Comment maximiser ses couverts végétaux avant betteraves ?

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Agriculteur en Seine-Maritime, dans le Pays de Caux, Antoine Pointeau explique comment il maximise ses couverts végétaux avant betteraves dans un contexte très humide et très sensible à l’érosion. Membre de l’association Sol en Caux, il insiste sur l’importance de semer les couverts le plus tôt possible, au plus près de la moisson, avec un semoir à dents autoconçu capable de placer grosses et petites graines à des profondeurs différentes. Ses mélanges associent notamment féverole, pois, tournesol, phacélie et vesce, avec pour objectif une forte biomasse, la protection du sol, la restitution d’éléments nutritifs et la concurrence vis-à-vis des adventices. Pour la betterave, il privilégie un strip-till peu profond afin de sécuriser l’implantation tout en limitant le travail du sol. L’ensemble de la démarche vise à réduire l’érosion, améliorer la vie biologique et maintenir des rendements élevés, avec moins d’intrants.

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Résumé
Agriculteur en Seine-Maritime, dans le Pays de Caux, Antoine Pointeau explique comment il maximise ses couverts végétaux avant betteraves dans un contexte très humide et très sensible à l’érosion. Membre de l’association Sol en Caux, il insiste sur l’importance de semer les couverts le plus tôt possible, au plus près de la moisson, avec un semoir à dents autoconçu capable de placer grosses et petites graines à des profondeurs différentes. Ses mélanges associent notamment féverole, pois, tournesol, phacélie et vesce, avec pour objectif une forte biomasse, la protection du sol, la restitution d’éléments nutritifs et la concurrence vis-à-vis des adventices. Pour la betterave, il privilégie un strip-till peu profond afin de sécuriser l’implantation tout en limitant le travail du sol. L’ensemble de la démarche vise à réduire l’érosion, améliorer la vie biologique et maintenir des rendements élevés, avec moins d’intrants.

Aujourd'hui, on vous propose de suivre pendant une semaine les interventions qui ont eu lieu lors de la journée technique betteraves de Pour une Agriculture du Vivant !


Présentation de l’exploitation et contexte pédoclimatique

L’intervenant se présente comme agriculteur dans le pays de Caux, en Seine-Maritime, à environ 25 km du Havre et 15 km d’Étretat. Il insiste d’emblée sur la particularité majeure de sa région : la pluviométrie, très marquée et parfois extrêmement pénalisante pour les chantiers.

L’année évoquée a été particulièrement difficile. Il indique qu’entre le 1er janvier et le 25 septembre, il est tombé environ 525 mm, puis encore 170 mm du 25 septembre au 31 décembre. Dans ces conditions, les récoltes de betteraves, de pommes de terre, de maïs semence, ainsi que les semis de blé, ont été très compliqués.

Le secteur est aussi très sensible à l’érosion. Les sols sont décrits comme des limons battants à 65-70 %, avec 10 à 12 % d’argile, sur des pentes pouvant atteindre 15 à 16 %. Cela génère d’importants phénomènes d’érosion, avec ruissellement, coulées de boue et dépôts de limons sur les routes.

L’association Sol en Caux et la réponse aux problèmes d’érosion

L’agriculteur fait partie d’un groupe local appelé Sol en Caux, créé en 2013. Il s’agit d’une association d’une quinzaine d’agriculteurs, mise en place pour répondre aux problèmes d’érosion, dans un contexte où l’Agence de l’eau et les structures de bassins versants demandaient une réaction du territoire.

Cette dynamique est née à la suite du très gros hiver pluvieux de 2012-2013, qui a provoqué dans la région de forts problèmes d’érosion, mais surtout des coulées de boue et des dépôts de limons sur les routes, avec aussi des perturbations et de la turbidité dans les nappes phréatiques.

Dans le groupe, les profils sont variés : certains agriculteurs avaient déjà près de 20 ans de recul en agriculture de conservation, tandis que d’autres sortaient tout juste de la charrue. Le collectif s’est structuré autour de nombreuses formations, notamment avec Konrad Schreiber, qui les a fortement sensibilisés aux enjeux d’érosion, d’implantation des couverts, de séquestration du carbone et d’importance de la couverture permanente des sols.

