Une analyse complète pour optimiser son système de production

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Dans ce webinaire, Marie-Thérèse Gässler présente les analyses utiles pour optimiser un système de production agricole en s’intéressant à l’ensemble sol-plante. Elle distingue trois approches complémentaires : l’analyse chimique du sol, pour piloter l’équilibre à long terme ; l’analyse de sève, pour suivre l’état nutritionnel de la plante à court terme ; et l’analyse biologique, notamment par chromatographie, pour évaluer le fonctionnement du sol vivant. L’objectif est de mieux comprendre les causes des stress, maladies ou pertes de rendement, plutôt que d’en traiter seulement les conséquences. La conférence insiste aussi sur l’intérêt du test à la bêche, des comparaisons dans le temps avec un même laboratoire, et de l’observation conjointe des propriétés physiques, chimiques et biologiques du sol. À travers plusieurs exemples concrets, Marie-Thérèse Gässler montre qu’un sol équilibré et biologiquement actif favorise des plantes plus saines, plus résilientes et potentiellement plus productives.

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Résumé
Dans ce webinaire, Marie-Thérèse Gässler présente les analyses utiles pour optimiser un système de production agricole en s’intéressant à l’ensemble sol-plante. Elle distingue trois approches complémentaires : l’analyse chimique du sol, pour piloter l’équilibre à long terme ; l’analyse de sève, pour suivre l’état nutritionnel de la plante à court terme ; et l’analyse biologique, notamment par chromatographie, pour évaluer le fonctionnement du sol vivant. L’objectif est de mieux comprendre les causes des stress, maladies ou pertes de rendement, plutôt que d’en traiter seulement les conséquences. La conférence insiste aussi sur l’intérêt du test à la bêche, des comparaisons dans le temps avec un même laboratoire, et de l’observation conjointe des propriétés physiques, chimiques et biologiques du sol. À travers plusieurs exemples concrets, Marie-Thérèse Gässler montre qu’un sol équilibré et biologiquement actif favorise des plantes plus saines, plus résilientes et potentiellement plus productives.

L’analyse des sols et des cultures est importante pour optimiser les systèmes de production. Les analyses chimiques de sol, les analyses de sève et l’analyse biologique sont présentées comme des outils essentiels pour comprendre et améliorer la santé des plantes et la fertilité du sol.


Webinaire gratuit avec Marie-Thérèse GASSLER, agronome, et animé par Martin Rollet, agronome au Centre National de l'Agroécologie, avec pour sujet l'optimisation du système de production.

Highlights

  • Les analyses chimiques de sol permettent de connaître les éléments nutritifs présents dans le sol afin de les rééquilibrer.
  • Les analyses de sève permettent de vérifier si la plante a accès aux nutriments du sol et lui apporter les éléments manquants.
  • L’analyse biologique permet de comprendre la relation entre la biologie du sol et la santé des plantes, de connaitre l'efficacité de la biologie.
  • Il est important de faire un suivi régulier des analyses pour améliorer son système de production.
  • La biologie du sol joue un rôle crucial dans la structure du sol, la circulation de l’eau, la disponibilité des nutriments et la régulation des pathogènes.
  • L’analyse de la biologie du sol à l’aide de techniques telles que la chromatographie peut fournir des informations précieuses sur la qualité du sol et l’efficacité des processus biologiques.
  • Les pratiques agricoles doivent être vérifiées et ajustées en fonction des analyses pour favoriser la santé des sols et des plantes.

