Prévention, santé, Covid 19 et agroécologie - Pierre Weill

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Dans cette intervention, Pierre Weill relie prévention, santé, Covid-19 et agroécologie à travers l’idée de “santé unique” : des sols vivants nourrissent des plantes, des animaux et des humains en meilleure santé. Il rappelle que, durant la pandémie, l’attention s’est surtout portée sur les vaccins et les traitements, en oubliant largement le rôle du terrain nutritionnel et de l’inflammation. S’appuyant sur des travaux scientifiques, il souligne l’importance des oméga-3, de la vitamine D, du microbiote et d’une alimentation diversifiée pour soutenir l’immunité et limiter les formes graves. Son point central : la qualité nutritionnelle des aliments dépend fortement des modes de production agricole. L’herbe, la diversité végétale, l’accès au plein air ou la richesse des sols influencent directement le lait, les œufs, la viande ou les légumes. Pour Pierre Weill, la prévention santé commence donc dans les champs, au cœur des pratiques agroécologiques.

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Résumé
Dans cette intervention, Pierre Weill relie prévention, santé, Covid-19 et agroécologie à travers l’idée de “santé unique” : des sols vivants nourrissent des plantes, des animaux et des humains en meilleure santé. Il rappelle que, durant la pandémie, l’attention s’est surtout portée sur les vaccins et les traitements, en oubliant largement le rôle du terrain nutritionnel et de l’inflammation. S’appuyant sur des travaux scientifiques, il souligne l’importance des oméga-3, de la vitamine D, du microbiote et d’une alimentation diversifiée pour soutenir l’immunité et limiter les formes graves. Son point central : la qualité nutritionnelle des aliments dépend fortement des modes de production agricole. L’herbe, la diversité végétale, l’accès au plein air ou la richesse des sols influencent directement le lait, les œufs, la viande ou les légumes. Pour Pierre Weill, la prévention santé commence donc dans les champs, au cœur des pratiques agroécologiques.

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Vous retrouverez dans cette vidéo une explication des racines et des microbes dans la gestion de l'eau, par Marc-André Selosse, intervenant lors du festival !




Introduction

Pierre Weill est invité pour intervenir sur un sujet volontairement large, présenté comme un « grand écart » : prévention, santé, Covid-19 et agroécologie. Son propos vise à montrer que cet écart peut être réduit, à condition de relier de façon rigoureuse et scientifique la santé des sols, des plantes, des animaux et des humains.

Il s’inscrit dans la logique de la santé unique : des sols sains et vivants nourrissent correctement les plantes, les animaux et les humains ; des plantes et des animaux en bonne santé contribuent à la bonne santé humaine. Pierre Weill souligne toutefois qu’une telle idée, aussi séduisante soit-elle, ne peut pas rester un simple slogan. Elle doit reposer sur des bases scientifiques solides.

À travers l’exemple de la pandémie de Covid-19, il cherche à illustrer comment la prévention par l’alimentation peut être pensée depuis les champs jusqu’aux cellules humaines.

Le Covid-19, une crise où la nutrition est restée dans l’angle mort

Pierre Weill rappelle l’ampleur de la pandémie : des millions de morts, des centaines de millions de cas, et une mobilisation mondiale autour des gestes barrières, des médicaments et des vaccins.

Selon lui, un point essentiel a pourtant été très peu abordé dans le débat public : la nutrition. On a beaucoup parlé du virus, des traitements et de la vaccination, mais très peu du terrain, c’est-à-dire de l’état physiologique et nutritionnel des personnes exposées.

Il insiste sur le fait qu’en agronomie et en élevage, la notion de prévention est familière. Les éleveurs disent volontiers qu’ils « nourrissent pour soigner » ou qu’ils soignent en nourrissant correctement. En médecine aussi, cette notion existe. Mais dans la crise Covid, cette dimension du terrain a été largement laissée de côté.

Inflammation, immunité et terrain

Au début de la pandémie, les formes graves de Covid-19 ont été décrites par des termes comme :

  • orage cytokinique
  • syndrome de détresse respiratoire aiguë
  • inflammation excessive

Pierre Weill rappelle que l’inflammation est normalement un mécanisme de défense indispensable. Elle permet à l’organisme de réagir face à un pathogène, qu’il s’agisse d’un virus, d’une bactérie ou d’un champignon. Le problème, dans certaines formes graves de Covid-19, est que cette réponse inflammatoire devient excessive et finit par aggraver la situation.

