Rencontres MSV 2017 - Brice Tandille - Fumier pailleux, témoignage

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À Saint-Gilles, à une quinzaine de kilomètres au nord de Rennes, Brice Tandille présente son expérience en maraîchage sur une petite ferme de 4 hectares. Après des débuts en conduite assez classique, il a progressivement fait évoluer ses pratiques vers le « sol vivant », en s’appuyant notamment sur des apports réguliers de fumier pailleux provenant d’un centre équestre voisin. Son objectif : nourrir la vie biologique du sol, améliorer la structure de terres limoneuses fragiles, limiter le travail du sol et gagner en fertilité. Il explique concrètement son organisation, ses outils, l’usage du paillage, la gestion des tunnels, des cultures de poireaux, pommes de terre, salades ou tomates, ainsi que ses ajustements face au froid, à l’humidité et au désherbage. Ce témoignage met en avant une démarche très pragmatique : observer, tester, adapter et construire peu à peu un système maraîcher plus souple, plus vivant et plus résilient.

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Résumé
À Saint-Gilles, à une quinzaine de kilomètres au nord de Rennes, Brice Tandille présente son expérience en maraîchage sur une petite ferme de 4 hectares. Après des débuts en conduite assez classique, il a progressivement fait évoluer ses pratiques vers le « sol vivant », en s’appuyant notamment sur des apports réguliers de fumier pailleux provenant d’un centre équestre voisin. Son objectif : nourrir la vie biologique du sol, améliorer la structure de terres limoneuses fragiles, limiter le travail du sol et gagner en fertilité. Il explique concrètement son organisation, ses outils, l’usage du paillage, la gestion des tunnels, des cultures de poireaux, pommes de terre, salades ou tomates, ainsi que ses ajustements face au froid, à l’humidité et au désherbage. Ce témoignage met en avant une démarche très pragmatique : observer, tester, adapter et construire peu à peu un système maraîcher plus souple, plus vivant et plus résilient.

Rencontres Maraîchage sur Sol Vivant, février 2017 à Rennes.

Jour 1 : Conférence de Brice Tandille. "Utilisation de fumier pailleux - témoignage"


Présentation de la ferme

Brice Tandille est installé à Dingé, à environ 15 kilomètres au nord de Rennes. Il est maraîcher sur une petite ferme de quatre hectares en maraîchage diversifié, avec également un peu de petits fruits.

Il explique avoir commencé de manière assez classique, avec :

  • du travail du sol,
  • de la toile tissée ou des bâches,
  • du binage,
  • du désherbage,
  • et un fonctionnement globalement conforme au maraîchage habituel.

Puis, à partir de 2015, après une présentation sur les sols vivants, il commence à faire évoluer fortement ses pratiques.

Passage aux principes des sols vivants

Brice Tandille raconte qu’il était déjà intéressé depuis longtemps par les principes agronomiques liés au respect du sol :

  • ne pas trop bouleverser le sol,
  • favoriser la vie biologique,
  • travailler avec de la matière organique en surface,
  • s’inspirer d’approches comme celles de Fukuoka,
  • et de méthodes reposant sur le compostage de surface.

Comme beaucoup, il dit avoir été séduit par les idées, sans toujours savoir concrètement comment les mettre en œuvre sur une petite ferme, avec les moyens disponibles et les ressources locales.

Le vrai changement se fait lorsqu’il trouve une source de matière organique régulière à proximité.

La ressource principale : le fumier pailleux de centre équestre

La ferme est située à côté d’un centre équestre. Brice Tandille va y chercher tous les quinze jours une matière organique constituée principalement de :

  • fumier pailleux,
  • beaucoup de carbone,
  • avec aussi bien sûr des crottins et de l’urine, donc un peu d’azote.

Ce qu’il recherche avant tout, c’est surtout une matière riche en carbone. Il précise qu’il aurait aussi pu utiliser de la paille pure, qui lui conviendrait bien, mais que dans une région d’élevage, ce qu’on trouve le plus facilement, c’est ce fumier pailleux. De plus, il souligne un point décisif : c’est gratuit.

Cette ressource devient la base de son système.

Une logique adaptée à son contexte

Brice Tandille insiste sur le fait qu’il faut faire avec :

  • ses équipements,
  • ses possibilités,
  • les ressources disponibles localement.

Dans son cas, ce fumier pailleux devient une solution très concrète pour appliquer les principes des sols vivants dans une ferme maraîchère.

