On stocke du carbone dans les sols agricoles avec Olivier Husson
![]()
Olivier Husson est chercheur au CIRAD. Après une première tranche de vie consacrée à la diffusion des techniques de conservation des sols sous les tropiques, il travaille actuellement sur la santé des plantes à travers les réactions d’oxydoréduction, tout en s’intéressant également aux cycles biogéochimiques, notamment à celui du carbone dans les sols agricoles.
Introduction
Cette intervention d’Olivier Husson propose des clés de compréhension sur le fonctionnement du carbone dans les sols agricoles, et en particulier sur les conditions qui permettent ou non d’en stocker. Le sujet est présenté comme complexe, car il dépend à la fois :
- de ce que l’on apporte au sol ;
- du système agricole ;
- du climat ;
- du type de sol.
L’objectif n’est pas seulement de parler du « stockage de carbone » au sens quantitatif, mais de replacer cette question dans le fonctionnement global du sol, de la production agricole et de la transition entre systèmes conventionnels et systèmes agroécologiques.
Les fonctions à assurer dans un sol agricole
Pour produire en agriculture, plusieurs grandes fonctions doivent être assurées :
- maintenir une bonne structure du sol ;
- alimenter les plantes en eau et en éléments nutritifs ;
- contrôler les bioagresseurs :
- maladies ;
- ravageurs ;
- adventices.
Olivier Husson oppose ici deux grandes logiques de fonctionnement.
En agriculture conventionnelle
Dans les systèmes conventionnels, ces fonctions sont assurées principalement par des interventions directes et des gestes techniques :
- travail du sol pour restructurer ;
- irrigation pour apporter de l’eau ;
- engrais pour nourrir les plantes ;
- pesticides, herbicides et travail du sol pour contrôler les bioagresseurs.
L’idée centrale est que ces systèmes reposent largement sur l’usage d’énergie fossile.
En agriculture de conservation, de régénération ou en agroécologie
Dans ces systèmes, l’objectif est au contraire de remplacer l’énergie fossile par l’énergie issue de la photosynthèse, et de mobiliser la biodiversité pour remplir les fonctions précédentes :
- restructuration biologique du sol ;
- alimentation des plantes via l’activité biologique ;
- contrôle des bioagresseurs par les interactions biologiques et l’organisation du milieu.
Olivier Husson insiste sur un point : il ne suffit pas de supprimer le travail du sol ou les pesticides. Pour que les fonctions soient réellement assurées, il faut mobiliser des organismes vivants, en particulier des micro-organismes, ce qui suppose une transformation profonde des systèmes de culture.
La stratégie générale de transition
La stratégie présentée repose sur deux grands remplacements :
- remplacer les apports d’énergie fossile par l’énergie de la photosynthèse ;
- remplacer les interventions techniques par la mobilisation de la biodiversité.
Reconcevoir les systèmes de culture
La première étape consiste à accroître la biodiversité. Cela passe par des systèmes de culture plus complexes que les monocultures ou rotations simples, avec notamment :
- des couverts végétaux ;
- des rotations longues ;
- des légumineuses ;
- des cultures associées ;
- des mélanges variétaux ;
- de l’agroforesterie ;
- des infrastructures écologiques ;
- un redimensionnement du parcellaire.
L’idée est de maximiser la durée et les surfaces où la photosynthèse est active.
Gérer la transition
La transition demande du temps. Elle ne consiste pas à retirer brutalement les intrants ou les pratiques conventionnelles, mais à organiser progressivement un changement de fonctionnement.
Les pratiques doivent chercher à :
- augmenter la photosynthèse ;
- protéger les plantes pendant la transition ;
- favoriser l’activité biologique ;
- optimiser l’efficience de la photosynthèse.
Comment les fonctions de production changent pendant la transition
Structuration du sol
Dans les systèmes conventionnels, la structuration repose largement sur le travail du sol. En transition, il peut encore y avoir :
- fissuration ;
- travail superficiel ponctuel.
Mais l’essentiel doit progressivement reposer sur une restructuration biologique du sol, ce qui suppose :
- une augmentation de l’activité biologique ;
- des racines plus actives ;
- éventuellement un redimensionnement du parcellaire ;
- des infrastructures écologiques limitant l’érosion.
