L'IMPLANTATION DES COLZAS - Sylvain TROMMENSCHLAGER

De Triple Performance
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Dans cette vidéo, Sylvain Trommenschlager rappelle que la réussite du colza se joue d’abord à l’automne : date de semis, enracinement, nutrition et gestion de l’interculture conditionnent largement le rendement futur. Il recommande des semis précoces, de mi-juillet à mi-août, pour profiter des températures et favoriser un pivot puissant, avec un objectif d’au moins 8 feuilles et 1 cm de diamètre avant l’hiver. La densité doit rester adaptée au contexte, en évitant à la fois les peuplements trop faibles, plus sensibles aux insectes, et les semis trop denses, plus exigeants en alimentation. La vidéo insiste aussi sur la gestion des pailles, jugée déterminante pour limiter les accidents de levée, ainsi que sur une nutrition soutenue, notamment en azote, potasse, soufre, phosphore et oligo-éléments. Enfin, l’auteur souligne l’intérêt de la féverole associée, de la régulation précoce et d’une stratégie nutritionnelle pour mieux résister aux altises.

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Résumé
Dans cette vidéo, Sylvain Trommenschlager rappelle que la réussite du colza se joue d’abord à l’automne : date de semis, enracinement, nutrition et gestion de l’interculture conditionnent largement le rendement futur. Il recommande des semis précoces, de mi-juillet à mi-août, pour profiter des températures et favoriser un pivot puissant, avec un objectif d’au moins 8 feuilles et 1 cm de diamètre avant l’hiver. La densité doit rester adaptée au contexte, en évitant à la fois les peuplements trop faibles, plus sensibles aux insectes, et les semis trop denses, plus exigeants en alimentation. La vidéo insiste aussi sur la gestion des pailles, jugée déterminante pour limiter les accidents de levée, ainsi que sur une nutrition soutenue, notamment en azote, potasse, soufre, phosphore et oligo-éléments. Enfin, l’auteur souligne l’intérêt de la féverole associée, de la régulation précoce et d’une stratégie nutritionnelle pour mieux résister aux altises.

Pour aller plus loin, vous pouvez contacter Sylvain TROMMENSCHLAGER via sa page Facebook : https://www.facebook.com/SARL-Conseil-Technique-Rural-CTR-107408794351978


Importance de l’implantation des colzas

L’implantation des colzas est un moment toujours crucial. Sur les cultures d’automne, tout le rendement se construit à l’automne ; le printemps sert surtout à faire exprimer ce rendement, en l’accompagnant par la fertilisation azotée et les diverses interventions de protection.

La vidéo propose une approche un peu différente des implantations classiques du colza, avec l’idée d’ouvrir d’autres horizons et d’apporter quelques éléments supplémentaires pour mettre toutes les chances de réussite de son côté.

Fenêtre de semis et intérêt des semis précoces

Le colza se comporte très bien depuis la mi-juillet jusqu’à la mi-août, quelle que soit la région de France. Dans les techniques de semis direct, il est possible de prolonger davantage cette fenêtre.

Le fait de se limiter volontairement à la mi-août vise à profiter d’un maximum de températures et à stimuler les semis très précoces, afin de valoriser toutes les sommes de températures. Cela permet d’obtenir un développement végétatif et surtout racinaire important.

Le colza, notamment en semis direct, a besoin avant tout :

  • de sommes de températures ;
  • d’une alimentation soutenue.

Ces deux conditions sont nécessaires pour produire de très bons pivots, sans effet de fourche, et sans tendance à buter sur une zone dure. L’objectif est qu’il puisse traverser ces obstacles grâce au temps et aux températures disponibles pour développer son pivot.

Densité de semis

Il est rappelé qu’il vaut mieux raisonner en nombre de pieds par mètre carré qu’en kilos de semences. On parle souvent de 2 à 3 kg, mais l’indicateur pertinent reste la population levée.

Il est possible de descendre à :

  • 40 pieds/m² ;
  • 30 pieds/m² ;
  • voire moins en semis de précision.

