Les trognes, essence par essence !

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Dans cette rencontre du Club des trognes, Dominique Mansion propose un tour d’horizon des arbres “essence par essence” pouvant être conduits en trogne. Il montre que cette taille concerne une grande diversité d’arbres : érable champêtre et sycomore, aulne, charme, châtaignier, hêtre, frêne, mûrier, platane, peuplier, chêne, robinier, saule, tilleul, orme… Chaque essence a ses usages, ses atouts et ses limites selon les sols, le climat et les objectifs : bois de chauffage, fagots, fourrage, biodiversité, ombrage, clôtures, haies, bois d’œuvre ou gestion sous lignes électriques. La vidéo insiste aussi sur l’intérêt agronomique et paysager des trognes, leur rôle dans l’élevage et l’agroforesterie, ainsi que sur la nécessité de diversifier les essences face aux maladies et au changement climatique. Un échange final élargit encore les perspectives, notamment pour les fruitiers et les essences moins connues.

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Résumé
Dans cette rencontre du Club des trognes, Dominique Mansion propose un tour d’horizon des arbres “essence par essence” pouvant être conduits en trogne. Il montre que cette taille concerne une grande diversité d’arbres : érable champêtre et sycomore, aulne, charme, châtaignier, hêtre, frêne, mûrier, platane, peuplier, chêne, robinier, saule, tilleul, orme… Chaque essence a ses usages, ses atouts et ses limites selon les sols, le climat et les objectifs : bois de chauffage, fagots, fourrage, biodiversité, ombrage, clôtures, haies, bois d’œuvre ou gestion sous lignes électriques. La vidéo insiste aussi sur l’intérêt agronomique et paysager des trognes, leur rôle dans l’élevage et l’agroforesterie, ainsi que sur la nécessité de diversifier les essences face aux maladies et au changement climatique. Un échange final élargit encore les perspectives, notamment pour les fruitiers et les essences moins connues.

Un live avec Dominique Mansion !


Pour certains, le têtard est avant tout saule têtard. Mais la trogne est aussi frêne, charme, hêtre, acacia et tant d’autres essences. Le chêne a la réputation de pousser lentement, mais l’avez vous connu en trogne? En fonction des usages, des régions et des habitudes, les trognes se déclinent en différentes formes et essences. Venez découvrir avec un passionné les différentes essences d’arbres que l’on peut façonner en trogne, divers comportements, usages, et caractères.


En partenariat avec Arbre & Paysage 32.


https://trognes.fr/evenements/conference-en-ligne-les-trognes-essence-par-essence/


Introduction

Cette rencontre du Club des trognes, organisée dans le cadre de l’Année des trognes, accueille Dominique Mansion pour une présentation consacrée aux arbres têtards « essence par essence ». L’objectif est de répondre à une question souvent posée : quels arbres peut-on conduire en trogne, et pour quels usages ?

L’idée générale développée tout au long de l’intervention est que la trogne n’est pas seulement un héritage du passé : c’est une forme d’arbre utile pour l’avenir, aussi bien en campagne qu’en ville, dans les haies, les pâtures, les jardins, les vignes, les vergers ou les paysages agricoles. La trogne peut fournir du bois, du fourrage, de l’ombre, du paillage, de la biomasse, des habitats pour la biodiversité, et même répondre à certaines contraintes techniques comme les lignes aériennes.

Dominique Mansion propose ici un premier tour d’horizon des essences les plus courantes, en suivant un ordre alphabétique, tout en signalant qu’une autre présentation serait utile pour les essences moins connues ou potentiellement intéressantes dans le contexte des évolutions climatiques.

L’érable

L’érable champêtre

L’érable champêtre est présenté comme une essence très intéressante pour la trogne. On le trouve souvent dans les haies champêtres, notamment sur les sols argilo-calcaires, mais pas uniquement. Dominique Mansion signale par exemple sa forte présence dans le Perche vendômois.

C’est un arbre qui supporte très bien la taille répétée et qui présente une croissance rapide. Des jeunes trognes d’érable champêtre taillées bas peuvent déjà produire, après quelques cycles, des rejets de plus de cinq mètres en trois ans. Ces rejets peuvent être valorisés de manière très concrète : rames à pois, petit bois de chauffage, etc. La production augmente avec chaque cycle de taille.