Le système de culture de l’exploitation

L’exploitation compte environ 170 hectares. L’intervenant cultive notamment :

  • du blé,
  • du colza,
  • des pois,
  • des féveroles,
  • du lin,
  • occasionnellement du lupin,
  • du maïs,
  • et environ 12 hectares de betteraves.

Il rappelle que le lin est une culture phare du pays de Caux.

Dans l’intervention, l’accent est mis principalement sur le choix et la conduite des couverts végétaux avant betteraves.

Une règle clé : semer les couverts le plus tôt possible

La stratégie de l’exploitation est de semer les couverts végétaux le plus tôt possible après moisson. En Seine-Maritime, l’un des atouts est de pouvoir parfois récolter les blés dès la fin juillet, ce qui ouvre une fenêtre intéressante pour implanter rapidement les couverts.

L’objectif est de « coller à la moissonneuse ». Autrement dit, plus le couvert est semé tôt, plus son développement sera important, et plus ses effets agronomiques seront marqués : couverture du sol, production de biomasse, concurrence vis-à-vis des adventices, restitution d’éléments et lutte contre l’érosion.

Un semoir à dents autoconstruit pour réussir l’implantation

Pour implanter les couverts, l’agriculteur a conçu un semoir à dents spécifique, avec l’aide d’un constructeur local, Ottavioli. Il a lui-même réalisé toute la conception et l’aménagement, notamment les descentes de semences, les disques et l’organisation générale de l’outil.

Le principe recherché est le suivant :

  • une dent très fine dégage la paille ;
  • une pointe de 15 mm ouvre le passage sans trop perturber le sol ;
  • deux trémies permettent de semer à deux profondeurs différentes.

Le semoir est équipé :

  • d’une trémie frontale pour les grosses graines ;
  • d’une trémie arrière de type APV pour les petites graines.

Ainsi :

  • les grosses graines tombent derrière la dent, vers 4 cm de profondeur ;
  • les petites graines tombent plus superficiellement, juste devant la roue de rappui.

Cette dissociation des profondeurs permet d’adapter le positionnement selon la taille des graines et de mieux sécuriser la levée.

Lorsque le temps le permet, un passage de herse Magnum juste avant le semis peut être réalisé. Ce passage a plusieurs objectifs :

  • déranger les œufs de limaces ;
  • perturber les galeries de mulots ;
  • homogénéiser la répartition des pailles, surtout avant lin ;
  • préparer un contexte favorable au semis direct ultérieur.

Même si le semoir est équipé de bonnes roulettes de rappui, il peut être suivi d’un roulage Cambridge quand les conditions le justifient, pour bien refermer le sillon et améliorer le contact terre-graine.

Composition des mélanges de couverts avant betteraves

Le mélange utilisé est présenté comme assez standard sur l’exploitation. Il repose principalement sur :

Sur l’exemple cité, le semis se faisait autour de 90 kg/ha, avec un total d’environ 292 graines/m².

L’intervenant rappelle que, d’après les conseils de Thierry Têtu, un objectif minimum de 250 levées/m² est intéressant pour obtenir un couvert performant.

Il précise aussi qu’il raisonne fortement le coût des semences par l’échange entre agriculteurs. Il produit lui-même certaines espèces, comme la féverole, le pois ou le lupin, et les échange contre d’autres semences comme le tournesol, la vesce ou la phacélie. Au final, il estime le coût du couvert à environ 58 €/ha, ce qu’il juge peu élevé au regard des services rendus.

Intérêt du semoir à dents pour le positionnement dans les chaumes

Avec le semoir à dents et l’autoguidage, il est possible de décaler le semis d’un demi-rang par rapport aux chaumes de blé précédents. Cela permet de semer entre les rangs de la culture précédente.

Dans cette configuration, la simple pointe de 15 mm suffit à déposer les graines dans une zone relativement dégagée, sans avoir besoin d’un travail du sol important. L’objectif reste de semer avec le moins de perturbation possible.

Stimulation du couvert avec des extraits fermentés

Pour « booster » le couvert, l’agriculteur applique à peu près fin août des extraits fermentés :

Selon lui, ces apports stimulent bien le couvert, activent aussi l’activité microbienne du sol et peuvent avoir un petit effet insectifuge ou protecteur qui aide les plantes à bien démarrer.