Des semis réussis à 20 pieds/m² sont fréquemment observés en semis de précision.

Cependant, dans certaines situations, notamment avec des semences fermières, des semis un peu plus épais peuvent aussi présenter des atouts agronomiques :

  • mieux occuper le terrain ;
  • produire plus de biomasse ;
  • sécuriser l’implantation.

Le colza peut d’ailleurs réserver de bonnes surprises dans des peuplements un peu denses. Le principal bémol est qu’au-delà de 60 pieds/m², un colza dense devient très gourmand en alimentation pour pouvoir établir un pivot digne de ce nom.

L’auteur rappelle donc qu’il ne faut pas faire d’amalgame :

  • oui, le colza doit en général être semé clair ;
  • mais il ne faut pas condamner systématiquement les colzas plus épais.

Des peuplements plus denses vont en revanche favoriser l’élongation. Cela impose alors une régulation, éventuellement en mobilisant aussi des leviers de fertilisation foliaire capables de ralentir les montées hormonales.

Semis clair et pression d’insectes

Une idée forte développée dans la vidéo est que les semis très clairs peuvent devenir plus favorables aux attaques d’insectes. Il est indiqué qu’aujourd’hui, plus on sème clair, plus on peut être exposé à ces attaques.

L’explication évoquée est qu’en descendant trop bas en densité, on pourrait observer des niveaux d’oxydation plus importants chez les plantes. Ce point reste à préciser et à mesurer, mais il constitue une piste de réflexion importante.

Objectifs à atteindre avant l’hiver

Pour bien passer l’hiver, l’objectif est d’atteindre :

  • le stade B8, soit au moins 8 feuilles ;
  • un diamètre de pivot intéressant, autour de 1 cm minimum.

Il est rappelé que 75 % de l’enracinement du colza se fait à l’automne, d’où l’intérêt majeur des implantations précoces.

Gestion de l’interculture et des pailles

L’exportation de la paille est présentée comme souvent très sécuritaire pour la gestion des implantations de colza. En semis direct, la gestion des pailles est un point majeur.

Il est proposé, dans ces nouvelles techniques d’implantation, d’éviter le broyage des pailles et de privilégier les brins longs. La paille reste en effet, selon l’intervenant, une pratique très anxiogène et une source de risque en semis direct, et même plus largement quelle que soit la méthode d’implantation.

Lorsque les pailles sont broyées, on augmente fortement la menue paille. Si les sols présentent :

  • des problèmes de dégradation ;
  • un manque d’aération ;
  • un basculement rapide vers des fonctionnements anaérobies ;

alors cela peut conduire à :

  • une libération de toxines ;
  • une consommation excessive d’azote ;
  • des manques de pieds à la levée parfois dramatiques ;
  • des problèmes favorisant ensuite campagnols et limaces dans certains cas.

La position défendue est donc clairement très prudente vis-à-vis du broyage des pailles, considéré comme une pratique à risque pour l’implantation du colza.

Nutrition du colza à l’implantation

La nutrition est présentée comme un levier central, même si le contexte d’approvisionnement en engrais est compliqué. La recherche de matières premières et de coproduits permet toutefois parfois d’obtenir des unités fertilisantes à des niveaux de prix intéressants.

Une règle de base proposée pour le colza est :

  • 1 unité d’azote ;
  • 1 unité de potasse ;
  • 1 unité de soufre.

Cette base de réflexion peut sembler élevée, mais elle sert à rappeler que l’azote doit être piloté avec le potassium et le soufre.

Rôle central du potassium

Le potassium est présenté comme la clé de voûte de la plante en bonne santé. Il permet de réguler de nombreux phénomènes physiologiques :

  • gestion de l’eau ;
  • gestion de l’azote ;
  • limitation des stress oxydatifs ;
  • équilibre interne de la plante.

L’intervenant insiste fortement sur ce point, y compris de manière volontairement provocatrice, en évoquant un apport de 100 unités de potassium pour amener à réfléchir à la nutrition potassique du colza.

