RIAV - Fabien Balaguer

De Triple Performance
Aller à :navigation, rechercher

Fabien Balaguer, directeur de l’Association française d’agroforesterie, présente l’agroforesterie comme une agronomie fondée sur un principe simple : maximiser la photosynthèse en intensifiant le végétal à l’hectare. L’enjeu est de construire des systèmes diversifiés, en combinant plantes annuelles, arbustes et arbres, pour renforcer la fertilité des sols, la biodiversité et l’adaptation au changement climatique. L’arbre y retrouve une place d’intrant agricole à part entière : il régule l’eau et l’air, améliore le microclimat, stocke davantage de carbone et produit aussi des ressources utiles comme le bois, le fourrage, les fruits ou la litière. Fabien Balaguer insiste sur une agriculture productive et protectrice à la fois, qui ne travaille plus contre le sol mais avec lui. Pour lui, l’agriculture de demain devra s’appuyer sur le végétal pour préserver, restaurer et valoriser durablement les ressources naturelles.

auto_awesome
Résumé
Fabien Balaguer, directeur de l’Association française d’agroforesterie, présente l’agroforesterie comme une agronomie fondée sur un principe simple : maximiser la photosynthèse en intensifiant le végétal à l’hectare. L’enjeu est de construire des systèmes diversifiés, en combinant plantes annuelles, arbustes et arbres, pour renforcer la fertilité des sols, la biodiversité et l’adaptation au changement climatique. L’arbre y retrouve une place d’intrant agricole à part entière : il régule l’eau et l’air, améliore le microclimat, stocke davantage de carbone et produit aussi des ressources utiles comme le bois, le fourrage, les fruits ou la litière. Fabien Balaguer insiste sur une agriculture productive et protectrice à la fois, qui ne travaille plus contre le sol mais avec lui. Pour lui, l’agriculture de demain devra s’appuyer sur le végétal pour préserver, restaurer et valoriser durablement les ressources naturelles.


Présentation

Fabien Balaguer se présente comme directeur de l’Association française d’agroforesterie. Il explique que l’agroforesterie repose sur un principe agronomique simple : le rendement agricole dépend de la capacité du système à faire de la photosynthèse. À partir de là, l’objectif est d’intensifier le végétal à l’hectare, au mètre carré, bref d’augmenter la présence et l’activité du végétal dans les systèmes agricoles.

Le principe de l’agroforesterie

Selon Fabien Balaguer, l’agroforesterie est une agriculture de l’intensification du végétal. Elle consiste à faire travailler ensemble une diversité de plantes, mais aussi une diversité de strates. L’idée est d’« empiler » des plantes annuelles avec du buisson, de l’arbuste, de l’arbre éventuellement.

Le principe général est donc de travailler sur l’ensemble de ces strates afin de construire des systèmes diversifiés. L’arbre y tient une place symbolique, mais aussi très concrète, parce qu’il apporte de nombreux avantages dans le fonctionnement agronomique du système.

Le rôle de l’arbre dans le système agricole

Fabien Balaguer insiste sur le fait que l’arbre apporte des intérêts en termes de biodiversité, de microclimat, de gestion des flux d’air et des flux d’eau. Tous ces éléments sont très importants dans une approche agronomique globale.

Il souligne aussi l’intérêt de l’arbre du point de vue du carbone. Le bois contient davantage de lignine, et dans un kilogramme de bois, il y a environ 40 % de carbone de plus que dans un kilogramme de matière cellulosique issue de plantes annuelles. L’arbre représente donc un intérêt pour le retour de carbone, pour la fertilité du sol, mais aussi pour tous les enjeux d’adaptation et d’atténuation du changement climatique.

Dans cette approche systémique, il s’agit de refaire de l’agriculture avec l’arbre, et de remettre l’arbre comme un véritable

agricole, alors qu’il a longtemps été considéré comme un obstacle ou un élément extérieur au système de production.