Key Insights

  • Les analyses chimiques de sol sont essentielles pour identifier les besoins en éléments nutritifs pour le sol. En comprenant ces caractéristiques chimiques, les agriculteurs peuvent apporter les éléments manquants, améliorer l'équilibre au sein du sol et donc son fonctionnement.
  • Les analyses de sève sont un complément essentiel aux analyses chimiques de sol. Elles permettent de vérifier si les nutriments du sol sont réellement accessibles pour les plantes, ce qui est crucial pour leur croissance et leur développement.
  • L’analyse biologique du sol est primordiale pour comprendre comment la biologie du sol influence la nutrition des plantes. En analysant la présence et l’activité des microorganismes, il est possible d’optimiser les pratiques agricoles pour favoriser un développement sain des cultures.
  • La biologie du sol joue un rôle clé dans de nombreux processus, tels que la structure du sol, la régulation des pathogènes et la disponibilité des nutriments. Comprendre ces interactions permet d’ajuster les pratiques agricoles pour améliorer la fertilité du sol et la santé des plantes.
  • L’analyse de la biologie du sol à l’aide de la chromatographie, par exemple, permet d’obtenir des informations détaillées sur la qualité du sol et l’efficacité des processus biologiques. Cela peut aider les agriculteurs à prendre des décisions éclairées pour optimiser leurs systèmes de production.
  • L’optimisation des systèmes de production agricole passe par l’intégration de l’analyse des sols, de la sève et de la biologie du sol. En comprenant ces trois aspects, il est possible d’établir des pratiques agricoles plus durables et respectueuses de l’environnement, tout en améliorant la qualité des récoltes et stabilisant le rendement.




Présentation de l’intervention

Dans ce webinaire, Marie-Thérèse Gässler présente les différentes analyses qu’elle utilise, avec son père Alfred Gässler, pour optimiser les systèmes de production agricoles.

Ils sont agriculteurs dans l’Oise, dans le nord de la France, et travaillent en semi-direct sous , en agriculture de conservation des sols ou en agriculture régénératrice depuis une vingtaine d’années. En parallèle de leur activité agricole, ils réalisent aussi du conseil et des pour accompagner les agriculteurs qui souhaitent faire évoluer leur système.

L’objectif de la présentation n’est pas de vendre des analyses, mais d’expliquer pourquoi elles sont importantes, quelles sont celles qui existent, et en quoi elles peuvent aider à mieux décider.

Le fil conducteur de l’intervention est le suivant :

  • les analyses chimiques de sol servent plutôt à une gestion de long terme ;
  • les analyses de sève servent à une gestion de court terme, mais aussi de long terme ;
  • l’analyse biologique relie la plante au sol et le sol à la plante.

Pourquoi faire des analyses

L’idée principale est que le sol est le premier milieu dans lequel la plante se développe. Avant d’atteindre l’air et de profiter du soleil, elle dépend du sol, de ses racines, et des interactions qui s’y produisent.

Pour Marie-Thérèse Gässler, un sol fertile est un sol capable de fournir à la plante les éléments nutritifs :

  • sous une forme utilisable ;
  • au moment où elle en a besoin ;
  • dans la quantité nécessaire.

Les éléments nutritifs peuvent être présents dans le sol sans être disponibles pour la plante. À l’inverse, lorsqu’ils sont libérés, il faut aussi que la biologie du sol puisse les relier au sol pour éviter leur perte par lessivage.

Le sol est présenté comme un milieu complexe, avec trois grands types de propriétés :

  • les propriétés physiques ;
  • les propriétés chimiques ;
  • les propriétés biologiques.

L’enjeu est de ne pas regarder un seul de ces aspects, mais l’ensemble. Ces trois dimensions travaillent ensemble grâce au carbone, injecté dans le sol par les exsudats racinaires. Lorsque la plante fonctionne correctement, elle produit, par photosynthèse, des sucres qui alimentent le sol. Ainsi, pour penser le sol, il faut aussi penser la plante.

Les outils d’observation mobilisés

Marie-Thérèse Gässler présente quatre grands outils d’observation :

  • le test à la bêche, pour les caractéristiques physiques ;
  • l’analyse chimique de sol, avec la méthode Kinsey-Albrecht ;
  • la chromatographie de sol, pour la biologie ;
  • l’analyse de sève, pour l’état nutritif de la plante.

