Prairies temporaires : un atout pour les sols et l'eau en Seine-Maritime
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La Seine Maritime est un département avec des sols à bons potentiels qui permettent des cultures de ventes souvent intensives en travail du sol et en intrants. En conséquence de plus en plus d'agriculteurs rencontrent des difficultés à maintenir les potentiels agronomiques de leur sol, et le département est marqué par de forts enjeux sur la qualité de l'eau.
C'est dans ce contexte que l'introduction de prairies temporaires dans la rotation apparaît comme un levier très intéressant pour améliorer la structure, gérer le salissement et apporter de l'azote au reste de la rotation en diminuant l'apport d'intrants, avec des impacts positifs sur la qualité de l'eau.
Dans cette vidéo nous allons à la rencontre de deux agriculteurs de Seine Maritime qui utilisent des prairies temporaires dans la rotation.
Cette vidéo est financée par le projet Massification de l'agroécologie, financé par l'UE et la région Normandie, en partenariat avec le CIVAM.
Chapitres
00:00:00 Introduction par Olivier de Carville
00:01:05 Première partie Rencontre avec Victor Leforestier, agriculteur à Sainte-Colombe
00:01:27 Historique de la ferme
00:06:55 Les motivations Pourquoi un tel engagement ?
00:12:39 Topographie et rotations culturales Description et avantages
00:16:16 Effets positifs des prairies temporaires (azote, propreté, etc.)
00:28:46 Un avantage collatéral : le lien avec les voisins
00:31:42 Itinéraire technique
00:31:47 Installation et composition des prairies temporaires
00:34:25 Gestion des clôtures et préparation du pâturage
00:36:07 Impact agronomique Apports en azote et amélioration du sol
00:41:15 Transition vers l’intégration de l’élevage
00:44:25 Organisation et gestion de l’élevage Choix de la race Angus et dimensionnement du troupeau
01:06:06 Deuxième partie avec Baptiste Lemonnier, polyculteur-éleveur laitier
01:06:29 Présentation de l'exploitation et des cultures
01:07:22 Historique de la ferme et évolution de la production
01:10:51 Défis liés à l'autonomie fourragère et gestion de l'herbe
01:14:37 Systèmes d'élevage et impact sur la qualité du lait
01:18:20 Intégration des prairies temporaires et bénéfices agronomiques
01:28:15 Stratégies d'utilisation de l'azote et gestion du trèfle
01:32:30 Innovations techniques et adaptation aux conditions climatiques
01:38:42 Optimisation économique et réflexion sur la durabilité
01:45:50 Perspectives et enseignements tirés de l'expérience
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Prairies temporaires : un atout pour les sols et l’eau en Seine-Maritime
Dans cet article, nous explorons l’intérêt agronomique et économique des prairies temporaires au sein des systèmes de grandes cultures et d’élevage, en nous appuyant sur les témoignages de deux agriculteurs de Seine-Maritime : Victor Leforestier et Baptiste Lemonnier.
Les prairies temporaires sont un levier puissant pour maintenir le potentiel agronomique des sols. En restituant au sol leurs racines et leurs parties aériennes, elles augmentent le taux de [[matière organique]]. Cette accumulation stimule la vie biologique, ce qui améliore durablement la structure du sol et sa porosité. Par ailleurs, la prairie facilite la gestion des adventices et, grâce aux légumineuses, permet une fixation de l’azote atmosphérique, bénéfique aux cultures suivantes sur plusieurs années.
Le témoignage de Victor Leforestier : réintroduire l’élevage en grandes cultures
Installé depuis 2020 à Sainte-Colombe sur 120 hectares, Victor Leforestier cultive principalement du lin, des pommes de terre et des betteraves. Face à des préoccupations sur la fertilité, la compaction et l’érosion de ses sols limoneux battants, il a engagé une transition profonde vers des pratiques plus respectueuses de la vie du sol.
Après une expérience riche à l’étranger (bourse Nuffield), il a compris que la clé ne résidait pas seulement dans l’arrêt du labour, mais dans la réintroduction de l’élevage et des prairies dans son assolement. Bien que son projet de conversion totale à l’agriculture biologique ait été mis en pause pour des raisons économiques, il a conservé les piliers de sa stratégie :
- Réduction des intrants chimiques : Limitation drastique des phytosanitaires pour préserver les micro-organismes du sol.
- Rotation technique : Intégration de prairies temporaires (souvent 1 à 2 ans) avant la culture de pommes de terre pour valoriser le précédent.
- Structure du sol : Observation d’une terre plus “grumeleuse” (effet “couscous”) et d’une meilleure portance après le passage des prairies.
- Élevage Angus : L’introduction d’un petit troupeau de vaches Angus, choisies pour leur rusticité et leur gabarit modéré, permet de valoriser l’herbe sans besoin de bâtiments coûteux, tout en favorisant le lien social avec des éleveurs voisins pour des échanges de fumier et de fourrages.
L’approche de Baptiste Lemonnier : l’herbe au cœur d’un système laitier autonome
Situé à Fontaine-le-Dun, Baptiste Lemonnier gère un système laitier de 90 hectares (dont 40 ha d’herbe) avec une transformation laitière (beurre, crème). Son modèle repose sur une autonomie maximale et une valorisation de l’herbe en toute saison.
- Gestion du pâturage : Grâce à un parcellaire regroupé et des chemins bétonnés, ses vaches normandes pâturent toute l’année. Il pratique le pâturage tournant dynamique, déplaçant le fil quotidiennement pour optimiser la pousse et éviter le piétinement.
- Performance économique : En réduisant la part de maïs au profit de l’herbe et de la luzerne, il a divisé ses frais vétérinaires par cinq et nettement amélioré la longévité de ses vaches.
- Rotation : Il intègre des prairies temporaires de 4 à 5 ans, une durée qu’il juge plus rentable et bénéfique pour le rendement des cultures suivantes (betteraves, lin).
- Biodiversité et climat : Baptiste investit massivement dans la plantation de haies pour l’ombrage, la biodiversité et la réduction de la pression des maladies, anticipant ainsi les aléas du changement climatique.
Conclusion : les points clés pour réussir
Pour ces deux agriculteurs, les prairies temporaires ne sont pas seulement une contrainte, mais un investissement stratégique. Si le passage à un tel système demande de l’apprentissage (clôtures, abreuvement, gestion du pâturage), les bénéfices sont multiples :
- Agronomiques : Amélioration de la structure du sol et bilan humique positif.
- Économiques : Réduction des achats d’engrais et d’aliments, autonomie vis-à-vis des marchés mondiaux.
- Santé animale : Amélioration de la longévité et diminution des frais vétérinaires.
Comme le souligne Baptiste Lemonnier, “le fer aiguise le fer” : pour réussir, il est essentiel de rencontrer des agriculteurs déjà engagés dans ces démarches et de ne pas négliger la qualité du matériel (clôtures, gestion de l’eau), qui constitue la base indispensable d’une bonne conduite des prairies.