L’érable champêtre présente aussi un intérêt du point de vue de la biodiversité, car des cavités peuvent se former rapidement sur les petites trognes. La taille génère donc vite des habitats.

Une particularité remarquable de cette essence est sa capacité d’anastomose, c’est-à-dire de soudure entre rejets ou axes. Cette propriété permet d’envisager des formes mêlant trogne et plessage, avec des usages de clôture, de mur végétal, ou de structure pâturable.

L’érable sycomore

L’érable sycomore se rencontre aussi en trogne, notamment dans le nord de la France, dans certains bocages, en ville, ou le long des routes. Il peut constituer une solution intéressante sous les lignes aériennes, à condition d’être géré en trogne plutôt que taillé de manière anarchique.

Dominique Mansion insiste sur le fait que la trogne constitue une réponse bien plus cohérente que certaines tailles brutales observées sous les réseaux électriques. Une trogne basse permet de contenir le développement de l’arbre tout en valorisant les rejets.

Il signale cependant un point important : les samares de l’érable sycomore peuvent présenter un danger pour les chevaux, en raison d’une molécule responsable de troubles graves. Ce risque vaut aussi pour les jeunes semis. Cela doit être pris en compte dans les pâtures équines.

L’érable negundo

L’érable negundo, essence introduite d’Amérique du Nord, se retrouve maintenant largement naturalisé, notamment dans les vallées alluviales. Il est parfois considéré comme invasif. On le plante aussi comme arbre ornemental.

Il peut être conduit en trogne, ce qui pourrait éventuellement limiter sa fructification lorsqu’il s’agit de pieds femelles produisant beaucoup de samares. Dominique Mansion rappelle que cette essence est surveillée dans certains territoires naturels.

L’aulne

L’aulne glutineux

L’aulne glutineux est présenté comme une essence typique des bords de l’eau. Il aime avoir les pieds dans l’eau et peut devenir très gros en trogne. Dominique Mansion rappelle à cette occasion que le fait de tailler un arbre en trogne peut considérablement augmenter sa longévité.

L’aulne joue un rôle important :

  • fixation de l’azote,
  • maintien des berges,
  • purification des milieux humides,
  • abri pour la faune aquatique et les poissons.

Son bois est jugé sous-valorisé. Il résiste bien à la pourriture et a servi à faire des sabots, mais aussi des bardages, notamment dans les Ardennes. Une gestion régulière en trogne pourrait permettre d’obtenir des rejets valorisables pour cet usage.

Dominique Mansion évoque également les atteintes sanitaires, notamment certains champignons, en indiquant avec prudence que la taille pourrait parfois aider l’arbre à mieux réagir grâce à la vigueur des rejets, mais que cela mérite d’être vérifié par des études.

L’aulne de Corse

L’aulne de Corse fait partie des essences testées par l’Inrae à Lusignan, dans un dispositif expérimental consacré aux trognes fourragères pâturées directement par le bétail. Les résultats sur de très petites trognes ne sont pas encore complètement stabilisés, et il faudra davantage de recul pour évaluer son intérêt précis dans ce cadre.

Le programme expérimental de Lusignan

Dominique Mansion rappelle l’existence d’un travail de recherche mené à Lusignan par l’Inrae, avec plusieurs partenaires, autour de la valeur fourragère des arbres et de leur conduite en trogne.

Le dispositif comprend :

  • des mini-trognes pâturées directement par le bétail ;
  • un « trognoscope » regroupant une cinquantaine d’essences testées ;
  • l’étude de la qualité fourragère ;
  • l’observation de la réaction des arbres à la taille ;
  • des essais associant aussi des lianes et de la vigne.

Ce programme doit permettre de mieux connaître les essences adaptées à l’alimentation animale et les formes de conduite pertinentes.

Le charme

Le charme est très présent dans plusieurs régions, notamment dans le nord, le Perche et l’ouest de la France. Dominique Mansion le décrit comme l’arbre à fagots par excellence. Il produit beaucoup de petits rejets, très adaptés à la confection de fagots, notamment pour les fours à pain, les fours à potier ou les usages des boulangers paysans.

Il est aussi intéressant pour :

  • le bois de chauffage ;
  • le bois déchiqueté ;
  • les haies très denses ;
  • les clôtures et effets brise-vent.

