Réussir ses couverts en Semis direct - Julien SENEZ

De Triple Performance
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Dans cette intervention, Julien Senez explique que réussir ses couverts en semis direct demande de les piloter comme une véritable culture. L’objectif n’est plus seulement de produire 2 à 3 tonnes de matière sèche, mais d’atteindre 4 à 5 tonnes grâce à une implantation soignée, des mélanges d’espèces cohérents, une fertilisation adaptée et un raisonnement précis selon la durée disponible entre deux cultures. Il distingue ainsi couverts courts, longs et relais. Il insiste sur le choix des espèces selon leur comportement agronomique : féverole, vesce, radis chinois, tournesol, phacélie ou avoine, chacune ayant un rôle complémentaire sur biomasse, restitution d’azote, couverture du sol ou structure. Le semis sous couvert apporte selon lui portance, fertilité, meilleure maîtrise du salissement et plus de régularité d’implantation. Son message central : en semis direct, les couverts bien conçus deviennent un levier majeur de performance agronomique et économique.

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Résumé
Dans cette intervention, Julien Senez explique que réussir ses couverts en semis direct demande de les piloter comme une véritable culture. L’objectif n’est plus seulement de produire 2 à 3 tonnes de matière sèche, mais d’atteindre 4 à 5 tonnes grâce à une implantation soignée, des mélanges d’espèces cohérents, une fertilisation adaptée et un raisonnement précis selon la durée disponible entre deux cultures. Il distingue ainsi couverts courts, longs et relais. Il insiste sur le choix des espèces selon leur comportement agronomique : féverole, vesce, radis chinois, tournesol, phacélie ou avoine, chacune ayant un rôle complémentaire sur biomasse, restitution d’azote, couverture du sol ou structure. Le semis sous couvert apporte selon lui portance, fertilité, meilleure maîtrise du salissement et plus de régularité d’implantation. Son message central : en semis direct, les couverts bien conçus deviennent un levier majeur de performance agronomique et économique.

Vidéo remise en ligne avec l'aimable autorisation de Julien SENEZ

Pour plus d'informations, nous vous recommandons vivement de vous rendre sur son site web : https://www.kiwiagronomy.fr/




Réussir ses couverts en semis direct

Julien Senez explique que, pour réussir ses couverts en semis direct, il faut désormais les considérer comme une véritable culture. Produire 2 à 3 tonnes de matière sèche entre deux cultures reste accessible dans beaucoup de situations. En revanche, atteindre 4 à 5 tonnes de matière sèche demande d’être beaucoup plus précis : implantation, fertilisation, choix des espèces, adaptation au sol, durée disponible, tout doit être réfléchi à l’avance.

Dans le cas présenté, malgré un contexte estival compliqué, le couvert d’été a produit environ 4 tonnes de matière sèche, ce qui est déjà un très bon résultat.

Raisonner les couverts selon le temps disponible

Julien Senez présente une logique de classement des couverts selon la durée entre la récolte de la culture précédente et l’implantation de la suivante.

Les couverts courts

Les couverts courts sont des couverts de moins de 100 jours. On les retrouve fréquemment entre une culture d’hiver récoltée en été et une autre culture d’hiver implantée à l’automne.

Exemple donné : après une récolte de blé au 1er août, si l’on implante ensuite un pois d’hiver, on dispose d’un peu plus de 100 jours. On est alors dans un schéma de couvert court.

Les couverts longs

Les couverts longs correspondent à des périodes supérieures à 100 jours, souvent entre 150 et 200 jours, par exemple entre une culture récoltée en été et une culture de printemps implantée plus tard.

Les couverts relais

Dans certaines successions, le temps disponible est encore plus long, jusqu’à environ neuf mois. Dans ce cas, il devient possible d’enchaîner deux couverts. C’est ce que Julien Senez appelle un couvert relais : un premier couvert suivi d’un second pour prolonger la fonction jusqu’au printemps.

