Pourquoi parler d'agroécologie pendant la semaine de l'agriculture ?
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L'interview de la directrice et du porte-parole du mouvement par Ariane Warlin, journaliste, lancera le programme de la semaine de l'agriculture 2021.
Anne Trombini et Arnaud Daguin répondront à une question clé : "pourquoi parler d'agroécologie pendant la semaine de l'agriculture française ?" et rappeleront les messages clés du mouvement.
Cette première intervention sera également l'occasion d'annoncer la mise à disposition dès le 17 mai 2021 du premier outil open-source de mesure de la transition agroécolgogique : l'Indice de Régénération qui sera mis à l'honneur tout au long de cette semaine.
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💪 DECOUVREZ LE MOUVEMENT POUR UNE AGRICULTURE DU VIVANT
Pour une Agriculture du Vivant a pour objectif d’accélérer la transition agricole et alimentaire vers l’agroécologie via la structuration de filières et la diffusion d’outils open-source. Le mouvement fédère l’ensemble des acteurs de la transition et met en place avec eux, des actions collectives et des outils performants pour pérenniser leurs systèmes de production.
https://agricultureduvivant.org/qui-sommes-nous/
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Introduction
Cette vidéo d’ouverture de la semaine de l’agriculture pose les bases du mouvement Pour une agriculture du vivant et explique pourquoi il est nécessaire de parler d’agroécologie aujourd’hui. À travers les interventions d’Arnaud Daguin et d’Anne Trombini, interrogés par Ariane Warlin, il est question de sols, de vivant, de transition agricole, de réconciliation entre les acteurs des filières, et des outils concrets mis en place pour accompagner cette transformation.
Une agriculture du vivant plutôt qu’une simple agriculture de production
Dès le début de l’échange, il est rappelé que la vidéo ne plonge pas « en pleine nature », mais bien « en pleine culture ». Cette précision est importante, car il existe selon les intervenants une confusion fréquente entre nature, agriculture et vivant.
Arnaud Daguin insiste sur l’idée suivante : c’est le vivant qui produit de quoi manger. Les êtres humains ne font en réalité qu’infléchir la course du vivant pour obtenir ce dont ils ont besoin pour se nourrir. Cette activité agricole existe depuis environ quinze millénaires, mais il affirme que l’humanité n’a jamais vraiment bien su faire agriculture.
Ce constat peut sembler rude, voire humiliant, mais il est nuancé : si l’humanité est toujours là, vivante et globalement en bonne santé, c’est bien que cela a fonctionné jusqu’à présent. Toutefois, ce fonctionnement atteint aujourd’hui ses limites.
Le constat à l’origine de l’association
L’association Pour une agriculture du vivant est née d’un constat central : dans le monde entier, les sociétés humaines ne pratiquent pas une « bonne agriculture ».
Arnaud Daguin, ancien chef cuisinier et restaurateur, explique que son questionnement de départ était très simple : qu’est-ce qu’un bon produit ? Pour lui, c’est une question fondamentale de cuisinier, puisqu’il considère que restaurer les gens suppose d’abord de disposer de bons produits.
En cherchant à répondre à cette question, il dit avoir compris qu’elle touchait à quelque chose de beaucoup plus vaste, à savoir l’avenir de l’humanité. Depuis quinze mille ans, l’agriculture produit certes de l’alimentation, mais elle produit aussi, selon ses mots, « principalement du désert ».
Il décrit l’agriculture dominante comme une « agriculture minière », de plus en plus destructrice des sols, et de moins en moins capable de garantir une alimentation conforme aux besoins humains.
Produire du désert : une formule polémique, mais assumée
L’expression « produire du désert » est reprise et explicitée pendant l’entretien, car elle peut surprendre.
Pour Arnaud Daguin, il s’agit d’un constat historique. Il invite à regarder les lieux considérés comme les grands berceaux de l’agriculture dans l’histoire humaine, et à observer ce qu’ils sont devenus. Il cite notamment le Croissant fertile, aujourd’hui largement désertifié.