L’objectif est de mieux comprendre le système afin de traiter les causes plutôt que les conséquences, et d’aller vers des plantes saines, donc moins sensibles aux maladies et ravageurs.

Le test à la bêche

Le test à la bêche est présenté comme un indicateur simple, visuel, accessible et gratuit.

Il permet déjà d’observer beaucoup de choses :

  • la facilité ou non de pénétration dans le sol ;
  • la structure du sol ;
  • la présence éventuelle de compaction ;
  • la circulation de l’eau ;
  • la profondeur d’enracinement ;
  • la direction des racines ;
  • la présence de zones grisâtres ou verdâtres pouvant indiquer une mauvaise aération ou une stagnation d’eau.

Il est conseillé de le faire régulièrement, au moins une fois par an, ou une fois tous les deux ans. Il est intéressant de descendre à environ 30 cm pour voir comment le sol fonctionne en profondeur.

Marie-Thérèse Gässler recommande aussi de comparer différentes zones :

  • l’intérieur de la parcelle ;
  • les bordures ;
  • des zones plus naturelles, si elles existent.

Cela permet d’avoir un point de comparaison sur ce vers quoi le sol pourrait tendre.

Elle précise également qu’avec le temps, leur manière de lire un test à la bêche a évolué : ils ne regardent plus seulement si les racines descendent bien, mais aussi s’il y a de la terre qui colle aux racines, signe de libération d’exsudats et donc d’un meilleur fonctionnement du lien sol-plante.

L’analyse chimique du sol

Rôle de l’analyse chimique

L’analyse chimique du sol est connue et utilisée depuis longtemps. Elle permet de savoir si les éléments nutritifs sont présents, absents, en carence ou en excès.

Cependant, la présence d’un élément dans le sol ne garantit pas sa disponibilité pour la plante. Plusieurs facteurs interviennent :

  • la loi du minimum : l’élément le moins disponible devient limitant ;
  • la loi du maximum : un excès peut bloquer d’autres éléments ;
  • le pH, qui conditionne la disponibilité des nutriments.

Le pH idéal mentionné se situe autour de 6,2 à 6,5 pour rendre disponibles la majorité des éléments nutritifs, lorsque le reste du système fonctionne correctement.

La méthode Kinsey-Albrecht

Marie-Thérèse Gässler explique qu’ils travaillent avec la méthode Kinsey-Albrecht. Cette méthode repose sur une interprétation spécifique des analyses et vise à faire des recommandations basées sur les besoins du sol, plutôt que directement sur ceux de la plante.

L’idée est de construire de bonnes fondations :

  • un sol équilibré en nutriments ;
  • un sol qui se structure mieux ;
  • un sol qui laisse mieux circuler l’air ;
  • un sol qui retient mieux l’eau ;
  • un sol qui permet à la biologie de mieux se développer.

Il s’agit donc d’une approche de long terme.

Les paramètres mesurés

L’analyse comprend notamment :

Ils ont également ajouté systématiquement le molybdène, car ils ont constaté de fréquentes carences au niveau des plantes.

Une précision importante est donnée sur la matière organique : le laboratoire ne mesure pas exactement la même chose que les laboratoires européens habituels. Il mesure plutôt une teneur en humus colloïdal, correspondant à une étape avancée de dégradation de la matière organique. Cela peut conduire à des résultats apparemment plus faibles que dans d’autres laboratoires.

D’où une recommandation forte : toujours utiliser le même laboratoire pour suivre l’évolution dans le temps. Les méthodes d’extraction, les référentiels et les normes diffèrent selon les laboratoires, ce qui rend les comparaisons directes très difficiles.

Le rapport calcium / magnésium

Dans l’approche Kinsey-Albrecht, la première base de l’interprétation est l’équilibre chimique entre les différents éléments nutritifs, et en particulier la relation calcium/magnésium.

