Présentation du Château Guiraud, par Xavier Planty

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Au Château Guiraud, Xavier Planty présente la démarche agroécologique engagée depuis 1996 sur 115 hectares de vigne d’un seul tenant. À son arrivée, les sols étaient entièrement désherbés, tassés et appauvris. Le domaine a alors repensé globalement son fonctionnement en s’appuyant sur les ressources naturelles : soleil, carbone, azote de l’air, vie des sols et biodiversité. Des haies et corridors écologiques inspirés des principes de Miguel Altieri ont été plantés, des points d’eau recréés, et la tonte fortement réduite pour favoriser la flore spontanée. Résultat : la diversité végétale est passée d’environ 17 à plus de 50 espèces, avec une forte progression de la faune auxiliaire. Un inventaire a identifié plus de 600 morpho-espèces d’arthropodes. Cette dynamique a permis de supprimer presque totalement les insecticides, tout en maintenant les rendements. Pour Xavier Planty, la santé des sols est la base de toute viticulture durable.

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Résumé
Au Château Guiraud, Xavier Planty présente la démarche agroécologique engagée depuis 1996 sur 115 hectares de vigne d’un seul tenant. À son arrivée, les sols étaient entièrement désherbés, tassés et appauvris. Le domaine a alors repensé globalement son fonctionnement en s’appuyant sur les ressources naturelles : soleil, carbone, azote de l’air, vie des sols et biodiversité. Des haies et corridors écologiques inspirés des principes de Miguel Altieri ont été plantés, des points d’eau recréés, et la tonte fortement réduite pour favoriser la flore spontanée. Résultat : la diversité végétale est passée d’environ 17 à plus de 50 espèces, avec une forte progression de la faune auxiliaire. Un inventaire a identifié plus de 600 morpho-espèces d’arthropodes. Cette dynamique a permis de supprimer presque totalement les insecticides, tout en maintenant les rendements. Pour Xavier Planty, la santé des sols est la base de toute viticulture durable.

Aujourd'hui, on part à Sauternes, chez la famille Planty, pour une journée technique sur la vigne en sol vivant ! On démarre avec Xavier Planty qui nous présente le Château Guiraud.


Accueil et introduction

La journée s’ouvre par un mot d’accueil adressé aux participants, venus nombreux. L’intervenant remercie Xavier Planty, sa famille ainsi que toute l’équipe qui accueille le public à Château Guiraud, dans une « magnifique salle ». Il annonce une journée consacrée à des thèmes comme l’agroécologie, l’agroforesterie, les couverts végétaux, la biodiversité, la productivité, l’avenir et la prospective.

La parole est ensuite donnée à l’hôte, Xavier Planty, pour une présentation de Château Guiraud.

Présentation de Château Guiraud

Xavier Planty explique que Château Guiraud compte quatre propriétaires, partageant une même philosophie autour de la vie des sols et du travail engagé sur le domaine depuis de nombreuses années.

Il précise que Château Guiraud représente 115 hectares de vignes d’un seul tenant. Lorsqu’il est arrivé sur la propriété, il a trouvé un vignoble entièrement désherbé. Il demande au public d’imaginer 115 hectares de vignes « à 100 % désherbés », avec des sols comparables à celui de la pièce dans laquelle se tient la conférence, c’est-à-dire des sols nus, fermés et très dégradés.

Il ajoute que certaines vignes étaient restées chaussées pendant sept ans, parce que l’ancien régisseur considérait qu’il fallait marquer les passages pour que les ouvriers et les tracteurs ne se trompent pas dans les rangs. C’est à partir de cette situation initiale qu’est née la réflexion technique menée à Château Guiraud.

Une réflexion globale sur le système viticole

Xavier Planty explique que leur démarche est partie d’une réflexion globale sur le fonctionnement de l’exploitation. Selon lui, l’agronomie des sols était alors encore peu connue ou difficile à appréhender, ce qui les a conduits à chercher les grands leviers disponibles dans les systèmes agricoles et viticoles.