Son propos est que l’agriculture humaine, dans sa forme historique dominante, a souvent contribué à la dégradation des sols. Il rappelle qu’avant l’agriculture, pendant des centaines de milliers d’années, les plantes fabriquaient naturellement les sols grâce au captage du carbone atmosphérique et à leur interaction avec le milieu. Les humains ont hérité de ces sols, mais ils les ont souvent exploités comme une mine.
Il explique qu’à chaque labour, à chaque travail du sol trop agressif, une partie du capital sol est détruite puis emportée vers les rivières et les océans. Selon lui, cela n’est plus vraiment contesté : l’agriculture majoritaire fondée sur le travail du sol est une agriculture qui envoie les sols à l’océan.
Faire se parler des acteurs qui ne se parlaient pas
Un autre constat fondateur du mouvement est celui du cloisonnement des filières alimentaires.
Selon Arnaud Daguin, les paysans sont devenus des exploitants agricoles, puis interviennent d’autres catégories d’acteurs : ceux qui transportent, ceux qui stockent, ceux qui transforment, ceux qui commercialisent. Or tous ces acteurs travaillent souvent chacun de leur côté, sans relations fortes ni vision commune.
Pour lui, cette absence de dialogue explique en partie l’inefficacité du système alimentaire. L’ambition du mouvement a donc été de faire se parler des gens qui, historiquement, ne se parlent jamais. Il s’agit de faire progresser ensemble les dimensions techniques, philosophiques et culturelles de l’agriculture et de l’alimentation.
Le point de vue du restaurateur, au contact de multiples mondes — paysans, industriels, chefs d’entreprise, politiques, transformateurs — lui a permis de voir des connexions possibles et de penser qu’un partage plus large des savoirs agronomiques pouvait accélérer la transition agroécologique.
Une logique de financement par l’aval
Au moment de la création de l’association, l’idée était aussi que les efforts de transition nécessaires en amont, c’est-à-dire chez les producteurs, puissent être financés par ceux qui réalisent le plus de marge en aval de la filière.
Cette logique traverse tout le discours du mouvement : la responsabilité de la transition ne doit pas reposer uniquement sur les agriculteurs. L’ensemble des maillons de la chaîne doit contribuer à faire évoluer les pratiques.
Nourrir les sols pour nourrir les hommes
Anne Trombini, qui dirige le mouvement et intervient davantage sur l’opérationnel, rappelle la ligne directrice de Pour une agriculture du vivant : « nourrir les sols pour nourrir les hommes ».
Elle explique que cette formule résume les deux grands enjeux du mouvement :
- réconcilier les acteurs ;
- régénérer les sols et les écosystèmes vivants.
Pour elle, la question fondamentale est de savoir comment continuer à produire demain une alimentation suffisante sans continuer à produire du désert. La priorité absolue est donc de nourrir les sols, c’est-à-dire de développer une agriculture agroécologique ou régénératrice, capable de protéger les sols et de tendre vers leur autofertilité.
La nécessité d’une approche systémique
Anne Trombini insiste sur le fait que le vivant impose une approche systémique. Dans le vivant, tout est lié et tout est équilibre. Il est donc impossible de traiter séparément les questions de biodiversité, de sol, de carbone, de production, ou encore de chimie.
L’agroécologie implique au contraire de considérer tous ces sujets ensemble, de manière concrète. C’est ce qui rend la réconciliation entre les acteurs indispensable. Si l’on veut réussir la transition vers une agriculture régénératrice, il faut changer de paradigme et travailler collectivement.
Elle souligne qu’en trois ans, le mouvement a rassemblé plus de 600 adhérents, allant des agriculteurs jusqu’à la grande distribution, en passant par des partenaires techniques et financiers. Tous viennent chercher à la fois un collectif partageant les mêmes valeurs et des solutions concrètes pour accompagner leur transition.
Définir simplement l’agroécologie
À la question de savoir ce qu’est l’agroécologie, Anne Trombini propose une définition simple : faire de l’agriculture en s’inspirant du vivant pour produire et protéger en même temps.
Elle oppose cette vision à une représentation plus classique qui conduit à penser qu’une culture soit produit, soit protège l’environnement. Tout l’enjeu est précisément de relever le défi de faire les deux à la fois.
