Lucien SEGUY - le semis direct en zone tropicale

De Triple Performance
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Dans cette vidéo, Lucien Seguy présente le semis direct en zone tropicale comme une réponse concrète à l’érosion, à la baisse de fertilité des sols et à la précarité des agriculteurs, notamment à Madagascar. L’objectif est de protéger les collines et les bas-fonds en les couvrant de végétation, afin de limiter le ruissellement, fixer les sols et préserver les rizières de l’ensablement. Seguy montre comment des plantes de couverture, en particulier le Stylosanthes, peuvent remplacer une partie du travail du sol, étouffer les adventices, fixer l’azote, produire du fourrage et améliorer durablement la structure du sol. Ce système permet de réduire fortement le désherbage, les intrants et la main-d’œuvre, tout en augmentant les rendements de riz. Au-delà de la technique, il défend une agriculture plus rentable, plus autonome, moins polluante et capable de séquestrer du carbone, en s’inspirant du fonctionnement des écosystèmes naturels.

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Résumé
Dans cette vidéo, Lucien Seguy présente le semis direct en zone tropicale comme une réponse concrète à l’érosion, à la baisse de fertilité des sols et à la précarité des agriculteurs, notamment à Madagascar. L’objectif est de protéger les collines et les bas-fonds en les couvrant de végétation, afin de limiter le ruissellement, fixer les sols et préserver les rizières de l’ensablement. Seguy montre comment des plantes de couverture, en particulier le Stylosanthes, peuvent remplacer une partie du travail du sol, étouffer les adventices, fixer l’azote, produire du fourrage et améliorer durablement la structure du sol. Ce système permet de réduire fortement le désherbage, les intrants et la main-d’œuvre, tout en augmentant les rendements de riz. Au-delà de la technique, il défend une agriculture plus rentable, plus autonome, moins polluante et capable de séquestrer du carbone, en s’inspirant du fonctionnement des écosystèmes naturels.

Réalisation : Corinne LALO


Contrôler l’érosion et sécuriser les revenus paysans

L’un des grands soucis évoqués dans cette vidéo est d’aider les paysans à contrôler durablement les problèmes d’érosion, tout en maintenant des ressources suffisantes pour gagner de l’argent. L’idée de fond n’est pas seulement agronomique : il s’agit aussi de sécuriser le revenu des familles rurales.

Quand un paysan traverse une période de soudure, il risque d’abandonner son exploitation, de vendre ce qu’il possède, ou de se faire embaucher comme main-d’œuvre ailleurs. Il cesse alors d’être exploitant agricole. La lutte contre l’érosion est donc présentée ici comme une condition de maintien des exploitations familiales.

Autour des intervenants, on observe des parcelles situées dans différents contextes topographiques : bas-fonds, collines, pentes cultivées. À Madagascar, un terme malgache est mentionné pour désigner ces zones cultivables en pente. Le paysage observé matérialise directement les problèmes auxquels les paysans sont confrontés.

L’érosion des collines et l’ensablement des rizières

L’un des exemples donnés est celui de rizières de bas-fond qui deviennent ensablées. Cet ensablement représente une perte de production importante : il est évoqué qu’un hectare de rizière ainsi affecté peut représenter environ 4,5 tonnes de riz perdues pour une famille.

Ce sable vient des collines situées en amont. Il est transporté par les lignes d’écoulement et les phénomènes d’érosion hydraulique. Si rien n’est fait pour bloquer ces flux, les matériaux descendent vers les rizières et les canaux d’irrigation, dégradant les périmètres aménagés.

Les intervenants expliquent donc que le travail prioritaire consiste à fixer ce qui se trouve en amont. Le reboisement est une solution, mais il demande du temps. À court terme, on cherche donc à végétaliser les surfaces dégradées. Cette stratégie permet à la fois :

  • de fixer les sols ;
  • d’améliorer le sol ;
  • de produire du fourrage pour le bétail.

L’idée est de faire « trois résultats en un seul ».

Les origines des ravines et des « lavaka »

Le sable et les matériaux érodés proviennent des collines, mais aussi de formes d’érosion plus spectaculaires. La transcription évoque clairement les « lavaka », formes ravinaires très caractéristiques de Madagascar.

Plusieurs origines sont mentionnées :

  • la décomposition naturelle des versants ;
  • les effets du déboisement par l’homme ;
  • des causes tectoniques ;
  • l’ancienneté et la fragilité intrinsèque des sols.