Suivi des couverts et observation de terrain

Le groupe Sol en Caux réalise régulièrement des tours de plaine, environ une fois par mois. Ces observations servent à suivre :

  • le développement des couverts,
  • l’enracinement,
  • la structure du sol,
  • les espèces qui se comportent le mieux.

Des profils de sol sont également réalisés. L’observation de terrain apparaît comme une composante centrale de la stratégie : il ne s’agit pas seulement de semer un couvert, mais de comprendre son comportement et ses effets sur le sol.

Des couverts très développés avant betteraves

L’intervenant montre plusieurs exemples de couverts avant betteraves avec des développements importants, notamment en 2018, où certains couverts étaient très impressionnants à l’automne. Il souligne en particulier la place prise par le tournesol dans certains mélanges.

Il insiste aussi sur la dimension de communication auprès du grand public. Des pancartes sont installées le long des routes pour montrer que les agriculteurs cherchent à préserver l’environnement, à diversifier les espèces et à limiter l’érosion.

L’intérêt mellifère est également mis en avant. L’agriculteur possède une dizaine de ruches sur l’exploitation, et il constate que les abeilles apprécient beaucoup ces couverts riches en plantes fleuries.

Pesées de biomasse et estimation des restitutions

Des pesées de biomasse sont réalisées sur 1 m², en prélevant toutes les plantes puis en différenciant les espèces : légumineuses, crucifères, graminées, etc.

Sur une parcelle citée en exemple, la biomasse produite atteignait environ 6,7 t de matière sèche/ha. Selon les années, ce chiffre peut varier ; l’année évoquée était plutôt à 5 t/ha, en raison d’un moindre développement.

Pour estimer les restitutions potentielles, l’agriculteur mentionne l’utilisation de la méthode MERCI (Méthode d’estimation des restitutions par les cultures intermédiaires). Il considère toutefois que les quantités d’azote restituées sont probablement surestimées dans cette approche, et qu’il faudrait presque les diviser par deux pour mieux coller à la réalité observée.

Malgré cette réserve, il retient surtout que ces niveaux de biomasse montrent l’importance agronomique du couvert.

Destruction des couverts : priorité au roulage plutôt qu’au broyage

L’exploitation pratique depuis plusieurs années la destruction mécanique des couverts, avec différents types de rouleaux testés dans le groupe. Parmi eux, le rouleau faca occupe une place importante.

La logique de destruction est la suivante :

  • intervenir dès qu’il gèle, même si le couvert n’est pas entièrement gelé ;
  • ou intervenir quand le couvert a atteint le stade floraison ;
  • éviter de détruire trop tôt un couvert encore trop petit.

L’agriculteur insiste sur un point : un couvert de 15 à 20 cm sera très peu affecté par un rouleau. En revanche, un couvert de plus d’un mètre, au bon stade, peut être très efficacement blessé et couché. Le rouleau utilisé comporte une cornière tous les 15 cm, et il est lesté avec de l’eau dans les cylindres pour accentuer son efficacité.

Une fois le couvert bien couché et blessé, il se détruit ensuite pratiquement naturellement.

Une difficulté inattendue : les dégâts de sangliers

L’intervenant évoque aussi un problème parfois très concret : les sangliers. Malgré l’absence historique de dégâts sur l’exploitation familiale, il constate désormais la présence de groupes importants dans les couverts, parfois une vingtaine d’animaux observés au petit matin.

Ces animaux réalisent des « chaudrons » et des trous, ce qui complique ensuite fortement les implantations en semis direct, notamment pour la betterave. La photo montrée datait du 15 décembre, avec des dégâts très visibles. Dans une logique de semis direct ou de travail très limité, ces perturbations posent un vrai problème pratique.

Effets sur le sol : matière organique, enracinement et vie biologique

L’agriculteur souligne l’évolution de ses parcelles depuis le démarrage de sa transition. En 1995, certaines parcelles étaient à 1,2-1,3 % de matière organique. Elles sont aujourd’hui plutôt autour de 2,5-2,6 %.

Les profils de sol mettent en évidence :

  • une forte capacité de pénétration racinaire ;
  • une amélioration de la structure ;
  • une meilleure activité biologique.

