Le carbone au cœur du vivant, Hervé Covès
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Nataïs et le Centre National de l’agroécologie s’associent pour organiser la 1ère édition du rendez-vous national de l'agroécologie "Le carbone, c'est la vie !" le 10 février 2023 à Samatan, de 9h à 17h.
Parce que le carbone traduit efficacement les évolutions positives en matière de climat, de biodiversité ou de qualité de l’eau, il s’agit d’un indicateur simple et évident pour mesurer notre impact et piloter nos agricultures vers des systèmes diversifiés, productifs, durables et résilients. C’est pourquoi cette journée rassemble les meilleurs spécialistes de la question du carbone pour expliquer sa qualification et sa quantification au grand-public. L’objectif est également de présenter en avant-première une méthode de mesure par satellite du stockage dynamique du carbone à la parcelle.
Programme détaillé :
- Introduction par Michael Ehmann et Alain Canet.
- Le carbone, cœur du vivant - Hervé Covès
- La fertilité de nos sols – Konrad Schreiber
- Carbone et Eau, l’un ne va pas sans l’autre - Laurent Denise
- Remettre le « capital-sol » au centre du système de production - Sylvain Hypolite
- Modélisation et satellites, une approche innovante pour la cartographie des bilans carbone - Eric Ceschia
- La démarche carbone de Nataïs – Jonah Ehmann et Anne-Marie Joliet
- Table ronde – Un casting de choix pour faire germer le champ des possibles (Grands témoins des filières élevages, grandes cultures, vignes)
Introduction
Cette intervention d’Hervé Covès s’ouvre sur un appel direct au monde agricole, aux responsables publics et aux organisations professionnelles. Le propos est simple et fort : la vie est belle. Cette affirmation n’est pas seulement poétique ; elle sert de point de départ à une réflexion agronomique, écologique et politique sur l’état de nos sols, l’avenir des cultures, et les moyens d’adaptation au changement climatique.
À partir d’exemples concrets, de références au sixième rapport du GIEC et d’une lecture biologique des sols, Hervé Covès développe une idée centrale : l’avenir de l’agriculture repose sur la restauration du vivant, et plus particulièrement sur le carbone, la matière organique, les champignons, les vers de terre, les arbres et les continuités écologiques.
Un message adressé au monde agricole et politique
Hervé Covès précise qu’il s’adresse à plusieurs publics en même temps :
- au ministre de l’Agriculture ;
- aux représentants des organisations professionnelles agricoles ;
- aux agriculteurs ;
- et plus largement à toutes les personnes qui écoutent l’intervention, y compris à distance.
Son message est présenté comme un message important. Il part du constat que, même si la vie est belle, la réalité agricole est souvent difficile. Les champs de maïs sont évoqués comme de grands labyrinthes, pleins de pièges et de difficultés. Cette image traduit les impasses actuelles de certains systèmes de production face aux bouleversements climatiques.
Les rapports du GIEC et la question des solutions
Hervé Covès rappelle la structure des rapports du GIEC :
- le premier tome décrit l’évolution climatique et les températures à venir, avec des scénarios allant jusqu’à +4 °C ;
- le deuxième tome traite des impacts économiques, chiffrés en milliards de dollars, pays par pays et secteur par secteur ;
- le troisième tome est consacré aux solutions.
Il insiste fortement sur ce troisième tome, qu’il présente comme le plus important, avec plus de 3 000 pages dédiées aux solutions. Il souligne que ce document n’a même pas été traduit en français par les pouvoirs publics, alors qu’il représente selon lui un immense travail collectif du génie humain, mobilisant des dizaines de milliers d’unités de recherche à travers le monde.
Son propos consiste ensuite à extraire de cette « boîte à outils » quelques éléments particulièrement pertinents pour l’agriculture.
L’avenir du maïs en Europe
Hervé Covès commente une série de cartes européennes montrant la potentialité de production du maïs.
Situation actuelle
Dans la situation actuelle, le sud-ouest de la France apparaît déjà dans une zone critique, avec des secteurs encore favorables et d’autres déjà en difficulté. On se trouve, selon lui, près d’un point de basculement où la production de maïs pourrait devenir impossible.
Si rien ne change
Dans un scénario où l’on continue à produire le maïs comme aujourd’hui, le sud-ouest deviendrait largement défavorable. La culture du maïs ne serait alors pratiquement plus possible, à l’exception de quelques zones comme le Pays basque.