Lorsque le sol reste disponible plus de 80 jours, l’objectif peut être de produire un maximum de biomasse et d’enchaîner les couverts.

L’importance d’amener les espèces au bon stade

Un point central du raisonnement est que les espèces du couvert doivent arriver à maturité à peu près au bon moment, c’est-à-dire à proximité du stade floraison.

Pour Julien Senez, c’est à ce moment-là que :

  • la production de biomasse est maximale ;
  • les restitutions sont les plus intéressantes ;
  • le couvert reste encore relativement facile à détruire.

Au-delà de ce stade, le couvert bascule vers quelque chose de plus carboné :

  • il devient plus difficile à détruire ;
  • il restitue moins rapidement les éléments.

Il évoque aussi le rapport carbone/azote autour de 20, qui correspond à ce stade optimal proche de la floraison.

Il précise toutefois que cette théorie fonctionne dans environ 80 % des cas, mais que les conditions climatiques, notamment les fortes chaleurs estivales, peuvent accélérer la montée à floraison.

Les grandes familles d’espèces utilisées

Julien Senez range les espèces principalement par familles.

Les légumineuses

Féverole

La féverole est présentée comme une espèce incontournable :

  • biomasse intéressante ;
  • enracinement correct ;
  • coût de semence relativement limité, surtout en semence de ferme.

Sa limite principale est sa faible couverture du sol au début, car on voit rapidement la terre entre les plantes.

Pois fourrager

Le pois fourrager est apprécié pour sa capacité à grimper et à s’exprimer en fin de cycle. Il devient visible en montant au-dessus du couvert au moment où l’on approche les 100 à 120 jours. Son coût est lui aussi relativement faible.

Vesce

La vesce est décrite comme une plante très performante pour ramener de l’azote dans les systèmes. Julien Senez insiste sur son intérêt agronomique, même lorsque son développement semble modeste visuellement. Pour lui, c’est une espèce majeure en système de semis direct.

Il relativise les différences pratiques entre vesce commune et d’autres types de vesces en été, estimant qu’au champ il ne voit pas toujours de différences marquées.

Les crucifères

Radis chinois

Le radis chinois est pour lui une très belle plante, notamment pour ouvrir les sols. Il insiste sur :

  • la puissance de son enracinement ;
  • les nombreuses petites racines blanches visibles dans les profils ;
  • sa capacité à structurer le sol en profondeur.

Radis fourrager

Le radis fourrager pousse vite et couvre rapidement le sol. Il est très intéressant en début de cycle.

En revanche, Julien Senez constate qu’avec la sécheresse, sa destruction devient parfois plus compliquée. Il arrive que le glyphosate ne suffise pas, avec des repousses retrouvées ensuite dans les cultures d’automne. C’est pourquoi il évite parfois d’en mettre devant des pois ou des féveroles d’hiver, car les solutions de rattrapage y sont plus délicates.

Moutarde

La moutarde est évoquée comme une espèce connue et utile, mais dont la biomasse est surtout aérienne. Sur certains créneaux intermédiaires, elle n’apporte pas toujours autant que d’autres espèces plus complètes.

Caméline

La caméline n’est pas retenue pour sa forte biomasse, mais plutôt comme espèce produite et échangée entre fermes, intégrée dans les mélanges.

Les autres espèces

Phacélie

La phacélie est jugée très intéressante sur le long terme. Elle produit de belles biomasses dans de bonnes conditions. Julien Senez souligne cependant que :

  • la semence devient coûteuse ;
  • sa production est compliquée ;
  • en cas de montée à graine, elle peut poser des problèmes dans la rotation.

Tournesol

Le tournesol est pour lui un incontournable :

  • il produit de la biomasse même en conditions estivales difficiles ;
  • son enracinement est puissant ;
  • il gèle facilement ;
  • dès qu’il monte en floraison, il tombe rapidement ;
  • il restitue bien.

Il y voit donc beaucoup d’avantages.