Les intervenants précisent que des études plus approfondies sont en cours sur les origines de ces phénomènes, tout en mettant déjà en place des dispositifs pour les limiter. Là où la récupération naturelle ne suffit pas, on installe des végétations fixatrices.

Revégétaliser les zones dégradées

Sur les terrains dégradés, l’objectif est de remettre en place une couverture végétale qui limite le décapage du sol. Sans cela, les pluies à venir vont continuer à charrier les particules, qui se retrouveront plus bas et aggraveront encore les ravines.

La solution proposée consiste à revégétaliser rapidement avec des plantes capables de s’installer en un an, puis éventuellement, à plus long terme, à valoriser ces espaces avec d’autres plantations. La végétation joue alors plusieurs rôles :

  • elle protège le sol ;
  • elle restructure progressivement le terrain ;
  • elle prépare le milieu pour une exploitation future.

Il est bien précisé que, dans l’état initial, certains de ces terrains ne peuvent pas être exploités : ils sont trop dégradés.

Le retour du Stylosanthes à Madagascar

Un point important de la vidéo est l’introduction ou la réintroduction de Stylosanthes guianensis, appelé ici « stylosanthes » ou « stylo ». Environ une tonne de semences a été importée de Thaïlande.

Cette plante avait quasiment disparu de Madagascar à cause d’une maladie appelée anthracnose. Or elle était extrêmement utile comme plante fourragère riche en protéines, notamment pour les éleveurs. La variété importée est une variété résistante à l’anthracnose, mise au point par le CIAT, le Centre international d’agronomie tropicale, à partir de matériel originaire d’Amérique latine.

L’importation depuis la Thaïlande visait à disposer rapidement de quantités de semences suffisantes pour mettre en place les systèmes sur le terrain.

Le Stylosanthes comme plante de couverture

Lucien Seguy insiste beaucoup sur l’importance de regarder le sol : sous le couvert, le sol est complètement protégé. Ce couvert végétal constitue à la fois :

  • un « herbicide naturel » par effet d’obscurité ;
  • une source de matière organique ;
  • une source d’azote grâce à la fixation symbiotique de l’azote de l’air.

Le Stylosanthes est une légumineuse. Il est dit qu’il peut fixer jusqu’à 160 unités d’azote par hectare, soit environ 160 kg d’azote. Cela représente un service agronomique majeur, sans recours à des engrais azotés minéraux polluants.

La plante étouffe les mauvaises herbes en couvrant le sol. Comme beaucoup d’adventices ont besoin de lumière pour germer, l’obscurité créée par le mulch empêche leur levée. C’est en ce sens que Lucien Seguy parle d’« herbicide », mais il précise qu’il s’agit d’un herbicide naturel, non d’une molécule chimique.

Un système sans labour, sans sarclage et avec très peu d’intrants

Le système présenté repose sur le semis direct sous couverture végétale. Il ne s’agit plus de travailler le sol avec des outils mécaniques ou manuels, mais de laisser des plantes remplir les fonctions agronomiques nécessaires.

Dans les parcelles de riz présentées :

  • il n’y a pratiquement pas de sarclage ;
  • il n’y a pas d’engrais ou très peu ;
  • il n’y a pas de travail du sol ;
  • la culture est installée directement dans la couverture.

Malgré cela, les rendements observés peuvent atteindre 3, 4, 5 tonnes par hectare, voire plus de 6 tonnes dans certains cas mentionnés. Lucien Seguy oppose explicitement ces résultats à ceux de la riziculture traditionnelle, beaucoup plus exigeante en travail.

La comparaison avec la riziculture traditionnelle

La riziculture irriguée traditionnelle était historiquement conçue, entre autres, pour contrôler les mauvaises herbes grâce à la lame d’eau. Ici, les intervenants expliquent qu’il est possible de contrôler ces adventices sans eau, grâce aux plantes de couverture.

La comparaison donnée est très forte :

  • la riziculture traditionnelle emploie environ 150 journées de travail par hectare ;
  • dans le système en semis direct, il peut n’y en avoir qu’une trentaine.

En parallèle, les rendements sont présentés comme très supérieurs :

  • en tradition, les parcelles peuvent produire entre 400 kg et 1 tonne, parfois 1,5 tonne si tout va bien ;
  • dans le système nouveau, on obtient 4 à 4,5 tonnes, parfois davantage.

En plus, le riz en semis direct arrive plus tôt sur le marché. Il est donc vendu plus cher, ce qui améliore encore le revenu des producteurs.