La conduite en trogne dense permet de produire beaucoup de matière. Dominique Mansion insiste sur l’intérêt de planter serré, y compris à moins d’un mètre entre les arbres dans certains cas. Une forte densité initiale n’est pas un problème : la sélection naturelle ou les éclaircies ultérieures feront le tri.

Le charme est également une essence très plastique du point de vue des formes :

  • têtards classiques ;
  • trognes hautes ;
  • charmilles ;
  • formes en cône, en gobelet ;
  • associations avec le plessage.

Il peut aussi servir d’essence d’accompagnement dans des systèmes mêlant trognes hautes et plessage bas, notamment en Seine-Maritime.

Le châtaignier

Le châtaignier est présenté comme une essence passionnante, très liée à l’histoire rurale, même s’il ne convient pas à tous les sols. On le trouve surtout hors sols argilo-calcaires, sauf localement dans des poches décalcifiées.

C’est l’« arbre à pain », à cause de ses fruits, mais aussi un arbre extrêmement utile pour son bois. Il rejette très bien de souche et supporte la trogne.

Ses intérêts sont nombreux :

  • production de châtaignes ou marrons ;
  • production de greffons ;
  • bois de bardage ;
  • piquets ;
  • barrières ;
  • échelles ;
  • matériau durable.

Dominique Mansion montre aussi des exemples de châtaigniers greffés conduits en trogne pour multiplier les greffons, ce qui permettait de diffuser des variétés intéressantes. La trogne a donc pu être une « trogne à greffons ».

Il évoque également la question sanitaire, notamment avec l’encre et le chancre. Dans certaines vieilles châtaigneraies atteintes, la remise en trogne ou le recépage peut aider à relancer l’arbre.

Enfin, il signale l’existence en Espagne et en Italie de systèmes combinant trogne fruitière et production de bois d’œuvre, montrant que les usages peuvent être multiples sur un même arbre.

Le hêtre

Le hêtre est un arbre qui peut être conduit en trogne, bien qu’il soit aujourd’hui fragilisé par les évolutions climatiques. Il a besoin d’une forte humidité ambiante et d’une pluviométrie importante. Il est donc particulièrement à l’aise dans certaines régions océaniques ou de montagne.

Des trognes de hêtre ont existé, notamment pour la production de charbon de bois, comme dans le Pays basque espagnol. Le hêtre peut aussi être utilisé dans des systèmes de plessage.

Cependant, Dominique Mansion insiste sur un point : le hêtre supporte mal les reprises de taille très tardives sur de vieilles trognes abandonnées. Des expériences menées en Navarre ont montré que ces reprises pouvaient être des échecs. C’est donc une essence à gérer avec prudence si les cycles de taille ont été interrompus trop longtemps.

Le frêne

Le frêne est l’un des grands arbres du bocage, notamment pour ses usages fourragers. Il est aujourd’hui très menacé dans de nombreuses régions par la chalarose.

Dominique Mansion montre de très vieux frênes têtards totalement creux, mais toujours vivants et capables de repartir vigoureusement après la taille. Cela illustre bien la longévité très importante que peut atteindre le frêne conduit en trogne.

Usages fourragers

Le frêne est une des essences les plus appréciées du bétail, avec l’orme. Ses feuilles sont très appétentes pour les herbivores. Dans certaines régions de montagne, il constituait une ressource précieuse pour compenser le manque d’herbe.

On trouve ainsi :

  • des trognes proches des bâtiments d’élevage ;
  • des trognes très hautes ou au contraire très basses selon les usages ;
  • des dispositifs de plessage aérien permettant de créer de véritables tables fourragères.

Dans les systèmes pâturés, il faut toutefois veiller à la pression exercée par les animaux. Un pâturage excessif peut finir par épuiser l’arbre.

Différents ports et usages

Le frêne peut être conduit :

  • en mini-trogne ;
  • en trogne haute ;
  • en trogne à bois d’œuvre ;
  • en trogne fourragère.

Dominique Mansion montre aussi des exemples du marais poitevin, où les frênes têtards sont emblématiques du paysage. Cette identité paysagère est aujourd’hui menacée par la maladie.

Chalarose et diversification

La chalarose remet en cause la forte domination du frêne dans certains territoires. Dans le marais poitevin, une réflexion est engagée pour diversifier les essences et éviter la fragilité liée à la monoculture d’une seule espèce d’arbre têtard.