Les graminées

Avoine brésilienne

L’avoine brésilienne a été beaucoup utilisée. Julien Senez en est très satisfait :

Il note aussi qu’elle continue à pousser à l’automne, ce qui peut faire sous-estimer son potentiel si les pesées sont réalisées trop tôt.

Seigle

Le seigle est également cité pour sa capacité à produire de gros volumes et surtout à faire du mulch. Contrairement à beaucoup d’autres espèces qui se dégradent très vite une fois couchées, les graminées laissent une couverture plus durable au sol.

Cela améliore la gestion du salissement.

Cependant, dans son système très céréalier, Julien Senez évite souvent d’intégrer des graminées dans les mélanges lorsqu’une céréale revient derrière, car il doit parfois désherber le couvert pour éliminer les repousses de blé ou d’escourgeon. Dans ce cas, semer des graminées dans le couvert n’aurait plus de sens.

Les espèces les plus productives en biomasse

À partir de plusieurs pesées de biomasse compilées sur plusieurs années, Julien Senez identifie les espèces qui « crachent » le plus en couvert :

Les trèfles peuvent aussi être intéressants, mais leur implantation doit être très précise pour exprimer leur potentiel.

Les espèces les plus intéressantes pour la restitution

Les analyses de laboratoire ont permis de comparer les restitutions par espèce. Il en ressort notamment que :

  • la vesce est très performante en restitution d’azote ;
  • le radis chinois suit de près ;
  • la féverole est également bien placée.

Ainsi, une espèce qui produit un peu moins de biomasse peut rester très intéressante si elle restitue beaucoup.

À quoi ressemble un couvert court réussi ?

Un couvert court réussi n’est pas forcément très haut, mais il doit valoriser tous les étages :

  • étage bas ;
  • étage intermédiaire ;
  • étage supérieur.

Julien Senez insiste sur le fait que le niveau de biomasse est très lié à cette occupation complète de l’espace.

Dans la logique du semis sous couvert, c’est surtout la couverture basse qui compte au moment du semis de la culture suivante. Ce ne sont pas les grandes plantes dressées qui protègent le plus le sol ensuite, mais celles qui occupent bien la base.

Certaines espèces, comme la féverole ou d’autres plantes peu couvrantes en bas, restent assez dressées. D’autres, comme les radis ou la moutarde, se couchent puis se dégradent très vite. L’avoine fait exception car, une fois couchée, elle couvre très bien le sol.

Le semis sous couvert : une pratique centrale

Julien Senez décrit le semis sous couvert comme une pratique décisive dans son système. Il explique qu’une fois qu’on y a goûté, il est difficile de revenir en arrière.

Parmi les bénéfices qu’il met en avant :

  • meilleure portance ;
  • implantation possible dans des créneaux compliqués ;
  • moins de stress au moment des semis ;
  • davantage de vie, d’insectes, de faune et de flore ;
  • moins de maladies ;
  • implantation plus rapide des cultures grâce à la porosité du sol ;
  • appui sur les galeries racinaires et celles des vers de terre ;
  • accès direct à des poches de fertilité.

Il insiste cependant sur un point fondamental : il faut faire attention à la dégradation des pailles et à la qualité de l’environnement immédiat de la graine.

Une erreur de conception de couvert très pénalisante

Julien Senez partage une erreur de début de parcours. Il avait implanté un couvert mal conçu, reposant essentiellement sur beaucoup de moutarde et un peu de phacélie. Le mélange était déséquilibré et avait provoqué une forte faim d’azote.

À cela se sont ajoutés :

  • un blé semé tardivement, vers le 25 octobre ;
  • une fertilisation localisée à seulement 15 unités ;
  • une année très humide ;
  • des conditions de semis limites ;
  • des sols avec peu de vie biologique.

L’accumulation de ces facteurs a conduit à une perte d’environ 2 tonnes sur le blé, avec une parcelle tombée à environ 70 quintaux alors que le potentiel du secteur était autour de 90 quintaux.

Pour lui, cette expérience montre que le démarrage est très important : une erreur peut parfois être compensée, mais l’accumulation des erreurs devient très pénalisante.

