Canal Sol Vivant -1 - Agroforesterie et mesure Plantons des haies

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Pour cette première émission de Canal Sol Vivant, consacrée à l’agroforesterie et à la mesure du plan de relance « Plantons des haies », plusieurs invités de terrain échangent sur le retour de l’arbre dans les campagnes. Sylvie Monier, Alain Canet et Bertrand Manterola rappellent que cette aide de l’État marque une reconnaissance forte de la haie comme outil agricole, au service du carbone, de l’eau, de la biodiversité et de la résilience climatique. Deux agriculteurs témoignent : Cédric Petillat, céréalier bio en Seine-et-Marne, plante des haies et arbres intraparcellaires pour limiter l’effet du vent et améliorer la fertilité ; Elian Da Ros, vigneron dans le Marmandais, souligne le rôle des arbres contre le gel, la sécheresse et les brûlures sur vigne. Tous insistent sur l’importance d’un accompagnement technique solide, d’une vision de long terme et d’une mobilisation collective pour réussir la transition agroécologique.

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Résumé
Pour cette première émission de Canal Sol Vivant, consacrée à l’agroforesterie et à la mesure du plan de relance « Plantons des haies », plusieurs invités de terrain échangent sur le retour de l’arbre dans les campagnes. Sylvie Monier, Alain Canet et Bertrand Manterola rappellent que cette aide de l’État marque une reconnaissance forte de la haie comme outil agricole, au service du carbone, de l’eau, de la biodiversité et de la résilience climatique. Deux agriculteurs témoignent : Cédric Petillat, céréalier bio en Seine-et-Marne, plante des haies et arbres intraparcellaires pour limiter l’effet du vent et améliorer la fertilité ; Elian Da Ros, vigneron dans le Marmandais, souligne le rôle des arbres contre le gel, la sécheresse et les brûlures sur vigne. Tous insistent sur l’importance d’un accompagnement technique solide, d’une vision de long terme et d’une mobilisation collective pour réussir la transition agroécologique.

Canal Sol Vivant, l'émission qui produit des vers de terre et de la biodiversité !

C'est est l'émission de Ver de Terre Production diffusée en direct toutes les deux semaines.

A cette occasion, nous accueillons des personnalités engagées autour d’une thématique pour parler agroécologie avec des invités investis dans cette transition.

Au menu : débat, débrief de l'actualité, partage des retours terrains et des bonnes pratiques.


Première émission sur l'agroforesterie et la mesure du plan de relance Plantons des haies !

En présence de :

- Sandrine Farrugia et Elian Da Ros, vignerons agroforestiers à Cocumont dans les Côtes du Marmandais sur la rive gauche de la Garonne.

- Cédric Petillat, agriculteur céréalier et lauréat de la mesure Plantons des haies, en Seine et Marne.

- Sylvie Monier, directrice de la Mission haies AuRA, Vice présidente de l' Afac-Agroforesteries Présidente du Fonds pour l'Arbre.

- Alain Canet, agroforestier, directeur d' Arbre & Paysage 32

- Bertrand Manterola, DRAAF adjoint Ile de France


Julien Denormandie, Ministre de l'agriculture et de l'alimentation, excusé.

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Présentation de l’émission

Cette émission inaugure Canal sol vivant, un nouveau rendez-vous lancé sur la chaîne YouTube de Vers de terre production. L’idée est d’ouvrir un espace d’échange régulier autour de l’agroécologie, avec une émission tous les quinze jours.

Le sous-titre de l’émission est explicite : il s’agit de parler d’une agriculture « qui stocke du carbone et produit de la biodiversité ». L’objectif est aussi de permettre aux agriculteurs de parler aux agriculteurs, d’échanger, de débattre, et de faire remonter des retours de terrain sur l’évolution des pratiques, les formations, les initiatives locales et les dynamiques territoriales.