Il mentionne aussi des réflexions plus larges sur le paysage et l’environnement de la ferme : présence d’arbres, de haies, de chênes et de châtaigniers dans certains secteurs, et l’idée générale que le système de culture doit être cohérent avec son milieu.

Effets observés sur le sol

Depuis son passage vers les sols vivants, Brice Tandille se dit très content des résultats, en particulier sur ses terres limoneuses. Il rappelle que ce type de sol peut devenir difficile, surtout s’il est trop travaillé.

L’idée principale qu’il développe est la suivante : un sol vivant n’est pas seulement un assemblage minéral. C’est un sol dont une grande partie du volume est occupée et organisée par la vie :

Il décrit un sol dans lequel la vie colonise les espaces entre les éléments minéraux et construit une structure plus stable. À l’inverse, lorsqu’un sol est trop travaillé, sa structure repose davantage sur des assemblages fragiles, très dépendants de l’eau, et qui résistent mal à l’hiver, au froid ou aux agressions mécaniques.

Il insiste sur le fait qu’un sol limoneux :

  • se dégrade facilement s’il est trop travaillé,
  • supporte mal l’excès d’eau et le froid,
  • mais réagit très bien lorsqu’on le nourrit avec de la matière organique en surface.

Matériel encore utilisé

Même après cette transition, Brice Tandille n’a pas abandonné tout matériel. Il continue à utiliser certains outils, mais avec un rôle différent et plus limité.

Dans les tunnels notamment, il utilise encore :

  • un rotavator ou outil rotatif dans certains cas,
  • pour broyer des déchets végétaux,
  • ou pour des situations ponctuelles.

Mais il explique qu’il tend globalement à laisser tomber le travail du sol systématique, notamment parce qu’en hiver, dans ses conditions, cela garde les terres froides et humides trop longtemps.

Pourquoi utiliser un paillage épais

Sa stratégie consiste à recourir à de grosses quantités de matière organique, sous forme de fumier pailleux ou de paille, afin de créer une sorte de matelas protecteur.

Pour lui, ce couvert présente plusieurs avantages :

  • il aide le sol à mieux passer l’hiver,
  • il protège la surface,
  • il nourrit progressivement la vie du sol,
  • il favorise la transformation d’une terre limoneuse fragile en un sol plus souple et plus stable.

Il précise que cette approche n’a rien de totalement nouveau, mais que dans son contexte, elle fonctionne très bien.

Organisation des planches et circulation

Le système repose sur des planches permanentes et des passages de roues définis. Il insiste sur le fait qu’il est important de :

  • ne pas repasser n’importe où,
  • garder des traces de roues fixes,
  • préserver au maximum les planches de culture.

Il utilise un outil qui lui permet, selon les cas :

  • d’incorporer un peu de matière organique,
  • de retravailler légèrement certaines zones,
  • ou de préparer des planches après une culture.

Il mentionne différents usages selon les cultures, par exemple pour :

  • les poireaux,
  • les alliacées,
  • d’autres légumes de plein champ ou sous abri.

Quantités de fumier apportées

Le rythme d’approvisionnement est important : tous les quinze jours, il va chercher du fumier pailleux. Sur une année, cela représente environ 120 à 220 tonnes de fumier.

Il reconnaît que ces volumes peuvent impressionner et faire craindre un excès, mais l’expérience l’a rassuré. Il explique que cette matière, riche en cellulose, est finalement assez facilement digérée par le sol.

Selon lui :

  • le paillage disparaît vite,
  • après une bonne saison on n’en voit déjà plus grand-chose,
  • même en surface il se décompose rapidement.

Cela confirme, à ses yeux, que le sol est capable d’absorber et de transformer ces apports.

Évolution de la plantation des poireaux

Brice Tandille donne l’exemple des poireaux, culture sur laquelle il a modifié ses pratiques.

Avant, il plantait de façon plus classique, sur peu de rangs, ce qui mobilisait une largeur importante de planche pour relativement peu de plants. Avec le nouveau système, il augmente la densité.

Il décrit une plantation plus serrée, avec :

  • des séries de trous faites en marchant,
  • plusieurs rangs rapprochés,
  • environ 20 à 30 cm entre poireaux,
  • et autour de 40 cm entre certains axes selon l’organisation.

Cela lui permet de mieux utiliser la surface, même si cela demande un peu plus de temps à la plantation. Il souligne cependant qu’on compense ensuite, car on a moins de planches à gérer pour une même quantité produite.