Il insiste sur la puissance du système racinaire des couverts, capable selon lui de perforer des semelles importantes.

Le groupe réalise aussi des comptages de vers de terre. Les résultats annoncés sur l’exploitation sont de l’ordre de 80 à 110 vers de terre/m², ce qui traduit une forte activité biologique.

Implantation de la betterave : le choix du strip-till

Pour la betterave, l’agriculteur a mis en place depuis plusieurs années un système de strip-till autoconstuit. À l’époque où l’exploitation a arrêté le labour, un ancien décompacteur a servi de base de transformation. Après avoir suivi une formation en 2009 chez Philippe Pastoureau, l’agriculteur a été convaincu que le strip-till était l’outil adapté pour sécuriser la culture de betterave.

L’outil a été adapté aux betteraves semées à 50 cm :

  • toutes les dents ont été positionnées à cet écartement ;
  • des disques couvreurs ont été ajoutés devant les éléments ;
  • une fertilisation sous la dent est possible.

Avec le temps, la profondeur de travail a été progressivement réduite. Alors qu’au départ la logique pouvait conduire à aller plus profond, l’agriculteur indique être aujourd’hui autour de 10 à 12 cm maximum.

Dissocier le strip-till et le semis

Le système actuel ne fait plus le strip-till et le semis en un seul passage. Désormais :

  • le strip-till est réalisé d’abord ;
  • puis une fraise repasse exactement sur les bandes travaillées ;
  • cette fraise ne travaille que la bande de semis.

Ainsi, sur un écartement de 50 cm :

  • environ 40 cm ne sont pas travaillés ;
  • seule la bande de semis est reprise.

Le semoir est ensuite attelé derrière la fraise, avec apport de fertilisation localisée :

  • environ 100 kg/ha de 18-46 dans la ligne ;
  • et un microgranulé de type « Solux » sur la ligne, dans l’objectif de limiter notamment les limaces.

Résultats d’essais sur betteraves

Des essais ont été conduits avec l’ITB en 2012 et 2013, notamment avec Alexandre Météier. Différents modes d’implantation ont été comparés :

  • travail intensif,
  • travail superficiel,
  • strip-till,
  • semis direct dans le couvert avec semoir à disques spécifique.

D’après l’intervenant, les résultats étaient globalement très proches, avec seulement 3 à 4 t/ha d’écart entre modalités en fin d’essai. Les rendements moyens observés se situaient entre 115 et 120 t/ha selon les modalités.

Ces résultats confortent la pertinence du strip-till, tout en laissant ouverte la possibilité d’aller plus loin vers du semis direct à terme.

Observation de l’enracinement de la betterave

Des profils réalisés avec différents visiteurs, dont Mathieu Archambeaud, ont permis d’observer l’enracinement des betteraves implantées en strip-till.

Selon l’intervenant, le strip-till sécurise bien le pivot :

  • la betterave « se porte bien » ;
  • il n’y a pas de chevelu racinaire superficiel excessif ;
  • le pivot descend correctement.

À 60 jours, la parcelle apparaît assez propre, au point qu’il évoque presque la possibilité d’un désherbage localisé. Il note malgré tout qu’avec la présence de tournesol dans les couverts, on en retrouve parfois en végétation dans les betteraves.

Récolte des betteraves et gestion du trafic

Depuis une douzaine d’années, la récolte des betteraves est réalisée avec des machines spécifiques, en CUMA et en partenariat avec un entrepreneur, afin de limiter le trafic et la compaction.

Le principe recherché est d’éviter au maximum de mettre les remorques dans les champs. Lorsque c’est possible, les remorques sont placées au bout des parcelles, avec retour par route ou chemin.

Une des machines du groupe est équipée de chenilles, même si l’intervenant rappelle que chez eux, les chantiers restent tout de même souvent très difficiles à cause des pluies.

Il rapporte que lors de récoltes en conditions humides, le chauffeur a noté une vraie différence : dans ses parcelles travaillées seulement sur 10 cm tous les 50 cm, la machine portait mieux que chez des voisins où elle s’enfonçait quasiment à chaque tour.

Semis du blé après betteraves

Après betteraves, le même semoir à dents est utilisé pour implanter le blé. Le système repose sur une intervention très limitée :

  • une patte d’oie de 250 mm reprend derrière l’arrachage ;
  • l’outil travaille par bandes de 15 cm de large ;
  • ces bandes sont espacées de 30 cm.