À l’échelle européenne, certaines régions seraient avantagées. Pour la France, ce seraient les Hauts-de-France qui deviendraient potentiellement une grande région de production de maïs.
Hervé Covès attire aussi l’attention sur l’Ukraine, qui apparaît comme une zone à fort potentiel agronomique pour l’avenir, notamment pour les cultures d’été. Il suggère que ces territoires pourraient devenir stratégiques dans un monde qui ne changerait pas de trajectoire.
Le rôle possible de la génétique et des mycorhizes
Une troisième carte envisage le cas où l’on disposerait de maïs mieux adaptés à la sécheresse. Hervé Covès relie cette perspective au travail génétique, notamment autour de la capacité des plantes à entrer en relation avec les champignons mycorhiziens.
Cela permettrait de rouvrir des possibilités de culture, mais à condition que l’environnement agronomique soit lui aussi transformé.
La boîte à outils 5.11 : agroécologie, sols couverts et arbres
Hervé Covès cite la boîte à outils 5.11 du rapport du GIEC. Il en extrait plusieurs mots-clés :
- agroécologie ;
- sylvopastoralisme ;
- sols toujours couverts ;
- arrêt du travail du sol ;
- restauration du vivant.
Il insiste sur le fait que ces orientations sont :
- scientifiquement documentées ;
- techniquement validées ;
- économiquement étudiées ;
- politiquement validées par l’ONU.
Il en tire une conséquence forte : ces orientations deviennent opposables juridiquement aux États. Il donne l’exemple de l’agroforesterie : si un État empêchait de planter des arbres dans les cultures, des collectifs pourraient, selon lui, contester juridiquement cette décision.
Comment les déserts émergent : l’effondrement progressif des écosystèmes
S’appuyant sur les travaux d’un chercheur de l’université d’Alicante, Hervé Covès décrit un processus de désertification lié aux pratiques agricoles et à la dégradation des écosystèmes.
La forêt comme point de départ
Au départ, la forêt fonctionne comme un système riche :
- beaucoup de carbone ;
- beaucoup d’azote ;
- beaucoup de vie dans les sols ;
- beaucoup d’azote dans le végétal ;
- capacité à générer sa propre humidité et sa propre pluviométrie.
Le premier effondrement : le déclin de la végétation
Le premier basculement survient avec le déclin de la végétation, souvent provoqué par :
- le surpâturage ;
- l’entretien excessif des sous-bois ;
- la destruction de la strate végétale qui maintient l’humidité.
Cette phase entraîne une diminution de l’azote disponible dans la végétation, qui devient alors un facteur limitant.
Le deuxième effondrement : l’effondrement du sol
Le second basculement correspond à l’effondrement du sol lui-même. Hervé Covès évoque ici un seuil autour de 2,3 % de matière organique. En dessous de cette valeur, il considère que les sols sont déjà engagés dans l’effondrement.
Les conséquences sont multiples :
- baisse du carbone ;
- baisse de l’azote ;
- diminution de la fertilité ;
- recul des organismes symbiotiques ;
- montée en puissance des pathogènes ;
- augmentation de l’albédo.
Le stade ultime : vers le désert
En dessous de 1 % de matière organique, le système entre dans un emballement critique. Hervé Covès rappelle que cette valeur est proche de la moyenne du vignoble français, ce qui signifie selon lui qu’une grande partie de ces sols sont déjà dans une situation d’effondrement.
Le phénomène d’albédo devient alors déterminant : le rayonnement solaire n’est plus capté par la photosynthèse, il chauffe davantage le sol et l’atmosphère. Le système se dirige inexorablement vers le désert.
Le paradoxe agroécologique : la mort d’un système et la naissance d’un autre
Hervé Covès formule ici ce qu’il appelle le grand paradoxe de l’agroécologie : pour qu’un nouveau système apparaisse, il faut qu’un ancien système meure.
La décomposition d’un système ancien permet l’émergence de formes nouvelles, mieux adaptées. Cela vaut aussi pour les sols. Une grande partie du problème, mais aussi de la solution, se situe donc dans le sol.
La vie du sol, cœur caché de la biodiversité
En s’appuyant notamment sur les travaux de Marc-André Selosse et sur les atlas européens de la vie des sols, Hervé Covès rappelle que la vie du sol représente la très grande majorité de la biodiversité terrestre.