Pour cette première émission, le sujet choisi est celui des arbres, et plus précisément de l’agroforesterie, à travers la mesure du plan de relance intitulée Plantons des haies. Le ministre, initialement annoncé, n’a finalement pas pu être présent pour des raisons d’agenda, mais il est annoncé sur une prochaine émission.

Les invités

Plusieurs intervenants participent à cette émission :

Sandrine Farrugia est également évoquée comme faisant partie du couple de vignerons agroforestiers du Marmandais.

Le sujet de l’émission : la mesure « Plantons des haies »

L’émission s’intéresse à la mesure Plantons des haies, intégrée au plan de relance. Cette mesure vise à soutenir la plantation d’arbres et de haies, à la fois en bordure de parcelles et à l’intérieur des parcelles agricoles, afin de réintroduire l’arbre dans les campagnes.

L’arbre est présenté comme un élément central des paysages, de la fertilité, de la biodiversité et de l’atténuation du changement climatique. Il est aussi décrit comme un levier majeur pour répondre à la question du carbone, de plus en plus présente dans le débat public.

La place de l’arbre dans le plan de relance

Bertrand Manterola rappelle que le plan de relance porté par le gouvernement comprend un volet agricole avec plusieurs priorités, dont l’accélération de la transition écologique. Dans ce cadre, la plantation de haies constitue la « mesure 5 » du plan.

Deux objectifs principaux sont mis en avant :

  • soutenir la plantation et la reconstitution du bocage ;
  • favoriser le développement de l’agroforesterie et des haies par des aides très incitatives.

À l’échelle nationale, l’objectif annoncé est de planter 7 000 kilomètres de haies d’ici 2022, avec un budget de 50 millions d’euros.

Mais la mesure ne se limite pas à financer des plantations. Elle comprend aussi un volet d’animation destiné à convaincre, accompagner et conseiller les porteurs de projet, qu’il s’agisse d’agriculteurs ou de collectivités territoriales.

L’enjeu est d’autant plus important que les haies ont fortement reculé à partir des années 1960, notamment avec le remembrement. Dans des régions comme l’Île-de-France, à dominante céréalière, la dynamique de replantation est restée faible ces dernières années.

Une reconnaissance agricole de la haie

Pour Sylvie Monier, cette mesure constitue un signal particulièrement fort, car elle marque une reconnaissance agricole de la haie par le ministère de l’Agriculture.

Elle rappelle que les acteurs de terrain accompagnent la plantation de haies depuis longtemps, souvent avec le soutien des collectivités locales. Mais le fait que cette politique soit désormais portée directement par le ministère de l’Agriculture change la portée du message : la haie n’est plus seulement perçue comme un élément naturaliste ou cynégétique, mais bien comme un élément de production agricole.

Selon elle, cela valide la place de l’arbre dans les systèmes de production, et envoie un message clair aux agriculteurs : planter des arbres est pertinent agronomiquement et reconnu institutionnellement.

La mobilisation des territoires

Sur le terrain, la mise en œuvre de la mesure a conduit à réunir autour de la table de nombreux acteurs, département par département :

  • structures spécialisées sur la haie et l’agroforesterie ;
  • Chambres d’agriculture ;
  • réseaux agricoles comme les Civam ;
  • structures naturalistes ;
  • fédérations de chasse.

Cette mobilisation vise à faire connaître la mesure, à identifier les agriculteurs intéressés et à construire une organisation collective permettant de répondre à un maximum de demandes.

Pourquoi l’arbre est central en agroécologie

Alain Canet insiste sur le fait que l’arbre est l’un des piliers fondamentaux de l’agroécologie. Pour lui, il est nécessaire de mieux comprendre et caractériser les principes agroécologiques, et l’arbre en fait pleinement partie.

L’agroécologie, dit-il, montre qu’il est possible de produire, protéger et prévenir. Dans cette logique, l’arbre est un outil de prévention exceptionnel. Il permet d’agir à l’échelle des campagnes, de redonner des fondations aux territoires, et de restaurer un bocage vivant.

