Verger maraicher en sol vivant, Edouard Stalin & Vincent Levavasseur
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avec Edouard Stalin et Vincent Levavasseur de Maraîchage Sol Vivant
Pendant deux semaines, on vous propose de (re)découvrir la journée agroécologie au Salon de l'Agriculture 2020 !
Introduction
Pour poursuivre les explorations agronomiques, cette intervention se tourne vers le maraîchage en sol vivant, c’est-à-dire l’extension des questions de fertilité, de conservation des sols et de fonctionnement biologique aux cultures maraîchères.
Deux intervenants sont présentés :
- Vincent Levavasseur, maraîcher et président de l’association Maraîchage sol vivant Normandie ;
- Edouard Stalin, installé en Normandie depuis une dizaine d’années.
L’intérêt de cette séquence est aussi de montrer qu’une partie de la ferme présentée a été recréée comme une véritable « oasis de production et de fertilité » à partir de parcelles auparavant dégradées, travaillées intensivement, avec des paysages appauvris. L’idée est de voir comment, en quelques années, beaucoup de choses sont revenues : structure du sol, biodiversité, productivité, qualité paysagère.
Le réseau Maraîchage sol vivant
Vincent Levavasseur présente d’abord le réseau Maraîchage sol vivant, sa structuration et sa spécificité.
Il s’agit aujourd’hui d’un réseau structuré à l’échelle nationale. La carte de répartition des maraîchers n’est pas totalement à jour, mais elle permet déjà de visualiser des foyers importants, par exemple autour de Toulouse. Le chiffre indiqué sur un point correspond au nombre de maraîchers référencés dans la zone.
D’après Vincent Levavasseur, on compte désormais plusieurs centaines de maraîchers engagés dans cette voie sur l’ensemble du territoire français. En Normandie, le suivi est plus précis : chaque année, environ une vingtaine de porteurs de projet s’installent en maraîchage sur sol vivant, le plus souvent sur de petites fermes.
Le réseau s’est constitué à partir de plusieurs dynamiques :
- le partage d’expériences ;
- le réseautage entre producteurs ;
- la libre diffusion des connaissances, notamment via YouTube ;
- l’identification des acteurs sur les territoires.
La chaîne YouTube Maraîchage sol vivant a joué un rôle très important. Avec environ 2 millions de vues, elle a permis à de nombreux maraîchers de se former en partie seuls, derrière leur écran, puis d’entrer en contact avec d’autres praticiens.
Au-delà du partage de techniques, le réseau a ensuite cherché à construire des référentiels, afin de mieux comprendre ce qui se passe sur les fermes :
- du point de vue économique ;
- du point de vue environnemental ;
- du point de vue agronomique ;
- du point de vue social.
Ces travaux ont démarré autour de 2016 et se sont poursuivis grâce à différents dispositifs, notamment des suivis de type Dephy Ferme et des labellisations permettant d’avoir des animateurs pour caractériser les fermes.
Les caractéristiques générales des fermes du réseau
Vincent Levavasseur précise les grandes caractéristiques des fermes suivies dans le réseau.
Il s’agit généralement de petites fermes, allant d’environ 1 hectare à 2 hectares, en maraîchage diversifié. On y produit en moyenne une trentaine de légumes, vendus plutôt en circuits courts et généralement en agriculture biologique. La plupart des fermes sont d’ailleurs labellisées bio.
La main-d’œuvre salariée y est relativement limitée. Les fermes comportent souvent des serres, à hauteur de 10 à 15 % de la surface.
La spécificité du maraîchage en sol vivant
La spécificité du maraîchage en sol vivant vient du fait que, contrairement à l’arbre ou aux céréales, le légume ne peut pas être autofertile du point de vue du carbone.
En effet, lorsqu’on récolte une carotte, un poireau ou une tomate, on exporte presque toute la plante. Il reste donc très peu de biomasse pour nourrir le sol. Le système doit donc être pensé autrement.
La réponse apportée par le réseau consiste à :
- faire des apports exogènes de carbone ;
- ou travailler dans des rotations incluant par exemple trois ans de prairie avant de remettre des légumes.
Dans les faits, le plus courant dans le réseau est l’usage d’apports exogènes, car cela est relativement facile à mettre en œuvre sur de petites surfaces, inférieures à 2 hectares.