Un arbre nécessairement productif

Dans l’agroforesterie, l’arbre est nécessairement productif. Il ne sert pas seulement à rendre des services écosystémiques ou à faire du paysage. Fabien Balaguer reprend une idée entendue chez des agriculteurs : le paysage n’est pas fait pour les touristes, il doit être fonctionnel et productif.

L’arbre est présenté comme un « couteau suisse », capable de remplir de nombreuses fonctions. Il peut être géré de multiples façons et s’adapter à de nombreux contextes. Pour chaque situation, il existe un mode de gestion, une espèce ou une diversité d’espèces adaptée.

L’arbre doit produire, en plus des services qu’on lui connaît déjà, de la ressource :

  • de la ressource en bois énergie ;
  • de la ressource en bois de litière ;
  • de l’aliment ;
  • du fruit ;
  • et divers autres produits.

Fabien Balaguer mentionne également des arbres qui produisent du fourrage, ce qui est particulièrement intéressant en élevage, notamment dans des contextes devenus complexes sur le plan de la gestion de l’eau en été.

Redonner une place à l’arbre dans l’agronomie

Il est expliqué que l’arbre a aujourd’hui peu de place dans l’agronomie classique. Il y a peu d’intérêt qui lui est accordé, et il a même du mal à « pousser » dans les raisonnements agronomiques actuels. Pourtant, dès lors qu’on le remet en situation dans l’agronomie, comme le propose l’agroforesterie, son potentiel devient immense.

Avec toutes les questions de couverture végétale, l’arbre permet de remettre en cycle de nombreux éléments et de relancer un cycle de fertilité. Dans cette logique, l’arbre vient encore amplifier cette dynamique.

Une agriculture en invention permanente

Fabien Balaguer souligne qu’en France, de nombreux agriculteurs commencent à se lancer en agroforesterie, avec déjà pas mal de succès et beaucoup d’intérêt. Ces pratiques permettent aussi d’inventer de nouvelles techniques.

Il insiste sur le fait qu’il n’existe pas aujourd’hui de manuel unique de l’agroforesterie en France. Ce ne sont pas des recettes toutes faites. Les solutions s’inventent au quotidien, au cas par cas, en fonction des contextes.

Chaque agriculteur détient une petite partie de la solution. C’est grâce au travail des réseaux, au partage d’expériences et à la mise en commun des pratiques qu’il devient possible d’entrevoir une agriculture beaucoup plus productive, capable à la fois de produire et de protéger, sans opposer ces deux objectifs.

Produire aussi la biodiversité

Fabien Balaguer explique qu’il ne suffit pas de parler de protection de la biodiversité. Il faut aussi la produire, c’est-à-dire produire les espaces dans lesquels la biodiversité peut s’établir.

Dans cette perspective, l’agriculture n’est pas seulement un secteur qui limite ses impacts : elle devient un secteur capable de créer les conditions de la vie, de la diversité biologique et du fonctionnement écologique.

Ce que l’on peut souhaiter à l’agriculture de demain

Pour Fabien Balaguer, l’agriculture de demain doit être une véritable agriculture de la photosynthèse. Elle ne doit plus travailler seulement sur le sol, mais avec le sol. Elle doit savoir optimiser et utiliser au mieux les ressources que sont :

  • le soleil ;
  • l’eau ;
  • la fertilité du sol.

Il rappelle que cette fertilité est parfois à reconstruire, mais qu’il est essentiel de la préserver, de la maintenir et de l’améliorer. Et cela se fera avec du végétal : il n’y a pas de seconde voie.

Tout le carbone présent dans les sols a un jour été mis dans le sol par du végétal. Il n’existe pas d’autre source. C’est pourquoi cette base agronomique, à la fois simple dans son principe et très technique dans ses adaptations concrètes, est centrale.

Le rôle des agriculteurs

En conclusion, Fabien Balaguer rappelle que les agriculteurs ont le privilège de gérer un patrimoine collectif. À travers leurs pratiques, ils peuvent agir sur ce patrimoine et en faire quelque chose d’utile, de productif et de bénéfique pour tous. L’agroforesterie apparaît alors comme une manière de mobiliser pleinement ce potentiel.