La nécessité de faire des analyses foliaires, par Alfred Gässler
![]()
Pendant le confinement, Ver de Terre Production propose de diffuser des webinaires avec vos intervenants préférés !
Aujourd'hui, on continue le cycle avec la nécessité de faire des analyses foliaires, par Alfred Gässler.
Avec Arbre & Paysage 32 et Pour une Agriculture du Vivant.
Introduction
Bonjour à tous.
Cette présentation est assurée par Alfred Gässler, conseiller-formateur, avec l’appui technique de l’équipe de production et de Marie-Thérèse, qui répond aux questions pendant l’intervention.
Le sujet traité est : la nécessité de faire des analyses foliaires.
Avant d’entrer dans le vif du sujet, Alfred Gässler rend hommage à une personne qui a beaucoup compté dans le domaine de la nutrition des plantes et des sols, récemment disparue. Il rappelle l’importance de cette vision : nourrir le sol pour nourrir la plante.
Nourrir le sol, nourrir la plante
Un point central de la présentation est que la plante et le sol ne peuvent pas être séparés.
Alfred Gässler rappelle qu’on entend souvent :
- qu’il faut nourrir la plante ;
- ou qu’il faut nourrir le sol.
Pour lui, les deux sont liés. Une plante saine dépend d’un sol fonctionnel, et un sol fonctionnel dépend aussi de plantes vivantes capables de l’alimenter.
Il insiste sur le fait qu’un bon sol devrait présenter :
- une structure correcte ;
- une part d’air ;
- une part d’eau ;
- une matière organique fonctionnelle.
Il évoque, à titre d’ordre de grandeur, un sol équilibré avec :
- environ 25 % d’eau ;
- environ 25 % d’air ;
- et une matière organique autour de 4 à 8 %,
mais il précise qu’il ne s’agit pas de matière organique inerte. Il faut une matière organique fonctionnelle, capable :
- de stocker des éléments ;
- de les restituer quand la plante en a besoin ;
- et d’alimenter la vie biologique du sol.
Selon lui, ce type de sol devient rare aujourd’hui. Pourtant, si l’on veut des plantes saines, productives et plus résistantes, il faut chercher à remonter le niveau de matière organique fonctionnelle.
Le rôle essentiel de la biologie du sol
La plante n’absorbe pas seule tous ses éléments directement depuis le sol minéral. Une grande partie de la nutrition passe par la biologie du sol.
Alfred Gässler rappelle qu’une part importante des éléments absorbés par la plante transite par les micro-organismes. Il insiste sur le fait que les micro-organismes sont des êtres vivants, avec leurs propres besoins. Parmi eux, il cite par exemple les nématodes bénéfiques, qui participent à la dynamique de la nutrition.
Dans un sol sain :
- la biologie travaille en continu ;
- les nutriments sont transformés ;
- l’eau circule mieux ;
- les éléments deviennent plus disponibles.
Il souligne qu’on ne peut pas compter uniquement sur les couverts végétaux ou sur les cultures intermédiaires si, derrière, le fonctionnement biologique du sol n’est pas réellement assuré.
La plante se nourrit surtout de l’air, mais a besoin d’un sol qui fonctionne
Un autre message important de la présentation est que la plante prélève l’essentiel de sa matière dans l’air.
Alfred Gässler rappelle que :
- la plante tire surtout du carbone, de l’hydrogène et de l’oxygène de l’air et de l’eau ;
- les éléments minéraux venant du sol représentent une part beaucoup plus faible en quantité ;
- mais cette petite part est indispensable.
Autrement dit, même si la plante prélève peu de minéraux en proportion, elle ne peut pas fonctionner correctement si ces éléments ne sont pas disponibles, équilibrés et assimilables.
Pour cela, la photosynthèse doit bien fonctionner.
La photosynthèse au centre de tout
Pour Alfred Gässler, une grande partie des problèmes observés aujourd’hui vient d’une photosynthèse insuffisamment efficace.
Il indique que l’efficacité réelle de la photosynthèse est souvent très faible, parfois de l’ordre de 15 à 20 %. Lorsque la photosynthèse fonctionne mal :
- la plante fabrique moins de sucres ;
- elle nourrit moins bien le sol ;
- elle produit davantage de composés de stress ;
- elle attire davantage les ravageurs ;
- et elle devient plus sensible aux maladies.