[[Désherbage mécanique]] et adaptation d’outils

Il présente aussi un petit outil développé avec d’autres collègues, dans le cadre de l’Atelier paysan. L’idée est d’avoir un outil permettant de :

  • intervenir sur les adventices,
  • travailler superficiellement,
  • passer dans les allées ou sur les planches,
  • sans bouleverser la structure du sol.

L’enjeu est de rester cohérent avec la logique du sol vivant : on cherche à gérer l’enherbement, mais sans revenir à un travail agressif.

Travail spécifique sous tunnel

Sous tunnel, Brice Tandille reconnaît que la problématique est un peu différente.

Il utilise encore davantage certains outils dans les tunnels, notamment parce que :

  • le contexte climatique y est différent,
  • les successions de cultures sont plus intensives,
  • et certaines implantations demandent parfois une préparation plus précise.

Malgré cela, il dit revenir de plus en plus au paillage même sous abri, y compris avec un peu d’incorporation superficielle dans certains cas.

Il constate là aussi une forte amélioration des terres. Une terre jaune, peu engageante au départ, peut devenir en quelques années un sol beaucoup plus proche d’un terreau vivant, facile à travailler et favorable aux cultures.

Transformation rapide des terres limoneuses

Il insiste sur la vitesse d’évolution des sols lorsqu’ils reçoivent de la paille ou du fumier pailleux.

Selon lui :

  • en un an, on voit déjà le changement,
  • en deux ans, c’est encore plus net,
  • et au bout de quelques années, on obtient des terres très souples,
  • avec des agrégats,
  • une bonne tenue,
  • et une structure bien plus favorable.

Il parle d’une véritable transformation agronomique, particulièrement marquante sur les terres limoneuses.

Exemple de plantation de poireaux dans le paillage

Pour implanter des poireaux, il décrit un système où l’on plante dans le paillage. Le trou est fait, le plant est mis en place, et la terre autour reste protégée.

Il souligne plusieurs points :

  • le trou reste bien marqué,
  • la lumière atteint un peu la base du plant,
  • les racines trouvent rapidement le sol,
  • la végétation repart bien.

Cette manière de faire s’inscrit pleinement dans sa logique générale : perturber le moins possible le sol tout en assurant une bonne implantation de la culture.

Récolte des pommes de terre

Il évoque aussi la récolte des pommes de terre, avec un outil de type arracheuse ou dispositif qui soulève la terre et laisse les pommes de terre à ramasser en surface.

Il note qu’il peut y avoir quelques tubercules tachés ou quelques imperfections, mais il se dit globalement satisfait, d’autant plus que les conditions de récolte et l’état du sol s’améliorent avec le temps.

Gestion des pommes de terre sous paillage

Les pommes de terre sont un bon exemple de sa façon de raisonner. Il montre une planche âgée de plusieurs années et explique que les tubercules grossissent bien dans un sol protégé.

Il précise cependant qu’il faut bien gérer la quantité de paillage :

  • en mettre assez pour protéger,
  • mais surveiller aussi que les tubercules ne verdissent pas,
  • et que la culture reste bien couverte.

Exemple de cultures sous tunnel

Sous tunnel, il présente plusieurs séquences culturales, avec notamment :

  • tomates,
  • courgettes,
  • salades,
  • oignons,
  • et d’autres légumes implantés dans un système de paillage permanent.

Il utilise parfois des voiles ou des bâches dans le tunnel pour gérer le climat, accélérer certaines implantations ou maintenir les conditions favorables.

Il souligne que, dans ces contextes, il faut adapter les pratiques : le tunnel ne fonctionne pas exactement comme l’extérieur.

Limites du compost de déchets verts

Brice Tandille revient sur une erreur ou une limite qu’il identifie dans ses pratiques passées : l’usage de compost de déchets verts.

Au départ, il pensait que cela suffisait, y compris au vu des analyses. Mais avec le temps, il estime que ce produit a surtout un effet physique et très peu d’effet sur l’activité biologique.

Selon lui :

  • c’est un matériau déjà très transformé,
  • qui a peu de ressources facilement disponibles pour la vie du sol,
  • et qui n’alimente pas durablement la biologie comme peut le faire un paillage cellulosique se décomposant en surface.

Il insiste sur le fait que lorsque la décomposition se fait sur le sol, par l’activité biologique du sol lui-même, on obtient :

  • production de colles biologiques,
  • structuration du sol,
  • création de porosité,
  • meilleure circulation de l’air, de l’eau et de la chaleur.