Il souligne aussi que la dynamique actuelle ne doit pas seulement conduire à planter, mais aussi à mieux gérer l’existant et à laisser pousser lorsque c’est pertinent, notamment via la régénération naturelle. Il rappelle à ce sujet l’importance de l’animation de terrain pour accompagner les changements de regard et les ajustements techniques nécessaires.

La construction technique de la mesure

Sylvie Monier explique que la mesure a été décidée à partir de septembre de l’année précédente. Le ministère a alors sollicité les organismes techniques, notamment l’Afac-Agroforesteries, pour faire remonter les retours d’expérience de terrain.

L’objectif était de répondre à plusieurs questions très concrètes :

  • combien coûte réellement une plantation de haie ;
  • combien de temps faut-il pour la mettre en œuvre ;
  • quelles sont les conditions pour qu’une haie réussisse durablement.

L’idée n’était pas simplement de financer des plantations, mais de s’assurer que les haies du plan de relance seraient encore belles et fonctionnelles dix ans plus tard, et que les agriculteurs seraient satisfaits de leurs plantations.

L’accompagnement technique obligatoire

Un point jugé essentiel a été retenu : l’accompagnement technique doit être obligatoire. Les structures de terrain ont insisté sur ce besoin, en s’appuyant sur 25 ans ou plus d’expérience, avec des réussites mais aussi des échecs ayant permis d’apprendre.

Une mesure pensée pour être simple

Les acteurs ont également demandé que la mesure soit facile à mettre en œuvre. Il ne fallait pas obliger les agriculteurs à multiplier les devis pour les plants, le travail du sol ou les protections.

C’est pourquoi le dispositif repose sur un barème forfaitaire construit à partir de données nationales. L’aide dépend du nombre de mètres de haie ou du type d’action à mettre en place, avec un montant associé, sans exiger systématiquement de nombreuses pièces justificatives complexes.

Cette simplicité devait être bénéfique à la fois pour les agriculteurs, pour les structures d’accompagnement, et pour les services de l’État chargés de l’instruction des dossiers.

Un suivi sur trois ans

Autre nouveauté importante : la mesure prévoit trois ans de suivi après plantation. Contrairement à beaucoup de dispositifs qui financent la plantation puis s’arrêtent là, ici des moyens supplémentaires sont prévus pour :

  • regarnir si besoin ;
  • entretenir le paillage ;
  • réaliser les premières tailles ;
  • assurer un conseil technique annuel.

Les structures reviennent donc voir l’agriculteur chaque année. Ce suivi n’est pas seulement un contrôle : c’est aussi un appui pour corriger une erreur, compenser des dégâts de gibier ou ajuster la conduite.

L’objectif annoncé est d’obtenir des haies réussies dans la durée, et donc un stockage de carbone réel.

Le carbone comme clé de voûte

Alain Canet développe longuement la question du carbone. Selon lui, le carbone est la clé de voûte de la fertilité. Il conditionne le cycle de l’eau, de l’azote, du phosphore, et la quantité de biodiversité présente dans les systèmes agricoles.

Il affirme que l’agriculture actuelle a, dans sa très grande majorité, déstocké le carbone, à cause des sols nus, du travail du sol et de pratiques généralisées dans des systèmes très variés. En face, une minorité d’agriculteurs montre qu’il est possible d’inverser la tendance, notamment grâce :

Dans cette logique, l’agriculture peut redevenir une solution majeure pour la société, en capitalisant du carbone au lieu d’en perdre.

Carbone, agronomie et économie

Pour Alain Canet, stocker du carbone n’est pas qu’un sujet climatique. C’est aussi un sujet agronomique et économique. Les pratiques agroécologiques permettent de réduire les intrants, de diminuer la force motrice nécessaire, de baisser les consommations de carburant, tout en améliorant la fertilité et la résilience.