Il rappelle aussi que la plante alimente le sol par les produits de sa photosynthèse. Si elle ne produit pas assez, elle ne peut pas bien nourrir la biologie du sol. Il y a donc un lien direct entre :
- efficacité de la photosynthèse ;
- alimentation du sol ;
- santé de la plante ;
- résistance aux bioagresseurs.
Pourquoi les insectes et les maladies attaquent-ils ?
Une question posée dans l’exposé est la suivante :
Est-il normal qu’une plante tombe malade ? Est-il normal qu’elle soit mangée par les insectes ?
Pour Alfred Gässler, la réponse est non. Il considère que les attaques d’insectes et de maladies sont souvent la conséquence d’un déséquilibre nutritionnel ou physiologique.
Il explique que :
- les plantes affaiblies fabriquent des composés qui attirent les ravageurs ;
- les insectes et certaines maladies interviennent souvent sur des tissus déséquilibrés ;
- traiter sans corriger l’état nutritionnel ne résout pas le problème de fond.
Il insiste donc sur l’idée que la protection des plantes passe d’abord par une plante bien nourrie.
Il faut regarder toute la nutrition, pas seulement NPK
Un des points majeurs de la conférence est la critique d’une approche trop centrée sur l’azote, le phosphore et le potassium.
Alfred Gässler rappelle qu’une plante a besoin :
- de macroéléments ;
- de microéléments ;
- d’oligo-éléments ;
- et d’un fonctionnement global cohérent.
Il explique qu’il ne faut pas se contenter de regarder N, P et K. Tous les éléments comptent. Certains sont classés différemment selon les tableaux, mais cela ne veut pas dire que les autres sont secondaires.
Tous les éléments sont importants pour une nutrition correcte.
Il rappelle aussi que certains éléments sont essentiels, c’est-à-dire qu’ils ne peuvent pas être remplacés par d’autres. Il cite notamment :
- le magnésium, indispensable à la photosynthèse ;
- le soufre, indispensable à certaines synthèses ;
- le bore, essentiel aux transferts ;
- le molybdène, nécessaire à certaines enzymes.
Les carences nutritionnelles favorisent les ravageurs et les maladies
La présentation insiste sur les liens entre carences et problèmes sanitaires.
Quelques exemples donnés :
- trop d’azote favorise les pucerons, si la plante n’est pas capable de le transformer correctement ;
- un manque de magnésium pénalise la photosynthèse ;
- un manque de soufre gêne la fabrication correcte des protéines ;
- un manque de molybdène perturbe certaines transformations de l’azote ;
- un manque de bore peut favoriser les pucerons et affaiblir la plante ;
- certaines maladies sont associées à des carences spécifiques.
Parmi les exemples cités :
- sur tournesol, certains problèmes sont associés à une carence en cuivre ;
- sur maïs, certaines situations montrent des carences en soufre ;
- sur trèfle, le manque de bore est mentionné ;
- des situations de fusarioses sont également reliées à des déséquilibres nutritionnels.
Le message est clair : de nombreuses maladies et attaques ne sont pas seulement des problèmes de pathogènes ou d’insectes, mais aussi des problèmes de nutrition de la plante.
Exemples d’observations au champ
Alfred Gässler montre plusieurs essais ou observations de terrain.
Effet de la matière organique et du fonctionnement du sol
Des comparaisons sont faites entre des sols à faible teneur en matière organique fonctionnelle et d’autres mieux pourvus. Il décrit visuellement :
- des plantes plus pâles à gauche ;
- des plantes plus foncées et plus vigoureuses à droite ;
- des différences nettes de développement selon l’état du sol.
Il montre cela sur plusieurs espèces :
L’idée répétée est que, à sol mieux fonctionnel :
- la couleur est meilleure ;
- la vigueur est meilleure ;
- la résistance aux insectes est meilleure ;
- le développement est plus régulier.
