Visite Jardin des Peltier - Agronomie (4/6)
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Objectif de l’expérimentation
Ici, l’idée proposée est une expérimentation pour comprendre comment remettre un sol en vie le plus rapidement possible grâce à la matière organique, en particulier dans un contexte urbain ou de petite ferme.
Le point de départ est le suivant :
- toutes les matières organiques ne se comportent pas de la même manière ;
- un compost peut donner de très bons résultats ;
- un BRF peut provoquer une faim d’azote importante ;
- une matière fraîche, compostée, très ligneuse ou très azotée n’aura pas du tout le même effet sur le sol.
Autrement dit, il y a déjà beaucoup de paramètres à prendre en compte :
- matière fraîche ou compostée ;
- matière très ligneuse ou non ;
- matière déjà transformée ou non ;
- richesse en carbone ou en azote.
La question posée est donc :
avec les matières organiques disponibles localement, comment savoir ce qui permet réellement de remettre un sol en vie ?
L’idée centrale est qu’il faut tester concrètement sur le sol les matières que l’on a sous la main, au lieu de raisonner uniquement de façon théorique.
Partir des ressources réellement disponibles
La proposition insiste sur un principe simple : il faut d’abord travailler avec ce qu’on a à disposition, en quantité suffisante et à faible coût.
Exemples de ressources évoquées :
- BRF ;
- gazon ;
- feuilles ;
- compost ;
- paille ;
- foin ;
- éventuellement lisier ou purin ;
- toute autre ressource organique locale utilisable à l’échelle de la surface concernée.
L’idée n’est pas d’aller chercher tout de suite une matière parfaite ou idéale, mais de commencer avec les ressources :
- disponibles ;
- peu chères ;
- accessibles en volume.
Ce n’est qu’ensuite, si les essais montrent qu’il manque quelque chose, qu’il faudra éventuellement aller chercher une autre matière plus loin.
Pourquoi il faut faire des essais
Le message est très clair : il faut essayer les matières organiques sur son propre sol pour voir ce qui se passe.
Même si certaines tendances sont connues, par exemple :
- les matières fraîches semblent plus intéressantes pour stimuler l’activité biologique ;
- les matières compostées ont d’autres comportements ;
- le BRF peut immobiliser de l’azote ;
cela ne remplace pas l’observation directe sur la ferme ou sur le jardin.
Le but n’est pas seulement de trouver ce qui marche, mais aussi de voir :
- ce qui ne marche pas ;
- les cas limites ;
- les doses excessives ;
- les mauvais équilibres entre carbone et azote.
Le principe des « carrés magiques »
Pour cela, il est proposé de mettre en place ce qui est appelé des carrés magiques.
Le principe vient d’essais antérieurs menés sous forme de bandes. L’idée a ensuite été améliorée : au lieu de faire une seule série de bandes, on croise deux séries perpendiculaires. Cela permet de croiser les paramètres et d’obtenir beaucoup plus d’informations dans une même surface.
Concrètement :
- dans un sens, on met les différentes matières organiques et leurs dosages ;
- dans l’autre sens, on met les pratiques culturales ou les interventions.
Ainsi, chaque case du damier correspond à une combinaison précise :
- une matière donnée ;
- une dose donnée ;
- un mode de gestion donné.
C’est cette logique de croisement qui constitue le « carré magique ».
Tester différentes matières organiques
Dans un premier sens du damier, il faut faire des bandes avec différents types de matières organiques.
Exemples proposés :
- BRF ;
- gazon ;
- feuilles ;
- compost ;
- mélanges de plusieurs matières.
Il est recommandé de tester aussi bien :
- des matières seules ;
- des mélanges ;
- des situations qu’on pense favorables ;
- des situations qu’on pense défavorables.
L’idée n’est pas de sécuriser l’essai pour que tout fonctionne, mais au contraire de mettre aussi des cas limites afin de mieux comprendre les comportements.
Par exemple, il est évoqué qu’une forte épaisseur de gazon a de bonnes chances de « faire de la merde », mais que ce n’est pas totalement certain : donc il faut le tester.
Travailler avec des dosages en mètres cubes
Les dosages sont pensés en mètres cubes par hectare, car cela est jugé beaucoup plus pratique sur le terrain que de raisonner immédiatement en tonnes.
Repères donnés :
- 5 cm d’épaisseur = 500 m³/ha
- 10 cm d’épaisseur = 1 000 m³/ha
Ce raisonnement en volume permet de faire le lien facilement avec :
- la capacité d’un épandeur ;
- le nombre de bennes ;
- la surface traitée.
Il est suggéré de tester par exemple :
- 500 m³/ha ;
- 1 000 m³/ha ;
- éventuellement 1 500 ou 2 000 m³/ha pour ceux qui veulent pousser l’essai plus loin.
Même s’il existe déjà un certain recul sur des doses autour de 500 m³/ha, il est proposé de ne pas figer le protocole : chacun peut adapter selon son sol, ses intuitions et ses ressources.