Une plante aussi fourragère

Le Stylosanthes a une troisième vertu : c’est une plante fourragère. Si on la laisse pousser longtemps, elle peut atteindre 1,50 m à 1,80 m de hauteur, voire plus. On peut donc, selon les situations, en utiliser une partie pour l’alimentation animale tout en conservant une couverture du sol.

Les intervenants soulignent cependant qu’on ne peut pas à la fois tout donner aux animaux et tout garder pour couvrir le sol. Il faut donc arbitrer, mais la plante offre cette double possibilité, ce qui permet de rapprocher agriculture et élevage.

Des systèmes pérennes qui se resèment seuls

Lucien Seguy explique avoir consacré huit ou neuf ans de travail à mettre au point des systèmes pérennes. L’un des aspects remarquables du Stylosanthes est sa capacité à se ressemer naturellement.

À mesure que le tapis végétal se décompose, la lumière pénètre progressivement, ce qui permet aux graines tombées au sol de lever spontanément. La plante repousse donc dans la culture suivante, par exemple dans le maïs, reforme un couvert, continue à fixer l’azote et à contrôler les mauvaises herbes.

Cela permet d’envisager des rotations du type :

  • riz ;
  • maïs ;
  • riz ;
  • maïs.

Le fonctionnement repose sur la permanence du couvert et sur la capacité de la plante à réapparaître sans qu’il soit nécessaire de la ressemer à chaque cycle.

La nécessité de restituer ce qui est exporté

Lucien Seguy insiste aussi sur un point de bilan minéral : même si le système est très performant biologiquement, il faut restituer au sol ce que l’on enlève avec les récoltes.

Il prend l’exemple du phosphore : si l’on enlève 3 tonnes de grains, cela représente environ 12 kg de phosphore exportés. Cette quantité n’est pas énorme en valeur absolue, et sa restitution coûte relativement peu. Selon lui, c’est un principe d’équilibre et de précaution.

Il compare cela à une forêt : si l’on prélève continuellement sans rien rendre, l’équilibre finit par se dégrader. Le semis direct améliore fortement le fonctionnement du sol, mais il ne doit pas conduire à surexploiter les ressources sans compensation.

Une critique des aménagements lourds mal conçus

La vidéo contient aussi une critique des grands aménagements hydrauliques ou des projets coûteux mal conduits. Lucien Seguy évoque le cas de marais aménagés après de nombreuses études, expertises et consultations, mais où, une fois l’eau mise en place, les cultures poussaient mal.

Selon lui, le nivellement et les travaux lourds avaient bouleversé les horizons organiques du sol, créant des hétérogénéités et appauvrissant fortement le milieu. La remarque souligne qu’un aménagement coûteux ne garantit pas, à lui seul, un bon fonctionnement agronomique.

Cette critique sert de transition pour revenir à l’enjeu central : mieux vaut aussi investir dans la revégétalisation des collines basses et dans la prévention des flux d’érosion, car les coûts de réhabilitation des périmètres irrigués dégradés sont énormes.

Les collines basses comme priorité d’action

Les intervenants précisent qu’ils n’ont pas la prétention de corriger tous les grands désastres paysagers visibles dans les hauts versants. En revanche, ils estiment qu’il est possible d’agir sur les collines basses, celles qui sont directement en connexion avec les périmètres irrigués.

Si ces collines basses se dégradent, les matériaux descendent vers les canaux d’amenée d’eau, les ensablent, et obligent à des travaux d’entretien ou de réhabilitation très coûteux. L’idée est donc de :

  • refixer les sols ;
  • réduire le ruissellement ;
  • protéger les canaux et les aménagements ;
  • utiliser pour cela des reboisements, des pâturages et des cultures.

Le point essentiel est que tout cela peut se faire sans travail du sol, à l’aide d’« outils biologiques », c’est-à-dire des plantes.

Le semis direct comme remplacement des outils mécaniques par des outils biologiques

Lucien Seguy résume les grands principes du semis direct de manière très claire. On abandonne les outils mécaniques ou manuels de travail du sol — angady, bœufs, tracteurs — et on les remplace par des outils biologiques.

Ces outils biologiques, ce sont les plantes de couverture. Elles remplissent les fonctions du labour et du désherbage :

  • elles restructurent le sol par leurs racines ;
  • elles contrôlent les mauvaises herbes ;
  • elles nourrissent le système ;
  • elles fixent ou mobilisent des éléments minéraux.

La couverture est roulée ou couchée, puis la culture suivante est semée directement dedans. Les graines d’adventices, maintenues dans l’obscurité sous le mulch, germent beaucoup moins. Le système repose donc sur un pilotage écologique des processus.

