L’œuf agroforestier

De Triple Performance
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Dans cette conférence, Vincent Levavasseur, maraîcher et éleveur de 500 poules pondeuses, et Jean-Marie Carré présentent le principe de « l’œuf agroforestier » : un œuf produit par des poules élevées sur des parcours arborés, plus proches de leur biotope naturel. Vincent explique que l’agroforesterie favorise la sortie réelle des poules, leur bien-être, leur santé, et limite des problèmes comme le piquage. Il insiste sur l’importance du design des parcours, de la diversité des arbres, du pâturage tournant et de bâtiments mobiles pour préserver l’herbe, les insectes et les jeunes plantations. Jean-Marie Carré partage ensuite son expérience dans le Gers avec 550 poules élevées en milieu boisé, déplacées régulièrement, et valorisées en circuits locaux. Tous deux montrent que ce modèle, plus technique mais cohérent écologiquement, peut aussi être économiquement viable, à condition de bien penser l’alimentation, la rotation des parcours et la commercialisation.

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Résumé
Dans cette conférence, Vincent Levavasseur, maraîcher et éleveur de 500 poules pondeuses, et Jean-Marie Carré présentent le principe de « l’œuf agroforestier » : un œuf produit par des poules élevées sur des parcours arborés, plus proches de leur biotope naturel. Vincent explique que l’agroforesterie favorise la sortie réelle des poules, leur bien-être, leur santé, et limite des problèmes comme le piquage. Il insiste sur l’importance du design des parcours, de la diversité des arbres, du pâturage tournant et de bâtiments mobiles pour préserver l’herbe, les insectes et les jeunes plantations. Jean-Marie Carré partage ensuite son expérience dans le Gers avec 550 poules élevées en milieu boisé, déplacées régulièrement, et valorisées en circuits locaux. Tous deux montrent que ce modèle, plus technique mais cohérent écologiquement, peut aussi être économiquement viable, à condition de bien penser l’alimentation, la rotation des parcours et la commercialisation.

Ver de Terre Production s'invite à Paysages in Marciac 2020 ! 😍🍃


Et pour cette nouvelle édition mixée présentiel/visio, on vous propose aujourd’hui une conférence avec Jean-Marie Carré (éleveur de poules pondeuses), Vincent Levavasseur (Ver de Terre Production).


Avec la collaboration d'Arbre & Paysage 32.


Retrouvez tout le programme par ici 👋 https://paysages-in-marciac.fr/programmation/


Présentation de la conférence

Cette conférence, intitulée « L’œuf agroforestier », est présentée par Vincent Levavasseur et Jean-Marie Carré.

Vincent Levavasseur se présente comme maraîcher depuis cinq ans, ainsi qu’éleveur de 500 poules pondeuses depuis cinq ans également. Il est aussi président de l’association Maraîchage sols vivants Normandie et co-dirige Vers de terre production.

La présentation est organisée en trois temps :

  • une introduction par Vincent Levavasseur sur sa ferme, le contexte et la définition de l’œuf agroforestier ;
  • un témoignage de terrain par Jean-Marie Carré sur sa ferme et son fonctionnement ;
  • un temps d’échanges et de questions-réponses pour conclure.

Qu’est-ce qu’un œuf agroforestier ?

Pour Vincent Levavasseur, un œuf agroforestier est tout simplement un œuf produit par des poules qui pâturent dans des parcours où il y a des arbres.

L’idée centrale est de remettre la poule en contact avec son biotope primaire. Il rappelle que la poule est issue des forêts tropicales d’Asie, et que son milieu naturel est donc un environnement boisé, sous couverture arbustive. Cet aspect a été largement oublié avec l’évolution des basses-cours peu arborées, puis plus encore avec le développement du modèle industriel de production d’œufs.

Cette réflexion prend d’autant plus d’importance que l’œuf est un aliment de base très largement consommé.

Pourquoi produire des œufs agroforestiers ?

L’intérêt de l’œuf agroforestier est de refaire du lien entre l’animal et son milieu de vie naturel, tout en bénéficiant de nombreux services rendus par les arbres et les parcours bien aménagés.

Vincent Levavasseur insiste sur le fait qu’un bon système agroforestier ne consiste pas simplement à mettre quelques arbres dans un parcours. Il s’agit d’un système pensé de manière cohérente, dans lequel les arbres, les arbustes, l’herbe, les insectes et la gestion du pâturage contribuent au fonctionnement global de l’élevage.