Les trajectoires d’installation
Vincent Levavasseur décrit deux grands cas de figure pour démarrer en maraîchage sol vivant.
Commencer sur prairie
Une situation fréquente consiste à démarrer sur prairie, système jugé très fertile et relativement simple à convertir en légumes.
La transition prairie-légumes se fait sans travail du sol. Pour détruire la végétation, les maraîchers bio utilisent des bâches d’occultation, qui permettent de détruire l’herbe sans déstructurer le sol.
Reprendre des sols dégradés
L’autre situation consiste à démarrer sur des sols dégradés, compactés, labourés, appauvris. Dans ce cas, il s’agit de les amener progressivement vers des sols vivants grâce à des apports de matière organique.
Ces apports peuvent être :
- soit massifs, pour remonter rapidement le taux de matière organique ;
- soit plus progressifs.
Selon les cas, la mécanisation peut être plus ou moins importante, notamment pour gérer les matières organiques. En revanche, la plantation reste souvent faite à la main, même si certains systèmes mécanisés existent.
La ferme de la mare des Rufaux
Edouard Stalin présente ensuite sa ferme, appelée la ferme de la mare des Rufaux.
Toutes les photos montrées dans sa présentation ont été prises sur la ferme depuis 2011-2012. Il explique qu’il ne travaille pas seul et rappelle l’importance de remettre les femmes à leur place dans le monde agricole, qu’il qualifie de très patriarcal.
Sa compagne, Louise Desfontaines, a 28 ans. Elle possède un BTS paysagiste et a également suivi une école d’ingénieure paysagiste. Elle est sa conjointe collaboratrice et devrait, selon lui, évoluer encore dans le projet. Elle a quatre ans d’expérience en maraîchage, en conventionnel comme en bio.
Edouard Stalin rappelle aussi l’origine agricole de leurs familles :
- le père de Louise est céréalier sur 200 hectares en semis direct sous couvert végétal vivant, dans le Berry ;
- lui-même est fils et petit-fils d’agriculteurs.
Le parcours d’Edouard Stalin
Edouard Stalin se présente de manière très personnelle.
Il a 36 ans. À 14 ans, il était piégeur agréé. Il a passé le permis de chasse sans faute. Il a un bac pro pépiniériste, réalisé en alternance à la pépinière L’Écuyer en Seine-Maritime, entreprise datant de 1840. Il y a appris à greffer, tailler, arracher des arbres et travailler des plants de pleine terre.
Il possède aussi un BTS gestion et protection de la nature, éducation à l’environnement. Depuis huit ans, il est maraîcher-arboriculteur en agroforesterie sans travail du sol.
Aujourd’hui, il ne chasse plus, mais dit aimer toujours manger des produits de la chasse. Il fait partie de plusieurs structures :
- la Ligue pour la protection des oiseaux ;
- le Groupe mammalogique normand ;
- le réseau Maraîchage sol vivant depuis ses débuts ;
- Slow Food.
Cette présentation vise à montrer la diversité de son parcours, entre monde agricole, naturalisme et production alimentaire.
Localisation et contexte pédoclimatique
La ferme est située en Normandie, entre Rouen et Le Havre, sur le plateau du Roumois. Edouard Stalin rappelle qu’il existe dans cette région trois grands plateaux fertiles de limons :
- le pays de Caux ;
- le Neubourg ;
- le Roumois.
Les précipitations annuelles sont de l’ordre de 600 à 650 mm par an. Historiquement, elles étaient réparties sur toute l’année ; aujourd’hui, elles se concentrent davantage en hiver, avec des étés plus secs.
Le climat est décrit comme océanique, avec des hivers doux et des étés frais.
Du point de vue pédologique, il s’agit de limons, c’est-à-dire de roches sédimentaires déposées par le vent. Puisqu’ils ont été déposés par le vent, ils peuvent aussi repartir avec lui. Edouard Stalin insiste sur ce point en rappelant l’importance des pertes de sol observables après déchaumage : de la poussière s’envole, représentant une quantité énorme de matériau perdu.
Ce sont donc des sols très intéressants, mais aussi très fragiles.