Le rôle central de la biomasse

Dans les milieux tropicaux, la minéralisation de la matière organique est très rapide. C’est pourquoi il ne suffit pas de laisser quelques résidus : il faut produire beaucoup de biomasse.

Les chiffres évoqués sont importants. Le Stylosanthes peut produire environ 16 tonnes de matière sèche par hectare, soit autour de 80 tonnes de matière verte. Cette biomasse :

  • nourrit le sol ;
  • protège sa surface ;
  • augmente la matière organique ;
  • entretient la vie biologique.

Lucien Seguy insiste sur le fait qu’il s’agit d’une matière organique produite directement dans la parcelle, sans dépendre entièrement du fumier. Or le fumier est toujours en quantité limitée : même dans des systèmes d’élevage bien gérés, il ne permet généralement de couvrir qu’environ 10 à 15 % des surfaces.

Le semis direct permet donc de produire la matière organique sur place, à grande échelle.

Des variétés de riz adaptées à ces conditions

Les variétés de riz utilisées dans ces systèmes ne sont pas des variétés classiques de riz irrigué. Les intervenants précisent qu’il s’agit de matériels génétiques adaptés aux conditions de culture sans lame d’eau permanente.

Ces variétés possèdent un système racinaire particulier, issu de croisements de types japonica et indica. Elles combinent :

  • de grosses racines capables de descendre en profondeur ;
  • un chevelu racinaire dense capable d’extraire efficacement les éléments nutritifs.

Certaines variétés supportent aussi bien :

  • des périodes avec nappe d’eau ou submersion ;
  • que des périodes sèches.

Elles peuvent démarrer en pluvial et finir en irrigué, ou l’inverse. Cette plasticité est essentielle dans les conditions observées.

Produire tôt et vendre cher

Un autre avantage majeur du système est la précocité. En semis direct, on peut semer très tôt, dès les premières pluies, sans attendre d’avoir de l’eau suffisante pour préparer le sol.

C’est particulièrement important dans les régions où la saison sèche dure six à sept mois et où la saison culturale est courte. Grâce à cela :

  • on bénéficie pleinement des premières pluies ;
  • on cultive des variétés à cycle court ;
  • on récolte plus tôt ;
  • on vend plus cher.

Les producteurs peuvent ainsi disposer plus tôt de liquidités et améliorer leur situation économique.

Protection du sol, de l’eau et augmentation de la matière organique

Le paillage permanent protège les sols comme dans un système forestier. Plusieurs couches de matière organique se protègent et se décomposent progressivement. Cela permet :

  • d’éviter la formation de croûtes de battance ;
  • de favoriser l’infiltration de l’eau ;
  • d’améliorer la porosité ;
  • d’augmenter la teneur en matière organique.

Les chiffres avancés indiquent des séquestrations de carbone de l’ordre de 1 à 3 tonnes par hectare et par an selon les systèmes. Plus la production de biomasse est élevée, plus la séquestration est importante.

Le sol devient alors plus favorable à la croissance des racines, l’eau pénètre mieux, et les performances des cultures s’améliorent avec le temps.

Pourquoi le labour est critiqué

Le labour est critiqué à plusieurs niveaux :

  • il accélère la minéralisation de la matière organique ;
  • il favorise les pertes de carbone ;
  • sur pente, il accentue l’érosion ;
  • il peut créer des semelles de labour qui bloquent l’enracinement.

À l’inverse, sans labour, les plantes de couverture et leurs racines restructurent le sol en profondeur. Les racines font le « travail du labour » et le paillage fait le « travail du désherbage », sans les inconvénients du labour.

Dans les agricultures mécanisées, cela réduit aussi fortement :

  • la consommation de carburant ;
  • l’usure du matériel ;
  • les coûts de mécanisation.

Une agriculture de « l’ingénierie écologique »

Lucien Seguy présente clairement ces techniques comme relevant d’une « ingénierie écologique ». Il s’agit de se servir de la nature de manière intelligente pour rendre service à l’agriculture.

Le principe est de remplacer des solutions chimiques ou mécaniques par des processus biologiques :

  • plantes couvrantes ;
  • légumineuses fixatrices d’azote ;
  • graminées restructurantes ;
  • recyclage rapide de la litière ;
  • contrôle naturel des adventices.

Il souligne que supprimer les herbicides grâce à des plantes, tout en bénéficiant d’une fixation d’azote gratuite, constitue une avancée majeure.

