COLZA ASSOCIE - Témoignage d'un agriculteur du 47 @CA17TV
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Vidéo réalisée par la chambre d'agriculture de Charente-Maritime, merci à eux pour l'aimable autorisation de remise en ligne
Historique de la démarche
Sur l’exploitation, le colza associé a été mis en place à partir de 2014. L’objectif de départ était de limiter le salissement des parcelles, puis d’obtenir un effet sur les insectes, notamment les altises à l’automne.
Depuis cette date, des essais ont été menés en continu, avec différentes parcelles et plusieurs modalités. Avec les années, le système a évolué vers des associations comprenant principalement du trèfle, de la lentille et de la féverole de printemps.
L’agriculteur explique qu’il y a aujourd’hui un très bon effet sur les altises d’automne. En 2020, malgré une pression qui n’était pas particulièrement forte, aucun insecticide d’automne n’a été appliqué. Le colza s’est bien développé, tandis que le trèfle et les lentilles sont restés en dessous du couvert principal, en jouant leur rôle de perturbation vis-à-vis des insectes.
Les objectifs recherchés avec le colza associé
Le recours au colza associé répond à plusieurs objectifs :
- limiter le salissement des parcelles ;
- perturber les altises à l’automne ;
- bénéficier de l’effet des légumineuses sur la nutrition azotée ;
- améliorer la structure du sol ;
- préparer la culture suivante, en particulier le blé ;
- réduire le nombre d’interventions chimiques.
L’intérêt est présenté comme double. D’une part, les plantes compagnes ont un effet perturbateur sur les altises à l’automne. D’autre part, les légumineuses, notamment la féverole, permettent de capter de l’azote qui sera ensuite restitué en partie au colza, puis en partie au blé suivant.
Dans le cadre du colza semences, il est également évoqué que les établissements semenciers s’intéressent désormais de près au colza associé. Selon les observations en cours, ce type de conduite pourrait permettre d’obtenir un meilleur PMG que sur du colza conduit seul.
Deux types de colza sur l’exploitation
L’exploitation comporte deux productions de colza :
- du colza de consommation ;
- du colza semences.
Les associations diffèrent selon la destination :
Colza semences
Le colza semences est associé à :
- du trèfle blanc d’Alexandrie ;
- de la féverole.
L’agriculteur précise que lorsqu’on lui a proposé la culture de colza semences, il conduisait déjà du colza associé en culture conventionnelle. Il a donc souhaité conserver cette logique de colza associé, et des essais ont été mis en place dans ce cadre. Depuis, la présence de féverole dans le colza semences fait partie des préconisations.
Colza de consommation
Le colza de consommation est associé à :
- du trèfle violet ;
- de la lentille.
Il est également possible, selon les parcelles et les essais, d’aller vers des associations plus complexes réunissant plusieurs trèfles, de la lentille et de la féverole.
Rôle des différentes plantes compagnes
La lentille
La lentille est surtout recherchée pour son effet perturbateur à l’automne sur les insectes. Elle apporte également un effet couvrant du sol assez rapide, ce qui aide à limiter les désherbages et donc à réduire le nombre de passages.
L’agriculteur souligne que la lentille reste basse et disparaît à la récolte, sans poser de problème particulier.
Le trèfle
Le trèfle est implanté pour rester sous le colza pendant toute la campagne. Il végète sous le couvert, puis, au moment de la moisson, il se retrouve à l’air libre et peut se développer pendant l’été.
Cette présence permet ensuite d’implanter un blé en semis direct dans le trèfle. Ce système a déjà été pratiqué plusieurs fois sur l’exploitation, avec de bons résultats. L’agriculteur observe notamment de meilleurs résultats sur la qualité et les protéines du blé l’année suivante.
Le trèfle améliore aussi la structure du sol, la portance et l’infiltration de l’eau. Comme le semis direct ne perturbe pas la structure, le système résiste mieux dans les automnes très humides.
La féverole de printemps
La féverole apporte plusieurs effets :
- une perturbation supplémentaire sur les altises ;
- un effet de protection du colza dans des périodes compliquées, sèches ou chaudes ;
- une action structurante du sol, plus profonde que celle de la lentille ;
- une contribution à la restitution d’azote.