Les règles clés pour un couvert court performant

Pour viser de très bonnes biomasses, Julien Senez rappelle quelques règles.

Une part importante de légumineuses

Le meilleur compromis se situe selon lui autour de 40 % de légumineuses dans le mélange. Cela permet :

  • de développer la fertilité ;
  • de bien restituer ;
  • de ne pas faire exploser le coût de semence.

Un couvert 100 % protéagineux ne maximise pas forcément la matière sèche et devient vite cher.

Une densité suffisante

Il raisonne en nombre de pieds par mètre carré. Son objectif est d’atteindre environ 60 à 80 pieds levés par mètre carré.

Il rappelle qu’en techniques culturales simplifiées superficielles, il observait parfois seulement 30 à 35 pieds pour 70 semés. Avec le semis direct réalisé correctement, il est passé autour de 45 pieds par mètre carré et davantage selon les situations, avec une implantation beaucoup plus régulière.

Une implantation très soignée

Il insiste longuement sur la qualité d’implantation obtenue avec son semoir. Pour lui, lorsque la graine est placée très régulièrement dans une terre fine, avec la bonne profondeur et le bon rappui, il n’y a pas de débat : la réussite du couvert est au rendez-vous.

Choisir des espèces adaptées à la durée du couvert

Julien Senez insiste sur la nécessité de ne retenir, pour un couvert court, que des espèces capables d’arriver au bon stade dans environ 100 jours.

Il critique certains mélanges proposés dans le commerce, dans lesquels toutes les espèces n’ont pas le même rythme de développement. Pour lui, c’est une erreur de conception importante.

Il ajoute que, dans l’hypothèse d’une réduction ou d’une disparition du glyphosate, cette homogénéité de stade deviendrait encore plus cruciale. Si toutes les espèces arrivent ensemble au bon niveau, le passage du semoir suffit presque. En revanche, si certaines espèces visent la floraison à 150 ou 160 jours, elles redémarrent, repartent en hauteur et deviennent gênantes pour la culture suivante.

Désherber le couvert quand il le faut

Dans son système, Julien Senez est parfois amené à désherber les couverts, notamment avant céréales, pour se séparer des repousses de blé ou d’escourgeon.

Il estime que ce désherbage :

  • sécurise le système ;
  • évite une concurrence inutile ;
  • permet de gagner jusqu’à environ 500 kg de matière sèche par hectare ;
  • facilite le semis sous couvert ensuite.

Le coût reste selon lui relativement limité, autour d’une quinzaine d’euros par hectare dans certains cas.

Il considère que demain, si le glyphosate venait à disparaître, il faudrait encore davantage gérer le couvert comme une culture à part entière, avec éventuellement désherbage et pilotage plus précis.

Exemple de mélange de couvert court

Julien Senez présente un mélange composé de nombreuses espèces, avec doses raisonnées à l’hectare. Il insiste sur la nécessité de bien répartir les familles :

  • légumineuses ;
  • crucifères ;
  • autres espèces.

Dans son cas, il n’y met généralement pas de graminées quand une céréale revient derrière.

Il indique aussi que, grâce aux échanges de semences entre fermes, le coût du couvert peut être fortement réduit, autour de 30 à 35 euros par hectare, contre environ le double avec des semences entièrement achetées.

Mesurer la biomasse et les restitutions

Julien Senez utilise le modèle MERCI, un outil disponible en ligne, pour estimer :

  • la matière sèche produite ;
  • le rapport carbone/azote ;
  • les restitutions en azote, phosphore et potasse.

La méthode repose sur des pesées de biomasse :

  • un carré de 1 m × 1 m ;
  • prélèvement des plantes ;
  • séparation par familles ;
  • pesée ;
  • saisie dans le modèle.

Il explique qu’avec l’expérience, il est désormais capable d’estimer visuellement, avec une assez bonne précision, les niveaux de biomasse et les restitutions associées.