Alimentation en eau et en nutriments
Pour l’eau, l’enjeu est de passer d’une logique d’irrigation à une logique d’augmentation de la réserve utile du sol. Cela demande :
- une meilleure structure ;
- une forte activité biologique ;
- des racines plus profondes.
Pour la nutrition, il s’agit de passer d’apports directs à des processus biologiques :
- solubilisation ;
- exploration ;
- fixation ;
- mobilisation des éléments nutritifs par les micro-organismes.
Les amendements organiques peuvent aider pendant la transition. Il peut aussi être nécessaire de fertiliser les couverts végétaux, voire les micro-organismes, pour améliorer leur efficacité.
Contrôle des bioagresseurs
Le contrôle doit progressivement reposer sur :
- la création de conditions défavorables aux bioagresseurs ;
- la mobilisation d’auxiliaires ;
- la compétition ;
- la prédation des graines ;
- la compétition pour la lumière.
Là encore, cela suppose :
- une bonne restructuration biologique du sol ;
- une forte activité biologique ;
- des productions importantes de couverts végétaux.
Olivier Husson souligne que la réduction des herbicides est souvent l’étape la plus difficile.
Une régénération des sols non linéaire
Un point central de l’exposé est que la régénération des sols n’est pas un processus linéaire. Selon le niveau de dégradation du sol :
- les formes de matière organique qui dominent ne sont pas les mêmes ;
- les organismes biologiques dominants changent ;
- les vitesses de régénération diffèrent ;
- les formes de carbone dans le sol diffèrent ;
- le rendement n’évolue pas comme le carbone.
Pour situer un sol dans cette trajectoire, Olivier Husson propose notamment d’utiliser le ratio carbone sur argile, considéré comme un bon indicateur de l’état structural et fonctionnel du sol.
Les grands concepts sur le carbone du sol
Olivier Husson rappelle que les concepts scientifiques sur le carbone du sol ont beaucoup évolué.
Les approches successives
- Années 1960 : distinction entre matière organique persistante et non persistante.
- Années 1970 : importance de la stœchiométrie microbienne, notamment du ratio C/N.
- Années 1980-1990 : processus d’agrégation, matière organique libre ou occluse dans les agrégats.
- Années 1990 : association avec les minéraux, développement de la notion de complexe organo-minéral.
- Années 2000 : transformations microbiennes, distinction entre matière organique dérivée directement des plantes et celle transformée par les microbes.
- Depuis une dizaine d’années : notion de rendement énergétique de la matière organique.
À cela s’ajoute le concept de priming effect, c’est-à-dire l’effet d’un apport de matière organique fraîche ou d’éléments minéraux sur la minéralisation de la matière organique déjà présente.
Protection physique et protection chimique
Pour synthétiser ces concepts, Olivier Husson propose de raisonner selon deux grands axes :
- la protection chimique ;
- la protection physique.
La matière organique peut être stable parce qu’elle est chimiquement récalcitrante, ou parce qu’elle est physiquement protégée dans les agrégats.
On retrouve ainsi :
- de la matière organique libre, peu protégée ;
- de la matière organique occluse dans les agrégats ;
- de la matière organique associée aux minéraux.
Il insiste sur le fait que ces processus sont multiples, intriqués, et qu’ils ne se superposent pas parfaitement dans les différents modèles ou méthodes d’analyse.
Le diagramme de Van Krevelen et les formes du carbone
Un autre outil conceptuel présenté est le diagramme de Van Krevelen, issu de la chimie du pétrole, qui représente les formes du carbone selon leurs ratios atomiques oxygène/carbone et hydrogène/carbone.
Ce schéma permet de comprendre plusieurs choses :
- la photosynthèse est une réduction primaire du carbone du CO2 ;
- la respiration et la minéralisation correspondent à des oxydations ;
- les fermentations et la méthanogenèse relèvent de processus de réduction.
Deux grandes fonctions du carbone
Olivier Husson insiste beaucoup sur une distinction essentielle :
- il y a du carbone pour l’énergie ;
- il y a du carbone pour la structure.
Le carbone « pour l’énergie » correspond à des formes facilement utilisables par les organismes. Le carbone « pour la structure » correspond à des formes plus condensées, jouant un rôle dans :
- la structure du sol ;
- la capacité tampon ;
- la stabilité du système.
Il résume cela en disant que :
- l’énergie, c’est le couvert ;
- la structure, c’est le gîte.