Il évoque également les démarches de financement liées au carbone, en prenant l’exemple de la viticulture : des acteurs en aval, comme les verriers, pourraient contribuer à financer les transitions agroécologiques chez les producteurs afin de compenser une partie de leurs émissions incompressibles.

Témoignage de Cédric Petillat en Seine-et-Marne

Cédric Petillat présente son exploitation située en Seine-et-Marne. Il s’agit d’une ferme de grandes cultures de 290 hectares, convertie à l’agriculture biologique depuis avril 2019.

Le système est décrit comme classique pour la région, avec un peu d’irrigation pour le maïs et, auparavant, de la betterave. Depuis la conversion au bio, la betterave a été mise de côté, le temps de prendre en main les nouvelles pratiques.

Le déclic agroforestier

Le déclic est venu de la recherche de résilience sur l’exploitation, dans le prolongement de la conversion au bio. En se formant, en regardant des vidéos, notamment celles de Vers de terre production, il découvre les travaux sur l’agroforesterie et les bénéfices possibles de l’arbre pour les cultures.

Il estime qu’il n’est peut-être pas trop tard pour « faire marche arrière » sur certaines évolutions passées et remettre de l’arbre dans le paysage agricole.

Le projet de plantation

Son projet concerne une parcelle de 33 hectares.

Il y implante :

  • environ 6,5 kilomètres de linéaire intraparcellaire ;
  • 1 kilomètre de haie ;
  • environ 2 000 arbres au total.

Il précise qu’il y a environ 1 000 arbres dans la haie, et un peu plus de 1 000 en intraparcellaire. Le projet comprend :

  • 7 essences différentes en intraparcellaire ;
  • 26 essences différentes dans la haie.

Les bandes d’arbres sont espacées de 36 mètres, afin de permettre le passage des engins agricoles.

Les objectifs recherchés

Pour Cédric Petillat, l’intérêt principal est d’améliorer la résilience de son exploitation dans une région :

  • très séchante ;
  • située sur un plateau ;
  • exposée au vent.

Il attend des arbres un effet de protection contre le vent, une meilleure absorption des chocs climatiques, et à terme un ensemble d’effets positifs sur le sol et la biodiversité.

Il souligne qu’il faudra du temps pour que les effets soient pleinement visibles, car les arbres plantés sont encore très petits, entre 30 et 60 cm. Mais il considère qu’il faut agir maintenant pour bénéficier plus tard de leurs effets.

Les bénéfices déjà envisagés

Au-delà de la production, il met en avant :

  • l’aspect visuel du paysage ;
  • l’apport de carbone au sol ;
  • l’accueil de biodiversité ;
  • le rôle des bandes enherbées de deux mètres le long des arbres.

Ces bandes enherbées ont été semées avec du trèfle, mais la flore spontanée reprend aussi sa place, avec notamment coquelicots et bleuets. Il y voit un intérêt pour les abeilles et pour les auxiliaires, en cohérence avec son système en agriculture biologique.

Les contraintes perçues

Il reconnaît aussi l’existence de contraintes :

  • adaptation du travail agricole ;
  • gestion de l’entretien ;
  • éventuels dégâts lors des tempêtes ;
  • surveillance des bandes enherbées pour éviter l’envahissement par les chardons ou les rumex.

Mais, avec le peu de recul dont il dispose encore, il estime que ces contraintes devraient rester gérables.

L’accompagnement reçu

Il a été accompagné par l’association Agroforesterie France en Île-de-France. Cette structure l’a aidé à :

  • concevoir les plans ;
  • raisonner les essences ;
  • organiser le projet ;
  • commander les plants ;
  • trouver l’entreprise de plantation.

Lui souhaitait en particulier :

  • des légumineuses ;
  • des arbres de haut jet ;
  • une floraison étalée dans le temps.

Comment construire un projet de haie ou d’agroforesterie

À partir de l’exemple de Cédric Petillat, Sylvie Monier détaille la manière dont un projet est construit sur le terrain. Le conseil consiste d’abord à penser l’arbre en synergie avec le système de production.