Diversifier l’alimentation des poules

Un des premiers objectifs est de permettre aux poules de bénéficier, grâce aux arbres et arbustes, d’une diversité de nourriture.

L’idée n’est pas forcément d’atteindre une autonomie alimentaire complète, mais de complémenter au maximum leur alimentation par les ressources du parcours :

  • baies ;
  • petits fruits ;
  • feuilles ;
  • herbe ;
  • insectes et autres ressources du sol.

Pour cela, il faut raisonner :

  • la diversité des espèces implantées ;
  • la succession des productions dans le temps ;
  • l’adaptation des végétaux aux conditions pédoclimatiques ;
  • le coût et la faisabilité de l’implantation ;
  • l’espace nécessaire autour des arbres et arbustes.

Vincent Levavasseur souligne qu’il y a là un vrai travail de design agroforestier, proche d’une démarche de permaculture appliquée à l’élevage : identifier les besoins de la poule, choisir les végétaux qu’elle valorise bien, et concevoir un parcours fonctionnel.

Il renvoie notamment aux travaux de Philippe Guillet et au guide technique parcours volailles, qui donne des repères précis sur le choix des espèces, les densités et les modalités de plantation.

Gérer l’accès aux parcours

Un autre point fondamental est la gestion des accès au parcours.

Comme pour les ruminants, il est essentiel de ne pas laisser les animaux sur la même surface en permanence. Il faut éviter :

  • la surconsommation de l’herbe ;
  • la dégradation du couvert spontané ;
  • la destruction des jeunes arbres et arbustes ;
  • l’épuisement des ressources alimentaires du sol, notamment les insectes.

Vincent Levavasseur explique qu’il faut s’inspirer des logiques de pâturage tournant dynamique. L’objectif est de faire tourner les poules sur plusieurs parcs dans l’année, idéalement entre 10 et 20 parcs, afin de :

  • maximiser la consommation d’herbe et de feuillage ;
  • favoriser la repousse ;
  • permettre la reconstitution de la vie du sol ;
  • optimiser l’accès aux insectes.

Cela suppose une vraie réflexion de conception :

  • comment les poules passent d’un parc à l’autre ;
  • quel type de clôtures utiliser ;
  • comment organiser les couloirs et les subdivisions ;
  • comment rendre ce déplacement simple et efficace.

L’intérêt des bâtiments mobiles

Pour faciliter la rotation des parcours, Vincent Levavasseur insiste sur l’intérêt des bâtiments mobiles.

Les poules sortent en majorité à proximité immédiate du bâtiment. Si celui-ci reste fixe, les abords se dégradent fortement, notamment en hiver :

  • apparition de boue ;
  • fortes odeurs d’ammoniac ;
  • dégradation sanitaire des pattes ;
  • inconfort pour les animaux.

Les bâtiments mobiles permettent donc de :

  • déplacer la zone de sortie ;
  • limiter la concentration des déjections ;
  • maintenir des parcours plus sains ;
  • rendre le pâturage tournant réellement opérationnel.

Différents systèmes sont évoqués :

  • des poulaillers levés au télescopique ;
  • des bétaillères réaménagées ;
  • des serres mobiles ;
  • des structures sur traîneau tirées par quad ou petit tracteur.

Vincent Levavasseur cite notamment l’exemple de fermes américaines où les poulaillers et filets électrifiés sont déplacés tous les deux ou trois jours, ce qui garantit une véritable consommation d’herbe.

Il note cependant que chaque solution a ses avantages et ses inconvénients. Par exemple, les poulaillers soulevés par le haut ont l’avantage de ne pas nécessiter de curage, puisque les fientes tombent directement au sol. D’autres systèmes imposent un curage régulier.

Les limites des parcours fixes

Des systèmes en bâtiments et parcours fixes existent, avec des subdivisions en étoile ou à 360°, mais ils demandent un gros travail d’entretien, notamment sur les clôtures.

La principale difficulté concerne les clôtures électriques :

  • elles doivent rester bien électrifiées ;
  • il faut contrôler régulièrement leur efficacité ;
  • en bio notamment, il faut entretenir la végétation sous les fils.

Cet entretien peut devenir un point noir technique sur les fermes.