Pour la majorité des sols, l’objectif cité est :

  • 68 % de calcium ;
  • 12 % de magnésium ;
  • soit 80 % au total pour l’ensemble calcium + magnésium.

Selon Marie-Thérèse Gässler, cet équilibre est important pour obtenir le bon écartement des feuillets d’argile et donc un bon fonctionnement du sol.

Elle rappelle également que cette approche s’inscrit dans la continuité des travaux d’Albrecht, qui reliait la santé du sol, la santé de la plante et la santé humaine. Cette relation entre sol et alimentation humaine lui semble aujourd’hui trop souvent oubliée.

Quand et comment faire les prélèvements

L’analyse chimique peut être faite globalement toute l’année, mais l’automne est préféré. Il est surtout essentiel de choisir toujours à peu près la même période d’une année à l’autre, afin de rendre les comparaisons pertinentes.

Quelques précautions sont mentionnées :

  • éviter certaines périodes trop sèches ;
  • tenir compte des apports récents, par exemple de soufre élémentaire ;
  • attendre au moins six mois après un apport de soufre élémentaire, ou bien le signaler.

Ils recommandent de faire ce type d’analyse tous les deux à trois ans. Une stratégie peut consister à répartir les parcelles sur trois ans pour lisser les coûts.

Les prélèvements doivent porter sur des zones homogènes, et non sur des zones hétérogènes. Les prélèvements sont ensuite mélangés pour obtenir un échantillon représentatif.

Pour la profondeur :

  • en sol non travaillé : 10 cm ;
  • en sol travaillé : profondeur travaillée.

Limites de l’analyse de sol

Marie-Thérèse Gässler insiste sur un point essentiel : une analyse de sol seule ne permet pas de savoir si la plante sera bien nourrie.

On peut observer :

  • un élément en carence dans le sol mais en excès dans la plante ;
  • ou l’inverse.

Autrement dit :

  • ce qui est dans le sol n’est pas forcément accessible à la plante ;
  • ce qui manque dans le sol n’empêche pas toujours la plante d’accéder à ce dont elle a besoin.

C’est ce qui justifie, selon elle, le recours aux analyses de sève.

Les analyses de sève

Pourquoi analyser la plante

L’analyse de sève est présentée comme un outil permettant de vérifier si la plante a réellement accès aux éléments nutritifs nécessaires à son développement.

Elle permet de travailler sur :

  • le court terme, en corrigeant rapidement des déséquilibres ;
  • le long terme, en améliorant le fonctionnement global du système.

Mesures simples en bout de champ

Plusieurs mesures peuvent être faites directement au champ :

  • le pH de sève ;
  • le Brix ;
  • d’autres mesures comme les nitrates ou la conductivité.

Pour le pH, la valeur de référence donnée pour la majorité des plantes est autour de 6,4.

Pour le Brix, l’idée générale est que plus il est élevé, plus la résistance de la plante aux ravageurs est importante.

Ces mesures doivent être réalisées le matin, avant 9 heures, avant un nouveau cycle de photosynthèse. À ce moment-là, les « compteurs sont à zéro », ce qui permet une lecture plus juste de l’état physiologique de la plante.

Marie-Thérèse Gässler précise que ces mesures de terrain sont des indicateurs. Elles permettent de savoir s’il faut aller plus loin, mais elles ne suffisent pas à elles seules pour déterminer quels éléments manquent réellement à la plante.

Analyse de tissu et analyse de sève

Elle distingue deux grands types d’analyses foliaires :

  • l’analyse de tissu, sur feuilles sèches ;
  • l’analyse de sève, sur feuilles fraîches.

L’analyse de tissu existe depuis plus longtemps et dispose de référentiels plus larges. Mais elle analyse l’ensemble de la feuille, y compris des éléments éventuellement stockés par la plante sans être réellement utilisables.

L’analyse de sève, en revanche, regarde les éléments présents dans la sève, donc directement utilisables par la plante. Elle est donc :

  • plus précise ;
  • plus sensible ;
  • plus variable ;
  • mais mieux corrélée à ce qu’on observe visuellement dans la parcelle.