Surface, foncier et investissement
Edouard Stalin est installé sur 2,8 hectares :
- 2 hectares correspondent à une ancienne parcelle conventionnelle récupérée via la SAFER ;
- 0,8 hectare provient d’un terrain appartenant à ses parents.
Les 2 hectares étaient auparavant une parcelle céréalière exploitée sans apport de matière organique. La prairie permanente, en revanche, était un système très différent, avec un fort taux de matière organique, puisqu’on n’y exportait pas cette ressource de la même manière.
La ferme fonctionne avec un bail familial et sans emprunt bancaire. Edouard Stalin est passé par le parcours jeunes agriculteurs. Il indique environ 77 000 euros immobilisés, et environ 100 000 euros d’immobilisation au total aujourd’hui.
Pour éviter la dépendance bancaire, il a eu recours au financement participatif. Selon lui, plutôt que de demander de l’argent aux banques et de devenir en quelque sorte leur salarié, il a préféré le demander directement aux gens.
Le système est très peu mécanisé : tracteur, épandeur, et peu d’autres équipements. La ferme relève du micro-bénéfice agricole, avec un chiffre d’affaires inférieur au plafond correspondant.
Résultats économiques de la ferme
Edouard Stalin présente des chiffres de chiffre d’affaires sur plusieurs années :
- 2016 ;
- 2017 ;
- 2018.
Il insiste moins sur le niveau absolu du chiffre d’affaires que sur le taux d’excédent brut d’exploitation, qu’il situe autour de 43 à 45 %. Pour lui, cela montre que ces systèmes sont rentables.
Il précise qu’il n’y a pas de salarié ni d’emprunt, mais que cela relève de choix personnels. Il souligne que le système leur permet de vivre, de partir en vacances tous les deux ans pour un grand voyage, et de s’autoriser aussi des week-ends chez des amis.
Le travail est physique, largement manuel, avec peu de pétrole consommé, même si le recours aux bâches plastiques pour l’occultation demeure une dépendance.
L’état initial des sols
Edouard Stalin revient ensuite sur l’état des sols au démarrage de la ferme, en 2011.
À cette époque, il avait encore des pratiques héritées de sa formation initiale, notamment une tendance à ratisser très finement, ce qui aboutissait à former des croûtes de battance dès qu’il pleuvait. Il montre par exemple une photo d’un semis de carottes totalement compromis par la battance.
Les analyses de sol réalisées dans le cadre du groupe Maraîchage sol vivant permettent de comparer deux situations :
- les 5 000 m² de prairie ;
- les 2 hectares anciennement en conventionnel.
Sur la prairie, le taux de matière organique était de 5,12 %, ce qui est jugé très bon. Le risque de battance, qui était très élevé en 2011, est ensuite passé à sans risque entre 2011 et 2017.
Sur les 2 hectares anciennement cultivés en conventionnel, le taux de matière organique atteint aujourd’hui 3,59 %, avec là aussi une évolution du risque de battance vers sans risque.
L’état actuel des sols
Des photos de profil de sol montrent l’état actuel de la parcelle de 2 hectares.
En surface, le sol présente une structure grumeleuse. On observe aussi de belles galeries de vers de terre anéciques, qui descendent avec la matière organique. Plus en profondeur, on distingue encore l’ancien sol, qui continuera sans doute à évoluer.
Edouard Stalin insiste sur le fait que, même sur des sols dégradés, il est possible de les régénérer, d’autant plus facilement sur de petites surfaces où l’on peut apporter beaucoup de matière organique.
Un des résultats concrets est l’absence d’eau stagnante lors des fortes pluies : l’eau s’infiltre, il n’y a plus de battance.
Les aménagements de la ferme
La ferme comprend :
- les 2 hectares de cultures ;
- les 5 000 m² de prairie et d’installation initiale ;
- environ 200 arbres fruitiers plantés au départ ;
- des haies autour des parcelles.
Les arbres fruitiers sont des variétés anciennes du Grand Ouest, adaptées au climat et au sol local. Edouard Stalin cite notamment les travaux de l’abbé Delarue dans le marais Vernier. Ces arbres n’ont jamais été traités, ni au cuivre ni avec d’autres produits. La taille est assurée par un tailleur professionnel.
