logique de continuité avec les versions précédentes.

À l’origine, IDEA a été conçue pour accompagner les agriculteurs, mais aussi les enseignants et les conseillers.

Deux façons d’analyser la durabilité

IDEA est présentée comme une méthode de diagnostic permettant une double lecture :

  • une lecture par les trois dimensions classiques de la durabilité ;
  • une lecture par les propriétés de la durabilité.

La méthode repose sur 53 indicateurs.

Qu’est-ce qu’un indicateur ?

Frédéric Zahm rappelle qu’un indicateur sert à traduire un concept. Dans le cas présent, le concept central est la durabilité.

Un indicateur aide à prendre des décisions et à orienter l’action, à condition de pouvoir être interprété. Il doit donc s’appuyer sur des repères.

Le cadre conceptuel d’IDEA

Pour construire IDEA, il a d’abord fallu définir ce que l’on entend par durabilité. Frédéric Zahm souligne que cette notion n’est pas universelle : elle dépend de valeurs, de contextes et de choix sociétaux.

La méthode IDEA repose sur plusieurs principes :

  • la durabilité forte : on ne compense pas une mauvaise performance environnementale par une bonne performance économique ;
  • la reconnaissance des fonctions non marchandes de l’agriculture ;
  • une approche qui ne se limite pas à l’échelle de l’exploitation, mais considère aussi le territoire et les impacts globaux ;
  • une vision de l’agroécologie comme transformation sociale impliquant aussi les filières et les consommateurs.

Les objectifs et les propriétés de la durabilité

Les indicateurs d’IDEA ont été choisis à partir de deux ensembles :

  • des objectifs de durabilité ;
  • des propriétés de durabilité.

Les objectifs sont de deux types :

  • des objectifs pour l’agriculteur lui-même, comme la viabilité économique, la qualité de vie ou la liberté d’action ;
  • des objectifs pour la société, comme la préservation des ressources naturelles, des paysages ou la réponse au changement climatique.

Les propriétés retenues pour caractériser la durabilité sont au nombre de cinq :

  • l’autonomie ;
  • la capacité productive et reproductive de biens et services dans le temps ;
  • l’ancrage territorial ;
  • la responsabilité globale ;
  • la robustesse.

Frédéric Zahm précise que le terme robustesse a été préféré à résilience, afin de mieux englober les dimensions de flexibilité, d’adaptabilité et de résistance.

Organisation des 53 indicateurs

Les 53 indicateurs sont répartis selon deux approches.

Par dimensions de la durabilité

La première lecture suit les trois dimensions classiques :

  • agroécologique ;
  • socio-territoriale ;
  • économique.

Par exemple, dans la dimension agroécologique, on retrouve des composantes comme :

  • la diversité fonctionnelle ;
  • le bouclage des flux ;
  • la sobriété.

Dans la dimension économique, on analyse notamment :

  • la transmissibilité ;
  • l’efficience globale ;
  • l’indépendance.

Par propriétés de la durabilité

La seconde lecture agrège les indicateurs selon les cinq propriétés évoquées plus haut.

Cette approche permet de répondre à des questions telles que :

  • l’exploitation est-elle autonome ?
  • est-elle ancrée territorialement ?
  • est-elle robuste ?
  • est-elle globalement responsable ?

Une logique de compensation limitée

Frédéric Zahm insiste sur un point méthodologique : dans IDEA, il n’existe pas de compensation totale entre dimensions.

Par exemple, une exploitation ne peut pas obtenir la meilleure évaluation agroécologique possible sans diversité fonctionnelle. En revanche, à l’intérieur d’une composante, plusieurs chemins peuvent exister pour atteindre un bon score. Cela permet de reconnaître la diversité des fermes et d’éviter une vision trop normative.

Restitution des résultats

Les résultats peuvent être restitués :

  • au niveau global ;
  • au niveau des composantes ;
  • au niveau de chaque indicateur.

Chaque agriculteur peut ainsi disposer d’une photographie de sa situation initiale, puis refaire un diagnostic quelques années plus tard pour mesurer l’effet de changements structurels. Frédéric Zahm précise qu’un tel diagnostic n’a pas forcément de sens s’il est répété tous les ans : il vaut mieux laisser un pas de temps de plusieurs années.

L’approche par propriétés donne aussi lieu à des représentations sous forme d’arbres, permettant d’identifier les points forts et les marges de progrès. L’intérêt n’est pas seulement d’obtenir une couleur ou une note, mais de comprendre sur quels leviers agir.