Il note que, paradoxalement, alors que cette composante inflammatoire était au cœur des formes sévères, la dimension nutritionnelle de cette inflammation est restée peu discutée dans l’espace public.

Une abondante littérature scientifique sur nutrition et Covid-19

Pierre Weill rappelle que, dans la littérature scientifique, le lien entre nutrition et Covid-19 a pourtant été très étudié. Il mentionne des milliers d’articles référencés dans PubMed sur cette question.

Il cite en particulier le professeur Philip Calder, spécialiste du lien entre immunité, inflammation et nutrition, qui a publié très tôt sur le sujet. Selon cette approche, le système immunitaire ne peut pas fonctionner correctement sans être nourri convenablement. Son activation nécessite :

  • de l’énergie ;
  • des acides aminés ;
  • des vitamines ;
  • des oligoéléments ;
  • des acides gras ;
  • et un microbiote intestinal fonctionnel.

L’idée centrale est simple : pour que l’immunité fonctionne bien, il faut lui fournir les substrats nécessaires. Ces substrats sont d’origine alimentaire.

Le virus est fort quand on est faible

Pierre Weill insiste sur le fait que les victimes du Covid-19 grave sont souvent soit :

  • des personnes âgées, chez qui le système immunitaire devient moins performant ;
  • des personnes souffrant de comorbidités, souvent liées à des maladies chroniques ou inflammatoires.

Il reformule cela de manière très simple : le virus est fort quand on est faible. Plus le terrain est dégradé, plus le risque de mauvaise gestion de l’inflammation et de l’immunité augmente.

Il relie cette idée à une formule célèbre, attribuée selon les versions à Béchamp, Claude Bernard ou même Pasteur : « Le microbe n’est rien, le terrain est tout. »

Pour lui, cette crise a montré à quel point cette question du terrain restait pertinente, même si elle a été peu mise en avant dans le débat public.

L’hypothèse des oméga-3 dans la régulation de l’inflammation

Pierre Weill présente ensuite une hypothèse scientifique qu’il a publiée avec des collègues de l’Inserm, de l’Inrae et du CHU de Rennes : les oméga-3 pourraient contribuer à limiter les complications inflammatoires du Covid-19.

L’idée repose sur un mécanisme biologique connu :

  • le virus pénètre dans les cellules, notamment pulmonaires ;
  • les membranes cellulaires sont constituées de lipides, dont des oméga-6 et des oméga-3 ;
  • les oméga-6 participent à la production de médiateurs pro-inflammatoires ;
  • les oméga-3 participent au contraire à la résolution de l’inflammation.

Autrement dit :

  • les oméga-6 sont nécessaires pour déclencher la réponse inflammatoire ;
  • les oméga-3 sont nécessaires pour lui dire de s’arrêter au bon moment.

L’enjeu n’est donc pas d’opposer les deux, mais de maintenir un bon équilibre entre oméga-6 et oméga-3. Si les oméga-6 dominent trop fortement, le risque d’emballement inflammatoire augmente.

Des observations épidémiologiques convergentes

Pierre Weill évoque plusieurs types d’indices allant dans le même sens :

  • des comparaisons entre pays montrant que ceux dont les populations consomment davantage de poissons sauvages et présentent des taux plus élevés d’oméga-3 dans les membranes ont souvent eu moins de morts par million d’habitants ;
  • des travaux épidémiologiques plus rigoureux confirmant une association entre statut en oméga-3 et moindre gravité ;
  • une étude britannique sur plus de 400 000 personnes montrant des effets modestes mais réels de certains compléments, notamment les oméga-3, la vitamine D et les probiotiques, sur le risque d’être positif au Covid-19 ;
  • des observations hospitalières, notamment aux États-Unis, où les patients arrivant avec un meilleur statut en oméga-3 présentaient une mortalité plus faible ;
  • des méta-analyses sur l’usage d’huiles de poisson dans la nutrition des patients atteints de syndrome de détresse respiratoire aiguë, montrant une baisse de mortalité.