Selon elle, ce défi n’est plus théorique : des pionniers le mettent déjà en œuvre depuis des décennies à travers de nouvelles pratiques capables de régénérer les sols.
Pourquoi parler d’agroécologie pendant la semaine de l’agriculture ?
La question centrale de la vidéo est directement formulée : pourquoi est-il nécessaire de parler d’agroécologie pendant la semaine de l’agriculture ?
La réponse donnée est que les grands enjeux agricoles contemporains imposent de mettre l’agroécologie au centre.
Pour Anne Trombini, régénérer les sols revient en même temps à :
- régénérer les écosystèmes vivants ;
- relever le défi de la souveraineté alimentaire ;
- répondre au défi du changement climatique.
Elle explique que le changement climatique accélère déjà les phénomènes d’érosion et de désertification. Dans le même temps, l’agriculture agroécologique constitue aussi une solution, puisqu’elle permet de réduire les effets du changement climatique en stockant du carbone dans les sols.
L’agroécologie n’est donc pas présentée comme une « troisième voie » ou comme un label de plus, mais comme une nécessité absolue si l’on veut continuer à produire demain et à vivre sereinement sur cette planète.
Une transition qui suscite des résistances
Les intervenants reconnaissent que le mouvement a suscité des polémiques, en particulier à sa création.
Arnaud Daguin estime qu’il existe toujours une part de polémique entretenue pour elle-même, par des personnes dont le « fonds de commerce » consiste à s’opposer. Mais il pense que le vrai point de friction ne se situe pas sur le fond.
Selon lui, personne ne peut sérieusement nier aujourd’hui la nécessité d’une agriculture qui :
- stocke du carbone ;
- refasse des sols ;
- favorise l’infiltration et le stockage de l’eau ;
- produise de la biodiversité ;
- fournisse une alimentation de qualité ;
- permette aussi aux producteurs de vivre dignement et même heureusement.
Le véritable problème porte plutôt sur la manière d’y aller, et surtout sur la difficulté à faire évoluer un ancien modèle qui a généré beaucoup de revenus, de pouvoir, d’autorité et d’habitudes.
Il résume cette résistance par une formule : la phrase la plus dangereuse du monde est « on a toujours fait comme ça ».
Expliquer, acculturer, réconcilier
Anne Trombini complète cette analyse en expliquant qu’une grande partie du travail du mouvement consiste à expliquer et à « acculturer » l’ensemble des acteurs.
L’agriculture et l’agroalimentaire sont décrits comme des univers extrêmement fragmentés. Dans un tel contexte, un discours de réconciliation peut être perçu avec méfiance, voire comme une « arnaque », simplement parce qu’il est plus facile d’opposer les uns aux autres que de valoriser ce qui fonctionne chez chacun.
Le pari du mouvement est justement inverse : faire travailler ensemble les acteurs, valoriser ce qui est positif dans chaque système, et permettre l’apprentissage mutuel.
Le mouvement n’est pas un label
Une question importante de l’échange porte sur la nature de Pour une agriculture du vivant et sur le statut éventuel de l’agroécologie comme label.
Anne Trombini répond clairement : l’agroécologie n’est pas un label.
Elle rappelle qu’un label sert à rassurer le consommateur en lui apportant certaines garanties de qualité ou certaines allégations. Mais réduire l’agroécologie à un label serait, selon elle, extrêmement réducteur.
L’agroécologie renvoie à une trajectoire, à une démarche de progrès qui permet à chaque agriculteur d’améliorer son système et de trouver un équilibre entre production, protection de l’environnement, biodiversité, carbone, chimie et santé des sols.
Le choix du mouvement a donc été de ne pas créer un « label agroécologique », mais de développer des outils capables de mesurer les résultats de la transition afin d’accompagner concrètement les agriculteurs.
Une démarche qui s’adresse à tous les types d’agriculture
Pour illustrer cette volonté de ne pas enfermer l’agroécologie dans un label ou dans un camp, Anne Trombini donne des chiffres issus du mouvement :
- environ 49 % des agriculteurs adhérents sont en agriculture biologique ;
- environ 30 % sont en conventionnel sans label ;
- environ 17 % sont labellisés HVE ;
- le reste relève d’autres labels ou démarches.
