Semis direct dans prairie vivante en bio, par Julien Guéneau

De Triple Performance
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Dans cette intervention, Julien Guéneau présente les essais menés sur son exploitation laitière bio, sans chercher à opposer simplement “ça marche” ou “ça ne marche pas”. Sur cette ferme de 96 ha en système intensif herbager, le semis direct dans prairie vivante est devenu un axe central pour implanter des cultures ou renforcer la production fourragère tout en limitant le travail du sol. Son retour montre que la réussite dépend fortement de la flore en place, de l’humidité du sol, du stade de la prairie et de l’espèce semée. Certaines espèces échouent régulièrement, comme le colza fourrager ou les trèfles semés en direct, souvent à cause de la prédation ou de la concurrence. À l’inverse, la vesce velue, l’avoine ou le seigle donnent des résultats plus prometteurs. Julien insiste sur l’intérêt économique potentiel de ces pratiques, à condition de rester prudent, d’expérimenter à petite échelle et de mutualiser les observations entre agriculteurs pour progresser collectivement.

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Résumé
Dans cette intervention, Julien Guéneau présente les essais menés sur son exploitation laitière bio, sans chercher à opposer simplement “ça marche” ou “ça ne marche pas”. Sur cette ferme de 96 ha en système intensif herbager, le semis direct dans prairie vivante est devenu un axe central pour implanter des cultures ou renforcer la production fourragère tout en limitant le travail du sol.

Son retour montre que la réussite dépend fortement de la flore en place, de l’humidité du sol, du stade de la prairie et de l’espèce semée. Certaines espèces échouent régulièrement, comme le colza fourrager ou les trèfles semés en direct, souvent à cause de la prédation ou de la concurrence. À l’inverse, la vesce velue, l’avoine ou le seigle donnent des résultats plus prometteurs.

Julien insiste sur l’intérêt économique potentiel de ces pratiques, à condition de rester prudent, d’expérimenter à petite échelle et de mutualiser les observations entre agriculteurs pour progresser collectivement.

A l’occasion des Rencontres Nationales « Agronomie et Agriculture de Conservation en Bio 2022 », Julien Guéneau, agriculteur en Vendée, présente les résultats de ses expérimentations en agriculture de bio de conservation sur sa ferme.


Les Rencontres Nationales de l'ABC à Laval (53) ont eu lieu les 15 et 16 février 2022, organisé par le Civam Bio 53 (les agriculteurs bio de la Mayenne), avec l'aide de : Ecophyto, OFB, Région Pays de la Loire, Agence de l'eau Loire-Bretagne, CAP sans glypho




Préambule

Julien Guéneau précise d’emblée qu’il n’est pas totalement à l’aise avec l’exercice, pour plusieurs raisons. Il insiste surtout sur le fait que ce qu’il présente correspond à des tests réalisés sur sa ferme, et uniquement à cela. Il ne s’agit pas de recettes universelles.

Le cahier des charges demandé consistait à synthétiser les pratiques en deux catégories simples : « ça marche » ou « ça ne marche pas ». Or, selon lui, la réalité n’est jamais aussi binaire. Même sur sa propre ferme, les résultats dépendent fortement des conditions :

  • certaines techniques fonctionnent dans certains contextes ;
  • elles échouent dans d’autres ;
  • et parfois un échec ne signifie pas qu’il faille abandonner définitivement, mais plutôt qu’il faudrait adapter les conditions de mise en œuvre.

Il souligne donc qu’il est difficile de raisonner uniquement en noir ou blanc.

Julien Guéneau dit aussi que la diversité des exemples présentés lors de la journée le conforte dans l’idée qu’il a été pertinent de créer une association nationale autour de ces sujets. Pour lui, c’est en mutualisant les expériences de chacun, sur les fermes des uns et des autres, qu’il sera possible d’accélérer les progrès. Il se dit d’ailleurs preneur d’idées et d’échanges, car il estime que beaucoup de personnes peuvent encore apporter des éléments utiles à son système.

Présentation de la ferme

Julien Guéneau travaille sur une ferme de :

  • 96 hectares ;
  • 5 UTH ;
  • 3 associés ;
  • 2 salariés à temps plein.

Il souligne que cette disponibilité en main-d’œuvre permet de consacrer du temps aux essais sur la ferme.

Quelques repères de fonctionnement :

  • 39 hectares par personne travaillant sur la ferme ;
  • 32 hectares par UTH ;
  • 130 vaches laitières ;
  • 950 000 litres de lait.