Quand la récolte de betteraves s’est bien passée, le blé peut être semé en direct direct. Si l’arrachage a laissé des marques, un très léger passage de vibroculteur, à environ 4 cm, peut être réalisé juste pour effacer les crampons de l’arracheuse.

L’agriculteur insiste sur le fait qu’il n’a plus de charrue depuis une vingtaine d’années sur l’exploitation.

Rendements betteraviers et conduite sans insecticides

L’exploitation livre ses betteraves à la sucrerie de Fontaine-le-Dun, chez Cristal Union.

Concernant les rendements, l’intervenant indique se situer, en moyenne sur cinq ans, entre 85 et 115 t/ha, avec l’habitude de parler d’un objectif à 100 t/ha. Il précise que son principal souci vient plutôt du planning d’arrachage : lorsqu’il est trop tardif, les conditions deviennent beaucoup plus risquées.

Il souligne aussi qu’il est à zéro insecticide sur betteraves depuis cinq ans. Il utilise à la place des préparations à base de macérations et d’huiles essentielles. Lors d’une année à forte pression pucerons, le technicien betteraves est venu observer sa parcelle. Là où des voisins ayant réalisé deux insecticides avaient 15 à 20 % de jaunisse, sa parcelle était selon lui à moins de 5 %, avec une forte présence de coccinelles en même temps que les pucerons.

Gestion des apports organiques et du BRF

L’agriculteur n’a pas d’élevage. Il fonctionne donc en échange paille-fumier avec un ancien stagiaire disposant d’un troupeau laitier. Cela lui permet d’apporter un peu de fumier sur certaines surfaces.

Quand il y a peu de main-d’œuvre, il préfère prioriser les apports sur les couverts. Dans le groupe Sol en Caux, les agriculteurs ayant de l’élevage apportent parfois leurs effluents directement sur les couverts, même en septembre si nécessaire.

Il mentionne aussi l’utilisation de bois raméal fragmenté (BRF), suite notamment aux conseils reçus en formation. L’approvisionnement se fait en partie via les collectivités locales. Le groupe a également planté beaucoup de haies. Lui-même en a planté autour de la ferme, et un autre membre du groupe, Olivier Tassel, en a implanté de façon importante.

Le BRF est épandu surtout sur les parcelles de lin, avec attention portée à la qualité du broyage pour éviter les impuretés dans cette culture sensible. Les doses annoncées sont de l’ordre de 10 à 15 t/ha, une fois dans la rotation.

Pourquoi ne plus semer les couverts avant récolte ?

L’agriculteur a testé autrefois le semis de couverts avant récolte, en épandant avec un système bricolé derrière sa moto, puis en repassant si besoin au milieu. Il implantait alors du radis, des trèfles ou de la moutarde.

Mais il a abandonné cette pratique à cause des années humides où la récolte du blé était très tardive. En 2012 par exemple, avec des blés récoltés au 15 septembre et un couvert semé au 25 juillet, le couvert était passé au-dessus du blé couché, ce qui posait de gros problèmes.

Aujourd’hui, même si certains collègues épandent encore à la volée avant récolte, lui préfère semer juste après moisson avec le semoir à dents, car cela sécurise mieux l’implantation.

Pourquoi garder une reprise de ligne avant betteraves ?

Interrogé sur la fraise utilisée après strip-till, il explique que le problème principal de sa région reste la froideur et l’humidité des sols au printemps. Il cite par exemple plus de 200 mm de pluie tombés depuis le 1er janvier à la date de l’intervention.

Le strip-till sécurise une partie du travail, mais la reprise par fraise sur la ligne permet d’affiner le lit de semences et de réchauffer un peu la bande. Pour lui, cela reste important dans son contexte pédoclimatique.

Il reconnaît néanmoins que l’objectif est de réduire encore le travail du sol. Des pistes sont évoquées :

  • remplacer la fraise par un système plus léger ;
  • travailler uniquement avec un disque ouvreur ou des disques sur les premiers centimètres ;
  • aller vers du « strip-till végétal ».