Le message est clair : l’agroécologie intéresse tous les agriculteurs, quels que soient leurs cadres de production. Ce qui les intéresse avant tout, ce n’est pas un label supplémentaire, mais l’amélioration réelle de leur système.
La question du label vue par Arnaud Daguin
Arnaud Daguin dit se méfier d’une approche purement fondée sur les labels, même s’il reconnaît qu’ils ont pu être utiles dans de nombreux secteurs.
Il explique qu’en tant que cuisinier, il préférait souvent connaître le prénom du berger ou du fromager qui produisait ce qu’il achetait plutôt que se fier uniquement aux labels affichés sur une camionnette. Il appelle de ses vœux un futur où il serait possible de connaître toute l’histoire d’un produit, depuis le sol jusqu’à ce qu’il produit dans l’organisme humain.
Il évoque l’idée d’une grande plateforme numérique universelle, éventuellement fondée sur des technologies de traçabilité, qui permettrait de savoir d’un aliment qu’il a stocké du carbone, filtré de l’eau, favorisé la biodiversité et été cultivé par quelqu’un qui vit dignement de son métier.
Être adhérent à Pour une agriculture du vivant
L’adhésion au mouvement ne se résume pas à l’accès à des services. Pour Anne Trombini, être adhérent signifie d’abord s’engager.
Il s’agit :
- d’adhérer à une vision fondée sur la régénération et la réconciliation ;
- de s’engager à mettre ces principes en œuvre dans sa propre structure ;
- d’accepter que chaque maillon de la filière prenne sa part de responsabilité.
Elle insiste sur cette logique de responsabilité partagée. Dans la transition agroécologique, on ne peut pas demander seulement aux agriculteurs de changer leurs pratiques si, en aval, les autres acteurs conservent des exigences incompatibles avec ces changements.
Elle donne l’exemple de l’arboriculture : si les acheteurs ne modifient pas leurs critères de choix des variétés, il sera beaucoup plus difficile pour les agriculteurs de réduire l’usage des produits phytosanitaires.
Une association financée par les entreprises, avec adhésion gratuite pour les agriculteurs
Un point important est précisé pendant l’échange : l’adhésion des agriculteurs à Pour une agriculture du vivant est gratuite.
Le financement de l’association repose notamment sur les entreprises membres, qui cotisent pour soutenir le fonctionnement du mouvement et le développement des outils. Cela correspond à la logique de départ : faire contribuer davantage les acteurs qui disposent des marges les plus importantes.
Une gouvernance équilibrée
La gouvernance de l’association a été pensée pour éviter qu’un seul type d’acteurs prenne le pouvoir.
Anne Trombini explique que le conseil d’administration est organisé autour de trois collèges :
- l’amont ;
- l’aval ;
- les partenaires de la transition.
Ces trois collèges ont le même poids dans les votes et les décisions, aussi bien au conseil d’administration qu’en assemblée générale.
Elle précise aussi que les membres du mouvement se répartissent de manière à peu près équilibrée entre ces différents groupes, ce qui montre que le sujet intéresse de façon transversale tous les maillons des filières.
Les outils open source au service de la transition
L’un des grands temps forts de la vidéo est l’annonce de nouveaux outils rendus disponibles en open source.
Pour les intervenants, ces outils sont essentiels parce que l’agroécologie ne peut pas reposer uniquement sur des intentions. Elle doit s’appuyer sur des résultats mesurables.
Arnaud Daguin souligne l’importance du mot « régénération ». Il ne doit pas s’appliquer seulement aux sols, mais aussi :
- au contenu des produits ;
- à la vie de ceux qui les produisent ;
- à l’économie des filières.
L’idée d’un indice de régénération est ainsi née de la volonté de pouvoir évaluer, à un instant donné, le niveau de régénération d’un système.
L’indice de régénération
Anne Trombini présente cet indice comme l’aboutissement de trois années de travail.
Il s’agit d’un indicateur public, disponible sur la plateforme digitale de l’agroécologie. C’est une note de 0 à 100 qui permet de positionner une ferme ou un système de production sur une échelle de régénération.