Il cite plusieurs ressources fondamentales :

  • le soleil et l’énergie, souvent gaspillés ;
  • le gaz carbonique, abondant dans l’atmosphère et constituant une ressource précieuse ;
  • l’azote, qui représente 70 % de l’air, alors même que l’agriculture continue d’acheter des engrais azotés.

Cette réflexion les a amenés à observer l’ensemble de la propriété et à se demander ce qu’il fallait faire pour améliorer le paysage et réorganiser le domaine de manière cohérente.

Réorganisation du paysage et plantation de haies

Le domaine a entrepris une importante replantation de haies. Xavier Planty indique que ces haies ont été plantées en s’appuyant sur les principes de Miguel Altieri, chercheur de l’Oregon, qui avait théorisé dès les années 1970 l’intérêt de ces aménagements.

Il souligne le contraste entre cette approche, consistant à mettre en place des infrastructures écologiques, et la tendance française à arracher massivement les haies.

Les haies mises en place à Château Guiraud sont composées d’espèces adaptées aux conditions pédoclimatiques locales. Elles sont organisées en blocs avec différentes fonctions :

  • certains blocs servent d’abri pour les insectes ;
  • d’autres fournissent de la nourriture ;
  • certaines espèces assurent à la fois refuge et alimentation.

Xavier Planty cite notamment le laurier-tin, espèce persistante, qui joue à la fois un rôle d’abri et de ressource pour les insectes. L’ensemble de ces plantations représente plusieurs kilomètres sur le domaine, probablement une dizaine selon lui.

Gestion de l’herbe et des espaces non cultivés

L’organisation du paysage passe aussi par une nouvelle réflexion sur l’entretien des espaces enherbés. Xavier Planty explique qu’à Château Guiraud, l’herbe n’est plus fauchée de manière intensive : elle n’est fauchée qu’une fois par an.

Il évoque l’allée des platanes, le parc et les allées de vignes, que certains visiteurs jugent « dégueulasses » au premier regard. Mais une fois la démarche expliquée, ils comprennent que cet aspect moins « propre » selon les standards habituels correspond en réalité à une gestion écologique favorisant la vie.

Cette évolution a provoqué une explosion botanique, mais aussi une explosion faunistique, qu’il qualifie d’« absolument incroyable ». Ces milieux jouent un rôle de relais entre la vigne et les autres éléments du domaine.

L’allée des platanes, longue de 800 mètres, est présentée comme un axe majeur dans cette structuration écologique.

Création de points d’eau

Dans le même esprit, Château Guiraud a recréé des points d’eau de manière systématique :

  • autour de la source ;
  • aux endroits présentant des ruptures de talweg ;
  • dans les passages de pente jugés importants.

L’objectif est toujours le même : améliorer la biodiversité à l’échelle du domaine. Ces points d’eau ne servent pas seulement aux insectes, mais à toutes sortes d’organismes : espèces volantes, rampantes, nageuses, et plus largement toute la petite faune qui participe au fonctionnement écologique des lieux.

Inventaire des arthropodes et circulation entre les milieux

Un inventaire des arthropodes a été réalisé sur la propriété par une jeune chercheuse qui a passé quatre mois à piéger les insectes à Château Guiraud.

Cet inventaire a permis d’identifier 635 morpho-espèces. Xavier Planty insiste aussi sur l’observation des déplacements entre les milieux : 435 espèces ont été vues passant des haies ou des zones annexes vers la vigne.

Parmi ces 435 espèces, une quinzaine sont considérées par les spécialistes comme carnivores. Même si on ne les a pas encore directement observées en train de consommer les ravageurs de la vigne, comme le ver de la grappe, il estime qu’il y a là un potentiel important en matière de régulation biologique.

Il en tire un constat concret : à Château Guiraud, les insecticides ont été supprimés, sauf dans quelques situations de lutte obligatoire au cours des sept ou huit dernières années. Cela représente aussi une économie significative.

Le rôle central des sols

Xavier Planty rappelle que tout ce travail repose sur une réflexion fondamentale autour des sols et de leur vie. Il insiste sur le fait que les sols sont « pleins de bestioles » et qu’ils constituent le support de tout le reste.