Les éléments analysés

Avec le laboratoire qu’ils utilisent, l’analyse de sève porte sur :

  • 16 éléments ;
  • le pH ;
  • la conductivité ;
  • le sucre ;
  • différentes formes d’azote :
    • azote total ;
    • nitrates (NO3) ;
    • ammonium (NH4).

Le schéma recherché est le suivant :

  • NO3 et NH4 faibles ;
  • azote total assez élevé.

Cela signifie que la plante convertit correctement l’azote minéral en protéines. Une plante qui fonctionne ainsi est moins sensible aux ravageurs et se développe mieux.

Le laboratoire utilisé

Ils travaillent avec le laboratoire Novacrop, aux Pays-Bas, car :

  • les analyses sont rapides ;
  • les résultats arrivent environ 48 heures après réception ;
  • c’est, selon elle, le laboratoire qui mesure actuellement le plus d’éléments.

Le laboratoire dispose aussi d’un référentiel étendu pour différentes cultures.

Protocole de prélèvement

Le protocole présenté est le suivant :

  • commencer dès que la plante est suffisamment développée ;
  • prélever le matin avant 9 heures ;
  • travailler sur des zones homogènes ;
  • si l’on veut affiner, comparer jeunes feuilles et vieilles feuilles.

Cette comparaison permet de voir si la plante va puiser dans ses réserves ou si elle arrive à se nourrir correctement via le sol.

Pour des approches plus simples, on peut commencer :

  • soit avec des feuilles intermédiaires ;
  • soit avec des jeunes feuilles.

Les feuilles sont envoyées fraîches au laboratoire, dans des sachets et avec des étiquettes fournies par celui-ci. Il est préférable d’envoyer les échantillons en début de semaine.

Intérêt agronomique

Les analyses de sève permettent :

  • d’éviter les carences ;
  • d’éviter aussi les excès ;
  • de réduire les causes de maladies et de stress ;
  • de piloter plus finement la fertilisation.

Marie-Thérèse Gässler insiste sur le fait que l’objectif n’est pas seulement de nourrir la plante pour l’année en cours. Une plante mieux nourrie photosynthétise mieux, produit plus de sucres, nourrit davantage la biologie du sol, et améliore ainsi le système à plus long terme.

Lien avec la sensibilité aux ravageurs

Elle présente un exemple avec de la semée dans deux sols :

  • un sol avec davantage de matière organique ;
  • un sol avec moins de matière organique.

Dans le sol le moins fonctionnel, les plantes ont été fortement ravagées par les insectes, alors que les plantes de l’autre pot, pourtant juste à côté, ont été beaucoup moins attaquées.

Pour elle, cela montre bien l’importance d’une alimentation équilibrée de la plante. Il ne s’agit pas d’un seul élément, mais de l’ensemble des nutriments impliqués dans les différents processus physiologiques.

Les carences ne se voient pas toujours

Un point très important est rappelé : une carence, un excès ou un déséquilibre dans la plante ne se voit pas forcément à l’œil nu, ou pas immédiatement.

Elle montre le cas d’un colza visuellement beau, vert et bien développé, mais dont l’analyse foliaire révélait déjà des carences, notamment en magnésium et en bore.

Selon elle, une carence ne se devine pas, elle s’analyse. Une fois qu’elle devient visible, les dégâts sont déjà irréversibles, avec une perte de rendement déjà engagée.

La nutrition de la plante et la pyramide de santé

Marie-Thérèse Gässler évoque la pyramide de santé de John Kempf, qui travaille sur la nutrition et la santé des plantes.

Sans entrer dans tous les détails, elle en retient quatre étapes :

  • une photosynthèse efficace ;
  • une bonne synthèse des protéines ;
  • une augmentation de la synthèse des lipides ;
  • une augmentation des composés liés à l’immunité de la plante.