Il rappelle que pour produire 30 quintaux, le colza a des besoins proches de 300 unités de potassium. La question n’est donc pas seulement de savoir si l’on apporte ou non, mais de s’interroger sérieusement sur la disponibilité réelle de cet élément.

Il faut aussi tenir compte des analyses de sol, notamment :

  • du niveau de potassium ;
  • du rapport potassium/magnésium ;
  • du niveau de calcaire ;
  • des équilibres qui pilotent la disponibilité réelle de la potasse et du magnésium.

Un simple raisonnement du type « le potassium est à un bon niveau, donc je peux faire l’impasse » est jugé beaucoup trop simplificateur.

Enfin, dans les analyses de sève de démarrage, il est rappelé qu’il faut viser environ deux fois plus de potasse que d’azote pendant les phases d’implantation, afin de se prémunir de trop grosses attaques d’insectes.

Phosphore

Le besoin global avancé est de 80 unités de phosphore. Cette dose est présentée comme une dose « passe-partout », permettant d’établir des plans de fumure intéressants.

Le phosphore peut être :

  • localisé ;
  • ou apporté en plein.

Les formes pulvérulentes sont privilégiées du fait de la faible mobilité du phosphore.

Le recours à des coproduits associant phosphore et potasse peut présenter un intérêt économique.

Soufre

Le soufre élémentaire est présenté comme une forme particulière. Son intérêt n’est pas seulement nutritionnel, et même, sous cette forme, son efficacité directe pour l’alimentation est jugée relativement médiocre.

En revanche, il présente plusieurs intérêts :

  • il peut faire baisser le taux de salinité de certains engrais comme le 18-46 ;
  • il limite les effets dépressifs de certains engrais localisés ;
  • par son oxydation, il crée au contact de la racine un pH très acide ;
  • ce pH local favorise la libération de divers oligo-éléments ;
  • il peut aussi dégager du soufre sous forme gazeuse.

Cet effet gazeux est jugé intéressant sur les premiers jours, avec un effet répulsif vis-à-vis des petites altises, permettant de faire baisser la pression de façon importante.

Intérêt de la féverole en accompagnement

Les plantes compagnes ont toute leur place dans cette approche, et la féverole est présentée comme un choix simple et efficace.

L’idée est d’associer le colza à la féverole, notamment dans des semis très précoces, puis de restituer cette féverole avant floraison, par broyage par exemple, pour restituer de l’azote.

Une féverole correctement implantée au contact du colza et restituée avant floraison peut apporter jusqu’à 60 unités d’azote.

Il est rappelé que :

  • les graines de légumineuses sont des sources de protéines, donc d’azote ;
  • si l’on exporte ces légumineuses, on exporte une grande partie de cet azote ;
  • si on les détruit trop tard ou seulement par gel ou [[désherbage chimique]], la restitution azotée est beaucoup plus faible.

Le maximum de restitution est donc obtenu quand les légumineuses sont restituées avant floraison.

Gestion des grosses altises et des petites altises

Avant même de parler d’insecticides, certaines bases doivent être respectées pour limiter la pression d’altises.

Pour la grosse altise, il faut notamment :

  • des plantes correctement alimentées en potassium ;
  • une nutrition cohérente dès l’implantation.

Pour les petites altises, le soufre élémentaire est présenté comme un levier complémentaire grâce à son effet répulsif sur les premiers jours.

Plus globalement, l’idée défendue est qu’une plante bien nourrie est moins attractive pour les insectes.

Importance du bore et du manganèse

Bore

L’intervenant recommande 4 kg d’octaborate de sodium, en précisant qu’il faut être vigilant sur la qualité du produit :

  • il s’agit bien d’octaborate de sodium à 21 % ;
  • il n’existe qu’en solide ;
  • s’il est en solution, ce n’est plus de l’octaborate stable.

Les meilleurs résultats sont obtenus avec des applications très précoces. En curatif, les résultats sont souvent décevants et les doses souvent trop faibles.