Selon lui, si les sols ne sont pas pris en considération dans les réflexions agricoles, la conséquence est la catastrophe : les sols s’effondrent. Il décrit ce phénomène comme une perte de porosité sous l’effet de la gravité, les éléments s’accumulant les uns sur les autres jusqu’à conduire à des structures dures, proches de la roche.

Il souligne également que les sols de Château Guiraud sont loin d’être homogènes. Une carte pédologique du domaine montre au contraire une grande complexité. Cette hétérogénéité rend difficile un raisonnement parcellaire trop fin, à l’échelle de micro-zones très précises. C’est pourquoi l’équipe a privilégié une approche plus globale.

Réduction du travail du sol et réensemencement biologique

Dans cette logique, le travail du sol a été diminué. Xavier Planty indique que les labours ont été fortement réduits. L’idée était de « réensemencer » biologiquement les sols et de permettre à une flore diversifiée de se réinstaller.

Il estime que cela fonctionne, comme en témoigne l’explosion de la diversité botanique observée sur le domaine.

Explosion de la diversité botanique

La diversité végétale recensée est passée de 17 espèces à 53 espèces répertoriées, avec des densités importantes. Xavier Planty mentionne aussi, à un autre moment, un chiffre de 67 espèces végétales déterminées, tout en précisant que certaines observations restent encore à valider.

Cette évolution montre selon lui que le système se reconstruit progressivement.

Il note cependant qu’un couvert végétal n’est jamais acquis définitivement. Il reste très fragile : deux ou trois passages de binage trop intempestifs peuvent suffire à faire basculer l’équilibre et à obliger à recommencer à zéro.

Observations sur les couverts végétaux naturels

Pour illustrer cette dynamique, Xavier Planty évoque des observations faites sur son vignoble personnel. Il y a vu apparaître pendant deux ou trois ans un couvert naturel de trèfle, avant qu’il ne disparaisse presque totalement au profit d’autres plantes, comme les véroniques ou les mourons.

Ces évolutions lui montrent que le système du sol se met progressivement en place, avec des successions végétales qui traduisent une reconstruction biologique.

Les vers de terre comme indicateur

Xavier Planty insiste particulièrement sur l’importance des vers de terre. Lorsqu’on observe une forte densité de turricules, cela signifie selon lui que l’on va dans la bonne direction.

Il est très clair sur ce point : sans vers de terre, on est « mort ». Le jour où les vers de terre disparaissent des régions viticoles, cela signifiera qu’il existe un problème extrêmement grave.

Évolution de l’usage du cuivre

Sur la question du cuivre, Xavier Planty indique que les pratiques mises en place ont conduit à une diminution des doses utilisées, avec une tendance générale à la baisse.

Il signale cependant une exception en 2018, année marquée par un violent orage de grêle à Château Guiraud. Le domaine a alors perdu une très grande partie de sa récolte, et la protection du vignoble est devenue particulièrement délicate, ce qui a entraîné des dépenses supplémentaires.

Rendements et résultats agronomiques

Xavier Planty affirme qu’il n’a pas observé de baisse de rendement liée à la démarche agroécologique, sauf éventuellement dans les toutes premières années de transition. Il présente cela comme une constante de l’agriculture biologique et des systèmes agroécologiques : après une phase initiale parfois délicate, les rendements se stabilisent.

En se penchant sur les archives et les analyses, l’équipe constate également :

  • une hausse de la [[matière organique]] dans certaines zones, sans apport extérieur ;
  • une remontée progressive du pH.

Il précise que ces résultats sont récents et que rien n’est définitivement gagné, mais il considère qu’ils sont encourageants.

Une démarche encore en construction

En conclusion, Xavier Planty présente l’expérience de Château Guiraud comme un travail en cours, fondé sur de multiples observations et sur une approche globale du domaine.

Il souligne que d’autres spécialistes présents lors de cette journée disposent d’une expérience plus large encore, notamment sur les sols, les mycorhizes et les couverts végétaux.

Il termine en disant combien l’équipe est heureuse d’accueillir cette rencontre à Château Guiraud, avec l’espoir que les propositions faites au cours de la journée seront intéressantes et séduiront les participants.