Chercher les limites du système
Un point important du protocole est de ne pas chercher seulement les solutions qui ont l’air raisonnables.
Il faut aussi tester :
- des doses très fortes ;
- des matières très carbonées seules ;
- des matières très azotées seules ;
- des combinaisons atypiques.
L’objectif est de comprendre :
- ce qui bloque ;
- ce qui fonctionne ;
- où se situent les limites.
Cela permet de mieux cerner la capacité du sol à absorber et transformer la matière organique.
L’importance du rapport carbone/azote
Une des hypothèses fortes présentées est que le rapport entre matières très carbonées et matières plus azotées est déterminant.
Exemples de matières très carbonées :
- BRF ;
- feuilles ;
- paille broyée.
Exemples de matières plus azotées :
- gazon ;
- compost jeune ;
- éventuellement d’autres apports riches en azote.
Il est proposé d’essayer au moins un mélange du type :
- 10 cm de matière très carbonée
- 10 cm de matière plus azotée
L’idée est d’observer si l’équilibre carbone/azote permet :
- d’éviter les fortes faims d’azote ;
- de mieux lancer l’activité biologique ;
- de démarrer un couvert plus rapidement.
Il est aussi suggéré, si possible, de faire plusieurs doses :
- 5 cm ;
- 10 cm ;
- 15 cm.
Des matières seules et des mélanges
L’intervenant insiste sur la nécessité d’avoir, dans les essais :
- du BRF seul ;
- éventuellement des feuilles seules ;
- un mélange carbone + azote ;
- différents niveaux de dose.
Pourquoi ? Parce que certains résultats semblent déjà se dégager :
- le BRF seul peut induire une faim d’azote ;
- si on ajoute ensuite du gazon ou du compost, cela peut « retravailler » et améliorer le démarrage ;
- certains mélanges pourraient être particulièrement intéressants pour lancer la remise en vie du sol.
Il est aussi évoqué que d’autres associations peuvent être testées si les ressources existent localement, par exemple avec du lisier.
Deuxième dimension : les pratiques culturales
Une fois les lignes de matières organiques définies, l’autre sens du damier doit servir à tester les pratiques.
Exemples de modalités proposées :
- apport en surface sans incorporation ;
- incorporation ;
- incorporation à différentes profondeurs ;
- avec couvert ;
- sans couvert ;
- avec bâchage ;
- avec différents outils de travail du sol.
Le but est d’observer comment une même matière organique se comporte selon la manière dont on la gère.
Incorporer ou ne pas incorporer
Une des comparaisons importantes concerne l’intégration de la matière organique au sol.
Il est proposé de comparer :
- matière laissée en surface ;
- matière incorporée ;
- matière incorporée plus ou moins profondément.
L’intervenant note que, sur un sol mort, les résultats semblent montrer que l’intégration ne fonctionne pas forcément très bien, ce qui pourrait conduire à limiter ce type de modalités. Mais il recommande quand même d’en faire quelques-unes pour vérifier.
Les outils peuvent être adaptés à ce que chacun utilise réellement :
- bêche ;
- déchaumeur ;
- herse ;
- grelinette ;
- voire labour léger si cela est faisable à petite échelle.
Il est précisé qu’il faut essayer de rester rigoureux, en évitant de déplacer la matière d’une bande à l’autre lors du travail du sol.
Tester aussi les couverts
Une autre dimension importante de l’essai concerne les couverts végétaux.
Le couvert sert ici d’indicateur très visuel de ce qui se passe dans le sol, notamment pour détecter :
- une faim d’azote ;
- un bon redémarrage biologique ;
- l’effet d’un mélange de matières organiques.
L’idée est que, dans les cases où un couvert est semé, on verra très vite :
- ce qui pousse ;
- ce qui ne pousse pas ;
- quelles espèces réussissent.
Choisir le couvert selon le type de matière
Le choix du couvert dépend du type de matière organique testé.
Si on est dans une situation susceptible de provoquer une faim d’azote, par exemple avec des matières très carbonées, il est indiqué qu’on a intérêt à utiliser davantage de légumineuses.
L’idée exprimée est que :
- dans des contextes de faim d’azote, les légumineuses sont les plantes qui s’en sortent le mieux.
En revanche, si l’on pense être dans un mélange plus équilibré entre carbone et azote, on peut partir sur des plantes davantage orientées vers la production de biomasse.
Ainsi, le couvert devient un révélateur du fonctionnement réel du mélange testé. Si un couvert non légumineux ne pousse pas alors qu’on pensait le mélange équilibré, cela peut montrer que le mélange était en réalité beaucoup plus carboné que prévu.
Tester aussi les bâchages
Dans les modalités de gestion, il est également proposé d’intégrer des essais avec différents types de bâchage.
Exemples évoqués :
- paillage de paille ;
- bâchage type Bâtilage ou bâche tissée ;
- bâchage d’ensilage.
L’idée générale est que le damier doit représenter les pistes agronomiques que chaque personne a envie d’explorer.