Exemple de restitution

Pour un couvert produisant environ 4,86 t de matière sèche, il annonce des restitutions de l’ordre de :

  • 50 unités d’azote ;
  • 25,8 unités de phosphore ;
  • 104 unités de potasse.

Il rappelle que cette fertilité n’est pas relarguée immédiatement, mais progressivement, souvent sur une période de 3 à 6 mois après destruction du couvert.

Le couvert comme investissement économique

Julien Senez compare le coût du couvert au coût d’un travail du sol classique.

Selon lui :

  • un passage de travail du sol coûte environ 35 €/ha ;
  • avec deux passages, on monte vite à 70 €/ha ou davantage.

Dans son système, il met environ 70 €/ha sur la table entre :

  • fertilisation du couvert ;
  • coût du couvert ;
  • semis.

Mais, en face, les restitutions peuvent représenter environ 140 €/ha de valeur fertilisante dans les cas de très forte biomasse. Il raisonne donc le couvert comme un investissement et non comme une charge sèche.

Préparer les mélanges à l’avance

La logistique est présentée comme un point clé. Les mélanges doivent être préparés très en amont :

  • commander tôt ;
  • mélanger avant la moisson ;
  • avoir les doses prêtes ;
  • éviter de se retrouver à improviser pendant la récolte.

Julien Senez explique que sur leurs trois fermes, ils réalisent de gros mélanges en amont, parfois sur plusieurs tonnes, afin d’être prêts au moment voulu.

Détruire le couvert après le semis

Dans ses pratiques, Julien Senez ne détruit généralement pas le couvert avant le semis de la culture suivante. Il sème d’abord, puis intervient quelques jours après, souvent autour de 5 à 6 jours après le semis.

Cette stratégie permet :

  • de conserver la couverture jusqu’au bout ;
  • de laisser sortir certaines adventices de l’horizon ;
  • de mieux les maîtriser ensuite ;
  • de maintenir l’effet du couvert jusqu’au dernier moment.

Il indique que même avec de gros niveaux de biomasse, les programmes de prélevée fonctionnent bien.

Ensuite, le couvert se dégrade rapidement, souvent en trois semaines à un mois et demi, d’autant plus vite que l’activité biologique est forte.

Le rôle déterminant des vers de terre

Julien Senez insiste sur l’abondance des vers de terre dans ses parcelles. Pour lui, ils jouent un rôle essentiel dans :

  • la dégradation rapide des couverts ;
  • l’incorporation des résidus ;
  • la gestion simultanée des pailles.

Il explique qu’ils commencent souvent par dégrader le couvert, puis poursuivent avec les pailles.

Les couverts longs

Les couverts longs permettent d’aborder les cultures de printemps. Le choix des espèces se resserre un peu, et la gestion diffère de celle des couverts courts.

Julien Senez fertilise ces couverts de façon soutenue, en particulier lorsqu’il y a des pailles. Il évoque des apports de l’ordre de :

  • 30 unités localisées ;
  • puis 70 unités en liquide sur les pailles.

Il reconnaît que ces niveaux peuvent surprendre, mais il les juge très rentables. Pour lui, si l’on ne met pas ces niveaux d’azote au départ, on se prive d’une tonne ou davantage de matière sèche produite. Or cette matière sèche supplémentaire est ensuite très rentable.

Il assume donc cette stratégie, qu’il considère comme une reconstruction de fertilité et de [[matière organique]] dans les systèmes.

Les couverts relais

Le couvert relais est présenté comme l’aboutissement du raisonnement.

Au départ, lorsqu’ils allongeaient simplement les couverts jusqu’au printemps, Julien Senez n’était pas satisfait :

  • le couvert finissait par mourir ;
  • du salissement revenait ;
  • la structure se refermait ;
  • la dynamique agronomique n’était pas maintenue.

L’idée a donc été d’enchaîner un second couvert dans le premier afin de prolonger la couverture et la dynamique biologique jusqu’à la culture suivante.