Il s’agit donc d’un système laitier relativement intensif, ramené à l’hectare. Cela implique une exigence élevée en matière de productivité fourragère, ce qui explique certains choix techniques.

Julien Guéneau précise qu’il aime toujours présenter des chiffres, car il n’aime pas observer une ferme sans disposer de repères chiffrés. Il indique un EBE par hectare de 1 290 euros, moyenne des trois dernières années en bio. L’objectif de la ferme est à la fois :

  • d’améliorer les sols ;
  • et de préserver le compte de résultat.

Il rappelle aussi que les tests sont toujours conduits de manière progressive :

  • d’abord en microparcelles ;
  • puis éventuellement sur des surfaces intermédiaires ;
  • et seulement ensuite, si les résultats se confirment, à l’échelle de la ferme.

Le système de culture et d’élevage

Le système est un système laitier herbager, avec :

Les parcelles peuvent passer d’un usage à l’autre.

La rotation comporte systématiquement au minimum trois ans de prairie en tête de rotation, mais certaines prairies peuvent rester plus longtemps :

  • 4 ans ;
  • 5 ans ;
  • 6 ans ;
  • 7 ans ;
  • 8 ans ;

voire davantage, tant que la prairie reste satisfaisante.

Dans la rotation sont également intégrés :

  • du maïs, avec une orientation de plus en plus marquée vers le maïs grain ;
  • des pommes de terre en culture de printemps ;
  • environ 5 hectares de triticale-pois en culture d’hiver ;
  • de la féverole pure.

Historique du système

Julien Guéneau n’est présent sur le Gaec que depuis huit ans, mais il rappelle l’histoire de la ferme.

À l’origine, il s’agissait d’un système très intensif :

Dans les années 1990, la ferme est arrivée dans une impasse, avec des taux de [[matière organique]] descendus à environ 1,5 %. Cela a conduit à une prise de conscience :

  • il fallait réintroduire de la prairie dans le système ;
  • réduire le travail du sol ;
  • faire évoluer les pratiques de fertilisation.

Ces changements ont permis d’améliorer le système. La ferme ne laboure plus depuis près de vingt ans.

Par la suite, les associés ont fait le choix de passer en bio, en essayant si possible de conserver un système avec réduction du travail du sol. C’est dans cette logique que Julien Guéneau s’est inséré en arrivant sur la ferme. Depuis, le semis direct a commencé à être pratiqué sur certains itinéraires.

Ce qui marche pour sortir d’une prairie en bio

Julien Guéneau explique que, pour sortir d’une prairie en bio, la fraise lui paraît être un bon outil. Il indique toutefois qu’il ne s’attarde pas, car ce point a déjà été largement évoqué auparavant.

Il mentionne aussi les outils à dents, en rappelant que cela fonctionne lorsqu’ils sont bien réglés. Là encore, il ne développe pas davantage, car le sujet a déjà été traité.

Le semis direct dans prairie vivante

Le grand changement dans leur système fourrager est le développement du semis direct dans prairie vivante.

Dans sa grille de lecture :

  • en vert : ce qui marche ;
  • en rouge : ce qui ne marche pas dans toutes les conditions.

Il sème avec un semoir à dents. Selon lui, l’un des avantages du semoir à dents est son léger effet déstructurant sur la prairie. Cela crée de meilleures conditions de démarrage pour la culture implantée en semis direct dans une prairie vivante.

Importance de la date et de l’humidité du sol

Julien Guéneau dit avoir connu des échecs en voulant semer trop tôt. Selon lui, les premières pluies de septembre profitent d’abord à la prairie en place, pas à la culture semée. Il a donc décalé ses dates de semis.

Aujourd’hui, il préfère attendre que le sol soit frais, voire très frais. D’après ses observations, dans le cas du semis direct dans prairie vivante, un sol très frais n’est pas forcément pénalisant, et peut même être favorable.

Types de prairies concernées

Ses semis directs sont réalisés principalement dans :

Il indique qu’après discussions avec d’autres agriculteurs, il soupçonne la fétuque d’être moins favorable au semis direct. Ce n’est pas un problème qu’il rencontre chez lui, car elle n’entre pas dans ses mélanges.

Importance de la flore de départ

Pour Julien Guéneau, la flore en place a une importance majeure dans la réussite du semis direct.

Ses observations :

  • plus il y a de légumineuses dans la prairie, mieux les semis directs fonctionnent ;
  • dans des prairies de ray-grass hybride / trèfle violet de deuxième année, bien installées et puissantes, cela ne fonctionne pas ;
  • il faut plutôt attendre une prairie de troisième année, quand le ray-grass hybride devient moins dominant.