Le mûrier

Le mûrier, et en particulier le mûrier blanc, a été très largement conduit en trogne dans le sud de la France pour nourrir le ver à soie. Dominique Mansion rappelle l’importance historique considérable de cette essence.

Le mûrier blanc est très intéressant :

  • pour la production fourragère ;
  • pour sa bonne réaction à la taille ;
  • pour son potentiel futur dans les systèmes agroforestiers.

Selon les analyses évoquées, il pourrait être l’une des essences les plus intéressantes du point de vue fourrager, notamment pour les bovins. Il fait d’ailleurs partie des essences testées à Lusignan.

Dominique Mansion mentionne aussi les travaux de Frédéric Coché, pépiniériste en Ardèche, très impliqué dans la connaissance et la multiplication des variétés de mûriers.

Le mûrier pourrait devenir une essence de recours si certaines espèces traditionnelles, comme le frêne, deviennent trop vulnérables.

L’olivier

L’olivier est bien sûr une essence conduite en trogne dans le sud. Dominique Mansion regrette cependant les formes artificielles et dévalorisantes qu’on voit parfois en ville ou sur les parkings.

Il rappelle qu’il s’agit au contraire d’un arbre extraordinaire, à fruits, que l’on peut aussi transplanter en conservant sa forme de trogne, notamment lorsqu’on doit le déplacer lors d’aménagements.

Le platane

Le platane hybride courant en France est très largement utilisé en ville, en alignement, mais aussi en trogne. C’est un arbre très résistant à la pression urbaine.

Ses intérêts :

  • excellente réaction à la taille ;
  • grande plasticité des formes ;
  • bois de chauffage ;
  • bois tourné ;
  • habitat pour de nombreuses espèces ;
  • capacité à vivre creux, comme beaucoup de trognes.

Dominique Mansion montre plusieurs exemples :

  • platanes très bas ;
  • formes ornementales élaborées ;
  • platanes de bords d’eau ;
  • platanes en haie ou en boisement dense.

Il souligne cependant un inconvénient : les feuilles se décomposent lentement, ce qui pose problème en bord de cours d’eau où elles peuvent colmater le fond.

Le platane présente aussi un intérêt très fort du point de vue de la biodiversité : cavités, choucas, lierre, champignons, gui, etc.

Le peuplier

Le peuplier noir

Le peuplier noir est une essence très dynamique des plaines alluviales. Dominique Mansion évoque le rôle du castor, qui crée en quelque sorte des mini-trognes naturelles en coupant les jeunes peupliers.

Le peuplier noir présente un grand intérêt :

  • bois d’œuvre ;
  • placage ;
  • marqueterie ;
  • bois de chauffage ;
  • fourrage ;
  • bourgeons à usage médicinal.

Il rappelle aussi le travail de recherche mené sur les souches originelles de peuplier noir, distinctes des hybrides de populiculture.

En Aragon, le peuplier noir est encore très largement utilisé en trogne, avec des usages anciens dans l’habitat. Dominique Mansion mentionne à ce sujet l’action de Javier de Régné, qui a organisé autour de ces arbres un colloque international et engagé une démarche de reconnaissance auprès de l’Unesco.

Autres peupliers

D’autres peupliers peuvent aussi être conduits en trogne :

  • peuplier grisard ;
  • peuplier blanc.

Tous les peupliers se prêtent bien à cette conduite, avec des intérêts en bois, en biomasse et potentiellement en fourrage.

Le chêne

Le chêne est souvent sous-estimé comme essence de trogne, alors qu’il en existe partout, notamment en chêne pédonculé.

Dominique Mansion montre plusieurs formes de trognes de chêne, depuis les plus classiques jusqu’aux formes en pied de marmite ou en étoile. Le chêne peut produire des rejets très vigoureux quand il est bien installé.

Il insiste sur le fait qu’un arbre que l’on croit pousser lentement peut, après taille, produire des pousses de plus de six mètres en quatre ans.

Diversité des formes

Le chêne permet :

  • la trogne classique ;
  • la trogne en pied de marmite ;
  • la trogne en étoile ;
  • des formes hautes de type émonde ;
  • des usages combinés bois d’œuvre et fagots.