Cas de moutardes très attaquées par les insectes
Il présente un exemple où deux moutardes se développent dans des contextes de sol différents. L’une est fortement dévorée par les insectes, l’autre continue à se développer.
Selon lui, la différence ne vient pas d’un hasard, mais du fait que les plantes ne sont pas nourries de la même façon. Une plante mal nourrie émet des signaux différents et attire davantage.
Intérêt des mélanges d’espèces et des cultures associées
Il insiste aussi sur l’intérêt :
- des mélanges d’espèces ;
- des cultures associées ;
- de la diversité végétale.
Selon lui, les espèces peuvent s’aider mutuellement par des échanges et complémentarités nutritionnelles, ce qui participe à améliorer la nutrition globale et le fonctionnement biologique.
Les limites du diagnostic visuel
Alfred Gässler reconnaît qu’il existe de beaux tableaux de diagnostic visuel des carences. On les a appris à l’école, et ils peuvent rendre service.
Mais il insiste sur leurs limites :
- il est difficile d’identifier avec certitude la vraie cause d’un symptôme ;
- certaines carences sont masquées par d’autres ;
- quand les symptômes sont visibles, la situation est souvent déjà avancée ;
- intervenir seulement à ce stade peut être trop tardif.
Le diagnostic visuel peut donner des indications, mais il ne suffit pas. D’où l’importance des analyses.
Exemple d’un colza visuellement beau mais déséquilibré
Un exemple marquant de la présentation concerne un colza ayant reçu deux tonnes de fientes de volailles.
Visuellement, le colza paraît très beau. De loin, il donne une bonne impression.
Mais l’analyse foliaire montre malgré tout :
- un manque de magnésium ;
- un manque de bore.
Pour Alfred Gässler, c’est typiquement le genre de situation où l’apparence ne suffit pas. Une culture peut sembler belle tout en présentant des déséquilibres importants.
Il rappelle à cette occasion que :
- le magnésium est essentiel à la chlorophylle et à la photosynthèse ;
- le bore est essentiel au transfert des sucres, à la nutrition des méristèmes et à la tenue de la plante.
Sur colza, le bore joue aussi un rôle important pour éviter certains éclatements ou désordres physiologiques.
Exemple d’une vigne et question sur le potassium et le magnésium
Une question est posée sur la vigne : un excès de potassium peut-il provoquer un blocage du magnésium ?
La réponse d’Alfred Gässler est nuancée :
- il faut d’abord savoir ce que contient réellement le sol ;
- il faut faire des analyses de sol et si possible de sève ;
- oui, lorsqu’un élément est présent en excès, d’autres peuvent devenir limitants.
Il insiste sur la notion d’équilibre. Le problème de la fertilisation n’est pas seulement la quantité absolue d’un élément, mais l’équilibre entre les éléments.
Les outils d’analyse disponibles
La conférence distingue plusieurs niveaux d’outils pour évaluer l’état nutritionnel des plantes.
Les analyses classiques de tissus
Il s’agit d’analyses chimiques réalisées sur des plantes ou feuilles séchées, envoyées au laboratoire.
Le principe :
- on prélève les tissus végétaux ;
- on les sèche ;
- le laboratoire mesure les teneurs des différents éléments ;
- on compare ensuite aux références disponibles.
Pour Alfred Gässler, c’est une base sérieuse et très utile.
Les outils de mesure rapide sur le terrain
Il cite plusieurs outils :
- les mesures de pH de sève ;
- les mesures de conductivité ;
- les réfractomètres pour les Brix ;
- les appareils de type Horiba, permettant de mesurer certains ions dans la sève.
Avec ces outils, on peut mesurer relativement facilement :
Il considère ces outils intéressants pour le suivi, mais potentiellement dangereux si on les utilise seuls et qu’on conclut trop vite :
- « c’est bon » ;
- « ce n’est pas bon » ;
sans analyse plus complète derrière.
Le Brix : utile, mais insuffisant
Le Brix est présenté comme une mesure intéressante du niveau de sucres.
Pour Alfred Gässler :
- c’est un indicateur utile ;
- cela permet de suivre une parcelle ;
- cela peut donner une idée du fonctionnement de la plante ;
- mais cela ne suffit jamais à lui seul.