Le protocole peut donc être élargi à d’autres pratiques spécifiques, à condition qu’elles soient inscrites de manière claire dans le dispositif.
Laisser de la place aux pratiques propres à chacun
L’intervenant ouvre explicitement la porte à des essais plus personnels ou plus spécifiques.
Par exemple, si certains veulent tester :
- des amendements particuliers ;
- des pratiques inspirées de la biodynamie ;
- d’autres approches culturales ;
ils peuvent les intégrer au damier.
La seule demande forte est de conserver au moins quelques modalités permettant d’évaluer les hypothèses de base sur :
- les matières très carbonées ;
- les matières plus azotées ;
- leur combinaison.
Cela permet à la fois :
- de produire des résultats utiles pour tous ;
- et de laisser émerger d’autres enseignements inattendus.
Faire ressortir visuellement des « îlots » de comportement
Le but du damier est de faire ressortir rapidement des zones contrastées.
Grâce au croisement entre matières organiques et pratiques culturales, on doit pouvoir identifier visuellement :
- les cases où le sol redémarre bien ;
- les cases où rien ne se passe ;
- les cases où le couvert pousse ;
- les cases où il ne pousse pas.
Cette lecture visuelle est considérée comme très importante pour repérer des « îlots » de réussite ou d’échec.
Commencer par une analyse visuelle du sol
Avant de démarrer l’essai, il est demandé de faire au minimum une analyse visuelle du sol.
Cela peut comprendre :
- l’état général du sol ;
- la structure ;
- la présence ou non d’herbe ;
- la manière dont les herbes poussent ;
- l’aspect du profil.
L’objectif est d’avoir un état initial, même simple, avant la mise en place des apports.
L’importance des photos
L’intervenant insiste fortement sur la prise de photos régulières.
Les photos sont présentées comme essentielles pour :
- garder une trace de l’état initial ;
- documenter l’évolution ;
- transmettre les observations à d’autres ;
- comparer les cases dans le temps.
Il est conseillé de :
- prendre beaucoup de photos ;
- photographier régulièrement ;
- si possible faire une photo par mois ;
- varier éventuellement les angles de vue.
L’analyse visuelle est utile sur le moment, mais pour partager les résultats, la photo est le principal support.
Bien noter le protocole
Il est également demandé de noter précisément tout le protocole :
- dates d’apport ;
- nature des matières ;
- quantité apportée ;
- outil utilisé pour l’incorporation ;
- type de bâche ou de paillage ;
- semis du couvert ;
- dates des interventions ;
- dates des photos.
Si possible, il serait aussi utile de relever :
- la pluviométrie ;
- la température.
Même si cela complique un peu le suivi, ces informations peuvent aider à interpréter les résultats.
Démarrer quand c’est possible
Concernant la date de mise en place, il n’y a pas de consigne stricte.
L’intervenant dit clairement qu’il n’a pas d’avis tranché sur le meilleur moment pour commencer. En grandes cultures, on considère souvent que les cultures d’hiver sont un bon moment de démarrage, notamment parce que le sol est encore humide et que les racines peuvent bien s’installer, mais ici il est dit franchement :
on ne sait pas encore.
Donc la recommandation est simple :
- démarrer quand on veut ;
- quand on peut ;
- quand les conditions pratiques le permettent ;
à condition de bien noter les dates.
Avoir déjà des résultats à l’automne
L’objectif est d’obtenir des premiers résultats assez vite, si possible dès l’automne suivant.
L’idée est qu’avant les prochaines rencontres, il faudrait :
- mettre un coup de bêche dans toutes les cases ;
- prendre une photo de toutes les cases ;
- commencer à comparer les comportements.
Cela permettrait déjà de voir :
- si l’expérience a été utile ;
- quels paramètres ont été pertinents ;
- ce qu’il faudrait modifier pour la suite.
Préparer une deuxième année d’essais
La suite envisagée est une deuxième phase d’expérimentation.
Une fois les premiers résultats obtenus, on pourra repérer les modalités les plus intéressantes :
- telle matière organique ;
- tel dosage ;
- tel type de mélange ;
- tel itinéraire cultural.
À partir de là, il serait possible de refaire un autre carré magique, mais différemment :
- en reprenant seulement les itinéraires les plus prometteurs ;
- en testant cette fois différentes cultures ou différents couverts ;
- ou en approfondissant certains modes de gestion.
Autrement dit, la première année sert surtout à explorer et à faire émerger des hypothèses validées sur le terrain.
Hypothèse générale de la démarche
L’hypothèse directrice de toute la proposition est la suivante :
comment remettre un sol en vie le plus rapidement possible, avec les outils et les ressources disponibles localement ?
Le reste du protocole sert à répondre concrètement à cette question, en s’appuyant sur :
- des apports organiques réels ;
- des observations de terrain ;
- des comparaisons visuelles ;
- un suivi dans le temps.
La démarche se veut donc à la fois :
- pragmatique ;
- expérimentale ;
- adaptable aux réalités de chaque lieu.