Selon elle :

  • les deux premières étapes peuvent déjà être largement améliorées par une meilleure nutrition de la plante ;
  • les deux dernières demandent un fonctionnement biologique du sol plus avancé.

Elle souligne aussi que la transformation de l’azote en protéines nécessite l’intervention de nombreux éléments :

S’il en manque un, la chaîne de transformation ne fonctionne pas correctement.

L’idée centrale est qu’on peut rendre l’azote plus efficace, et parfois en réduire les quantités, à condition d’apporter les éléments nécessaires, sur la base des analyses de sève.

La biologie du sol

Pourquoi elle est essentielle

La biologie du sol est présentée comme l’élément qui relie :

  • la chimie du sol ;
  • la chimie de la plante.

Elle intervient dans :

  • l’agrégation des particules ;
  • la structure et la porosité du sol ;
  • la dégradation de la matière organique ;
  • la mise à disposition des éléments nutritifs ;
  • la rétention des éléments pour éviter le lessivage ;
  • la régulation de certaines populations pathogènes.

Marie-Thérèse Gässler insiste sur le fait que la structure du sol est d’abord créée par les micro-organismes bénéfiques. Les bactéries et les champignons collent les particules minérales et organiques entre elles, créent des microagrégats, puis des agrégats plus grands. Cela construit la porosité du sol.

Le réseau trophique du sol

Elle décrit le sol comme un réseau trophique complet :

  • bactéries ;
  • champignons ;
  • protozoaires ;
  • nématodes ;
  • puis organismes plus grands.

L’intérêt d’un réseau trophique fonctionnel est multiple :

  • concurrence : plus il y a d’organismes bénéfiques, moins il y a de place pour les pathogènes ;
  • consommation : en mangeant bactéries et champignons, les prédateurs libèrent des éléments nutritifs sous des formes assimilables par la plante ;
  • inhibition : certains micro-organismes produisent des substances défavorables aux pathogènes.

La biologie du sol protège donc et nourrit la plante.

La chromatographie de sol

Principe général

Pour évaluer la biologie, Marie-Thérèse Gässler explique qu’ils utilisent la chromatographie de sol.

Cette méthode est peu connue et peu reconnue, notamment parce qu’elle ne produit pas de chiffres au sens classique. C’est une analyse qualitative, visuelle, développée dans les années 1950 par Pfeiffer puis reprise par des Autrichiens.

Elle se réalise sur papier filtre rond et peut s’appliquer :

  • aux sols ;
  • aux composts ;
  • à d’autres matières organiques.

L’objectif est de connaître la qualité de la biologie et l’efficacité des communautés présentes, plutôt que de simplement mesurer des quantités.

Ce que la chromatographie permet d’observer

Selon elle, la chromatographie permet d’avoir des indications sur :

  • l’aération du sol ;
  • la structure ;
  • la diversité bactérienne et fongique ;
  • l’activité biologique ;
  • la capacité de dégradation de la matière organique ;
  • la rétention des éléments minéraux ;
  • l’intégration générale du fonctionnement du sol ;
  • la dynamique d’évolution du système.

Comme les autres analyses, elle donne une photo à un instant T, mais son intérêt est surtout dans la comparaison :

  • entre parcelles ;
  • dans le temps.

Interprétation générale

Dans les chromatogrammes, plusieurs zones sont observées :

  • une zone blanche centrale, liée à l’aération ;
  • une activité bactérienne plus extérieure ;
  • des structures radiales évoquant des « épines de  », interprétées comme une activité fongique ;
  • une comparaison entre différents papiers utilisés, qui renseigne sur la dynamique d’évolution.

Si le second papier montre plus de détails que le premier, l’évolution est considérée comme positive. Si c’est l’inverse, la dynamique est jugée négative.

Même si c’est une méthode qualitative, ils ont mis en place un système de notation sur 350 points pour situer les échantillons selon différents critères.