Elle a aussi l’avantage, dans les conditions décrites ici, de disparaître naturellement sans nécessiter de destruction chimique. L’exemple donné dans la parcelle montre des pieds de féverole grillés ou desséchés, qui ne gênent ni la culture ni la récolte, tout en participant à la restitution d’azote.
Intérêt pour le blé suivant
Le trèfle maintenu sous le colza sert directement la culture suivante. Après récolte du colza, le trèfle peut pousser durant l’été et le blé est ensuite semé directement dedans.
L’agriculteur insiste sur plusieurs bénéfices :
- une meilleure structure du sol ;
- une meilleure portance ;
- une infiltration de l’eau plus efficace ;
- une meilleure résistance des blés dans les automnes très humides ;
- de meilleurs résultats en qualité et en protéines.
Sur l’exploitation, certains sols sont argilo-calcaires, mais il y a aussi beaucoup de boulbènes. Dans les zones de boulbènes, lorsque de fortes pluies surviennent, les parcelles travaillées peuvent se saturer, se refermer et provoquer des noyades de blé. En revanche, dans les zones où le trèfle est présent, l’eau s’infiltre mieux et le blé résiste davantage.
Itinéraire technique du colza semences
Préparation et implantation
Sur le colza semences, à partir de la fin août, après les déchaumages et quelques travaux superficiels, la féverole est semée à la volée avec un épandeur centrifuge classique.
Elle est ensuite recouverte avec la herse rotative, qui constitue la dernière façon culturale avant l’implantation du colza. Cette opération est réalisée la veille du semis du colza.
Le jour du semis du colza, l’implantation se fait avec un semoir monograine, en 80 cm. Le colza est semé, l’engrais est localisé sur le rang, et le trèfle est semé à la volée grâce à une trémie frontale. L’ensemble est ensuite rappuyé avec un rouleau Cambridge.
L’agriculteur situe cette implantation autour du 25 août.
Désherbage et protection
Vers le 25 ou le 26 septembre, un désherbage est réalisé. Il est plus léger que dans un itinéraire classique, mais comprend tout de même un produit antigraminées et un produit antigerminatif.
Aucun insecticide d’automne n’est ensuite appliqué.
Au printemps, un apport de soufre est réalisé vers le 15 au 20 février, dès que les conditions permettent de rentrer dans les parcelles.
Un insecticide contre les charançons est ensuite appliqué fin février-début mars, avec un ajout de bore et de molybdène.
Enfin, un apport d’azote est effectué autour du 5 mars, avant que le colza ne monte trop.
Fertilisation
Sur le colza semences, l’objectif est d’apporter environ 50 unités d’azote. Pour l’instant, la fertilisation n’a pas été réduite malgré la présence de féverole, car la dose de féverole reste modeste, autour de 50 kg/ha.
La stratégie reste donc, pour le moment, sur une base jugée classique, appuyée sur des pesées de colza en sortie d’hiver.
L’objectif de rendement sur le colza semences est d’environ 22 quintaux pour la variété concernée.
Itinéraire technique du colza de consommation
Pour le colza de consommation, deux modes d’implantation sont décrits.
Implantation en mode classique
Le premier mode est proche de celui du colza semences :
- passage de herse rotative ;
- semis des lentilles avec une petite trémie ;
- retour avec le monograine pour semer le colza ;
- apport d’engrais sur la ligne de semis ;
- semis du trèfle.
Implantation en semis direct
L’autre solution repose sur un semoir de semis direct équipé de plusieurs trémies, jusqu’à six. Cela permet de tout implanter en un seul passage et sur la même ligne :
- l’engrais ;
- le colza ;
- le trèfle ;
- les lentilles.
D’après l’essai réalisé en 2019, cette modalité a donné de très bons résultats, avec 37 quintaux en semis direct contre 34 quintaux avec une version plus classique au monograine.
Fertilisation au semis
Au semis, il est appliqué un engrais de type 13-26-10, fourni par une coopérative locale. La dose indiquée est de 250 kg/ha.
Cet apport correspond approximativement à :
- 25 à 26 unités d’azote ;
- une cinquantaine d’unités de phosphore ;
- une vingtaine d’unités de potasse.