Il mentionne aussi des échecs dans des prairies très chargées en agrostis, avec de gros tapis d’agrostis. Il insiste donc sur le fait que la flore de départ conditionne fortement la réussite.

Selon lui, il y a encore beaucoup à découvrir sur ce point, et il souhaiterait davantage d’échanges mais aussi de recherches sur l’incidence des espèces présentes dans la prairie au départ.

Incidence de l’espèce semée

Julien Guéneau mène depuis quatre ans des plateformes d’essais de semis direct dans prairie vivante sur la ferme. Il constate que la réussite dépend aussi fortement de l’espèce implantée.

Espèces en échec

Colza fourrager

Le colza fourrager est, pour lui, un échec total :

  • 5 années de tests ;
  • 5 années d’échec.

Pourtant, dans un système laitier, il voit bien l’intérêt qu’aurait un colza fourrager semé en direct dans une prairie, pour pâturer à l’été. Mais dans les faits, cela ne fonctionne pas.

Il explique que les prédateurs semblent repérer immédiatement les semis :

  • ils prélèvent les plantules ;
  • il n’obtient jamais de colza satisfaisant à l’arrivée.

Trèfles

Le semis direct de trèfles dans la prairie est également un échec répété. On lui avait présenté son semoir comme très adapté au sursemis de trèfles dans les prairies, mais dans les faits :

  • il n’a jamais réussi à réimplanter correctement du trèfle blanc ;
  • ni du trèfle violet ;
  • et il a toujours essuyé des échecs.

Espèces qui fonctionnent

La vesce velue ressort comme l’espèce la plus performante dans ce système. Selon Julien Guéneau :

  • le taux de germination est bon ;
  • elle s’exprime bien dans le mélange ;
  • elle « arrache » réellement.

Les avoines fonctionnent aussi bien, de même que les seigles.

Coûts des semis directs dans prairie vivante

Julien Guéneau raisonne systématiquement ses essais en intégrant tous les coûts, y compris la main-d’œuvre.

Il estime le coût d’implantation à :

  • 37 euros par hectare pour le semis lui-même.

À cela s’ajoute un coût de semences important. Même lorsqu’il dispose de semences de ferme, il considère que le taux de germination n’est pas suffisamment bon en semis direct dans prairie vivante. Pour obtenir un résultat, il est donc obligé de semer à doses relativement fortes.

Au total, il estime :

  • environ 150 euros par hectare de semences.

Cela représente donc un coût global proche de :

  • 180 à 190 euros par hectare.

Dans son système laitier, il considère que si cette pratique lui apporte une demi-tonne d’herbe récoltée sur l’année, l’opération est déjà gagnante. Selon lui, cette demi-tonne d’herbe est atteinte très rapidement, ce qui explique qu’il juge l’itinéraire économiquement cohérent malgré un coût de semences élevé.

Essais de maïs en semis direct dans prairie vivante

Julien Guéneau présente un essai où le couvert était d’abord simplement fauché avec un broyeur ou un outil type hache-paille, puis où le maïs était semé avec un monosem, qui n’est pas un semoir de semis direct.

L’idée était :

  • d’écarter le mulch ;
  • puis de positionner la graine directement dans la terre, juste sous le mulch.

Le résultat n’a pas été satisfaisant. L’essai a été répété dans trois parcelles différentes et dans trois contextes différents.

Les problèmes observés :

  • prédation plus forte dans les bandes d’essai ;
  • taupins allant plus vite dans ces semis directs que dans le reste de la parcelle ;
  • enracinement moins fort.

Dans une année marquée par une forte sécheresse en juillet, les maïs en semis direct ont davantage décroché que les maïs conduits autrement.

Julien Guéneau estime que ce n’est pas complètement nul, mais que ce n’est pas satisfaisant en termes de bilan économique. L’itinéraire est encore trop pénalisant. Il pense que cela mériterait d’être approfondi, peut-être avec d’autres techniques intermédiaires comme [[le strip-till]], mais il ne dispose pas aujourd’hui des équipements nécessaires.

Essais de sursemis de légumineuses dans le maïs

Des essais ont été menés avec différents trèfles :

  • trèfle blanc ;
  • trèfle violet ;
  • trèfle hybride ;

ainsi qu’avec de la luzerne.

Ces espèces étaient semées à la volée après le deuxième binage, juste avant le passage de l’irrigation.