Les effets bénéfiques observés

Vincent Levavasseur liste plusieurs effets positifs associés à ces systèmes.

Réduction du piquage

Le premier effet observé est une réduction importante du piquage, problème fréquent dans les bâtiments fermés.

Bon état sanitaire

Il évoque également un très bon état sanitaire des élevages agroforestiers bien conduits. Sur sa propre ferme, il indique ne pas avoir utilisé de produits vétérinaires depuis cinq ans. Il mentionne aussi d’autres collègues normands dans des situations comparables.

Les niveaux de production peuvent rester élevés, comparables à ceux observés dans des systèmes très techniques.

Baisse limitée de la consommation d’aliment

Des travaux de l’INRA à la station expérimentale du Magneraud sont mentionnés. Ils montrent une réduction de consommation d’aliment comprise seulement entre 1 et 5 % dans des systèmes avec accès à la luzerne et aux graminées.

Vincent Levavasseur insiste donc sur un point important : même si les parcours apportent une ressource complémentaire, les poules pondeuses actuelles restent des animaux très sélectionnés, avec des besoins nutritionnels précis. Sans aliment complet bien formulé, les performances de ponte chutent rapidement.

Il illustre cela par son expérience personnelle : en passant d’une alimentation à base de céréales locales à un aliment complet formulé pour pondeuses, la ponte a été multipliée par quatre en une semaine, alors que le coût de l’aliment n’était multiplié que par deux.

Il en conclut qu’aujourd’hui, il est difficile de faire fonctionner des systèmes rentables sans alimentation techniquement maîtrisée, même si des pistes existent :

  • valorisation maximale des parcours ;
  • recours aux insectes comme source de protéines ;
  • recherche de systèmes plus autonomes.

Stockage de carbone et reconstruction des sols

Les parcours enherbés et arborés participent aussi :

  • au stockage de carbone ;
  • à la reconstruction des sols ;
  • à la production de biomasse.

Productions complémentaires

Les parcours arborés peuvent fournir d’autres productions :

  • bois d’œuvre ;
  • bois de chauffage ;
  • fruits.

La valorisation fruitière reste toutefois technique, car elle suppose souvent de faire tourner les poules, en particulier au moment des récoltes.

Effet brise-vent et microclimat

Vincent Levavasseur mentionne également les travaux de Philippe Guillet montrant que l’agroforesterie peut réduire les besoins de chauffage en poussinière, grâce à l’effet brise-vent et au microclimat créé autour des bâtiments.

La question centrale de la sortie réelle des poules

Un des points les plus marquants de l’intervention concerne la fréquentation réelle des parcours.

Vincent Levavasseur souligne qu’il existe un décalage important entre l’image de l’œuf plein air ou bio et la réalité observée sur le terrain. Dans de nombreux systèmes avec grands parcours ouverts mais peu aménagés, les poules sortent très peu.

Il cite des chiffres montrant des taux de sortie très faibles :

  • environ 42 % pour des bandes de 500 poules ;
  • 10 % pour des bandes de 1 450 poules ;
  • seulement 2 à 5 % au-delà de 2 500 poules.

Dans les grands élevages avec bâtiments fixes et parcours ouverts, la fréquentation du parcours peut être extrêmement faible.

Pour lui, c’est un argument majeur en faveur de l’agroforesterie : les arbres donnent envie aux poules de sortir.

La raison en est simple : la poule craint fortement les rapaces. Si le parcours est ouvert, sans protection visuelle, elle n’ose pas s’éloigner. À l’inverse, des haies basses ou des arbres implantés régulièrement lui offrent des refuges. Il explique qu’il faut idéalement un élément protecteur tous les 10 mètres environ, et que des haies partant du poulailler jusqu’au fond du parcours permettent une meilleure exploration.

Il estime ainsi qu’il existe un enjeu majeur dans la filière œuf : faire en sorte qu’un œuf certifié bio ou plein air corresponde réellement à une poule qui utilise son parcours.

Viabilité économique des petits modèles

Vincent Levavasseur aborde ensuite la question économique.

Il compare différents modèles d’élevage observés en Normandie, de tailles variées. Sans entrer dans le détail de tous les chiffres, il montre qu’il est possible, dans certains cas, d’obtenir des revenus horaires comparables entre :

  • de gros ateliers de plusieurs dizaines de milliers de poules ;
  • de petits ateliers de quelques centaines à quelques milliers de volailles.