Fonctionnement pratique de la méthode

À l’heure de la présentation, IDEA fonctionne à partir d’un calculateur Excel. Le diagnostic prend environ :

  • deux heures pour des systèmes simples ;
  • jusqu’à trois heures pour des exploitations plus complexes.

Frédéric Zahm annonce qu’un site web doit être mis en ligne en 2021, avec un accès gratuit, soutenu notamment par le CASDAR et le ministère de l’Agriculture.

Le futur outil en ligne permettra :

  • une analyse individuelle ;
  • une analyse de groupe ;
  • des traitements statistiques automatiques ;
  • des rapports de sortie non commentés.

Il précise qu’IDEA n’est pas un système expert : l’outil produit des résultats, mais ne dit pas à la place du conseiller ou de l’agriculteur ce qu’il faut faire.

Les usages d’IDEA

La méthode est mobilisée dans différents cadres :

  • la recherche ;
  • l’accompagnement de groupes d’agriculteurs ;
  • les trophées de l’agroécologie ;
  • l’enseignement technique agricole ;
  • l’enseignement supérieur agronomique.

Frédéric Zahm rappelle enfin la difficulté permanente à trouver un compromis entre quelque chose de trop simple, donc faux, et quelque chose de trop complexe, donc inutilisable.

La présentation de Coline pour le réseau Maraîchage sol vivant Normandie

Présentation du réseau

Coline commence par présenter l’association Maraîchage sol vivant Normandie.

Le réseau regroupe environ une soixantaine de maraîchers répartis en Normandie et un peu en Île-de-France. En 2019, il comptait environ :

  • une trentaine de maraîchers installés ;
  • plus de vingt porteurs de projet.

Le réseau est en croissance, avec des dynamiques similaires dans d’autres régions comme le Grand Est ou l’Auvergne-Rhône-Alpes.

L’association compte trois salariées, dont deux à plein temps.

Les actions menées

Le réseau organise :

  • des formations spécifiques au maraîchage sur sol vivant ;
  • des visites de fermes ouvertes aux porteurs de projet, aux maraîchers et au grand public ;
  • un suivi de fermes.

Les données collectées servent à produire des références technico-économiques sous forme de fascicules, accessibles sur leur site internet.

Pourquoi créer un outil spécifique ?

Le réseau s’est inspiré d’Indiciades et d’IDEA, mais ne les a pas directement utilisés, car ils ne comportaient pas encore tous les paramétrages nécessaires au maraîchage.

L’objectif était de disposer d’un outil très simple, que les maraîchers puissent remplir en une heure à une heure et demie maximum.

Le choix a donc été fait de construire un tableur Excel propre au réseau.

Le diagnostic de ferme

Le diagnostic se présente comme une double page de synthèse visuelle, comprenant notamment :

  • le contexte pédoclimatique ;
  • une présentation globale de la ferme ;
  • la surface ;
  • le nombre d’UTH ;
  • les personnes qui travaillent sur la ferme.

Une place importante est donnée à la stratégie et aux objectifs du maraîcher. Coline insiste sur ce point : sans cette information, il est difficile de lire correctement les résultats. Ce qui est satisfaisant pour une ferme ne l’est pas forcément pour une autre.

Le diagnostic comporte aussi :

  • une partie sur le financement et les prêts ;
  • une répartition des investissements ;
  • les données comptables ;
  • des éléments sur la commercialisation ;
  • la [[gestion des ravageurs]] ;
  • la gestion de la matière organique.

Les radars d’indicateurs

Lorsque les données sont trop nombreuses, elles sont synthétisées sous forme de radars inspirés de ceux présentés dans d’autres outils.

Trois types d’indicateurs sont distingués :

  • environnementaux ;
  • économiques ;
  • sociaux.

Pour les indicateurs sociaux, le réseau s’est également inspiré de la méthode IDEA.

La ferme étudiée peut être comparée à la moyenne des autres fermes du groupe pratiquant des techniques similaires. Cette comparaison permet au maraîcher :

  • de se situer ;
  • d’identifier ses points faibles ;
  • d’aller chercher des informations chez d’autres maraîchers du réseau.

Parmi les indicateurs économiques retenus figurent par exemple :

  • le revenu au mètre carré ;
  • le revenu à l’heure.

Utilité du diagnostic

Le diagnostic a plusieurs fonctions :

  • aider les maraîchers installés à comprendre leurs résultats ;
  • soutenir les échanges entre pairs ;
  • produire des références pour les porteurs de projet ;
  • montrer au grand public qu’il existe des fermes maraîchères performantes sur plusieurs plans.

Pour les porteurs de projet, il s’agit aussi d’un outil pour affiner leur propre projet en observant des fermes déjà installées.