Les haies ont plusieurs fonctions :
- freiner le ruissellement ;
- apporter de l’ombrage ;
- favoriser la biodiversité ;
- structurer le paysage.
L’occultation
Edouard Stalin explique qu’il utilisait déjà l’occultation dès 2011, bien avant que cela soit largement discuté dans le réseau.
Le principe est simple : lorsque l’on soulève une vieille brique ou une vieille souche restée longtemps au sol, on constate que le sol en dessous est nu et que les vers de terre, cloportes et autres organismes apparaissent. Ces organismes sont lucifuges, c’est-à-dire qu’ils fuient la lumière.
L’occultation consiste donc à :
- bloquer la lumière ;
- stopper la photosynthèse ;
- dégrader la végétation en place ;
- permettre la plantation directe.
Sur la ferme, cela permet d’installer les cultures sans travail du sol, dans des planches permanentes.
Les cultures sur la ferme
Les photos présentées montrent une diversité importante de cultures :
- salades ;
- artichauts ;
- panais ;
- brocolis ;
- poireaux ;
- oignons ;
- petits fruits ;
- autres légumes diversifiés.
Edouard Stalin insiste sur plusieurs points :
- le sol est toujours couvert, soit par un couvert synthétique, soit par un couvert naturel ;
- les cultures se font dans des planches permanentes ;
- les rangs d’arbres fruitiers portent aussi des petits fruits.
Concernant les panais, il montre un exemple de racine d’environ 84 à 85 cm sortie presque toute seule. Pour lui, cela illustre bien le fait que les racines s’infiltrent dans les galeries biologiques existantes, notamment celles des vers anéciques.
Il montre aussi des brocolis produits sans irrigation extérieure, point important sur une ferme où le forage serait très coûteux. Le projet est plutôt de développer de la récupération d’eau.
L’exemple des poireaux
Pour les poireaux, le protocole est le suivant :
- occultation du sol ;
- installation de paille ;
- ouverture des rangs avec des débroussailleuses, faute d’ouvre-rang ;
- plantation des poireaux ;
- bâchage ;
- désherbage limité.
Edouard Stalin rappelle que, dans beaucoup de systèmes maraîchers, le désherbage est le principal poste de travail. Avec ce type d’organisation, il est fortement réduit.
Il insiste aussi sur la facilité relative d’arrachage des poireaux en sortie d’hiver quand le sol est bien structuré, comparativement à des sols plus compacts où l’énergie nécessaire est beaucoup plus grande.
L’exemple des oignons en agroforesterie
Edouard Stalin détaille ensuite une culture d’oignons en agroforesterie.
Le système comprend :
- des pommiers hautes tiges en variétés anciennes ;
- des petits fruits sur les rangs (framboisiers, groseilliers, cassissiers, rhubarbe selon les rangs) ;
- des oignons dans les interrangs ;
- de la phacélie entre les rangs.
Il signale que les framboises atteignent 15 à 17 % de taux de sucre au réfractomètre, ce qu’il juge très bon.
Sur cette parcelle :
- il s’agissait d’une jachère de trois ans sur la parcelle de 2 hectares ;
- un rang sur deux avait été laissé en régénération naturelle ;
- il y avait eu broyage et un peu de broyat.
La culture comportait :
- 4 variétés d’oignons ;
- la plantation de 50 bulbilles d’oignons sur bâche pour essai ;
- environ 918 mottes sur 900 m².
Le résultat a été :
- 2 désherbages seulement ;
- environ 1,5 tonne d’oignons récoltée.
Les variétés citées sont :
Edouard Stalin souligne que le choix variétal est aussi guidé par le goût.
Biodiversité végétale et biodiversité animale
Un point central de l’intervention d’Edouard Stalin est le lien entre diversité végétale et diversité animale.
Selon lui, la biodiversité végétale attire la biodiversité animale. Mettre des plantes, c’est attirer des animaux qui vont ensuite rendre des services, en particulier de prédation sur les ravageurs.
Pour cela, il faut installer :
- des plantes de différentes strates ;
- des plantes mellifères ;
- des espèces qui fleurissent très tôt ;
- d’autres qui fleurissent très tard.
L’objectif est de recréer des écosystèmes intensifiés, avec une forte densité d’interactions biologiques.