Gestion des graminées dans les couverts

Sur la destruction des couverts sans glyphosate, il indique ne pas pratiquer de broyage et préférer le roulage. Les graminées restent malgré tout le point délicat, car elles peuvent repartir après destruction.

Son observation est que plus le couvert est dense et développé, plus il concurrence les adventices et limite les graminées problématiques comme le vulpin ou le ray-grass.

Il reconnaît que c’est malgré tout une vraie épée de Damoclès. Dans certains cas, des agriculteurs du groupe vont jusqu’à faire un antigraminées dans les couverts à l’automne, voire du Kerb en décembre, pour chercher des solutions. Lui-même évoque ces pratiques comme des pistes explorées dans le groupe, même si la question réglementaire et la cohérence globale du système restent sensibles.

À ce titre, il a aussi revu sa composition de mélange : il utilisait auparavant de l’avoine de printemps, mais a constaté lors de démonstrations de destruction que c’était souvent l’espèce qui repartait le plus. Il a donc supprimé l’avoine de son mélange en 2019.

Le double couvert : une piste peu convaincante dans son contexte

À la question du double couvert, il répond que certains membres de Sol en Caux le pratiquent, mais que lui ne le juge pas rentable dans son contexte.

Selon lui :

  • le coût du passage est déjà élevé ;
  • il faut rajouter de la semence ;
  • les pesées montrent que la biomasse supplémentaire produite ensuite est souvent insignifiante.

Il préfère donc laisser le premier couvert aller jusqu’à un stade avancé, parfois jusqu’au début floraison, puis le détruire au rouleau faca. À ses yeux, cela permet déjà d’obtenir un mulch suffisant et une bonne protection du sol.

Date du strip-till avant betteraves

Le strip-till d’automne a été essayé, notamment avec Victor Le Forestier, mais les observations de profils au printemps ont montré que les bandes travaillées étaient souvent gorgées d’eau.

En conséquence, cette stratégie a été abandonnée sur l’exploitation. Désormais, le strip-till est réalisé systématiquement 3 à 4 jours avant le semis de betteraves.

Vers une réduction encore plus poussée du travail du sol ?

Une question importante est posée sur la cohérence entre la puissance racinaire des engrais verts et le maintien d’un strip-till mécanique pour une culture à pivot comme la betterave.

L’agriculteur reconnaît volontiers qu’il y a une part de sécurisation psychologique dans le maintien du strip-till. Il rappelle que les essais réalisés avec l’ITB l’avaient conforté à l’époque dans cette solution. Mais il partage aussi l’idée que le but est bien, à terme, d’aller vers toujours moins de travail du sol.

Il souligne d’ailleurs l’évolution déjà accomplie :

  • au départ, le strip-till était pensé à 20 cm ;
  • aujourd’hui, il se limite plutôt à 10-12 cm ;
  • demain, il pourrait peut-être être remplacé par des systèmes encore plus superficiels.

Pas de bineuse dans le système

L’intervenant n’utilise pas de bineuse dans son système. Il fait partie d’un groupe Dephy Ecophyto avec la Chambre d’agriculture, centré sur la réduction de l’IFT, et réfléchit à la localisation des interventions.

Le binage lui paraît délicat dans son contexte, notamment parce que les pluies régulières de mai-juin peuvent faire repartir les adventices après intervention. Il cite aussi l’exemple d’un voisin en bio, très équipé en matériel de désherbage mécanique, qui reste malgré tout en difficulté dans certaines années.

Pour lui, la priorité reste donc :

  • la couverture du sol,
  • la concurrence exercée par les couverts,
  • la réduction du travail du sol,
  • et l’observation.

Les produits fermentés et le biocontrôle

L’agriculteur revient longuement sur les extraits fermentés et macérations utilisés sur l’exploitation. Il explique qu’en 2015, le groupe Sol en Caux est allé se former chez Éric Petiot sur le thème « soigner les plantes par les plantes ».

Depuis, ils fabriquent eux-mêmes différents produits :

  • extraits fermentés d’ortie,
  • extraits de consoude,
  • macérations d’ail,
  • préparations à base d’huiles et de savon.

La fabrication est conduite avec rigueur, en surveillant :

  • la qualité de l’eau,
  • la température,
  • le pH,
  • le potentiel redox,
  • la conductivité.