Il cite par exemple :

  • environ 45 heures de travail par semaine pour 30 000 poules dans certains systèmes ;
  • environ 40 heures par semaine pour 1 000 volailles dans d’autres modèles.

Les petits systèmes peuvent rester viables notamment grâce à la vente directe, qui améliore fortement la valorisation de l’œuf.

Selon lui, cela donne de l’espoir aux porteurs de projet et aux jeunes qui souhaitent s’installer, d’autant plus que la demande en œufs bio et de qualité reste forte.

Il insiste aussi sur le fait que, dans les petits systèmes :

  • l’investissement en bâtiment peut être beaucoup plus faible ;
  • il est possible de s’installer avec du matériel simple ou récupéré ;
  • l’atelier poules pondeuses peut constituer un très bon complément de revenu pour d’autres activités : maraîchage, pain, petits fruits, etc.

Témoignage de Jean-Marie Carré

Parcours personnel

Jean-Marie Carré explique être arrivé récemment dans l’agriculture, après une reconversion.

Ancien cadre administratif à la chambre de commerce et d’industrie de Marseille, il voulait quitter la ville et revenir vers le monde rural. Il raconte qu’il a passé plusieurs années de vacances dans des élevages du Sud-Ouest, avec l’idée initiale de s’installer dans un modèle plutôt classique, non bio, orienté élevage de dindes avec un groupement.

Sa rencontre avec Alain Canet d’Arbres et paysages a été décisive. Celui-ci l’oriente vers la poule pondeuse bio agroforestière, en lui expliquant qu’il existe un besoin local, notamment dans le Gers, avec une demande des restaurateurs et d’acteurs de la restauration collective pour des produits authentiques et locaux.

Mise en place de la ferme

Jean-Marie Carré s’installe sur une propriété d’environ 10 hectares, dont une partie boisée, avec un grand poulailler existant de 420 m² à remettre aux normes.

Finalement, il choisit un autre modèle et crée en 2018 une exploitation avec des poulaillers mobiles.

La partie affectée aux poules représente environ 4,5 hectares de parcours, dans un environnement très boisé.

Il fabrique lui-même ses poulaillers, avec l’aide d’un ami. Le premier est construit quelques mois après le démarrage du projet.

Description du système

Jean-Marie Carré élève environ 550 poules, réparties en deux bandes, dans quatre poulaillers, la plupart d’une capacité d’environ 180 poules.

Les poulaillers mesurent environ 2,50 m sur 3 m, sont sur pilotis à environ 65 cm du sol, et sont conçus avec :

  • des perchoirs pour dormir ;
  • des pondoirs ;
  • des auvents latéraux ;
  • une bonne ventilation ;
  • des équipements extérieurs pour l’alimentation et l’abreuvement.

Les mangeoires et une partie des pondoirs sont amovibles, afin d’accompagner le changement de parcours et d’éviter que les poules ne se fixent sur un seul point.

Les abreuvoirs sont répartis dans les parcours, avec des systèmes à pipettes ou à coupelles.

Il déplace les poulaillers tous les 10 à 15 jours pour garantir l’accès à l’herbe, aux fruits, aux insectes et aux différentes ressources du milieu.

Un milieu très boisé et très dense

Le site est très arboré. Jean-Marie Carré décrit un milieu dense, avec :

  • frênes ;
  • chênes ;
  • charmes ;
  • noyers ;
  • cornouillers ;
  • prunelliers ;
  • pruniers ;
  • ronces ;
  • mousses ;
  • divers arbustes spontanés.

Il explique que cette densité protège bien les poules des rapaces. Certaines zones sont si touffues que les prédateurs aériens n’y ont pas accès.

Les poules consomment de nombreuses ressources du milieu :

  • fruits ;
  • feuilles ;
  • jeunes pousses de ronces ;
  • insectes ;
  • campagnols ;
  • grenouilles, etc.

Des poules très adaptées au milieu

Jean-Marie Carré insiste sur le bien-être de ses animaux. Il explique que ses poules sont très à l’aise dans ce système.

Au départ, il fermait les pondoirs la nuit pour obliger les jeunes poules à s’habituer au bâtiment. Avec l’expérience, il a changé de pratique. Aujourd’hui, certaines poules ne dorment même plus dans les poulaillers, mais directement dans les arbres, parfois jusqu’à 10 mètres de haut. Il dit en plaisantant qu’elles ont transformé certains frênes en sapins, tant elles les utilisent comme dortoirs.