Il insiste sur le fait que certaines plantes ornementales, comme le photinia ou le laurier-palme, n’apportent pas grand-chose de ce point de vue. Il faut au contraire choisir des espèces utiles pour la faune.
Il cite notamment :
- les saules ;
- les cassissiers ;
- différents prunus ;
- le lierre.
À propos du lierre, il rappelle qu’il n’étrangle pas les arbres, mais s’en sert comme tuteur. Il constitue selon lui un refuge très important, mellifère et fructifiant en hiver.
Le gîte et le couvert
Pour attirer la faune, il faut selon Edouard Stalin travailler à la fois le gîte et le couvert.
Le gîte sert à :
- se protéger ;
- se reposer ;
- se reproduire ;
- communiquer.
Le couvert sert à :
- se nourrir ;
- élever sa progéniture ;
- croître ;
- pérenniser l’espèce.
Les haies, les tas de branches, les zones couvertes, les nichoirs et les perchoirs jouent ici un rôle important.
Les haies et les refuges
Edouard Stalin montre des haies de saules obtenues très simplement à partir de branches plantées directement dans le sol. Après huit ans, cela donne de véritables haies brise-vent.
Il insiste sur les nombreuses externalités positives de ces aménagements :
- filtration ;
- captation de carbone ;
- effet brise-vent ;
- alimentation de la biodiversité.
Les tas de branches sont présentés comme des refuges simples à mettre en place, utiles à de nombreux groupes :
- reptiles ;
- amphibiens ;
- mammifères ;
- invertébrés.
Les auxiliaires évoqués
Parmi les animaux utiles cités, Edouard Stalin mentionne :
- les perdrix ;
- les renards ;
- les belettes ;
- les hérissons ;
- les crapauds ;
- les couleuvres ;
- les tritons ;
- les carabes ;
- les chauves-souris ;
- les abeilles ;
- les bourdons ;
- les syrphes ;
- les mésanges.
Il donne quelques exemples précis :
- les renards peuvent manger de 60 à 90 mulots ou campagnols par jour ;
- les crapauds vivent au sol et consomment œufs de limaces et limaces ;
- les chauves-souris sont insectivores ;
- les syrphes prédatent les pucerons ;
- les mésanges peuvent être favorisées par des nichoirs.
Il insiste aussi sur le fait que ces animaux, pour être présents, ont besoin de couverture végétale et de sols non nus.
Les nichoirs et les perchoirs
Des nichoirs à mésanges bleues et charbonnières ont été construits lors de chantiers participatifs.
Les perchoirs sont également présentés comme un outil utile, y compris en grandes cultures. Edouard Stalin souligne qu’ils doivent être placés assez haut pour augmenter l’aire de prospection des prédateurs.
Les pelotes de réjection peuvent ensuite être analysées pour savoir quels animaux sont consommés.
Accepter la prédation et se protéger si besoin
Edouard Stalin rappelle que, si l’on attire la biodiversité, il faut aussi accepter qu’elle prédatera et qu’elle puisse parfois toucher les cultures. Les oiseaux peuvent par exemple s’attaquer aux framboises ou aux tomates.
Il faut donc parfois se protéger, notamment avec des filets.
Sa formule de conclusion sur ce point est claire : ce n’est pas à la nature de s’adapter à l’homme, mais à l’homme de s’adapter à la nature.
Les suivis naturalistes sur la ferme
Des relevés sont réalisés sur la ferme depuis plusieurs années, avec différents spécialistes :
- entomologues ;
- ornithologues ;
- mammalogistes.
Concernant les oiseaux, Edouard Stalin indique qu’il n’y avait que 10 espèces observées sur les 2 hectares en 2011, contre plus de 100 espèces observées en 2019.
Il mentionne aussi des suivis sur les chauves-souris et un travail mené avec la chambre d’agriculture sur différents projets.
Pour lui, ces données montrent qu’il ne s’agit pas seulement d’un discours, mais bien d’une évolution objectivée du milieu.
Les résultats du réseau selon Vincent Levavasseur
Après cette présentation de ferme, Vincent Levavasseur reprend la parole pour remettre en perspective les résultats observés à l’échelle du réseau normand.
Il précise que les chiffres présentés correspondent à une moyenne d’environ quinze fermes étudiées de manière approfondie en Normandie.