Les deux sont nécessaires, mais ils n’ont pas la même fonction.
Les modèles de carbone du sol et leurs limites
Différents modèles existent pour représenter les dynamiques du carbone dans le sol, avec :
- deux compartiments ;
- trois compartiments ;
- quatre compartiments ou plus.
Ces modèles reposent sur des coefficients d’humification et de minéralisation.
Olivier Husson en rappelle les limites :
- ils sont souvent développés dans des conditions particulières ;
- leur validité est limitée hors de ces conditions ;
- ils sont fréquemment linéaires, alors que les dynamiques réelles ne le sont pas.
Une lecture synthétique du fonctionnement du carbone dans le sol
Le sol reçoit des entrées de carbone via :
- les résidus végétaux ;
- les résidus animaux.
Ces résidus sont plus ou moins labiles, plus ou moins récalcitrants, avec des ratios C/N variables.
Deux grandes voies de transformation
On retrouve ensuite deux grands ensembles :
- la matière organique associée aux minéraux ;
- la matière organique particulaire.
La matière organique associée aux minéraux résulte surtout de processus microbiens et forme une matière plus stabilisée, souvent riche en azote.
La matière organique particulaire est davantage liée aux produits issus directement des plantes.
Selon les cas :
- les bactéries dominent davantage sur les composés plus labiles ;
- les champignons dominent davantage sur les composés plus lignifiés.
Le rôle des cations et du type de sol
La stabilisation de la matière organique nécessite aussi des ions polyvalents :
En climat tempéré, le calcium joue souvent un rôle majeur. En climat tropical, le fer et l’aluminium sont plus importants.
Le pH influence également fortement les processus :
- les bactéries sont plus favorisées à pH neutre à alcalin ;
- les champignons sont plus favorisés à pH acide.
Le rôle majeur des conditions rédox et de la structure du sol
Un apport important de l’exposé est de montrer que les conditions d’oxydoréduction ont été longtemps sous-estimées dans les dynamiques du carbone.
Conditions aérobies, anaérobies et fluctuations
Les coefficients de minéralisation et d’humification dépendent fortement :
- du pH ;
- des conditions rédox ;
- de leur stabilité dans le temps.
Olivier Husson insiste sur le fait que les fluctuations rapides entre conditions aérobies et anaérobies peuvent fortement augmenter la minéralisation du carbone du sol.
Cela concerne particulièrement les sols compactés, qui alternent rapidement entre :
- engorgement après pluie ;
- réoxydation en période sèche.
Réactions de Fenton
Des publications récentes mettent en avant l’importance possible des réactions de Fenton dans certaines situations, en particulier dans les sols tropicaux humides riches en fer.
Lors du passage de conditions aérobies à anaérobies :
- le fer oxydé se réduit ;
- il peut réagir avec le peroxyde d’hydrogène produit par les micro-organismes ;
- cela génère des radicaux hydroxyles très oxydants ;
- ces radicaux peuvent attaquer chimiquement la matière organique, y compris des fractions réputées stables.
Selon Olivier Husson, ce mécanisme peut représenter une part importante de la minéralisation dans certains contextes.
Sol bien structuré versus sol mal structuré
Dans un sol bien structuré :
- il existe une diversité de niches pH-rédox ;
- les conditions varient peu dans le temps ;
- les micro-agrégats peuvent garder des zones plus réduites ;
- les macro-agrégats restent plus aérés ;
- la diversité spatiale est forte.
Dans un sol mal structuré :
- les fluctuations temporelles sont fortes ;
- la diversité spatiale est faible ;
- les conditions passent rapidement d’un extrême à l’autre.
Les conséquences sont importantes :
- plus de minéralisation dans les sols mal structurés ;
- moins d’humification ;
- moins bonne efficience d’utilisation du carbone ;
- sélection plus aléatoire des micro-organismes.
Les niches pH-rédox et le fonctionnement biologique
Olivier Husson rappelle qu’un organisme vivant ne se développe que dans certaines conditions de pH et de potentiel rédox.
Cela vaut notamment pour :
- les micro-organismes aérobies ;
- les anaérobies ;
- les nitrifiants ;
- les dénitrifiants ;
- les fixateurs d’azote ;
- les champignons ;
- les bactéries ;
- les mycorhizes.