L’octaborate présente aussi de très bonnes pénétrations, ce qui le rend intéressant en implantation, surtout lorsqu’il est accompagné d’acides aminés.

Le bore est présenté comme essentiel à la gestion du phosphore :

  • sans bore, pas de phosphore ;
  • il agit comme catalyseur de l’absorption et de la valorisation du phosphore dans la plante.

Manganèse

Il est proposé d’apporter 1,5 kg de sulfate de manganèse.

Le manganèse est souvent oublié sur colza, alors qu’il est fortement mis en avant ici. Il est présenté comme directement lié à la gestion des insectes, en association avec le bore.

De nombreux rougissements observés sur colza seraient liés à des carences induites en manganèse. Pour un objectif de 35 quintaux, les besoins totaux seraient autour de 1,9 kg de manganèse élément.

Les pratiques actuelles, jugées plus oxydantes, renforcent le risque de blocage du manganèse. Cet élément inquiète donc particulièrement l’intervenant.

Les réponses observées sur la pression d’insectes via l’association bore-manganèse laissent penser qu’il s’agit d’un levier majeur, non pas pour se passer totalement d’insecticides, mais pour accompagner les stratégies de protection et désensibiliser les plantes aux attaques.

Les rougissements de colza peuvent provenir :

  • d’un manque de phosphore ;
  • d’une rupture d’alimentation azotée ;
  • mais aussi d’un défaut de manganèse et de potasse, qui soutiennent la gestion de l’azote dans la plante.

Zinc, molybdène et cuivre

Le zinc est également mis en avant, au même titre que le bore, comme un élément « passe-partout » à l’implantation. L’apport de bore et de zinc sécurise la nutrition, car ces éléments stimulent l’absorption des autres oligo-éléments.

Le molybdène est mentionné comme un élément auquel le colza est sensible. Une vigilance particulière est signalée dans les sols chlorosants, notamment après de grosses applications d’amendements.

Le cuivre est également cité. Il existe des besoins, mais sur colza les essais d’apports de cuivre ne donnent pas, pour l’instant, de réponses cohérentes, contrairement à ce que l’on observe parfois sur céréales.

Qualité des formes et rôle des acides aminés

Il est recommandé d’être exigeant sur les formes de manganèse utilisées, en privilégiant des formes relativement réduites à action antioxydante.

De bons octaborates, comme de bonnes sources de bore, sont déjà de puissants antioxydants.

L’association avec des acides aminés permet d’obtenir des cocktails d’oligo-éléments très performants :

  • meilleure pénétration ;
  • meilleure qualité redox ;
  • meilleure protection ;
  • meilleure efficacité.

Des essais menés l’année précédente sur les associations :

  • acides aminés + bore ;
  • acides aminés + cuivre + manganèse ;

sont signalés comme très intéressants.

Régulation des colzas

La régulation est jugée pertinente à partir de 3 feuilles. C’est à ce stade qu’il faut commencer à réguler les colzas, quelles que soient les conditions climatiques.

Les régulateurs actuellement utilisables sur colza n’auraient pas d’impact majeur sur la santé globale de la culture et occasionneraient peu de stress oxydatif. Néanmoins, l’apport d’oligo-éléments pour accompagner cette phase reste jugé très intéressant.

Conclusion

La réussite du colza se joue d’abord à l’automne, à travers :

  • des semis précoces ;
  • une implantation bien pensée ;
  • une gestion prudente des pailles ;
  • une nutrition fortement structurée autour du potassium, du soufre et du phosphore ;
  • un accompagnement par les oligo-éléments, notamment bore, manganèse et zinc ;
  • et, si possible, l’appui de plantes compagnes comme la féverole.

L’ensemble de l’approche défendue par Sylvain Trommenschlager consiste à raisonner le colza comme une culture qu’il faut sécuriser très tôt, en cherchant à construire un pivot puissant, atteindre rapidement 8 feuilles, et rendre la plante moins sensible aux stress et aux attaques d’insectes.