Pierre Weill reste prudent sur l’interprétation, mais estime que les éléments scientifiques sont désormais suffisants pour poser sérieusement la question de la nutrition dans la prévention santé.

Vers l’idée d’une alimentation barrière

À partir de ces constats, il pose la question d’une alimentation barrière. Il ne s’agit pas de prétendre qu’un aliment empêcherait à lui seul une infection, mais de reconnaître qu’une alimentation adaptée peut soutenir le système immunitaire, limiter certains déséquilibres inflammatoires et renforcer le terrain.

Les nutriments mis en avant dans ce cadre sont notamment :

  • les oméga-3 ;
  • la vitamine D ;
  • certains polyphénols ;
  • d’autres micronutriments ;
  • les probiotiques, via leur effet sur le microbiote.

Mais l’important, selon lui, est que ces nutriments ne sont pas distribués de manière uniforme dans les aliments : leur présence dépend fortement des modes de production.

Le lien avec les champs, les plantes et l’élevage

C’est ici que Pierre Weill relie directement prévention santé et agroécologie. Selon lui, la composition nutritionnelle de notre alimentation dépend de ce qui pousse dans les champs et de ce que mangent les animaux.

Il rappelle que :

  • les humains ne fabriquent pas eux-mêmes certains acides gras essentiels ;
  • les oméga-3 et oméga-6 sont d’abord produits dans le monde végétal ;
  • les animaux transmettent ensuite, en partie transformés, ces composés à travers le lait, les œufs ou la viande.

Ainsi, l’équilibre lipidique de nos propres cellules dépend indirectement de ce qui a été cultivé et de la manière dont les animaux ont été nourris.

L’exemple du lait et des oméga-3

Pierre Weill donne un exemple précis : la teneur en oméga-3 du lait varie fortement selon l’alimentation de la vache.

Pour une même vache :

  • si elle mange surtout maïs et soja, le lait est très pauvre en oméga-3 ;
  • si sa ration est plus diversifiée, avec par exemple luzerne, foin et graines de lin, la teneur augmente ;
  • si elle pâture de l’herbe au printemps, la teneur peut être bien plus élevée.

Il souligne que cet écart est loin d’être anecdotique. À consommation égale de produits laitiers, l’apport en oméga-3 pour le consommateur peut être très différent.

Selon lui, cela montre clairement que la qualité nutritionnelle des produits animaux dépend de la façon dont les animaux sont nourris.

L’exemple de la vitamine D

Le même raisonnement vaut pour la vitamine D. Pierre Weill rappelle qu’elle est produite sous l’action du soleil à partir d’un précurseur dérivé du cholestérol.

Cela vaut aussi pour les animaux. Une poule ou une vache ayant accès à l’extérieur et au soleil produit davantage de vitamine D qu’un animal élevé sans exposition.

Il en conclut que :

  • tous les œufs n’ont pas la même teneur en vitamine D ;
  • tous les produits animaux n’apportent pas les mêmes quantités de micronutriments ;
  • les conditions d’élevage influencent directement la densité nutritionnelle des aliments.

L’exemple des légumes et des polyphénols

Pierre Weill élargit ensuite le raisonnement aux végétaux. Il cite des travaux américains montrant que, pour une même carotte, les teneurs en antioxydants et en polyphénols peuvent varier fortement selon :

  • la variété ;
  • le sol ;
  • les pratiques culturales ;
  • et d’autres facteurs agronomiques.

Cela signifie que le conseil « mangez des légumes » reste juste, mais demeure incomplet si l’on ne s’intéresse pas à la manière dont ces légumes ont été produits.

Les nutriments animaux et leur dépendance au mode de production

Pierre Weill souligne un point important : plusieurs nutriments dits « barrières » ou utiles au soutien immunitaire sont d’origine animale, notamment :

  • les oméga-3 à longue chaîne ;
  • la vitamine D3.

Mais ces nutriments animaux dépendent eux-mêmes très fortement du mode d’élevage et d’alimentation des animaux.

Autrement dit, il ne suffit pas de dire qu’un aliment est animal ou végétal ; il faut encore se demander comment il a été produit.

Manger de tout, en petites quantités, et avec diversité

S’appuyant à nouveau sur les travaux de Philip Calder, Pierre Weill rappelle qu’une bonne stratégie nutritionnelle de soutien immunitaire ne repose pas sur l’éviction mais sur la diversité.