Protocole de prélèvement

Le protocole recommandé est le suivant :

  • préférer l’automne ou le printemps ;
  • éviter les périodes trop sèches, trop humides, trop chaudes ou trop froides ;
  • réaliser l’analyse tous les deux à trois ans ;
  • prélever sur 0-10 cm au départ ;
  • retirer les résidus de surface et le premier centimètre ;
  • sécher l’échantillon avant envoi.

Exemples donnés

Pour montrer le caractère très visuel de la méthode, Marie-Thérèse Gässler compare :

  • un caillou calcaire, qui ressort sans structure ;
  • une prairie, qui montre de belles couleurs et de belles structures, signe d’une forte activité biologique.

Elle montre également des exemples de sols agricoles :

  • très faibles biologiquement ;
  • moyens ;
  • avec un bon fonctionnement biologique.

Exemple de leur propre ferme

Un exemple marquant concerne une parcelle chez eux.

En 2013, après quinze ans d’agriculture de conservation des sols et de semis direct sous , ils pensaient que leur sol fonctionnait bien biologiquement. La première chromatographie de cette parcelle a pourtant montré un sol très faible biologiquement.

Ce constat les a amenés à remettre en question leurs pratiques. Ils ont alors :

  • renforcé la diversité des couverts végétaux ;
  • porté encore plus d’attention à leur implantation ;
  • commencé à utiliser des thés de compost pour apporter de la biologie.

En trois ans, l’évolution a été, selon elle, « formidable », avec un chromatogramme nettement meilleur, même s’il n’était pas parfait.

Le message associé est clair : il faut vérifier l’effet réel de ses pratiques. Ce n’est pas parce qu’une technique est réputée bonne qu’elle fonctionne forcément correctement dans toutes les situations.

Exemples pratiques en culture

Moutarde plus ou moins attaquée

L’exemple de la moutarde, déjà cité, sert à illustrer l’effet d’une nutrition différente sur l’attractivité pour les ravageurs.

Deux plantes proches, dans des sols différents, montrent des comportements très contrastés :

  • l’une est fortement attaquée ;
  • l’autre quasiment pas.

Maïs en 2022

Un autre exemple porte sur deux parcelles de maïs côte à côte, séparées par une route, en 2022, année très sèche :

  • une parcelle conduite en agriculture de conservation des sols depuis plusieurs années, avec suivi par analyses de sève ;
  • une parcelle en conventionnel, sans ce suivi.

Dans la première, le maïs est resté vert beaucoup plus longtemps. Cela signifie plus de photosynthèse sur une période plus longue, et donc théoriquement plus de production.

La chromatographie montrait :

  • une parcelle A avec un fonctionnement biologique correct, notée 225/350 ;
  • une parcelle B plus moyenne, notée 130/350.

Une analyse au microscope des racines a aussi montré la présence de mycorhizes arbusculaires dans la parcelle A, et leur absence dans la parcelle B.

Selon Marie-Thérèse Gässler, cela est essentiel en période sèche : la plante mycorhizée peut demander de l’eau au champignon. Mais cette symbiose suppose que la plante fonctionne bien dès le départ, pour pouvoir fournir du sucre au champignon.

Maïs en 2023

Elle montre aussi des maïs en septembre 2023, encore sur des parcelles voisines :

  • un maïs resté bien vert et fonctionnel ;
  • un autre déjà nettement affecté par la sécheresse.

Là encore, l’idée est qu’un meilleur fonctionnement du système se répercute sur la tenue de la culture et le rendement.

Les couverts végétaux et les analyses de sève

À la fin des échanges, Marie-Thérèse Gässler indique qu’ils réalisent aussi des analyses de sève sur les .

Dans leur approche, le couvert végétal est central. Ils constatent d’ailleurs que lorsque les couverts s’installent mal, notamment à cause du sec, cela a un impact direct sur la culture suivante.