Pour cela, plusieurs éléments sont analysés avec l’agriculteur :

  • les facteurs limitants de la production sur la parcelle ;
  • le vent, l’excès d’eau, le froid, le gel, les ravageurs ;
  • la rotation culturale ;
  • le voisinage ;
  • la présence de drains ;
  • le sens des vents dominants.

Elle explique que dans 95 % des cas, la première demande concerne le vent, qui dessèche les cultures et pénalise les rendements. Le travail porte alors beaucoup sur le rôle de brise-vent.

En intraparcellaire, il s’agit aussi de réfléchir à la manière de redécouper la parcelle. En bio, les rotations étant souvent plus longues et plus diversifiées, les structures spatiales peuvent être repensées plus finement.

Une fois le diagnostic posé, on dessine les haies ou alignements, et l’on réfléchit à leur vocation. Même quand il n’y a pas d’aide, elle rappelle que beaucoup d’agriculteurs plantent parce qu’ils y voient un investissement rentable à long terme.

La mise en œuvre en Île-de-France

Bertrand Manterola précise que les services de l’État n’assurent pas directement l’accompagnement des projets : celui-ci repose sur les structures d’animation et de conseil, considérées comme indispensables.

En Île-de-France, un appel à projets a été lancé dès le mois de février pour recruter des structures chargées :

  • de faire connaître la mesure ;
  • de sensibiliser les agriculteurs ;
  • de diagnostiquer les projets ;
  • d’aider au montage des dossiers ;
  • d’accompagner les plantations et leur suivi.

Deux dispositifs mobilisés

En Île-de-France, la mesure s’appuie sur deux dispositifs :

  • un dispositif de plantation de haies ;
  • la mesure 8.2 du PDR, relative aux systèmes agroforestiers.

Les modalités peuvent différer selon les régions, car la mesure est territorialisée : chaque région l’adapte à son contexte dans un cadre national.

Des aides renforcées

L’un des apports du plan de relance est l’augmentation du taux d’aide. En Île-de-France, il peut atteindre 90 % de l’investissement, contre 75 % auparavant.

L’investissement pris en charge ne concerne pas seulement les plants, mais aussi :

  • le travail du sol ;
  • la plantation ;
  • les protections contre le gibier ou les animaux ;
  • l’entretien.

L’ambition régionale est de planter 200 kilomètres de haies, alors que seulement 20 kilomètres avaient été plantés sur la période 2014-2020.

Témoignage d’Elian Da Ros dans le Marmandais

Elian Da Ros présente son domaine viticole d’une vingtaine d’hectares dans le Marmandais, entre Bordeaux et Agen, dans un paysage vallonné de coteaux dominant la vallée de la Garonne.

Installé depuis 1998, il travaille en agriculture biologique depuis plus de vingt ans et en biodynamie depuis environ dix-sept ou dix-huit ans.

Le constat climatique dans le vignoble

Il décrit un contexte climatique de plus en plus préoccupant :

  • épisodes de gel de plus en plus fréquents ;
  • chaleurs fortes ;
  • sécheresses plus longues ;
  • vent d’autan plus marqué ;
  • brûlures sur les raisins.

Il explique qu’autrefois, dans sa région, le gel n’était pas un phénomène aussi récurrent. Aujourd’hui, il s’est déjà levé de nombreuses nuits pour protéger certaines parcelles avec des bougies.

Le rôle observé des bois et des arbres

Son observation de terrain est très nette : les vignobles entourés de bois gèlent moins. Il rapporte des mesures faites lors d’une nuit de gel :

  • sur sol nu : -4 °C ;
  • sur sol enherbé : -2 °C ;
  • contre la haie et sous le bois : 0 °C.