Ils vont même jusqu’à mesurer le taux de sucre des plantes au réfractomètre, avec le suivi du Brix.

Une parcelle d’essai en blé est suivie depuis cinq ans par la Chambre d’agriculture de façon indépendante, avec plusieurs modalités :

  • témoin zéro,
  • modalité 100 % ortie,
  • modalité ortie + consoude,
  • modalité fongicide classique, etc.

Les modalités sont récoltées séparément, pesées et échantillonnées. Selon l’agriculteur, les résultats des modalités à base d’ortie et de consoude sont tout à fait satisfaisants, même si le témoin zéro décroche toujours un peu.

Son objectif n’est pas de faire le meilleur rendement du secteur, mais d’améliorer le coût de production et de réduire fortement les intrants. Il se dit très sensible aux produits phytosanitaires et vise notamment :

  • zéro insecticide,
  • zéro régulateur,
  • une forte réduction des fongicides.

Détails complémentaires sur le semoir à dents

En fin d’échange, l’intervenant revient sur son semoir à dents. Il s’agit d’un prototype conçu en 2012 à partir de nombreuses visites, formations et observations d’autres systèmes, avec notamment une inspiration partielle des semoirs Claydon.

Le châssis a été fabriqué en 5 m, sur quatre poutres. Il comporte :

  • des disques ouvreurs à l’avant pour trancher les résidus ;
  • une dent très fine ;
  • la possibilité d’ajouter ou non une dent de drainage ;
  • différents systèmes de roues pour adapter le comportement de l’outil selon les conditions.

Avec l’expérience, il estime que la dent de drainage n’est plus forcément nécessaire si le sol n’est pas tassé. Il a aussi modifié le contrôle de profondeur avec des roues à l’avant, afin de mieux maîtriser la régularité de semis.

Concernant le coût, il estime son semoir autoconstruit autour de 25 000 euros, tout en soulignant qu’il s’agit d’une estimation, car l’autoconstruction rend l’évaluation délicate.

Aujourd’hui, ce semoir sert à :

  • 100 % des couverts,
  • 100 % des colzas associés,
  • des blés après betteraves,
  • et même ponctuellement à des prestations extérieures.

Place de la herse avant semis des couverts

Sur l’intérêt du passage de herse juste avant semis de couvert, l’agriculteur répond que ce n’est pas systématique mais que cela lui paraît utile dans certains cas, surtout pour bien répartir les pailles, homogénéiser la surface et déranger limaces ou rongeurs.

Il reconnaît que cette intervention perturbe un peu le sol et peut faire lever certaines adventices, mais il considère que, dans ses conditions, le bénéfice sur la qualité d’implantation du couvert reste souvent supérieur à l’inconvénient.

Réflexions sur les engrais starters et les applications en ligne

Enfin, il explique que le groupe travaille aussi sur la question des engrais starters et des applications en ligne, y compris avec des solutions de type biostimulants ou extraits fermentés dans le sillon.

Certains collègues ont déjà monté des cuves frontales pour injecter ce type de produits. Lui y réfléchit aussi, mais cela pose des questions d’organisation et de volume. Il rappelle qu’il faut produire des quantités importantes de préparations pour couvrir les besoins de printemps.

Il mentionne notamment la macération d’ail, qu’il utilise comme insecticide de biocontrôle, associée à du savon et à des huiles végétales. Là encore, il insiste sur l’idée que ces approches relèvent avant tout du préventif et de l’observation.

Conclusion

L’ensemble de l’intervention montre une stratégie cohérente autour de quelques principes forts :

  • semer les couverts le plus tôt possible ;
  • produire beaucoup de biomasse ;
  • couvrir les sols pour lutter contre l’érosion ;
  • s’appuyer sur la vie biologique du sol ;
  • limiter au maximum le travail du sol ;
  • sécuriser encore la betterave avec du strip-till, tout en visant à terme une réduction supplémentaire ;
  • observer en permanence ;
  • chercher des alternatives aux intrants chimiques.

Avant betteraves, le couvert végétal est présenté non comme un simple intermédiaire, mais comme un levier central du système, à la fois pour la protection du sol, la structuration, la fertilité, la gestion de l’eau, la limitation de l’érosion et, indirectement, la réussite de la culture suivante.