Dans le sol, on trouve :
- des micro-organismes ;
- des champignons ;
- des nématodes ;
- des acariens ;
- des collemboles ;
- des vers ;
- des mollusques ;
- des oligochètes ;
- quelques vertébrés.
Selon les sources citées, la vie du sol représenterait entre 80 % et 95 %, voire jusqu’à 98 % de la vie terrestre dans certains écosystèmes.
Cette biodiversité est souvent négligée alors qu’elle conditionne la possibilité même de la vie visible au-dessus du sol : plantes, arbres, animaux et humains.
Les vers de terre comme indicateurs
Pour rendre cette vie du sol plus concrète, Hervé Covès propose de regarder les vers de terre comme indicateurs.
Il indique qu’un sol agricole devrait contenir environ :
- entre 200 et 4 000 kg de vers de terre par hectare selon les situations ;
- avec un objectif d’environ 2,5 à 4 tonnes par hectare pour parler sérieusement d’agriculture durable.
Cela correspondrait, à l’échelle d’un mètre carré, à des masses importantes de vers de terre. Il propose aussi un indicateur pratique : atteindre environ 3 vers de terre par coup de bêche, comme premier seuil significatif.
Pour lui, cette référence devrait faire partie des normes intellectuelles, voire des cahiers des charges.
Nourrir la vie du sol
Hervé Covès rappelle qu’un sol vivant héberge aussi :
- environ 3,5 tonnes de champignons par hectare ;
- environ 1,5 tonne de bactéries par hectare ;
- et, en cumulant tous les compartiments biologiques, près de 10 tonnes de vivant par hectare.
Il pose alors une question décisive : avant d’être producteurs de maïs, les agriculteurs ne sont-ils pas aussi des éleveurs de vie du sol ?
Pour lui, un point essentiel est de comprendre que ne se développe que ce que l’on nourrit. Si l’on nourrit les vers de terre, les champignons et les micro-organismes utiles, ce sont eux qui se développent.
Les effets de la biodiversité sur la productivité et la résilience
Toujours à partir des travaux mobilisés par le GIEC, Hervé Covès rapporte plusieurs effets mesurés d’une baisse de 30 % de la diversité microbienne des sols :
- diminution de 40 % de la minéralisation de la matière organique ;
- baisse de 50 % de la productivité végétale ;
- réduction de 15 % de la capacité de récupération après sécheresse ;
- baisse de 50 % de la stabilité du sol ;
- multiplication par trois de la survie des pathogènes.
Ces chiffres sont utilisés pour montrer qu’un système agricole qui néglige la vie du sol s’expose à une perte générale de fonctionnement.
Labour, non-labour et changement de microbiologie
Hervé Covès compare ensuite les systèmes avec labour et sans labour.
Avec labour
Le labour ne fait pas disparaître toute vie du sol, mais il favorise surtout des fonctionnements dominés par les bactéries. D’autres organismes plus discrets, comme les enchytréides, assurent encore une partie du brassage fin du sol et de la constitution du complexe argilo-humique.
Il souligne que l’on mesure mal ces organismes et que leur rôle est largement sous-estimé.
Sans travail du sol
Dès que l’on cesse de travailler le sol, son fonctionnement évolue. Les champignons se développent davantage, de même que les vers de terre. On entre alors dans un autre régime biologique.
Hervé Covès utilise une métaphore fromagère pour décrire cette transition : il s’agit de transformer un « bleu d’Auvergne » en « tome de Savoie », c’est-à-dire de faire passer un substrat dominé par une certaine microbiologie vers un autre substrat dominé par une autre microbiologie.
Cette transition demande des itinéraires techniques adaptés.
Les conditions du redressement : couverture végétale et permanence
Pour enrayer l’effondrement, Hervé Covès insiste sur plusieurs conditions :
- arrêt du travail du sol ;
- couverture végétale ;
- alimentation continue du sol ;
- maintien d’une trame vivante permanente.
Il souligne que les couverts végétaux sont indispensables pour nourrir les tonnes de vivant présentes dans les sols.
Mais cela ne suffit pas : la résilience augmente aussi lorsque le paysage intègre des plantes pérennes, notamment des ligneux.