Résultats économiques du réseau
Les résultats économiques montrent :
- un excédent brut d’exploitation moyen d’environ 20 000 euros ;
- un chiffre d’affaires d’environ 30 000 euros par UTH ;
- un revenu de l’ordre de 12 000 euros par UTH ;
- un niveau d’endettement généralement très faible.
Ces fermes reposent en général sur peu d’investissements.
Résultats agronomiques et environnementaux
D’un point de vue agronomique, Vincent Levavasseur retient notamment un taux de matière organique moyen de 5 % sur les fermes du réseau, ce qu’il qualifie de colossal, en rappelant que la moyenne des sols français est plutôt autour de 2 %.
Ce niveau de matière organique signifie notamment :
- davantage de vers de terre ;
- du stockage de carbone ;
- une augmentation de la réserve utile en eau, de l’ordre de 70 mm selon le chiffre cité.
Au niveau environnemental :
- les fermes sont quasiment toutes en bio ;
- l’IFT est donc très limité ;
- le cuivre est très peu utilisé ;
- il y a très peu de fertilisation extérieure de type vinasse ou autres engrais organiques transformés ;
- les maladies sont relativement peu présentes ;
- les ravageurs sont globalement maîtrisés par la biodiversité fonctionnelle ;
- l’irrigation est minimisée, même si elle reste un levier utile pour sécuriser les rendements.
Vincent Levavasseur ne dit pas qu’il n’y a jamais de limaces ni de campagnols, mais que le réseau a appris à les gérer.
Résultats sociaux
Sur le plan social, les chiffres présentés indiquent :
- environ 53 heures de travail par semaine en pleine saison ;
- environ 38 heures en basse saison.
Un point marquant est le nombre de jours de formation : les agriculteurs passent en moyenne beaucoup de temps à aller voir ce qui se fait ailleurs, à échanger, à se former et à travailler en réseau. Pour Vincent Levavasseur, c’est un indicateur fort du fonctionnement collectif du mouvement.
Les performances de rendement
Vincent Levavasseur cite les résultats présentés par Edouard Stalin sur les oignons, qu’il traduit à l’hectare. Selon lui, la moyenne en système conventionnel se situe plutôt autour de 50 t/ha, alors que les systèmes en sol vivant peuvent atteindre des niveaux nettement supérieurs.
Il cite aussi les courges comme autre exemple de très bons résultats dans le réseau.
Pour lui, cela montre qu’en travaillant avec des sols vivants, il est possible d’aller au-delà de ce que permet l’agriculture chimique sur certains indicateurs, tout en conservant de bons impacts environnementaux.
Le désherbage comme point clé
Un autre résultat important concerne le temps de désherbage.
En maraîchage biologique diversifié classique, le maraîcher peut passer jusqu’à 30 % de son temps à désherber. Dans le réseau Maraîchage sol vivant, certaines fermes ne désherbent quasiment plus, parce que le paillage empêche les levées d’adventices.
Pour Vincent Levavasseur, c’est un gain de temps majeur.
Les limites identifiées
Vincent Levavasseur souligne néanmoins plusieurs limites.
La première est l’usage encore important de carbone venu de l’extérieur, donc une certaine dépendance à des apports exogènes.
La seconde est que la réussite d’une installation en maraîchage diversifié ne dépend pas seulement de la technique agronomique. L’agriculture recouvre de nombreux métiers et compétences. Le réseau travaille donc de plus en plus à accompagner les porteurs de projet sur toutes les dimensions du métier, et pas seulement sur la production.
Conclusion
Cette intervention montre que le maraîchage en sol vivant repose sur quelques principes structurants :
- ne pas travailler le sol ;
- maintenir le sol couvert ;
- apporter ou produire de la matière organique ;
- s’appuyer sur les régulations biologiques ;
- travailler à petite échelle avec des systèmes intensifs en savoir-faire ;
- raisonner la ferme comme un écosystème.
À travers l’exemple d’Edouard Stalin et la mise en perspective de Vincent Levavasseur, la vidéo montre qu’il est possible de régénérer des sols dégradés, de produire de manière économiquement viable, et de recréer une biodiversité fonctionnelle très riche dans un système maraîcher.