La question du phosphore

Un passage important de la vidéo répond à une objection classique : selon certains, sans phosphore chimique, rien n’est possible. Lucien Seguy affirme que cette idée est fausse dans les systèmes de semis direct bien conçus.

Il explique que certaines plantes de couverture, notamment :

  • des Brachiaria ;
  • le Stylosanthes ;

sont capables de mobiliser du phosphore peu disponible dans le sol, que les cultures classiques ne peuvent pas utiliser directement. Ces plantes extraient ce phosphore, puis le restituent à la culture suivante lors de leur décomposition.

Ainsi, dans un système avec couverture végétale, le phosphore peut circuler à travers un intermédiaire biologique. Cela remet en cause une partie de l’agronomie classique conçue pour les systèmes avec travail du sol.

Une dépollution possible des milieux

Le semis direct est aussi présenté comme ayant des propriétés de phytoremédiation. Certaines plantes seraient capables d’aider à dépolluer des sols ou des milieux ayant reçu des molécules chimiques problématiques.

Lucien Seguy souligne que ce potentiel ouvre un nouvel espoir pour récupérer des terres polluées et les remettre au service d’une agriculture propre. Il rappelle que, dans d’autres domaines, notamment celui de l’eau, des systèmes filtrants à base de végétation sont déjà utilisés.

Dans les systèmes de semis direct, la litière et l’activité biologique contribuent également à intercepter et transformer certaines molécules, ce qui change profondément la relation entre agriculture et pollution.

Un puits de carbone

Un thème central de la vidéo est le rôle du semis direct comme puits de carbone. Contrairement aux systèmes labourés, qui tendent à faire perdre de la matière organique au sol, les systèmes sous couverture l’augmentent.

Cela signifie que du CO2 est capté et transformé en matière organique dans le sol. Lucien Seguy mentionne des mesures montrant des séquestrations importantes, de plus de 2 tonnes de carbone par hectare et par an dans certains cas.

Il insiste sur le fait que :

  • on réduit les émissions liées au travail du sol ;
  • on stocke du carbone ;
  • on améliore la fertilité ;
  • on restaure la vie biologique.

Cette dimension relie directement le semis direct aux enjeux climatiques globaux.

Une réduction massive du ruissellement et des dégâts sur les infrastructures

Le bénéfice environnemental ne concerne pas seulement la parcelle. Quand le ruissellement de surface est stoppé :

  • les fossés ne se remplissent plus ;
  • les routes se dégradent moins ;
  • les pistes tiennent mieux ;
  • les coûts d’entretien des infrastructures baissent fortement.

L’eau ne coule plus en surface : elle s’infiltre dans le sol, traverse les collines, et rejoint les nappes. Le sol agit alors comme un filtre naturel. L’eau arrivée en aval est plus propre.

Lucien Seguy souligne que ce changement est considérable pour les collectivités autant que pour les agriculteurs.

Une agriculture plus productive et plus propre

Tout au long de la vidéo, Lucien Seguy défend l’idée d’une agriculture capable de produire plus, tout en ayant des impacts environnementaux minimaux, voire positifs.

Il oppose ces systèmes à :

  • l’agriculture productiviste fondée sur des intrants chimiques ;
  • et même à une agriculture biologique qui, selon lui, continue trop souvent à labourer et donc à détruire les sols.

Le semis direct, tel qu’il le présente, permettrait à la fois :

  • de conserver les sols ;
  • de réduire de 80 à 100 % les ruissellements les plus graves ;
  • de séquestrer du carbone ;
  • de produire une nourriture « propre ».

Il parle à ce sujet d’une « révolution doublement verte », voire « triplement verte ».

Pourquoi Lucien Seguy parle de révolution « triplement verte »

Le terme « doublement verte » renvoie à une agriculture qui produit plus avec moins d’impacts négatifs. Mais Lucien Seguy va plus loin et parle de révolution « triplement verte ».

La troisième dimension vient du fait que ces systèmes modifient la géographie possible des cultures. En améliorant le bilan hydrique des sols — grâce à une infiltration plus forte et une évaporation plus faible — ils permettent d’introduire des cultures là où elles étaient auparavant impossibles.

Il cite l’exemple du nord du Cameroun, où, avec 600 mm de pluie, les systèmes classiques perdaient plus de 50 % de l’eau par ruissellement. En semis direct, l’eau s’infiltre, est mieux conservée, et des cultures comme le riz ou le maïs deviennent possibles.