L’objectif est de donner un effet « boost » au démarrage. Dans le contexte de périodes sèches et d’automnes secs, il est important que le colza soit le plus vigoureux possible, afin qu’il développe rapidement sa racine et entre fort dans l’hiver.
Évolution des associations testées
Avec plusieurs années de recul, de nombreuses espèces ont été essayées :
- trèfle seul ;
- lentille seule ;
- fenugrec ;
- féverole de printemps ;
- féverole d’hiver.
Aujourd’hui, l’orientation semble aller vers des mélanges combinant :
- du trèfle, plutôt violet ou éventuellement blanc ;
- de la lentille ;
- un peu de féverole.
L’idée est de cumuler plusieurs effets :
- conserver le trèfle pour le blé suivant ;
- profiter du très bon effet de la lentille à l’automne sur les insectes ;
- ajouter la féverole pour la perturbation, la protection du colza et la structuration du sol.
Choix de ne pas détruire chimiquement les plantes associées
L’agriculteur explique qu’il cherche à ne pas détruire chimiquement les plantes associées. Des essais avaient été faits au départ avec des mélanges prévus pour le colza, mais qui nécessitaient une destruction chimique obligatoire.
Cela ne correspondait pas à son objectif, qui est de réduire au maximum le recours aux produits phytosanitaires.
Dans son système :
- le trèfle reste sous le colza sans poser de problème ;
- la lentille reste basse et disparaît à la récolte ;
- la féverole de printemps disparaît naturellement, notamment sous l’effet des maladies et de la concurrence.
Même s’il reste quelques pieds sous le colza, ils ne sont pas jugés gênants.
Le cas du fenugrec
Le fenugrec a été testé il y a deux ans. L’intérêt de cette espèce est que la semence est facile à produire à la ferme.
L’idée venait d’expériences observées plus au nord, où le fenugrec fonctionnait très bien.
Cependant, dans les conditions locales, l’automne 2019 a été très sec et le fenugrec s’est montré trop concurrentiel vis-à-vis du colza. À l’entrée de l’hiver, les colzas étaient trop petits, ce qui a probablement pénalisé la récolte 2020.
Pour cette raison, cette piste n’est pas retenue pour la suite.
Changements de pratique nécessaires
L’agriculteur souligne que le passage au colza associé n’a pas nécessité de bouleversement majeur dans l’exploitation.
Le principal changement consiste à profiter du dernier passage de herse rotative pour implanter les plantes compagnes, au lieu de travailler le sol sans rien semer.
Cela ne demande pas beaucoup plus de temps, hormis le remplissage des trémies avec les semences.
En dehors de cela, les changements sont limités, si ce n’est une réduction des désherbages d’automne.
Conseils à un agriculteur qui voudrait se lancer
À un collègue qui souhaiterait démarrer le colza associé, le conseil est simple : il faut essayer et se faire sa propre expérience.
L’agriculteur insiste sur le fait qu’il connaît bien les espèces utilisées sur son exploitation : trèfles, lentilles et féveroles. Il sait comment elles se comportent, comment les implanter et il n’a pas besoin de matériel supplémentaire pour les mettre en place.
Le coût des semences reste limité, d’autant qu’une partie est produite à la ferme, notamment pour les lentilles et le trèfle, avec un renouvellement partiel par achat chaque année afin de refaire la semence.
Selon lui, le colza associé permet :
- de limiter les traitements insecticides ;
- de sécuriser l’implantation à l’automne ;
- d’améliorer le système pour la culture suivante, notamment avec le trèfle en vue d’un semis direct de blé.
Observations dans la parcelle
En parcourant la parcelle, on observe encore quelques pieds de féverole entre les passages de mâles et de femelles du colza semences. Certains pieds sont partiellement grillés, d’autres complètement desséchés.
Ces féveroles ne sont pas considérées comme gênantes. Au contraire, leur dégradation est associée à une restitution d’azote en cours, sans gêne attendue au moment de la récolte.
On retrouve également sous le colza le trèfle, toujours présent, ainsi que quelques lentilles. Là encore, ces plantes compagnes ne suscitent pas d’inquiétude : elles restent discrètes sous la culture et s’intègrent pleinement dans le fonctionnement recherché du système.