Le résultat n’a pas été jugé probant :

  • cela fonctionnait à certains endroits ;
  • mais pas à d’autres ;
  • et donc, selon lui, ce n’est pas généralisable à l’échelle de la ferme.

Semis direct de couverts entre deux pailles

Julien Guéneau évoque aussi le semis direct de couverts entre deux cultures de céréales. Il reconnaît que cela peut fonctionner, mais chez lui seulement une année sur trois. Il a donc fini par arrêter cette pratique, car il avait l’impression de ne pas progresser.

Semis de trèfle sous couvert de céréales

Échec du semis de trèfle au printemps

Dans son contexte, Julien Guéneau a arrêté de semer les trèfles sous couvert de céréales au printemps, car il obtenait systématiquement des échecs.

Les raisons qu’il avance :

  • le mélange triticale-pois est très couvrant ;
  • le salissement d’hiver est très fort sur la ferme ;
  • lorsqu’il épand des graines très fines à la volée, elles ont peu de chances de s’en sortir.

Essais de semis à l’automne

Des essais en microparcelles avaient montré des résultats intéressants avec un semis à l’automne, en même temps que la céréale. Il a donc testé cette pratique sur 11 hectares l’année précédente.

Le trèfle a été semé :

  • à la volée ;
  • en même temps que la céréale ;
  • avec roulage.

Le mélange comprenait :

  • 4 kg de trèfle blanc ;
  • 4 kg de trèfle violet.

L’année a été favorable au trèfle. Sur la parcelle présentée :

  • le trèfle blanc n’est pas considéré comme une réussite ;
  • le trèfle violet, en revanche, s’est très bien développé.

Le rendement en céréales a été de 22 quintaux. Julien Guéneau précise que ce faible rendement s’explique davantage par un problème de levée et par des dégâts de sangliers sur une partie de la parcelle que par la présence du trèfle.

Il indique qu’il a pu conduire cet itinéraire parce qu’il a :

  • fauché ;
  • laissé sécher ;
  • puis repris à la batteuse avec un pick-up.

Il pense qu’une récolte directe avec une moissonneuse aurait été plus compliquée.

Raisonnement économique

Il estime que cet itinéraire génère un surcoût de récolte de :

  • 80 euros par hectare, entre la fauche et le battage.

Dans les microparcelles, l’incidence du trèfle sur le rendement du triticale se situait entre :

  • –2 quintaux ;
  • et –7 quintaux.

Par prudence, il raisonne avec une hypothèse possible de :

  • 10 quintaux de perte,

ce qui représenterait environ 350 euros.

Mais en face, il y a des gains :

  • plus de semis de prairie à faire à l’automne ;
  • pas de déchaumage ;
  • une production d’herbe supplémentaire ensuite.

Il estime que s’il gagne 1 tonne d’herbe à l’automne ou au printemps suivant, l’opération devient intéressante. Il donne un exemple concret : cette année-là, ses génisses avaient déjà pâturé 800 kg de matière sèche par hectare à l’automne, avant même les repousses du printemps. La prairie était puissante et bien présente au printemps.

Il dit avoir désormais tendance à préférer ce type d’itinéraire.

Féverole pure en semis direct dans prairie vivante

Dans une parcelle d’essai en semis direct dans prairie vivante, une bande de 6 mètres de large avait été implantée en féverole pure.

Au départ, l’idée était plutôt de la valoriser en ensilage, mais la féverole s’était suffisamment bien développée pour qu’il soit décidé de la pousser jusqu’au grain.

Caractéristiques de l’essai :

  • 200 kg de semences de féverole ;
  • semis au 15 octobre ;
  • semis direct ;
  • récolte au grain.

Le rendement obtenu a été de :

  • 22 quintaux.

C’est exactement le même rendement que la moyenne des féveroles pures conduites en itinéraire classique sur la ferme cette année-là.

À la suite de cet essai, Julien Guéneau a implanté 1 hectare de féverole pure dans ces conditions. Pour lui, si cet itinéraire permet d’obtenir autour de 20 quintaux de féverole tout en autorisant encore un pâturage à l’automne, alors économiquement cela devient un itinéraire de poids.

La question de la vesce velue et du risque de graines dormantes

Une question est posée sur le risque de graines dormantes de vesce velue, avec la crainte d’un envahissement ultérieur, comme cela a pu être observé chez certains producteurs aux États-Unis.

Julien Guéneau répond qu’il a effectivement cette crainte, mais qu’il prend le risque. Il précise avoir tout de même pris la précaution de ne pas placer les semis directs de vesce velue en année n-1 avant une céréale. Il reconnaît cependant que la vraie réponse se verra dans plusieurs années.