Il met en garde :
- un Brix élevé n’implique pas automatiquement que tout va bien ;
- selon les conditions, une plante peut avoir des sucres élevés tout en manquant de magnésium ou d’autres éléments ;
- il faut toujours interpréter le Brix avec prudence.
Il donne l’exemple du blé : certaines mesures de Brix élevées ne signifient pas forcément que la plante est bien équilibrée.
Conditions de mesure du Brix
Il insiste fortement sur la rigueur nécessaire :
- toujours mesurer dans les mêmes conditions ;
- à la même heure ;
- sur la même variété ;
- dans la même parcelle ;
- au même stade ;
- et sur des feuilles comparables.
Les résultats peuvent varier fortement :
- entre le matin, le midi et le soir ;
- selon l’humidité ;
- selon la variété ;
- selon la parcelle.
Pour lui, il faut éviter toute interprétation simpliste.
Le pH de sève
Le pH de sève est présenté comme une mesure simple et intéressante.
On peut :
- broyer ou couper finement les feuilles ;
- en extraire du jus ;
- mesurer le pH avec des bandelettes ou un appareil.
Pour certaines cultures, il donne des plages indicatives. Il cite notamment les céréales, pour lesquelles un pH de sève autour de 6,4 est évoqué comme repère. Si l’on est nettement au-dessus ou au-dessous, cela peut signaler un problème.
Là encore, il insiste : c’est un indicateur de suivi, pas un diagnostic complet.
Pourquoi analyser la feuille plutôt que seulement le pétiole ?
Une question est posée sur l’intérêt de travailler sur le pétiole plutôt que sur la feuille.
La réponse est que, pour lui, la feuille donne une vision plus complète de l’état de la plante, car c’est là que se jouent des transformations essentielles liées à la photosynthèse et au métabolisme.
Le pétiole peut être utile, mais il ne donne pas toujours toute l’information sur ce qui se passe dans le tissu foliaire lui-même.
Il recommande donc, si l’on compare, de toujours garder une méthode cohérente et de ne pas mélanger des références obtenues sur pétiole avec d’autres obtenues sur feuille.
Comment réaliser un prélèvement foliaire
Alfred Gässler donne plusieurs recommandations pratiques.
Pour les analyses de tissus :
- prélever des feuilles saines, non malades ;
- si possible prendre les dernières feuilles complètement développées ;
- faire attention à distinguer feuilles jeunes et feuilles plus âgées si le protocole l’exige ;
- prélever de préférence avant 9 h du matin pour certaines analyses de sève fraîche ;
- mettre les échantillons dans des sachets propres ;
- les envoyer rapidement au laboratoire.
Pour les analyses sur matière sèche :
- il recommande des échantillons séchés ;
- idéalement à environ 80 °C ;
- afin d’éviter les problèmes liés au transport et à la dégradation de l’échantillon.
Il explique qu’ainsi, on est sûr que ce qui arrive au laboratoire est bien un échantillon exploitable.
Analyses sur feuilles fraîches et comparaison jeunes feuilles / vieilles feuilles
La présentation aborde aussi les analyses sur feuilles fraîches, avec comparaison :
- des feuilles jeunes ;
- des feuilles plus âgées.
Cette approche permet, selon la mobilité des éléments dans la plante, de voir où se situent les déséquilibres.
Certains éléments étant plus mobiles que d’autres, la comparaison entre feuilles jeunes et vieilles feuilles aide à comprendre ce qui manque réellement.
Exemple d’analyse sur blé
Un exemple d’analyse sur blé est commenté.
L’analyse montre notamment :
- des teneurs en sucres élevées ;
- mais malgré cela, un manque de magnésium, aussi bien dans les feuilles jeunes que dans les feuilles âgées.
Conclusion d’Alfred Gässler :
- on pourrait croire que tout va bien parce que les sucres sont élevés ;
- mais en réalité, la photosynthèse n’est pas optimale ;
- le magnésium manque ;
- et l’équilibre général n’est pas satisfaisant.
Cela illustre parfaitement son message : le sucre seul ne suffit pas à juger la qualité nutritionnelle.
Exemple d’analyse sur luzerne
Un autre exemple est donné sur luzerne.