Pour lui, c’est en observant les différences de fertilité entre les parcelles en semis sous couvert et les autres qu’il a compris l’intérêt de cette stratégie. Lorsqu’il a ensuite vu le comportement des maïs implantés derrière ces doubles couverts, avec une fertilité très forte, cela a confirmé l’intérêt du système.

Exemple de couvert relais avant maïs

Dans ce type de schéma, le premier couvert apporte déjà une part importante des besoins du maïs. Puis le couvert relais vient compléter.

Julien Senez présente un raisonnement chiffré :

  • un maïs productif a besoin d’environ 180 unités d’azote, 50 de phosphore et 100 de potasse ;
  • un couvert court très productif peut apporter environ 50 unités d’azote, 25 de phosphore et 80 de potasse ;
  • un couvert relais de l’ordre de 1,5 tonne de matière sèche peut encore apporter environ 40 unités d’azote, 10 de phosphore et 70 de potasse.

Au total :

  • environ 90 unités d’azote sont couvertes ;
  • la potasse est largement fournie ;
  • le phosphore est presque couvert.

Cela permet de réduire fortement la fertilisation minérale. Selon lui, on peut pratiquement se passer de fumure de fond dans ces systèmes, même si les apports organiques restent intéressants pour nourrir le volant humique.

Il rappelle toutefois qu’un tel raisonnement ne tient que si les biomasses sont au rendez-vous. Avec seulement 1 ou 1,5 tonne de matière sèche, on n’obtient pas ces effets.

Espèces retenues en couvert relais

Dans les couverts relais, Julien Senez se dit très à l’aise avec les féveroles d’hiver, notamment avant maïs. Il estime que cela fonctionne bien :

  • bonne structure superficielle ;
  • facilité de gestion ;
  • pas de difficulté particulière lors du travail très superficiel avant maïs.

En revanche, dès qu’on introduit des graminées dans ce type de schéma, il considère qu’il faut aller jusqu’au bout, c’est-à-dire semer directement le maïs dans le couvert ou sous mulch. Or, dans ses terres, il n’arrive pas encore à le faire de manière satisfaisante :

  • sols froids ;
  • limaces ;
  • levée compliquée du maïs.

C’est pourquoi, dans ses conditions, il préfère éviter les graminées dans les couverts relais destinés à précéder un maïs.

Le parallèle avec les colzas associés

Julien Senez rapproche cette logique de celle des colzas associés :

  • une partie des espèces meurt ;
  • une autre prend le relais ;
  • le sol reste occupé en permanence.

Il y voit un intérêt agronomique fort, mais souligne qu’il faut souvent semer plus dense si l’on veut qu’une partie du couvert meure et qu’une autre continue jusqu’au printemps.

Il y a aussi une contrainte de charge de travail, car ces implantations supplémentaires arrivent souvent dans une période déjà très chargée.

Exemple de féverole d’hiver sous couvert

Julien Senez montre un exemple de féverole d’hiver implantée sous un couvert long. Les rangs sont réguliers, autour de 35 à 38 pieds par mètre carré. Le couvert s’est progressivement dégradé, et seule une gestion herbicide légère a ensuite été nécessaire pour calmer quelques graminées ou repousses.

Il souligne que les féveroles sont autosuffisantes en azote aux stades très précoces, contrairement au pois, pour lequel une fertilisation peut être plus justifiée.

Produire de la biomasse pour produire de la fertilité

Le message final de Julien Senez est clair : dans ces systèmes, le facteur limitant est souvent l’azote au démarrage. Si l’on apporte de l’azote au couvert, on produit plus de biomasse. Cette biomasse va ensuite restituer de la fertilité dans le temps.

Autrement dit :

  • pour produire du carbone, il faut un peu d’azote au départ ;
  • ensuite, ce carbone et cette biomasse permettent d’alimenter durablement le système.

Pour réussir ses couverts en semis direct, il faut donc les piloter avec précision, comme une culture à part entière, afin qu’ils deviennent un véritable moteur de fertilité, de structure du sol, de couverture et de sécurisation des implantations.