Limites de l’exercice

Coline souligne plusieurs limites :

  • les indicateurs varient selon les objectifs que l’on cherche à montrer ;
  • la diversité des fermes rend difficile une représentation parfaite ;
  • certaines données sont difficiles à récolter car les maraîchers ne les suivent pas toujours précisément ;
  • des incompréhensions peuvent exister sur les données demandées ;
  • le travail de collecte demande du temps et des ressources humaines ;
  • l’évaluation dépend aussi du référentiel de comparaison choisi.

Ouverture vers la qualité nutritionnelle

Pour conclure, Coline indique que le réseau a déjà réussi à montrer que les fermes de maraîchage sur sol vivant peuvent être performantes sur les plans économique, social et environnemental.

La prochaine étape est d’aller vers la question de la qualité nutritionnelle, afin de montrer au grand public que les légumes issus du maraîchage sur sol vivant sont aussi bons pour la santé.

Débat sur l’uniformisation des méthodes

Après les présentations, la discussion porte sur la question suivante : faut-il uniformiser les façons de suivre les résultats des fermes, avec des indicateurs et des méthodes communes ?

La position d’Éric Schmidt

Éric Schmidt exprime une méfiance forte vis-à-vis de l’idée d’uniformisation.

Selon lui, la richesse vient de l’émulation entre démarches différentes, du respect mutuel entre équipes et de la capacité de dialoguer entre outils différents.

Il raconte une expérience dans un programme de recherche où l’on avait envisagé de construire des indicateurs d’évaluation des indicateurs eux-mêmes. Pour lui, cette logique d’uniformisation mène à une machine bureaucratique qui « tire vers le bas » au lieu de favoriser le progrès.

La position de Frédéric Zahm

Frédéric Zahm rejoint largement ce point de vue.

Pour lui, il est impossible qu’une seule méthode soit pertinente pour tous les objectifs. Les outils ne répondent pas tous aux mêmes questions :

  • certains sont adaptés à une analyse globale de l’exploitation ;
  • d’autres sont plus pertinents à l’échelle de la parcelle ;
  • certains servent davantage au constat ;
  • d’autres à l’action.

Il donne l’exemple d’IDEA, qui propose une lecture globale mais ne peut pas suffire lorsqu’il faut ensuite revenir à des leviers très fins à l’échelle parcellaire.

En revanche, il reconnaît qu’il existe un besoin de repères communs sur certains indicateurs, afin de savoir ce qu’est une bonne ou une mauvaise valeur dans un contexte donné.

Débat sur les paiements pour services environnementaux

Une question du public porte sur l’idée de rémunérer les agriculteurs pour les services rendus à l’environnement et à la société.

Éric Schmidt répond que pour rémunérer ces services, il faut d’abord être capable de les mesurer. Selon lui, les paiements pour services environnementaux supposent :

  • de définir ce qu’est un service écosystémique ;
  • d’identifier les pratiques qui le produisent ;
  • de mesurer les résultats obtenus.

Il insiste sur le fait qu’il faut d’abord disposer d’une base scientifique et mesurée, et non d’une simple approche politique ou idéologique.

Le débat permet aussi de rappeler qu’avant de rémunérer l’environnement, il existe déjà un enjeu de rémunération du travail agricole alimentaire lui-même.

La question des seuils et des déclencheurs de transition

Une question posée à distance demande s’il existe un seuil à partir duquel un agriculteur se décide vraiment à engager une transition agroécologique.

Réponse d’Antoine Loppion

Antoine Loppion répond que, dans beaucoup de cas, le déclenchement de la transition vient d’une situation de crise économique : « ça ne va plus du tout ». Le changement n’est alors plus un choix théorique mais une nécessité.

Réponse d’Éric Schmidt

Éric Schmidt préfère parler d’élément déclencheur plutôt que de seuil.

D’après l’expérience d’Indiciades, cet élément déclencheur est souvent la crise des sols. Il cite le cas d’agriculteurs récemment passés au semis direct après avoir constaté une forte dégradation de leurs taux de matière organique.

Réponse de Coline

Coline ajoute qu’il ne faut pas forcément se fixer uniquement sur un seuil, car tout progrès est déjà bon à prendre.

La question des données, des références et des bases communes

Le public soulève aussi la question de la diversité extrême des exploitations françaises et de la difficulté à constituer des références comparables.

Frédéric Zahm indique qu’IDEA dispose déjà de plusieurs centaines de diagnostics sur la version 4, et davantage encore sur les versions précédentes, mais que le maintien dans le temps de bases de données pérennes reste un enjeu majeur.