Même si la luzerne est une légumineuse et qu’elle peut couvrir une partie de ses besoins en azote, cela ne signifie pas qu’elle est correctement nourrie sur tous les autres éléments.
L’analyse met en évidence des manques en :
- magnésium ;
- soufre ;
- bore.
Cela montre qu’une culture capable de fixer l’azote peut malgré tout être très déséquilibrée nutritionnellement.
Le bore : rôle et formes d’apport
Le bore revient souvent dans l’exposé.
Alfred Gässler insiste sur son importance :
- pour le transfert des sucres ;
- pour la nutrition des zones de croissance ;
- pour la tenue physiologique de la plante ;
- pour le colza notamment.
À une question sur l’intérêt d’apporter du bore sous une forme donnée, il répond que cela dépend :
- si l’on vise la plante ;
- ou si l’on vise le sol.
Il explique qu’ils ont testé différentes formes, mais qu’ils travaillent aujourd’hui davantage avec des formes rapidement disponibles, notamment en application foliaire lorsque l’objectif est de corriger vite.
Son idée reste constante : avant de choisir un produit, il faut savoir ce qui manque réellement.
Un élément nutritif n’est pas un insecticide
Concernant le bore, une question demande s’il a un effet insecticide ou s’il protège contre les insectes.
La réponse est très claire :
- non, le bore n’est pas un insecticide ;
- c’est un élément nutritif.
S’il y a moins d’insectes après correction, ce n’est pas parce que le bore a tué les insectes, mais parce que la plante est dans un meilleur état physiologique et attire moins.
Les analyses foliaires comme outil de pilotage
Pour Alfred Gässler, les analyses foliaires sont avant tout des outils de pilotage.
Elles servent à savoir :
- quels éléments manquent ;
- quels éléments sont déséquilibrés ;
- si la plante est correctement nourrie ;
- ce qu’il faut corriger.
Sans analyse, on travaille à l’aveugle.
Il insiste sur le fait qu’aujourd’hui, il existe des références, des recommandations, et qu’il est possible d’utiliser ces analyses de façon opérationnelle.
Il évoque des analyses portant sur environ treize éléments, avec des référentiels disponibles.
Il faut éviter les apports “à l’aveugle”
Une idée revient plusieurs fois pendant la présentation : il ne faut pas apporter des produits au hasard.
Que ce soit :
- extraits d’algues ;
- biostimulants ;
- correcteurs divers ;
- oligo-éléments ;
- autres produits foliaires,
la position d’Alfred Gässler est la même : avant tout, il faut analyser.
Il ne rejette pas ces produits par principe, mais il considère qu’on ne peut pas raisonner sérieusement sans savoir ce qu’il manque réellement.
Lien entre nutrition, maladies et rouilles
La conférence revient sur plusieurs exemples de maladies liées à la nutrition.
Sur blé, il mentionne notamment :
- la sensibilité à la rouille jaune ;
- des situations associées à des manques de magnésium, de soufre ou de bore ;
- le rôle d’un excès d’azote mal transformé.
Pour lui, lorsque la plante n’arrive pas à bien transformer son azote, cela accroît sa sensibilité. Là encore, la maladie est vue comme le résultat d’un dysfonctionnement plus global.
Le cas de la betterave
Il est aussi fait mention de la betterave avec des situations où la plante ne paraît pas fonctionner normalement. Dans les exemples évoqués, on retrouve plusieurs manques simultanés :
- soufre ;
- phosphore ;
- potassium ;
- magnésium ;
- fer.
Là encore, l’idée est que les problèmes observés au champ sont souvent la traduction d’un déséquilibre nutritionnel complexe.
Matière organique, humus et fonctionnement biologique
Une autre partie importante de la conférence porte sur la différence entre :
- matière organique morte ;
- matière organique vivante ou fonctionnelle.
Alfred Gässler insiste sur le fait qu’un taux de matière organique ne veut pas tout dire. Une matière organique peu active biologiquement ne rendra pas les mêmes services qu’une matière organique vivante, liée à une forte activité du sol.