La structure du sol est donc essentielle, car elle permet de créer une diversité de niches dans l’espace, indispensable pour que tous les grands cycles biologiques fonctionnent, notamment celui de l’azote.
Les stratégies de vie des organismes et leur lien avec le carbone
Olivier Husson mobilise plusieurs concepts écologiques.
Stratégies r et K
Pour les plantes et la faune :
- les stratégies r correspondent à des cycles de vie rapides, une forte reproduction, des organismes petits et opportunistes ;
- les stratégies K correspondent à des cycles de vie plus longs, une logique de qualité, des organismes plus gros et plus stables.
Chez les plantes, cela recoupe l’opposition entre :
- plantes exploiteuses ;
- plantes conservatrices.
Les plantes exploiteuses :
- ont des cycles rapides ;
- exsudent beaucoup ;
- supportent mieux la perturbation ;
- favorisent davantage la matière organique associée aux minéraux.
Les plantes conservatrices :
- ont des tissus plus récalcitrants ;
- exsudent moins ;
- ont des cycles plus longs ;
- favorisent davantage la matière organique particulaire.
Stratégies S, A et Y des micro-organismes
Pour les micro-organismes, Olivier Husson reprend un cadre en trois stratégies :
- stratégie S : résistance au stress ;
- stratégie A : acquisition des ressources ;
- stratégie Y : rendement.
Les micro-organismes de stratégie S :
- survivent dans des milieux très perturbés ;
- ont une faible efficience d’utilisation du carbone ;
- minéralisent beaucoup.
Les micro-organismes de stratégie A :
- sont efficaces pour aller chercher des ressources dans des milieux pauvres ;
- dépensent de l’énergie pour cette acquisition ;
- ont une efficience moyenne à faible.
Les micro-organismes de stratégie Y :
- sont adaptés à des milieux équilibrés, riches, peu perturbés ;
- ont une forte efficience d’utilisation du carbone ;
- favorisent fortement l’humification.
Le type de structure du sol détermine largement quelles stratégies dominent.
Évaluer la structure du sol
Le slake test
Un test simple consiste à mettre une motte dans l’eau et à observer sa stabilité. Des méthodes plus poussées permettent de suivre en continu la perte de masse de la motte dans l’eau.
Les résultats présentés montrent que les sols en semis direct sous couverture végétale conservent mieux leur structure que les sols labourés ou conventionnels.
Le ratio carbone sur argile
Olivier Husson utilise ensuite beaucoup le ratio carbone sur argile comme indicateur synthétique.
Il mentionne des repères issus de travaux suisses, avec des correspondances avec l’évaluation visuelle de la structure :
- autour de 24 % de matière organique sur argile : sol bien structuré ;
- autour de 17 % : seuil critique ;
- en dessous de 10 à 12 % : sol très déstructuré.
Il précise que ce proxy fonctionne surtout entre 10-12 % et 40 % d’argile environ.
Les quatre zones de la trajectoire de régénération
L’exposé distingue quatre zones le long d’une trajectoire de dégradation ou de régénération.
Zone 4 : sols très déstructurés
- structure effondrée ;
- sols compactés ;
- milieu très déséquilibré, instable et pauvre ;
- stratégies microbiennes de type S ;
- cycles de vie rapides ;
- minéralisation forte ;
- humification très faible ;
- rendement faible et instable.
Zone 3
- la micro-agrégation commence à se mettre en place ;
- la structure s’améliore ;
- les stratégies A dominent davantage ;
- l’extraction de nutriments par les micro-organismes devient importante ;
- les plantes peuvent mieux se nourrir.
Zone 2
Dans cette zone, le sol entre dans une phase de restructuration plus active.
- les coefficients de minéralisation baissent ;
- les coefficients d’humification montent ;
- l’efficacité d’utilisation du carbone s’améliore ;
- le stockage de carbone peut accélérer.
C’est une zone cruciale, car les gains peuvent y être relativement rapides.
Zone 1 : sols bien structurés
- macro-agrégation dominante ;
- milieux plus stables, équilibrés, riches ;
- stratégies Y dominantes ;
- forte efficience d’utilisation du carbone ;
- humification forte ;
- minéralisation relativement mieux contrôlée.
Pourquoi le rendement ne suit pas toujours le carbone
Un point important de la présentation est l’existence d’un « faux plat » du rendement.