L’importance des arbres et des plantes pérennes
Les arbres et les plantes ligneuses pérennes jouent, dans son exposé, un rôle central. Ils permettent d’assurer une continuité biologique dans le paysage.
À l’inverse, si l’on enchaîne uniquement des plantes annuelles, chaque culture doit en quelque sorte reconstruire son propre réseau microbiologique. Cette discontinuité complique fortement l’installation et la résilience des cultures.
Avec des trames permanentes maintenues en vie autour et dans les parcelles, la situation change : le sol reste biologiquement structuré d’une année sur l’autre.
Les champignons mycorhiziens comme alliés majeurs
Hervé Covès présente ensuite plusieurs champignons mycorhiziens.
Rhizophagus
Il cite notamment Rhizophagus, dont le nom signifie étymologiquement « mangeur de racines ». Ce champignon a d’abord été interprété comme un décomposeur de racines mortes, avant que la recherche montre qu’il s’agit d’un partenaire symbiotique remarquable, capable notamment de mobiliser le phosphore bloqué dans le sol.
Selon lui, ce champignon ne se contente pas de transporter eau, nutriments et vitamines : il contribue aussi à nourrir la plante, notamment via des lipides.
Glomus
Il évoque aussi Glomus, très étudié par l’INRA et largement mobilisé dans les préparations d’enrobage de semences. Ce champignon vit lui aussi à l’intérieur des racines, développe un mycélium externe et forme des spores autour des racines.
Ces champignons sont associés à l’essentiel des plantes cultivées, ainsi qu’à certains arbres.
Pourquoi les arbres sont nécessaires
Pour Hervé Covès, la présence d’arbres dans ou autour des parcelles permet la présence permanente de ces champignons. Pourtant, le sens commun affirme souvent que le maïs ne pousse pas près des arbres.
Il répond à cela en expliquant qu’il faut à la fois :
- des arbres ;
- une génétique du maïs capable de se reconnecter aux champignons mycorhiziens ;
- du temps pour que les trames biologiques se mettent en place.
Il estime que la sélection moderne, en cultivant les plantes dans des systèmes très assistés, a fait perdre en partie au maïs sa capacité mycorhizogène. Il appelle donc la recherche et les sélectionneurs à travailler sur ce point.
Planter des arbres maintenant
À la question du bon moment pour planter des arbres, il répond : le meilleur moment était il y a 15 ou 20 ans ; l’autre bon moment, c’est maintenant.
Même si tout ne fonctionne pas encore parfaitement, il faut lancer dès maintenant les systèmes complexes qui permettront demain de retrouver des sols fonctionnels.
Les trognes et le rôle du bois en décomposition
Hervé Covès insiste particulièrement sur les arbres taillés en trogne.
Pourquoi couper les arbres ? Parce que la coupe provoque la décomposition d’une partie des racines dans le sol. Cette décomposition nourrit alors des réseaux de champignons saprophytes, c’est-à-dire des champignons décomposeurs du bois.
Ces champignons ont besoin d’eau pour se développer, et autour de leurs filaments se met en place un manchon d’eau. Pour Hervé Covès, c’est là un secret majeur des systèmes agroécologiques : les arbres coupés et leurs racines en décomposition permettent à l’eau de circuler dans le sol.
Combien d’arbres planter ?
En revenant aux recommandations du GIEC, il indique qu’il faudrait replanter environ 40 à 80 arbres par hectare.
Ce chiffre ne correspond pas à une forêt fermée, mais à des densités compatibles avec les cultures :
- par exemple une rangée tous les 50 mètres avec un arbre tous les 5 mètres ;
- ou deux rangées espacées de 25 mètres avec un arbre tous les 10 mètres.
L’idée n’est pas de boiser massivement les parcelles, mais de réintroduire une trame arborée suffisante pour relancer les processus biologiques.
Il ajoute un point important : si l’on plante des arbres, c’est aussi parce que l’on veut en couper. Le bois et les racines en décomposition sont recherchés comme moteurs de réinitialisation biologique des sols.
Les trames mycorhiziennes à l’échelle du monde
Hervé Covès élargit ensuite son propos à une lecture planétaire des trames fongiques.
Il distingue :
- des trames dominées par des champignons de type « rouge » ;
- et des trames « bleues », associées aux champignons endomycorhiziens comme Rhizophagus ou Glomus.