Il rappelle que :
- plus le sol est biologiquement fatigué, plus il devient difficile de nourrir correctement la plante ;
- plus la photosynthèse est faible, moins la plante nourrit le sol ;
- et plus le système s’enferme dans un cercle négatif.
Le rôle des lipides et la construction de l’humus
Alfred Gässler développe ensuite une vision plus large du fonctionnement plante-sol.
Lorsque la plante fonctionne bien :
- elle fait mieux sa photosynthèse ;
- elle produit davantage de sucres ;
- elle peut en consacrer une part plus importante au sol ;
- elle produit aussi des composés, notamment des lipides, qui alimentent les champignons et la vie du sol ;
- cela contribue à la construction de l’humus.
Selon lui :
- plus la photosynthèse est efficace ;
- plus la production de lipides est importante ;
- plus on construit de l’humus ;
- et mieux le sol nourrira ensuite les cultures.
Il présente donc les analyses foliaires non seulement comme un outil de correction immédiate, mais aussi comme un levier pour reconstruire un fonctionnement durable du sol.
Par quoi commencer ?
À la question de savoir s’il faut commencer par le sol ou par la plante, sa réponse est pragmatique.
Quand les plantes sont déjà en place et montrent des déséquilibres :
- il faut agir sur la plante, notamment par voie foliaire, pour la remettre en état le plus vite possible.
Mais en parallèle :
- il faut analyser le sol ;
- comprendre ce qu’il contient ou ne contient pas ;
- travailler le fonctionnement biologique ;
- faire évoluer les pratiques.
Il ne s’agit donc pas d’opposer sol et plante, mais d’articuler les deux.
Conseils pratiques donnés
Parmi les conseils concrets donnés au cours des échanges :
- faire des analyses foliaires régulières ;
- suivre les parcelles tous les 15 jours à 3 semaines quand c’est possible ;
- utiliser le Brix, le pH ou des mesures rapides comme outils de suivi, mais pas comme seuls outils de décision ;
- corriger par voie foliaire lorsqu’une carence est mise en évidence ;
- développer des mélanges d’espèces et des cultures associées ;
- réduire autant que possible les perturbations mécaniques du sol ;
- nourrir la biologie du sol avec des plantes diversifiées et en bon état ;
- éviter les apports “au hasard”.
Réponses à quelques questions marquantes
Les analyses foliaires coûtent-elles cher ?
Le coût n’est pas présenté comme l’obstacle principal. Alfred Gässler estime que ces analyses ne coûtent pas une fortune et qu’elles permettent d’éviter des erreurs bien plus coûteuses.
Peut-on corriger rapidement une carence ?
Oui, par une application foliaire adaptée, à condition de savoir ce qui manque réellement.
Faut-il toujours raisonner avec le sol aussi ?
Oui. Si une carence apparaît sur la plante, il faut aussi comprendre pourquoi le sol n’a pas fourni correctement l’élément.
Les extraits d’algues ou biostimulants peuvent-ils aider ?
Parfois peut-être, mais cela ne remplace pas le diagnostic. Il faut d’abord analyser.
Comment améliorer rapidement les micro-organismes du sol ?
Il recommande avant tout :
- de limiter les perturbations ;
- de nourrir le sol avec des espèces diversifiées ;
- et de maintenir des plantes en bonne santé.
Conclusion
Le message central d’Alfred Gässler est simple :
Si l’on veut des plantes saines, il faut s’occuper sérieusement de leur nutrition. Et pour cela, il faut faire des analyses foliaires.
Ces analyses permettent :
- de dépasser le simple visuel ;
- de ne pas raisonner seulement en NPK ;
- d’identifier les vraies carences ;
- de mieux piloter les corrections ;
- de réduire la sensibilité aux maladies et aux ravageurs ;
- et, à plus long terme, d’améliorer le fonctionnement du sol.
La plante saine nourrit mieux le sol, et le sol fonctionnel nourrit mieux la plante. C’est cette dynamique que les analyses foliaires permettent de comprendre et de piloter.
En conclusion, Alfred Gässler invite chacun à :
- observer ses plantes autrement ;
- analyser plutôt que supposer ;
- et commencer dès maintenant à changer les pratiques si l’on veut changer les sols de demain.