Lorsque le sol entre dans une phase avancée de régénération, notamment au début de la zone 3 selon le schéma présenté, une partie importante de l’énergie et des nutriments est mobilisée pour reconstruire le sol et augmenter la matière organique.
Dans cette phase :
- les micro-organismes deviennent très compétitifs pour l’azote, le phosphore et le soufre ;
- ils « prennent » une part importante des nutriments ;
- le carbone du sol augmente ;
- mais le rendement peut stagner, voire baisser.
Ce phénomène peut être très décourageant pour les agriculteurs, alors même que le sol est en train de se régénérer rapidement.
Les implications pratiques selon la zone
L’intérêt de cette grille est d’adapter les pratiques à l’état du sol.
Travail du sol
- En zone très dégradée, le travail du sol peut être nécessaire pour réamorcer un minimum de structure et permettre l’implantation.
- En zone intermédiaire, il devient de plus en plus dommageable.
- En zone bien régénérée, il est très destructeur pour le stock de carbone et la structure.
Fertilisation minérale
Pour le sol :
- peu efficace dans les zones très dégradées si dominent surtout des carences induites ;
- très efficace dans les zones où elle peut faire basculer les micro-organismes de stratégies A vers Y ;
- peu utile voire nuisible en zone très bien structurée si elle perturbe le fonctionnement biologique.
Pour les plantes :
- application au sol parfois peu efficace car les micro-organismes ou les dysfonctionnements du milieu limitent l’accès ;
- application foliaire particulièrement utile dans certaines phases, notamment là où les micro-organismes captent fortement les éléments.
Amendements organiques
Ils sont particulièrement utiles dans les zones les plus dégradées, où ils permettent de relancer les processus biologiques et d’amorcer la reconstruction du système.
Irrigation
Elle est souvent nécessaire dans les sols dégradés, alors qu’un sol restructuré tamponne mieux les aléas climatiques grâce à une meilleure réserve utile et à un enracinement plus profond.
Couverts végétaux et choix des espèces
Dans les sols très dégradés, le choix est limité :
- plantes exploiteuses ;
- cycles rapides ;
- espèces capables de supporter la perturbation.
Quand le sol s’améliore, on peut aller vers :
- davantage de diversité ;
- des mélanges ;
- des plantes plus conservatrices ;
- des ligneux ;
- de l’agroforesterie.
Corriger le milieu selon les cas
Olivier Husson souligne qu’il faut adapter la stratégie au contexte :
- sol acide ou alcalin ;
- sol sableux ou argileux ;
- disponibilité du calcium ;
- risques d’engorgement ;
- besoin éventuel de drainage ou de chaulage.
Quelques grandes idées ressortent :
- sur sols acides, remonter le pH peut favoriser les bactéries et la matière organique associée aux minéraux ;
- sur sols alcalins, favoriser davantage les champignons et la matière organique particulaire peut être pertinent ;
- sur sols très sableux, la saturation rapide des argiles conduit à travailler davantage avec de la matière organique particulaire et des formes plus récalcitrantes ;
- sur sols très argileux, le risque d’engorgement doit être géré.
Concentrer la biomasse pour passer les seuils
Un autre message important est qu’il faut souvent concentrer localement la biomasse pour franchir les seuils de régénération.
Olivier Husson cite l’exemple des systèmes de zaï au Burkina Faso :
- la biomasse est concentrée dans de petits poquets ;
- localement, le seuil de fonctionnement est franchi ;
- cela permet de produire et d’étendre progressivement la surface régénérée.
À l’échelle d’une parcelle, cela signifie qu’il peut être plus efficace de concentrer les apports ou la biomasse sur une partie de la surface pour accélérer localement la régénération, plutôt que de tout répartir de façon homogène à faible dose.
Fertiliser aussi les micro-organismes
Une idée forte de l’intervention est qu’il faut parfois non seulement fertiliser les cultures ou les systèmes de culture, mais fertiliser l’écosystème cultivé, c’est-à-dire aussi les micro-organismes.
Olivier Husson donne un ratio stœchiométrique indicatif pour former une tonne de carbone dans la matière organique :
- 83 kg d’azote ;
- 20 kg de phosphore ;
- 14 kg de soufre.
L’idée est qu’en apportant ces éléments de manière équilibrée, on peut augmenter fortement le coefficient d’humification et accélérer la séquestration de carbone.