Le conseil qu’il retient est le suivant : manger de tout, en petites quantités.

À cela, il ajoute le combat de Bleu-Blanc-Cœur : aller plus loin en parlant non seulement de diversité alimentaire, mais aussi de diversité dans la production. Une alimentation diversifiée n’a de sens que si les systèmes agricoles et d’élevage qui la produisent le sont également.

La diversité des prairies, des fourrages, des cultures et des systèmes d’élevage influence directement la qualité micronutritionnelle des aliments.

La prévention commence dans les champs

Pour Pierre Weill, la prévention santé ne commence pas dans l’hôpital, ni même seulement dans l’assiette. Elle commence :

  • dans les champs ;
  • dans les sols ;
  • dans les systèmes de culture ;
  • dans la manière de nourrir les animaux ;
  • dans la qualité globale de la chaîne alimentaire.

Il explique qu’au fil de son parcours, il a progressivement compris que le point de départ se trouvait dans ce qui se passe sous nos pieds, dans les sols. C’est là que se joue une grande partie du lien entre la santé des plantes, des animaux et des humains.

Une approche de type « syndémie »

Pierre Weill rapporte qu’un certain nombre de scientifiques estiment qu’il ne faudrait pas parler seulement de pandémie, mais de syndémie. Cela signifie que le virus interagit avec un terrain déjà fragilisé par diverses pathologies, déséquilibres nutritionnels et inégalités de santé.

Dans cette perspective, il ne suffit pas de se concentrer sur l’agent infectieux : il faut aussi renforcer le terrain des populations.

Cela suppose de penser autrement les politiques de santé publique, en y intégrant davantage :

  • la nutrition ;
  • l’agriculture ;
  • l’élevage ;
  • les conditions d’accès de tous à une alimentation de qualité.

Refuser une alimentation à deux vitesses

Pierre Weill insiste sur un enjeu social majeur. Si la prévention passe par une alimentation de bonne densité nutritionnelle, alors cette alimentation doit être accessible au plus grand nombre.

Il estime que cela plaide contre une alimentation à deux vitesses, où seuls certains auraient accès à des produits de qualité nutritionnelle élevée, issus de systèmes agricoles vertueux, pendant que d’autres seraient relégués vers une alimentation appauvrie.

Pour lui, cette question est à la fois :

Les agriculteurs comme acteurs de santé publique

En conclusion, Pierre Weill pose une question importante : qui sont les véritables acteurs de santé publique ?

Il ne nie pas le rôle des médicaments, des vaccins, de la pharmacie ou de la génétique. Mais il demande si les paysans, les agronomes et les éleveurs ne devraient pas être reconnus eux aussi comme des acteurs de santé publique.

Si l’on prend au sérieux le concept de santé unique, alors il faut considérer que la qualité des sols, des plantes, de l’élevage et de l’alimentation participe directement à la santé collective.

Voir le gorille : sortir de la cécité d’inattention

Pour finir, Pierre Weill utilise la métaphore bien connue de « l’expérience du gorille » : des personnes concentrées sur une tâche ne voient pas un gorille traverser la scène. Cette expérience illustre ce qu’on appelle la cécité d’inattention.

Selon lui, pendant la crise sanitaire, la société s’est tellement focalisée sur l’urgence immédiate — le virus, les traitements, les vaccins — qu’elle a eu du mal à voir le « gorille » : le terrain, la prévention, l’alimentation, l’écologie de la chaîne alimentaire.

Son appel final est donc de sortir de cette cécité d’inattention pour remettre au centre la prévention santé, depuis les sols jusqu’aux cellules humaines.

Points de conclusion

Pierre Weill termine en soulignant plusieurs idées fortes :

  • la place de la nutrition dans la prévention santé est connue et mesurable ;
  • la place des nutriments issus des animaux est également documentée ;
  • le lien entre santé animale et santé humaine est réel ;
  • l’accès de tous à une alimentation de qualité nutritionnelle est un enjeu majeur ;
  • la santé unique doit devenir un concept solide, concret et mesurable.

Son intervention défend ainsi l’idée qu’une politique de prévention digne de ce nom doit articuler médecine, nutrition, agriculture, élevage, écologie et justice sociale.