Elles reviennent surtout pour :

  • pondre ;
  • manger du grain ;
  • boire.

Gestion des prédateurs

La protection repose sur plusieurs moyens :

  • filets électrifiés de type élevage ovin, avec une intensité d’environ 10 000 volts ;
  • présence de chiens ;
  • vigilance quotidienne.

Les principaux prédateurs rencontrés sont :

  • le renard ;
  • la fouine ;
  • la martre ;
  • la genette ;
  • les rapaces.

Jean-Marie Carré indique subir surtout de la prédation par les rapaces, notamment buses et milans, surtout à l’arrivée des jeunes poulettes.

Il teste différents systèmes d’effarouchement, comme des CD suspendus. Il envisage aussi de tendre certains fils entre les arbres pour gêner les attaques en piqué.

Effet du couvert arboré sur le confort climatique

L’un des grands avantages qu’il observe est l’absence de baisse de ponte lors des fortes chaleurs.

Les poules restent au frais dans les zones boisées, trouvent naturellement les endroits les plus confortables et supportent beaucoup mieux l’été que dans des contextes plus ouverts.

Il note une vraie différence de température entre les parcours boisés et les abords plus dégagés de la maison.

Vigilance sur certaines plantes

Jean-Marie Carré met en garde sur certaines plantes présentes dans les parcours.

Il cite en particulier le laurier-tin ou des arbustes à grappes rouges ressemblant à des grains de maïs, qui peuvent être toxiques pour les poules. Il retire fleurs et graines avant d’installer les animaux dans certains secteurs.

Il souligne aussi que les poules doivent parfois être « éduquées » à consommer certaines ressources du milieu, car elles arrivent souvent de systèmes d’élevage standardisés où elles n’ont connu que l’aliment distribué.

Commercialisation

Sa production est vendue essentiellement à des intermédiaires :

  • restaurateurs ;
  • distribution ;
  • établissements publics, notamment des collèges du Gers.

Il indique avoir progressivement constitué un portefeuille d’une trentaine de clients, dont une vingtaine de clients réguliers.

Il n’a pas de stock : les œufs sont écoulés au fur et à mesure. Il a dû mettre en place un centre d’emballage pour pouvoir commercialiser selon les règles en vigueur.

Il insiste sur le fait qu’il tient son prix et ne le négocie pas. Il valorise aussi son mode de production en montrant des photos et en expliquant sa démarche à ses clients.

Résultats économiques

Jean-Marie Carré explique qu’il a pu s’installer sans crédit, grâce à une indemnité de départ de son ancien emploi.

Avec environ 700 poules au total à un certain stade du projet, il dit parvenir à se dégager un revenu autour du SMIC, tout en gardant une capacité à investir et à renouveler du matériel.

Il mentionne un chiffre d’affaires d’environ 60 000 euros.

Fin de carrière des poules

Lorsque les poules sortent du lot de production, il cherche à leur offrir une deuxième vie. Une grande partie est revendue à des particuliers pour de petites sommes, d’autres sont données, et quelques-unes partent en restauration, par exemple pour de la poule au pot.

Il garde ses poules entre 18 et 24 mois, en constatant qu’elles pondent encore correctement, même si la fréquence diminue.

Observations de terrain et échanges

Au cours des questions-réponses, plusieurs points sont abordés.

Contraintes sanitaires et administratives

Vincent Levavasseur précise qu’il n’y a pas de contrôle sanitaire spécifique aux petits élevages agroforestiers : ce sont les mêmes règles que pour les élevages bio plein air.

En revanche, les exigences sont lourdes :

  • plans de maîtrise sanitaire ;
  • stockage protégé des aliments et de la litière ;
  • gestion des cadavres ;
  • contraintes renforcées lors des épisodes d’influenza aviaire.

Il note que certaines obligations peuvent être difficiles à mettre en œuvre dans de petites fermes, mais qu’il est possible d’y répondre avec des dispositifs adaptés et cohérents.

La ponte en parcours et les œufs cachés

Jean-Marie Carré explique que, dans des parcours très attractifs, certaines poules pondent volontiers à l’extérieur, ce qui oblige parfois à une véritable recherche d’œufs, « comme une chasse aux œufs de Pâques sous les arbres ».