Ces écarts ont été observés à très faible distance et à altitude identique. Pour lui, cela a constitué une évidence : il faut replanter des arbres et des haies, et remettre en place des éléments du paysage autrefois détruits par le remembrement.

= Pourquoi replanter autour des vignes

L’objectif est d’encadrer les vignes et de recréer des microclimats plus tempérés :

  • protection contre le gel ;
  • protection contre le vent d’autan ;
  • limitation du dessèchement ;
  • réduction des brûlures dues à l’ensoleillement direct.

Il souligne que ces effets ont des conséquences directes sur la quantité et la qualité de la récolte, car les raisins brûlés ou desséchés sont perdus ou triés à la vendange.

Une remise en cause des pratiques

Elian Da Ros explique qu’avec les sols, il avait parfois eu l’impression de « faire le pompier », en minéralisant pour apporter de l’azote à la vigne tout en sachant que cette logique conduisait dans le mur.

Les échanges avec des intervenants comme Alain Canet ou Marceau Bourdarias, ainsi que la formation des Apprentis du vivant suivie par son épouse Sandrine Farrugia, ont constitué des déclics.

Il insiste sur le fait que ces savoirs devraient être davantage enseignés dans les écoles d’agriculture.

L’agroécologie dans la vigne

Alain Canet rappelle que la vigne est une liane ayant coévolué avec les arbres. Pour lui, replacer la vigne dans un environnement végétal diversifié a du sens, y compris vis-à-vis des champignons mycorhiziens et de l’ensemble du fonctionnement biologique du système.

Il insiste sur le fait qu’une vigne sur sol nu et travaillé reste une monoculture, avec souvent une faible diversité génétique au niveau du cépage et du porte-greffe. D’où la nécessité de reprendre le système dans sa globalité :

  • couverture des sols ;
  • restauration d’un environnement arboré ;
  • prévention plutôt que réaction ;
  • réduction du nombre de passages.

Il évoque aussi la viticulture comme exemple d’une agriculture qui peut stocker du carbone, produire de la biodiversité, protéger l’eau, créer des microclimats, de l’emploi et des produits de qualité.

Idées reçues sur les haies en viticulture

Sylvie Monier identifie plusieurs craintes fréquemment exprimées par les viticulteurs.

La peur d’un manque d’aération

La vigne est une culture sensible aux maladies fongiques, et l’on dit souvent qu’elle a besoin d’être ventilée. D’où la crainte qu’une haie bloque l’air.

Elle répond qu’une haie brise-vent n’arrête pas totalement le vent : elle le filtre et le ralentit. Elle limite les excès sans empêcher l’aération.

La peur des maladies

Autre idée reçue : les haies favoriseraient le mildiou ou l’oïdium. Elle rappelle qu’une haie peut aussi jouer un rôle de filtre pour des spores transportées par le vent.

Elle reconnaît toutefois qu’au pied d’une haie, notamment à l’est, la rosée peut sécher plus lentement, et que c’est donc un point à surveiller. Cela demande d’observer finement la parcelle.

La peur des ravageurs

On entend aussi que les haies hébergent des ravageurs. Elle répond que l’écosystème fonctionne globalement : la haie apporte aussi les prédateurs naturels. Comme pour les pucerons et les coccinelles, ou les limaces et les carabes, la régulation dépend de la présence conjointe des différents organismes.

La concurrence avec la culture

Enfin, elle reconnaît qu’au pied de la haie, il peut y avoir une concurrence, notamment pour l’azote. Les premiers rangs peuvent être impactés. Mais à l’échelle de la parcelle, l’effet de protection peut compenser ailleurs, en créant aussi de l’hétérogénéité intéressante.

Santé, pesticides et sens du métier

Elian Da Ros rappelle avec émotion que son père est mort d’une leucémie liée, selon lui, aux produits phytosanitaires. Cette expérience personnelle nourrit son attachement à des pratiques plus saines.