Ces formes se retrouvent par exemple en Bretagne ou au Pays basque.

Gestion et reprise tardive

Le chêne supporte moins bien que le frêne les reprises de taille très tardives sur de vieux arbres abandonnés, surtout en chêne pédonculé. Il faut donc être prudent. Quand la reprise est nécessaire, mieux vaut parfois ne pas revenir exactement au point de coupe initial.

Dominique Mansion évoque aussi la question du tire-sève, parfois conservé lors de reprises de taille sur gros diamètre. Il précise néanmoins que cela ne constitue pas une garantie absolue de réussite.

Chêne pubescent, chêne rouge, chêne vert

Le chêne pubescent, plus méridional, pourrait devenir plus important avec l’évolution climatique.

Le chêne rouge d’Amérique, bien que décevant comme bois d’œuvre par rapport aux chênes autochtones, apparaît très intéressant pour la production de biomasse en trogne.

Le chêne vert, enfin, représente une essence potentiellement prometteuse pour l’avenir, notamment :

  • en zone sèche ;
  • pour son bois très énergétique ;
  • pour son feuillage et ses glands ;
  • pour ses usages d’ombrage dans les systèmes agroforestiers.

Le robinier

Le robinier faux-acacia supporte très bien la trogne et pousse très vite. Cette vigueur impose même parfois de retailler dans l’année, tant que les attaches des jeunes rejets sont encore fragiles.

Il présente plusieurs intérêts :

  • bois d’œuvre ;
  • fourrage ;
  • floraison mellifère.

Mais Dominique Mansion insiste sur sa tendance à drageonner, parfois stimulée par la taille. Cela le rend peu souhaitable près des potagers ou dans les situations où l’on veut éviter une colonisation des sols. En revanche, dans une pâture, ce caractère peut être moins problématique, puisque le bétail peut consommer les rejets.

Les saules

Le saule est une essence majeure des trognes, probablement l’une des plus évidentes. La plupart des saules peuvent être bouturés très facilement et conduits en trogne.

Le saule blanc

Le saule blanc produit très vite et très abondamment, à condition d’être en sol frais et fertile. C’est une essence à gérer avec des cycles courts, sans dépasser une dizaine d’années, car son bois est mécaniquement fragile.

Les usages sont nombreux :

  • bois de chauffage ;
  • bois déchiqueté ;
  • perches ;
  • charpente légère ;
  • fascines ;
  • fourrage.

Dominique Mansion insiste aussi sur l’intérêt du saule pour la litière animale et les usages de paillage. Le bois broyé des trognes constitue une ressource très précieuse.

Le saule cendré

Le saule cendré est également intéressant, notamment comme essence spontanée des bords de mares. Il est apprécié par les moutons et les chèvres.

L’osier

La sous-espèce vitellina du saule blanc, ainsi que d’autres osiers, peut être conduite en trogne. L’osier servait notamment à attacher la vigne. On peut aussi l’utiliser en vannerie ou pour créer des cabanes vivantes.

Le sureau

Le sureau est moins connu en trogne en France, mais cette conduite existe dans des pays de l’Est. Elle permet de rationaliser la récolte :

  • des fleurs ;
  • des fruits ;
  • pour les sirops, confitures ou usages pharmaceutiques.

Le tilleul

Le tilleul est présenté comme un arbre de vie, et non seulement comme un arbre de cimetière. Il a longtemps été l’arbre des cours d’école et des espaces publics.

Ses intérêts :

  • floraison mellifère ;
  • récolte de fleurs ;
  • feuilles intéressantes pour les sols ;
  • grande longévité ;
  • très bonne réaction à la taille.

Dominique Mansion montre des tilleuls très vieux, d’énormes dimensions, parfois multicéphales, ainsi que des formes plus ornementales en « tête de chat ».

Il mentionne aussi la capacité du tilleul à repartir après des tailles sévères imposées sous des contraintes aériennes, et sa faculté à refaire du feuillage après une forte sécheresse.

L’orme

L’orme a été l’une des grandes essences fourragères, avec le frêne. Mais la graphiose a fait disparaître la plupart des grands ormes.

Pour l’avenir, Dominique Mansion recommande plutôt de se tourner vers des cultivars résistants, notamment l’orme ‘Lutèce’, qui fait partie des essences testées à Lusignan.

