Un nouveau commun urbain, Stéphane Berdoulet
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En milieu urbain, l'histoire des sols est mouvementée mais passionnante ! Cette vidéo à été réalisé dans le cadre d'une journée de conférence organisée par l'Association Française d'Agriculture Urbaine Professionnelle (AFAUP), Ver de Terre Production, le Réseau Francilien des Agricultures Urbaines et l'Académie du Climat.
Un nouveau commun urbain, Stéphane Berdoulet
Dans cette intervention, Stéphane Berdoulet présente le projet « L’Îlot », situé sur l’Île-Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis. Ce territoire, marqué par une histoire industrielle lourde et un passé de poldérisation datant des travaux du baron Haussmann, est aujourd’hui une zone de 3,6 hectares (l’équivalent de 5 terrains de rugby) qui témoigne d’un renouveau agroécologique ambitieux.
Un contexte territorial complexe
L’Île-Saint-Denis est une ville dense, proche de Paris, caractérisée par une forte précarité sociale et une histoire industrielle qui a laissé des traces : des sols pollués aux métaux lourds et polluants organiques, avec jusqu’à 18 mètres de terre de remblai d’origine inconnue. L’association « L’Atelier des initiatives de l’Île » (L’Îlot) est née il y a 30 ans pour répondre à deux défis majeurs : le taux élevé de chômage des jeunes et un cadre de vie dégradé.
La philosophie de L’Îlot
Le projet ne cherche pas à « faire table rase » ou à évacuer les terres polluées vers une autre périphérie, ce qui reviendrait à déplacer le problème. L’idée est au contraire de révéler le sol, de le rendre visible et de construire une histoire projective au présent et au futur.
Le projet s’articule autour de trois briques fondamentales :
- La dimension productive et inclusive : Créer des emplois accessibles aux personnes éloignées du marché du travail tout en rendant un service environnemental. Cela inclut le lancement de projets comme « Les Alchimistes » (compostage) et la production de fleurs coupées locales pour concurrencer le marché mondial d’Amsterdam.
- La biodiversité et l’éducation populaire : Réintégrer la nature en ville tout en favorisant l’appropriation du projet par les habitants. Le site se veut un lieu de pédagogie, d’art (concours de sculpture en réemploi) et de lien social.
- La recherche et développement (R&D) : Travailler avec des experts (comme Henri de Richecour Robin, spécialisé dans la science des sols) pour comprendre et restaurer les sols. Le projet « Les Faiseurs de Terre » (SAS cofondée avec des bureaux d’études en économie circulaire) vise à concevoir des technosols à partir de substrats recyclés.
L’importance de la narration et des savoirs
Stéphane Berdoulet souligne que, face à des sols pollués, le réflexe classique est l’exportation des terres. L’Îlot propose une narration alternative : assumer le passé du site pour construire un imaginaire nouveau. Ce travail passe également par la valorisation des savoirs « invisibilisés » des habitants, qui possèdent souvent, de par leurs origines variées, une expertise de la terre précieuse pour l’agroécologie.
La gestion de la pollution : entre science et perception
Lors de la phase de questions, les intervenants (dont Christophe Bichon de l’association « Sens de l’Humus ») précisent la complexité de l’acceptabilité sociale de la pollution. La pollution est souvent invisible pour les usagers, bien que des cartographies précises aient permis d’identifier une hétérogénéité des contaminants (plomb, arsenic, mercure, etc.) selon les parcelles.
Les mesures de précaution mises en place visent à limiter l’ingestion de poussières par les jardiniers, plutôt que la seule consommation des légumes. Il est d’ailleurs noté, à titre d’expérience, que des analyses de sang proposées aux usagers ont rencontré peu d’adhésion, soulignant le défi que représente la conscientisation des risques environnementaux sans tomber dans l’angoisse.
Une vigilance sur les intrants
Le projet a également mis en évidence des résultats surprenants concernant les intrants : des analyses effectuées avec du matériel de pointe ont révélé des traces de métaux lourds dans du compost pourtant certifié « agriculture biologique » et issu de filières industrielles normées. Ce constat a renforcé la nécessité d’une R&D locale poussée pour garantir la santé des sols et des productions futures.