Cet outil a été conçu :
- avec des agriculteurs ;
- avec des techniciens ;
- avec le comité scientifique européen du mouvement, spécialiste des questions agronomiques.
L’objectif n’est pas de regarder seulement les pratiques mises en place, mais bien les résultats obtenus.
Ce que mesure l’indice
L’indice de régénération cherche à évaluer le système dans son ensemble. Il ne se limite pas à un seul critère.
Il prend notamment en compte :
- la santé du sol ;
- l’activité de l’écosystème ;
- les entrées de carbone et d’azote ;
- la réduction des phytosanitaires ;
- la couverture du sol ;
- le non-travail ou la réduction du travail du sol ;
- les systèmes de culture ;
- l’agroforesterie.
L’idée est d’obtenir une vision globale de la régénération d’un système agricole et de pouvoir ensuite construire, avec un technicien, un plan de progrès.
Un outil à la fois simple et ambitieux
Anne Trombini insiste sur le fait que l’outil se veut simple, mais pas simpliste.
Il peut être utilisé de plusieurs manières :
- comme outil agronomique d’accompagnement des agriculteurs ;
- comme outil de dialogue au sein des filières ;
- comme langage commun entre acteurs confrontés à des sujets complexes.
Il peut aussi être mobilisé par des entreprises de secteurs variés achetant des matières premières agricoles, y compris hors agroalimentaire, par exemple dans la cosmétique ou l’immobilier.
La plateforme digitale de l’agroécologie
La vidéo annonce également le lancement d’une plateforme digitale de l’agroécologie.
Selon Anne Trombini, cette plateforme donne accès à plusieurs ressources :
- l’indice de régénération pour les productions végétales ;
- une cartographie des acteurs techniques compétents pour accompagner les agriculteurs ;
- un catalogue des formations en agroécologie disponibles en France.
L’objectif est de fournir une véritable boîte à outils ouverte, destinée à s’enrichir progressivement et à faciliter l’appropriation de l’agroécologie par le plus grand nombre.
Il est précisé que l’indice est pour l’instant disponible pour les productions végétales, et qu’une version concernant l’élevage est prévue pour la fin de l’année.
Des outils construits d’abord pour les agriculteurs
À la question de savoir pour qui ces outils sont conçus, Anne Trombini répond qu’ils l’ont été en priorité pour les agriculteurs, et avec eux.
L’outil repose sur des données de terrain. Il peut être utilisé en simulation rapide en une quinzaine de minutes, ou de manière plus approfondie dans le cadre d’un diagnostic complet pouvant prendre jusqu’à deux heures.
Les techniciens sont également des utilisateurs essentiels de ces outils. Le mouvement met en avant une communauté de « techniciens du vivant », formés ou compétents sur les sujets agronomiques, et capables d’accompagner les fermes dans leurs trajectoires de progrès.
Un mouvement, pas une structure classique de conseil agricole
Anne Trombini précise que Pour une agriculture du vivant n’est pas en soi une structure de développement agricole au sens classique.
Le mouvement rassemble plutôt de nombreux acteurs qui, eux, font déjà de l’accompagnement agricole : chambres d’agriculture, coopératives, négoces, structures privées, organismes de développement, etc.
La logique du mouvement est de partir des filières, des acteurs motivés, puis de développer avec eux des outils ouverts, afin qu’ils puissent être saisis et diffusés largement.
Le travail avec les chambres d’agriculture et autres acteurs
À la question de savoir si le mouvement travaille avec les chambres d’agriculture, la réponse est oui, mais pas exclusivement.
Arnaud Daguin insiste sur le fait qu’il n’y a pas de filtre : le mouvement est ouvert à tous les mondes agricoles. Il peut travailler avec des chambres d’agriculture, des syndicats, des jeunes agriculteurs, des structures privées, des coopératives, selon les cas et selon les volontés locales.
Le but n’est pas de réserver les outils à quelques-uns, mais de faire avancer l’ensemble du monde agricole.
La question des terres louées et de la production industrielle
Une question est posée sur le fait qu’une grande partie de la production dite industrielle se fait sur des terres louées, ce qui peut compliquer la préservation des sols.