Éric Schmidt répond que du côté d’Indiciades, il existe déjà environ :

  • 1450 abonnés ;
  • environ 450 fermes dans la base de la version 4.

Il souligne surtout l’importance de consolider des métadonnées à partir des outils.

Taxe carbone et nécessité de mesurer dès maintenant

Le débat aborde ensuite la perspective d’une taxe carbone.

Éric Schmidt affirme qu’il faut s’y préparer dès maintenant. Selon lui, les agriculteurs qui stockent du carbone doivent être capables de le démontrer, faute de quoi ils risqueraient de subir une taxe punitive sans pouvoir faire reconnaître leur contribution positive.

Il appelle donc les agriculteurs à réaliser dès à présent un point zéro de leurs indicateurs, notamment sur le bilan humique et le stockage de carbone.

Frédéric Zahm précise que dans IDEA, un indicateur de bilan carbone net existe déjà, calculé comme les émissions moins le stockage, en tonnes équivalent CO2.

La place de l’enseignement agricole

Une question porte sur le rôle de l’enseignement agricole dans la diffusion de ces outils.

Frédéric Zahm rappelle que la méthode IDEA a été conçue à l’origine à la demande de la Direction générale de l’enseignement et de la recherche du ministère de l’Agriculture, dès les années 1990.

Aujourd’hui encore, IDEA est fortement liée à l’enseignement agricole :

  • elle est testée dans les exploitations des lycées agricoles ;
  • elle est utilisée de manière pluridisciplinaire par des équipes pédagogiques ;
  • elle figure dans plusieurs référentiels de formation.

L’objectif est aussi qu’à terme, les diagnostics réalisés puissent enrichir une base de données collective.

La question de la comptabilité et de la dépendance aux aides

Une dernière partie du débat aborde les difficultés liées à la lecture comptable.

Coline reconnaît que la collecte et l’interprétation des données comptables sont complexes, et que cela suppose de former correctement les personnes qui réalisent les diagnostics.

Frédéric Zahm ajoute que les pratiques comptables diffèrent selon les centres de gestion, ce qui complique les comparaisons. Dans IDEA, l’analyse économique a été volontairement simplifiée à un nombre limité de variables.

Il rappelle aussi que la dépendance aux aides est un indicateur important de viabilité, présent dans IDEA depuis longtemps. Avec les évolutions possibles de la PAC, cette question devient de plus en plus stratégique.

Coline note de son côté qu’en maraîchage, certaines fermes fonctionnent très bien sans aides, ce qui permet aussi de montrer qu’il existe d’autres modèles possibles.

Antoine Loppion insiste enfin sur l’importance de profiter de la période actuelle, tant que les aides existent encore, pour travailler techniquement, mesurer la progression et devenir moins dépendant à terme.

Les outils comme supports de dynamique collective

Dans son mot de conclusion, Éric Schmidt souhaite insister sur une dimension collective souvent sous-estimée.

Au-delà du diagnostic individuel, les outils d’indicateurs deviennent des supports de travail en groupe. Dans les collectifs d’agriculteurs, ils favorisent :

  • la comparaison entre pairs ;
  • les échanges sur les pratiques ;
  • la circulation des connaissances ;
  • une forme de management collectif.

Selon lui, cette dimension est particulièrement cohérente avec l’agroécologie, qui repose largement sur le partage de savoirs.

Frédéric Zahm abonde dans le même sens et conclut en disant que les outils comme IDEA ont toujours progressé au contact de groupes d’agriculteurs engagés dans des réflexions alternatives ou non conventionnelles sur l’agriculture.

Conclusion générale

Le débat montre une forte convergence entre les intervenants sur plusieurs points :

  • la mesure des résultats est indispensable pour piloter les transitions agricoles ;
  • cette nécessité n’est pas nouvelle, mais les outils arrivent aujourd’hui à maturité ;
  • les indicateurs doivent rester simples, lisibles et utiles ;
  • il n’existe pas une seule méthode universelle adaptée à tous les objectifs ;
  • la valeur des outils réside autant dans le diagnostic individuel que dans leur capacité à nourrir des dynamiques collectives ;
  • la mesure est indispensable pour objectiver les progrès, préparer les transformations à venir et faire reconnaître les services rendus par l’agriculture.

Les interventions d’Éric Schmidt, Antoine Loppion, Frédéric Zahm et du réseau Maraîchage sol vivant montrent ainsi la diversité des approches existantes, mais aussi leur complémentarité.

En clôture, il est annoncé que la suite du programme prévoit, le lendemain :