Selon lui, les plantes qui composent l’essentiel de notre alimentation cultivée dépendent de ces trames bleues, plus caractéristiques des zones tropicales ou chaudes.
Il en tire plusieurs idées :
- les systèmes alimentaires humains seraient historiquement liés à ces microbiologies ;
- l’Amérique et l’Asie disposeraient déjà, sur de vastes territoires, de trames mieux adaptées au réchauffement climatique ;
- l’Europe serait en retard sur ce plan.
D’où la nécessité, pour l’agriculture européenne, de transformer progressivement ses trames microbiologiques.
Les arbres, les oiseaux et les transferts de microbiote
Hervé Covès mentionne aussi le rôle des plantes de haies et des arbres attractifs pour les insectes et les oiseaux. Les oiseaux, en circulant d’un territoire à l’autre, transportent avec eux une partie du microbiote des milieux qu’ils traversent.
Leur présence participe donc, selon lui, à l’importation de nouveaux éléments biologiques susceptibles d’aider les sols à s’adapter.
La boîte à outils 14.7 : les castors
Dans la dernière partie de l’exposé, Hervé Covès présente une autre solution issue du rapport du GIEC : la boîte à outils 14.7, qu’il décrit comme l’une des plus efficaces pour lutter contre le réchauffement climatique et restaurer la biodiversité.
Cette solution repose sur l’introduction de castors.
Pourquoi les castors ?
Les castors sont présentés comme des ingénieurs du vivant. Leur action produit de nombreux effets :
- construction de barrages ;
- création de réserves d’eau au fil de l’eau ;
- réalimentation des nappes ;
- coupe des arbres ;
- relance des cycles de décomposition du bois ;
- mise en place de réseaux fongiques ;
- apparition de milieux riches, humides et fertiles.
Hervé Covès cite un chiffre : introduire un castor sur un kilomètre de rivière reviendrait à compenser des dommages climatiques évalués à 65 000 dollars par an.
Il note qu’en Californie, les castors sont introduits avec un engagement financier comparable à celui consacré ailleurs à des équipements de lutte contre les incendies.
Des milieux favorables aux champignons du maïs
Il affirme aussi que les castors recréent des écosystèmes humides, proches de marécages, et rappelle que les champignons mycorhiziens du maïs seraient issus de tels milieux. Cela suggère que l’observation de ces écosystèmes pourrait nous aider à concevoir les systèmes agricoles de demain.
Une mesure non validée en France
Hervé Covès précise que cette mesure 14.7 n’a pas été validée par l’État français, et qu’elle n’est donc pas finançable chez nous. Il estime néanmoins que nous avons beaucoup à apprendre de ce qui se fait ailleurs, notamment en Amérique.
Conclusion
La conclusion de l’intervention est un appel à ne pas affronter seuls le changement climatique. Hervé Covès affirme que toute la nature peut agir avec nous, à condition que nous la laissions agir.
Le cœur de sa démonstration est que l’agriculture de demain ne pourra pas se construire uniquement par des ajustements techniques classiques. Elle demandera :
- de restaurer la matière organique et le carbone des sols ;
- de nourrir la vie du sol ;
- de favoriser les vers de terre, les bactéries et surtout les champignons ;
- d’arrêter le travail du sol ;
- de maintenir des couverts ;
- de replanter des arbres ;
- de repenser la place des haies, des trognes, des zones humides et des continuités écologiques ;
- d’intégrer le rôle des animaux ingénieurs comme le castor ;
- et de reconnecter les cultures, notamment le maïs, à des trames mycorhiziennes fonctionnelles.
L’intervention se termine sur une formule qui boucle avec son ouverture : si nous savons travailler avec le vivant, alors nous pourrons vraiment dire que la vie est belle.
Échange final
En conclusion de la séquence, l’animateur remercie Hervé Covès pour son intervention et pour les quelques minutes supplémentaires qui lui ont été accordées. Il souligne que cette présentation montre à quel point l’agroécologie est une affaire exigeante, presque « sportive ».
Il remercie également Hervé Covès d’avoir rouvert des perspectives sur le castor, présenté comme un ingénieur du vivant souvent sous-estimé, et d’avoir montré qu’« après la révolution d’un brin de paille », il y a peut-être aussi « la révolution d’un grain de maïs qui se joue sous les trognes ».
L’échange se termine sur un remerciement appuyé pour ce plaidoyer en faveur de la trogne.