Anne Trombini indique que cette question a bien été prise en compte lors de la construction de l’indice. Dans une logique agronomique, le périmètre d’évaluation peut être adapté. Mais dans une démarche de filière, l’objectif est d’intégrer aussi les terres en location afin de faire émerger des discussions et de susciter une prise de conscience collective.
L’idée reste que l’outil est conçu comme un support de dialogue permettant de faire évoluer les pratiques.
Les collectivités locales et les politiques publiques
Une autre question porte sur le lien avec les collectivités locales, les programmes alimentaires territoriaux, la restauration scolaire ou les marchés alimentaires.
Anne Trombini répond que le mouvement n’est pas encore pleinement engagé dans tous ces dispositifs, mais qu’il existe déjà des contacts, notamment parce que l’indice de régénération intéresse des collectivités.
Elle estime que cet outil pourrait être utilisé dans les politiques publiques, notamment pour accompagner des paiements pour services écosystémiques ou pour soutenir les changements de pratiques dans le cadre plus large des politiques agricoles.
L’objectif est de créer des synergies entre démarches privées de filière et leviers publics.
Les organismes de formation
La question de la formation est également abordée.
Anne Trombini cite notamment Vers de terre production, présent dès l’origine du mouvement parmi les structures fondatrices. Elle indique aussi que la plateforme digitale recense les formations existantes en agroécologie afin de rendre l’offre plus visible et plus accessible.
L’un des enjeux est de faire le lien entre la formation, la mise en pratique sur le terrain et les débouchés dans les filières. L’indice de régénération peut également servir d’outil d’évaluation dans les parcours de formation.
Le risque de récupération par le « grand capital »
Une intervenante fait part d’une crainte : que l’agroécologie soit récupérée par le grand capital alors qu’elle est aussi un mouvement social fort.
Arnaud Daguin répond que l’agroécologie se protège en partie elle-même parce qu’elle parle de résultats. Elle ne repose pas sur l’appartenance à une chapelle ou à un camp, mais sur la capacité à démontrer des effets réels.
Il reconnaît que le monde agroalimentaire poursuit souvent avant tout des objectifs financiers, mais il estime qu’à partir du moment où l’on entre dans une logique de résultats mesurés, il devient plus difficile de se contenter d’allégations ou de déclarations d’intention.
Anne Trombini ajoute deux éléments :
- il est essentiel de donner une définition claire de l’agroécologie ;
- il faut encadrer les allégations des membres du mouvement.
Elle explique que des engagements sont demandés aux membres et que des contrôles sont mis en place afin de vérifier que l’usage du terme « agroécologie » repose bien sur une réalité de terrain.
Le lien entre agroécologie et santé
En fin d’échange, Arnaud Daguin évoque aussi l’idée de « santé unique ». Sans développer longuement ce concept, il souligne que la santé des sols, des plantes, des animaux et des humains est liée.
L’agroécologie est ainsi présentée non seulement comme une question de technique agricole, mais aussi comme une question de santé globale.
Une dynamique appelée à se diffuser
Pour conclure, Arnaud Daguin formule un souhait : qu’il n’y ait bientôt plus besoin de mille associations comme celle-ci, parce que l’agroécologie serait devenue un standard mondial.
Anne Trombini exprime de son côté l’espoir que les outils concrets développés par le mouvement soient largement utilisés et qu’ils génèrent sur le terrain des rencontres, des échanges et des transformations réelles.
Elle rappelle enfin que cet événement n’est qu’un début. La semaine d’échanges doit se poursuivre avec d’autres témoignages, puis avec des journées dans les champs en juin, et avec des initiatives à l’échelle européenne autour des sols et de l’agroécologie.
Suite du programme annoncée dans la vidéo
En conclusion, Ariane Warlin annonce la suite des événements :
- des ateliers de présentation de l’indice de régénération ;
- un débat autour de la réalité de l’agroécologie dans les champs ;
- des interventions de scientifiques, de techniciens et d’agriculteurs.
L’ensemble s’inscrit dans une démarche de diffusion, de pédagogie et d’accélération de la transition agroécologique.