Il insiste sur la nécessité pour l’agriculture de retrouver un bon sens paysan, de redonner leur place au savoir-faire, à l’observation, et à l’autonomie de décision des agriculteurs face à des systèmes parfois trop dépendants du conseil extérieur.

Pour lui, les nouvelles générations doivent se réapproprier ces savoirs et les appliquer chez elles.

Un enjeu de société

Bertrand Manterola souligne que l’ensemble de ces échanges montre que l’on va dans le bon sens. Il rappelle que d’autres mesures du plan de relance accompagnent aussi la transition écologique, comme les investissements dans les agroéquipements ou les dispositifs face aux aléas climatiques.

Il insiste sur l’idée de repositionner le territoire au centre de la production agricole, et sur la nécessité de poursuivre l’amélioration des dispositifs avec les acteurs du terrain.

Sylvie Monier ajoute que la plantation de haies n’a pas attendu le plan de relance pour exister : de nombreux financeurs interviennent déjà ou peuvent intervenir :

  • agences de l’eau ;
  • conseils régionaux ;
  • conseils départementaux ;
  • communautés de communes ;
  • communes ;
  • entreprises privées ;
  • mécénat.

Elle évoque notamment le rôle du Fonds pour l’arbre, qui permet à des entreprises de soutenir des plantations de qualité et la gestion durable des haies existantes.

Pour elle, les conditions sont aujourd’hui réunies pour amplifier la dynamique, à condition de maintenir la qualité technique et l’accompagnement.

Planter des arbres comme projet collectif

Alain Canet élargit encore la réflexion en présentant la plantation d’arbres comme un véritable sujet de société. Il évoque notamment l’initiative Des enfants et des arbres, portée notamment par Marie-France Barrier, qui consiste à associer écoles, enfants, parents, collectivités et agriculteurs autour de plantations.

Il y voit une manière de reconnecter la société avec l’agriculture, et de faire de l’arbre un objet commun.

Selon lui, investir dans l’arbre aujourd’hui rapportera bien davantage demain, sur les plans climatique, agronomique, économique et social.

Il insiste aussi sur le fait que dans les pays de bocage, l’agroforesterie permet de produire simultanément plusieurs choses sur une même parcelle : du lait, des fruits, du bois. Pour lui, c’est vers ce type de systèmes qu’il faut aller.

Le retour de terrain de Cédric Petillat

En fin d’émission, Cédric Petillat souligne que ces messages l’encouragent. Il estime que beaucoup de gens dans son village sont enthousiastes à l’idée de replanter des arbres ou de participer à des chantiers.

Il envisage de créer des journées de sensibilisation, de taille ou de plantation avec les écoles et les associations locales.

S’il devait donner un conseil à d’autres agriculteurs, il dirait avant tout d’être patients : son projet a demandé environ deux ans de démarches. Ce temps est nécessaire pour mûrir le projet, bien implanter les bandes enherbées, bien se faire accompagner et raisonner les contraintes.

Malgré le peu de recul qu’il a encore, il estime qu’il faut se demander ce que l’on veut laisser aux générations futures.

Conclusion

Pour conclure, Sylvie Monier remercie les agriculteurs pionniers qui ont planté depuis longtemps et qui permettent aujourd’hui de montrer des exemples réussis. Elle remercie aussi les agriculteurs qui se lancent aujourd’hui, parfois sans références proches, et qui ouvrent la voie dans de nouveaux territoires.

Elle salue enfin le ministère de l’Agriculture pour la reconnaissance apportée à l’arbre dans les systèmes de production.

Son message final est clair : les arbres poussent lentement, et si l’on veut qu’ils jouent un rôle d’atténuation du climat dans vingt ans, il faut les planter dès maintenant.

L’émission se termine sur l’annonce du prochain rendez-vous de Canal sol vivant, avec l’espoir de recevoir le ministre lors d’une prochaine édition. Les spectateurs sont également invités à soutenir Vers de terre production pour permettre la poursuite de la diffusion des savoirs en agroécologie.