Il cite un essai de l’équipe de Kirby sur grandes parcelles, dans un système dominé par les céréales, où un simple apport équilibré de N-P-S sur les pailles aurait permis, sur cinq ans :
- une perte de plus de 3 tonnes de carbone par hectare sans cet apport ;
- un gain de plus de 5,5 tonnes avec cet apport.
Le coefficient d’humification serait ainsi passé d’environ 0,15 à 0,60.
Pour lui, c’est un levier fondamental.
Le rôle possible de l’élevage
L’élevage peut être utile dans cette logique, notamment via :
- les fumiers ;
- des apports jouant le rôle de germes d’agrégation ;
- une pâture contrôlée, qui peut stimuler l’exsudation racinaire et donc la formation de matière organique associée aux minéraux.
Les réponses aux questions
Peut-on réellement augmenter la réserve utile en eau d’un sol ?
Olivier Husson répond oui, clairement, mais sans donner de chiffre général, car cela dépend :
- de la profondeur de sol disponible ;
- de la présence ou non d’une roche-mère proche ;
- du degré de restructuration ;
- du type de plante et de son enracinement.
L’augmentation de la réserve utile se fait par :
- une amélioration de la microporosité ;
- un enracinement plus profond ;
- une meilleure structure.
Il précise toutefois qu’il ne faut pas en attendre l’impossible : un sol restructuré ne permettra pas de cultiver pendant des mois sans pluie, mais il tamponnera bien mieux les périodes sèches.
Le ratio C/N est-il corrélé au ratio C/P ou C/S ?
La réponse est nuancée. Il existe une certaine corrélation, mais elle dépend du type de matière organique :
- les crucifères auront par exemple plus de soufre ;
- les légumineuses ont des caractéristiques différentes ;
- les compositions ne sont pas identiques selon les espèces.
Ce qui importe surtout ici est le ratio moyen requis pour la formation de matière organique dans le sol par les micro-organismes.
La matière organique dissoute réabsorbée par les plantes est-elle importante ?
Olivier Husson répond que cela dépend complètement de l’état du sol.
- Dans un sol dégradé, ce sera négligeable.
- Dans un sol bien régénéré, à fort fonctionnement biologique et à fort turnover, cela peut devenir non négligeable.
Il précise qu’une plante préférera souvent absorber certaines formes organiques d’azote plutôt que des formes minérales, si elles sont disponibles.
Cas d’un sol argilo-limoneux à 45 % d’argile, drainé, pH de 6,5 à 8, avec 2 % de matière organique
Dans ce cas, Olivier Husson explique qu’il n’existe pas de solution miracle. Il faut surtout :
- beaucoup de biomasse ;
- des apports réguliers ;
- éventuellement des matières organiques un peu plus acides ;
- des mélanges d’espèces ;
- de plus en plus de ligneux si possible ;
- optimiser la transformation de cette biomasse ;
- apporter azote, phosphore et soufre en quantités stœchiométriques pour améliorer l’humification.
Le fait que le sol soit bien drainé évite déjà une partie des problèmes d’engorgement, mais sur un sol aussi argileux, la remontée sera progressive et demandera des apports de matière organique importants.
Conclusion
Le message central d’Olivier Husson est que le stockage de carbone dans les sols agricoles ne peut pas être compris comme une simple accumulation linéaire de matière organique. Il dépend :
- de la structure du sol ;
- des conditions pH-rédox ;
- des formes de matière organique ;
- des types de micro-organismes dominants ;
- de l’état de dégradation initial ;
- du type de pratiques mises en place.
La structure du sol apparaît comme un point clé, car elle conditionne :
- la diversité des niches ;
- l’activité biologique ;
- l’humification ;
- la minéralisation ;
- la capacité à tamponner les aléas ;
- la résilience du système.
L’exposé insiste aussi sur la nécessité de contextualiser les pratiques selon la position du sol dans sa trajectoire de dégradation ou de régénération, et sur le fait qu’un moment de stagnation ou de baisse du rendement peut correspondre, en réalité, à une phase active de reconstruction du sol et de séquestration rapide du carbone.
Le faux plat du rendement ne doit donc pas forcément être interprété comme un échec : il peut être le signe que l’énergie du système est en train d’être investie dans la régénération du sol.