Les essais en cours

Parmi les essais actuellement conduits sur la ferme, Julien Guéneau cite :

  • des essais variétaux dans les prairies ;
  • une plateforme d’essai de différents méteils, en collaboration avec la chambre d’agriculture et l’Institut de l’élevage, essai répété sur plusieurs fermes des Pays de la Loire ;
  • des essais sur différentes graminées, avec l’idée de trouver une céréale capable de lever et de s’imposer dans une prairie vivante.

Dans cette recherche, il teste notamment :

Ces essais sont encore au stade microparcelles. Il attend de voir les résultats à l’été.

Il mentionne aussi :

  • la féverole pure dans prairie vivante, testée cette année sur environ 1 hectare ;
  • le trèfle violet semé avec la céréale, itinéraire déjà présenté, qu’il a relancé sur 7 hectares supplémentaires.

Types de prairies concernées par les semis directs

À la question de savoir si le semis direct en prairie concerne des prairies permanentes ou temporaires, et s’il intervient après fraisage ou directement dans la prairie vivante, Julien Guéneau répond que cela concerne les deux cas.

Il intervient :

  • soit dans des prairies de ray-grass / trèfle violet plutôt en année 2 ou 3 ;
  • soit dans des vieilles prairies à ray-grass anglais / trèfle blanc, pouvant avoir jusqu’à 9 ans.

Il réalise aussi presque tous les ans des essais comparatifs :

  • broyage puis semis avec combiné ;
  • semis direct à dents ;
  • parfois un passage de fraise puis combiné.

Il n’a en revanche pas testé un semis à la volée directement après la fraise.

Comparaison entre semis direct et travail du sol superficiel

À partir de ses comparaisons répétées depuis plusieurs années dans plusieurs blocs de la ferme, Julien Guéneau dit arriver à la conclusion suivante :

En termes de rendement au printemps, le « match » est gagné par le semis direct à dents.

Selon lui, quand il intervient avec un combiné et une herse rotative, il déstructure trop la prairie, qui n’arrive jamais à rattraper ensuite son retard de production, y compris au printemps. Lors des premières coupes, la différence est visible, et cette observation s’est répétée pendant quatre ou cinq ans sur plusieurs secteurs de la ferme.

Pour lui, la conclusion est donc suffisamment solide pour arrêter certains essais et retenir le semis direct à dents comme référence dans son contexte.

Mélanges prairiaux et risque de ray-grass dans les céréales

Julien Guéneau explique que, lorsqu’il a commencé il y a une dizaine d’années, il avait implanté des mélanges à base de :

  • ray-grass d’Italie ;
  • trèfle violet.

Il s’attendait à rencontrer des problèmes. Il a donc pris l’habitude de faucher toujours au maximum au début de l’épiaison.

À une question sur la présence de trèfle hybride et de ray-grass hybrides ou anglais, et les éventuels problèmes que cela pourrait engendrer, il répond qu’il n’a jamais de souci particulier de trèfle violet sur sa ferme.

Concernant les ray-grass dans les céréales, il dit ne pas avoir de problème notable de repousses ou d’enherbement par ray-grass, alors même qu’il a de vrais problèmes de salissement dans ses céréales.

Les adventices principales qu’il cite sont :

  • le vulpin ;
  • le lamier ;
  • la ravenelle ;
  • d’autres adventices qu’il ne détaille pas complètement ;
  • ainsi que la cardamine hirsute.

Mais il ne constate pas de problème particulier de ray-grass dans ses semis.

Conclusion

L’intervention de Julien Guéneau montre que le semis direct dans prairie vivante en bio peut constituer un levier intéressant, mais qu’il doit être raisonné avec beaucoup de prudence.

Ses principaux messages sont les suivants :

  • il n’existe pas de réponse simple en « ça marche » ou « ça ne marche pas » ;
  • la flore de départ de la prairie est déterminante ;
  • l’espèce semée joue un rôle majeur ;
  • le semis direct à dents semble, dans son contexte, très performant par rapport à des itinéraires plus travaillés ;
  • certaines espèces, comme la vesce velue ou la féverole, semblent offrir des perspectives intéressantes ;
  • d’autres, comme le colza fourrager ou le sursemis de trèfles dans prairie vivante, se sont révélées très décevantes chez lui.

Il insiste enfin sur la nécessité de continuer à tester, à échanger entre agriculteurs, et à approfondir collectivement les connaissances sur ces systèmes.