À l’inverse, si tout a déjà été composté ailleurs, on perd une partie importante de ce bénéfice biologique sur place.

Ce qu’est, pour lui, un sol fertile

Brice Tandille résume sa vision d’un sol fertile de manière très simple : c’est un sol qui contient en permanence :

  • de l’air,
  • de l’eau,
  • de la chaleur.

Cette fertilité dépend de la porosité et donc de la structure du sol. Si cette porosité existe :

  • l’eau circule mieux,
  • l’air peut entrer,
  • la terre se réchauffe mieux,
  • les racines fonctionnent mieux,
  • et les cultures démarrent plus vite, notamment au printemps.

Gestion des tunnels après culture

Il explique en détail sa façon de gérer un tunnel après une culture d’été, par exemple après des tomates ou des courgettes.

La logique est la suivante :

  • enlever les résidus les plus gênants,
  • mais laisser une partie de la biomasse au sol,
  • couper les tiges,
  • laisser les restes de culture sur place pendant l’hiver,
  • réhydrater le sol si besoin,
  • laisser le tout se décomposer tranquillement.

Il ne cherche pas forcément à implanter une culture d’hiver partout sous tunnel. Dans certains cas, il préfère laisser le système se reposer et se transformer naturellement.

Utilisation de bâches ou voiles sous tunnel

Après les cultures de tomates, il peut installer un dispositif de couverture, notamment avec des matériaux de type voile ou bâche légère, pour accompagner la transition vers la culture suivante.

Cette technique permet de :

  • garder un sol protégé,
  • gérer les levées,
  • faciliter certaines implantations précoces.

La salade comme culture adaptée

Il parle aussi de la salade, qu’il apprécie dans ce système. Il explique qu’on peut obtenir de bonnes productions avec relativement peu de volume de sol mobilisé, à condition de bien gérer :

  • l’implantation,
  • l’humidité,
  • la fertilité de surface.

Il mentionne l’intérêt de plantations denses et de successions rapides, en particulier sous abri.

Pose et gestion des bâches ou voiles

Brice Tandille décrit concrètement la pose de ses couvertures :

  • arceaux en place,
  • voile ou bâche déroulé sur la longueur,
  • maintien avec des charges ou un système simple,
  • utilisation sur plusieurs saisons.

Il précise qu’un tel équipement représente un coût, mais qu’il dure plusieurs années et s’avère pratique au quotidien.

Intérêt des faux-semis et de la couverture du sol

Il évoque le fait que, lorsque le sol n’est plus travaillé profondément, on évite aussi de remonter sans cesse de nouvelles graines d’adventices.

Dans ce cadre, les couvertures et le paillage contribuent à :

  • limiter les levées,
  • garder la surface propre,
  • et faciliter les successions culturales.

Bilan provisoire

Brice Tandille présente son système comme un état actuel de ses essais, pas comme quelque chose de totalement figé. Il considère être encore dans une démarche d’amélioration continue.

Le bilan qu’il tire est néanmoins très positif :

  • amélioration nette de la fertilité,
  • meilleure structure des sols,
  • simplification de certaines cultures,
  • gain sur la qualité du sol,
  • satisfaction agronomique et pratique.

Il dit aussi que ce cheminement lui a permis de sortir d’une forme de lutte permanente contre le sol, pour aller vers un système où le sol devient davantage un allié.

Perspectives

En conclusion, il explique qu’il veut aller encore plus loin, notamment en produisant davantage de biomasse sur place.

Parmi les pistes évoquées :

  • développer des couverts végétaux,
  • produire soi-même plus de carbone,
  • coucher ces couverts sur place,
  • ou en transférer une partie vers les zones cultivées,
  • afin de réduire la dépendance à des apports extérieurs.

L’idée générale est de construire un système toujours plus autonome, basé sur la production locale de biomasse et l’alimentation continue du sol vivant.

Conclusion

Le témoignage de Brice Tandille montre comment, sur une petite ferme maraîchère diversifiée, l’usage régulier de fumier pailleux peut devenir un levier central pour :

  • améliorer des sols limoneux fragiles,
  • réduire le travail du sol,
  • renforcer la vie biologique,
  • protéger les cultures,
  • et transformer progressivement la fertilité de la ferme.

Son expérience met en avant une approche très pragmatique : partir des ressources disponibles localement, observer les réactions du sol, ajuster les outils et les pratiques, et construire peu à peu un système cohérent de maraîchage sur sol vivant.