De même, il évoque le coton cultivé en Amazonie dans des conditions autrefois jugées incompatibles. Cette capacité à déplacer les limites écologiques des cultures est, selon lui, une avancée majeure, notamment dans le contexte du changement climatique.

Associer agriculture et élevage

La vidéo revient aussi sur l’usage des plantes de couverture dans les rizières de saison sèche ou dans les périmètres irrigués. Ces plantes peuvent fournir un fourrage pour les animaux tout en enrichissant le sol en azote.

Le Stylosanthes est particulièrement apprécié pour cela. Très riche en protéines, il permet d’associer agriculture et élevage. Les animaux consomment surtout les feuilles hautes ; les parties basses plus lignifiées restent sur place et continuent à protéger le sol.

Cette articulation entre production végétale et production animale est présentée comme particulièrement adaptée aux exploitations familiales.

Une maîtrise technique encore nécessaire

Les intervenants rappellent toutefois qu’il ne suffit pas d’observer ces résultats pour réussir immédiatement partout. Ces systèmes sont simples à comprendre dans leurs principes, mais leur mise au point a demandé de longues années.

Ils varient selon :

  • les milieux tropicaux, subtropicaux ou tempérés ;
  • les types de sols ;
  • la vitesse de minéralisation ;
  • la quantité de biomasse à produire ;
  • les espèces de couverture disponibles.

Le principal manque évoqué n’est pas tant celui des moyens financiers que celui de personnes formées et compétentes pour diffuser et adapter ces techniques à grande échelle.

Les ravageurs et les solutions biologiques recherchées

La vidéo mentionne enfin un problème spécifique : les attaques d’insectes dans certaines zones proches de milieux humides. Dans les premières années de mise en semis direct, les équilibres biologiques sont encore instables, car les sols sont très pauvres en vie biologique.

Dans cette phase de transition, un traitement chimique est parfois utilisé, faute de mieux. Mais les intervenants insistent sur leur volonté de s’en passer. Plusieurs voies sont explorées :

  • des plantes de couverture capables de limiter certains insectes ;
  • le tabac ou certaines crucifères comme plantes répulsives ;
  • des traitements biologiques à base de champignons entomopathogènes, notamment Metarhizium.

L’objectif est de reconstruire progressivement un équilibre biologique permettant le retour de prédateurs naturels.

Un exemple concret de jachère améliorée

Un exemple de parcelle montre une ancienne jachère ou zone très enherbée, transformée grâce à une forte couverture de Stylosanthes. Cette biomasse a :

  • enrichi le sol ;
  • supprimé la majorité des autres herbes ;
  • préparé le terrain pour le semis direct du riz pluvial.

Après simple fauche au ras du sol, le riz a été semé directement. Le travail d’entretien est alors très réduit. Même après plusieurs mois, on observe encore un tapis végétal important au sol, preuve de l’efficacité de la couverture.

Les intervenants montrent aussi la structure du sol obtenue : le sol peut être pris en main, signe d’une meilleure agrégation et d’une structure plus favorable qu’auparavant.

Les qualités agronomiques du Stylosanthes

Le Stylosanthes est présenté comme une plante particulièrement intéressante parce qu’elle cumule plusieurs qualités :

  • légumineuse fixatrice d’azote ;
  • excellente plante de couverture ;
  • très bon fourrage ;
  • non invasive ;
  • résistante à l’anthracnose dans les variétés sélectionnées ;
  • relativement lente au démarrage, donc peu concurrentielle pour les cultures associées ;
  • capable de pousser ensuite fortement après récolte, y compris en saison sèche grâce à ses racines profondes.

Cela explique pourquoi elle occupe une place centrale dans les démonstrations faites ici.

Conclusion

La vidéo montre le semis direct en zone tropicale non comme une simple technique de semis, mais comme une refonte complète du fonctionnement agricole. À travers les explications de Lucien Seguy et les observations de terrain, plusieurs idées fortes émergent :

  • contrôler l’érosion à partir de l’amont ;
  • protéger les rizières et les infrastructures ;
  • remplacer le travail du sol par des plantes de couverture ;
  • produire de la biomasse et de la fertilité sur place ;
  • réduire fortement le travail, les intrants et les pollutions ;
  • augmenter les rendements et sécuriser les revenus ;
  • séquestrer du carbone et restaurer les sols.

Le cœur du message est que l’on peut produire davantage, plus tôt, avec moins de travail et beaucoup moins de dégradation, en s’appuyant sur le fonctionnement du vivant. C’est cette logique que Lucien Seguy présente comme la base d’une agriculture tropicale durable.