Ils ne réalisent pas des analyses sur toutes les espèces d’un mélange complexe, mais choisissent plutôt quelques plantes représentatives, par exemple :

  • une légumineuse ;
  • une céréale.

Cela leur donne déjà des indications sur ce qui pourrait poser problème ou au contraire bien fonctionner pour la suite.

Points de vigilance soulignés

Plusieurs points de vigilance reviennent tout au long de l’intervention :

  • ne pas comparer des résultats issus de laboratoires différents ;
  • bien respecter les protocoles de prélèvement ;
  • toujours travailler sur des zones homogènes ;
  • utiliser les analyses comme outil d’aide à la décision, pas comme vérité isolée ;
  • toujours confronter les résultats à ce qui se passe réellement dans la parcelle.

Marie-Thérèse Gässler insiste sur le fait que si une analyse semble bonne mais que la culture est malade, il faut continuer à chercher : il y a forcément un problème quelque part.

Elle précise aussi qu’après une analyse de sève, les apports foliaires doivent être faits avec attention :

  • bonne qualité d’eau ;
  • attention au pH de l’eau ;
  • conditions d’humidité favorables ;
  • produits les plus purs possible ;
  • si possible sous forme chélatée ou accompagnés d’une source de carbone.

Conclusion

La conclusion du webinaire est que les analyses permettent :

  • de vérifier l’impact réel des pratiques ;
  • de mieux comprendre son système ;
  • de prendre de meilleures décisions.

Le sol et la plante forment un système complexe et dynamique. Pour bien intervenir, il faut regarder l’ensemble :

  • structure ;
  • chimie du sol ;
  • biologie du sol ;
  • nutrition de la plante.

Les recommandations finales sont les suivantes :

  • analyses chimiques de sol : tous les deux à trois ans ;
  • analyses biologiques : tous les deux à trois ans ;
  • analyses de sève : au minimum trois fois dans l’année.

L’objectif est à la fois :

  • de mieux nourrir la plante ;
  • de réduire les intrants, y compris les phytosanitaires ;
  • de stabiliser les rendements ;
  • d’améliorer le fonctionnement du sol sur le long terme.

Échanges avec les participants

Lors des questions-réponses, plusieurs points complémentaires sont abordés.

Concernant la parcelle analysée en 2013, Marie-Thérèse Gässler ne se prononce pas précisément sur la correspondance entre test à la bêche et chromatographie, mais elle indique qu’à l’époque les tests à la bêche semblaient plutôt bons, tout en montrant malgré tout une porosité imparfaite dans les premiers centimètres et certaines racines ne descendant pas correctement.

À propos de la chromatographie, elle précise que cette méthode ne permet pas de quantifier directement des organismes comme les amibes, flagellés ou nématodes. En revanche, certains éléments, comme l’aération du sol, indiquent si leur présence est probable. Pour quantifier réellement ces organismes, il faut recourir à d’autres analyses, par exemple au microscope.

Sur les plantes bio-indicatrices, elle explique qu’ils ont observé des corrélations surtout avec le test à la bêche et la chromatographie, notamment pour les problèmes de tassement, d’hydromorphie ou de mauvaise décomposition de la matière organique, mais pas spécifiquement avec l’analyse Kinsey-Albrecht.

Enfin, interrogée sur le budget à consacrer aux analyses, elle souligne qu’il dépend trop fortement de la taille de l’exploitation et du nombre de cultures pour donner un chiffre général. Elle insiste néanmoins sur le fait que ces analyses représentent un investissement qui peut se justifier par la réduction des phytosanitaires, une meilleure efficacité de la fertilisation et une meilleure stabilité des rendements.

Ressources et contact

Marie-Thérèse Gässler indique qu’il est possible de la contacter pour poursuivre les échanges après le webinaire, notamment par courriel et via les réseaux professionnels. Elle invite les agriculteurs intéressés à ne pas hésiter à la solliciter pour discuter des analyses, de leur interprétation et de leur mise en œuvre.