L’orme peut aussi avoir sa place en accompagnement de vergers ou de vignes, dans des dispositifs agroforestiers où la trogne permet de maîtriser son développement.

La trogne dans les vergers, les jardins et la vigne

La question de la place des trognes dans le jardin potager ou le verger est abordée à la fin de la rencontre.

Dominique Mansion distingue plusieurs cas.

Essences à éviter près du potager

Il déconseille le robinier près du potager, à cause de sa tendance à drageonner. Cela risque de poser des problèmes dans les planches cultivées.

Essences envisageables

Certaines essences fruitières peuvent être conduites en trogne, même si les retours d’expérience restent parfois limités :

Le figuier, par exemple, a déjà été testé avec succès en trogne. Des trognes fruitières anciennes existent aussi sur poiriers ou cormiers, même si les raisons exactes de cette conduite ne sont pas toujours connues. Il peut s’agir de faciliter la récolte, de multiplier les greffons, ou d’autres usages.

En revanche, Dominique Mansion juge peu pertinent de conduire en trogne certaines espèces comme le pêcher ou l’abricotier.

Dans la vigne

La trogne a aussi toute sa place dans le vignoble. Elle permet de maîtriser le volume de l’arbre et de recycler la biomasse produite directement dans les parcelles, sous forme de paillage ou de couverture du sol. Elle apporte aussi de la biodiversité et des effets utiles sur le microclimat.

Il rappelle qu’autrefois, dans certaines régions comme l’Italie, la vigne grimpait sur des arbres têtards, notamment des ormes puis des érables champêtres.

Mécanisation, gestion et valorisation

Dominique Mansion consacre une partie de son intervention aux moyens de mécaniser la taille des trognes.

Il évoque notamment :

  • des outils à tronçonneuse montée sur bras ;
  • l’intérêt de limiter les éclatements de bois ;
  • la possibilité de créer ou reprendre des trognes avec des outils mécaniques bien maîtrisés ;
  • le lien avec les filières de bois déchiqueté.

Il rappelle que la biomasse produite n’est pas un sous-produit négligeable :

  • paillage ;
  • litière animale ;
  • amélioration des sols ;
  • usages énergétiques ;
  • contribution aux systèmes d’élevage.

Le bois broyé peut notamment remplacer une partie de la paille, ce qui évite d’exporter excessivement celle-ci hors des champs.

Reprise de vieilles trognes

Une question importante porte sur la reprise d’arbres anciennement têtards mais non taillés depuis longtemps.

Dominique Mansion rappelle une règle générale : plus on attend, plus l’arbre devient fragile mécaniquement et plus l’intervention est délicate. Les têtes creuses, le poids des grosses branches et les ruptures possibles rendent la reprise risquée.

La réponse dépend de l’essence :

  • le frêne réagit relativement bien ;
  • le saule peut repartir, mais il faut être prudent ;
  • le chêne supporte moins bien les reprises très tardives ;
  • le hêtre les supporte mal.

Quand on doit reprendre une vieille trogne, il peut être préférable de ne pas couper au niveau exact de l’ancienne tête, mais un peu au-dessus, selon l’état de l’arbre.

Essences évoquées pour une suite

Dominique Mansion termine en signalant qu’il n’a pas pu traiter toutes les essences. Il mentionne notamment, pour une éventuelle seconde session :

L’idée est que le champ des possibles est très large, et qu’il faut maintenant accumuler des retours d’expérience.

Conclusion

Cette présentation montre que la trogne concerne une très grande diversité d’arbres et d’usages. Elle peut être :

  • fourragère ;
  • énergétique ;
  • fruitière ;
  • ornementale ;
  • paysagère ;
  • écologique ;
  • productive.

Dominique Mansion insiste sur un point central : la trogne est une pratique d’avenir. Elle permet de répondre à des enjeux actuels très concrets :

  • adaptation climatique ;
  • autonomie fourragère ;
  • production locale de biomasse ;
  • maintien des paysages ;
  • accueil de la biodiversité ;
  • gestion durable des arbres.

Il appelle aussi à mieux recueillir les expériences de terrain, à transmettre les savoirs, à former de nouveaux praticiens, et à redonner toute sa place à ces arbres longtemps négligés.

Voir aussi