Pour limiter cela, plusieurs leviers sont évoqués :

  • faire des parcours plutôt petits ;
  • changer régulièrement les parcelles ;
  • déplacer les pondoirs amovibles ;
  • éventuellement retarder l’accès au parcours le matin, afin qu’une partie de la ponte ait lieu au bâtiment.

Densité arborée

Chez Jean-Marie Carré, la densité est forte, parfois avec un arbre tous les trois mètres, et localement encore plus dense grâce aux arbustes et buissons épineux.

Cela crée de très bonnes conditions de protection pour les poules.

Utilisation en maraîchage et dans d’autres systèmes

Il est évoqué que les poules peuvent aussi avoir un rôle intéressant en maraîchage :

  • réduction des campagnols ;
  • diminution de la pression limaces ;
  • gestion de certains couverts ou adventices.

Mais cela suppose des temps de pâturage très courts, des densités adaptées et des poulaillers très mobiles pour éviter les dégâts sur les cultures en place.

Qualité des œufs

Jean-Marie Carré rapporte que certains clients ou proches lui disent constater :

  • un goût différent ;
  • de meilleures qualités culinaires ;
  • une différence visible par rapport à des œufs plein air plus standards.

Il cite par exemple des remarques sur les blancs d’œufs montés en neige ou sur la saveur générale.

Effets sur la végétation et les arbres

Jean-Marie Carré observe que les poules enrichissent le sol et influencent la végétation :

  • elles limitent la progression des ronces ;
  • elles favorisent certaines dynamiques végétales ;
  • elles participent à l’entretien du milieu.

Il raconte aussi avoir vu apparaître davantage d’espèces végétales sur son terrain depuis l’installation des poules, notamment des orchidées et d’autres plantes spontanées.

Les poules mangent aussi certaines ressources inattendues, comme la mousse, qu’elles grattent en tas pour faire remonter les vers de terre.

Risque de dégradation en cas de mauvais pâturage

Il est rappelé qu’un mauvais pâturage conduit à des problèmes comparables à ceux observés chez les ruminants :

  • tassement du sol ;
  • apparition de chardons ;
  • dégradation de la flore ;
  • baisse de qualité du parcours.

La clé reste donc la bonne gestion du temps de présence et des rotations.

Perspectives et pistes de travail

En conclusion des échanges, Vincent Levavasseur insiste sur le fait qu’il reste encore beaucoup de travail à mener pour mieux comprendre et concevoir ces systèmes :

  • quelles espèces d’arbres et d’arbustes choisir ;
  • quelles feuilles sont réellement appétentes et utiles aux poules ;
  • comment conduire les arbres pour produire une biomasse accessible ;
  • comment articuler au mieux ressources arborées et alimentation ;
  • comment raisonner la complémentarité avec d’autres animaux, comme bovins ou chevaux sous vergers.

Il évoque aussi la possibilité de conduire certains arbres en trogne ou de réfléchir à des systèmes où la biomasse ligneuse ou foliaire serait rendue plus accessible.

Il rappelle enfin une estimation de Mark Shepard, selon laquelle l’autonomie alimentaire complète de volailles sur un système arboré demanderait des surfaces très importantes, de l’ordre d’une quinzaine de poules par hectare, ce qui montre les limites pratiques de cette ambition.

Malgré cela, la direction lui semble claire : recréer un biotope cohérent avec les besoins de la volaille est une piste très pertinente, à la fois pour la santé animale, le bien-être, la qualité de vie des éleveurs et la cohérence des systèmes d’élevage plein air.

Conclusion

La conférence met en avant une idée simple mais forte : l’œuf agroforestier ne consiste pas seulement à produire des œufs avec quelques arbres dans un parcours, mais à repenser l’élevage de poules pondeuses à partir du milieu naturel de l’animal.

Cela suppose :

  • des parcours arborés bien conçus ;
  • une gestion fine du pâturage tournant ;
  • souvent des bâtiments mobiles ;
  • une réflexion économique adaptée ;
  • et une forte attention à la réalité du comportement des poules.

À travers les interventions de Vincent Levavasseur et de Jean-Marie Carré, l’agroforesterie apparaît comme une voie concrète pour redonner du sens au plein air, améliorer le bien-être des volailles, diversifier les productions et construire des fermes à taille humaine.