Comment structurer une filière agroécologique ?
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Semaine de l'agriculture française 2021 - Comment structurer une filière agroécologique ?
Vincent Gachet, responsable QSE filières Fruits & Légumes (F&L) chez U Enseigne, explique le travail de déploiement en cours de la démarche de régénération à l'ensemble des fournisseurs de la Marque U visant à construire un projet agroécologique global avec 100% des fournisseurs F&L.
Avec Nina Bigaud, ils reviennent sur les freins, les leviers et les outils développés par l'association pour accompagner la structuration de filières.
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Introduction
Cet atelier « Boîte à outils de la transition » est consacré à la question : comment structurer une filière agroécologique ?
L’intervention est introduite par Nina Bigaud, responsable coopération et filières au sein de l’association Pour une agriculture du vivant. Elle rappelle que l’association est un mouvement collectif qui réunit plus de 600 adhérents : acteurs agricoles, industriels de l’agroalimentaire, distributeurs, partenaires techniques, structures de développement agricole et acteurs financiers.
L’objectif commun de ce collectif est d’accélérer la transition agricole et alimentaire vers des pratiques agroécologiques, en plaçant la régénération des sols et des écosystèmes au cœur des démarches.
Pour structurer ces filières agroécologiques, plusieurs outils ont été construits. Parmi eux figure notamment l’indice de régénération, présenté comme un score agroécologique et comme un outil de mesure des résultats destiné aux agriculteurs, afin de les accompagner dans leur progression et de valoriser leurs résultats dans les filières.
L’atelier s’intéresse plus particulièrement à la démarche des entreprises et à la manière dont une entreprise peut conduire sa propre démarche de régénération pour déployer largement l’agroécologie.
Dans ce cadre, Nina Bigaud accueille Vincent Gachet de Système U.
Présentation de l’intervenant
Vincent Gachet se présente comme ingénieur qualité au sein de la filière fruits et légumes. Il travaille à la direction nationale des métiers du frais à Carquefou, pour la coopérative U Enseigne, communément appelée Système U.
Il intervient au sein du service qualité fruits et légumes, plus particulièrement sur les démarches MDD (marques de distributeur), qui constituent selon lui les fers de lance de la volonté de l’enseigne sur les démarches évoquées pendant l’atelier.
Il indique s’occuper plus spécifiquement des cahiers des charges techniques, notamment sur la partie amont agricole.
Un rappel historique sur Système U
Pour introduire le sujet, un quiz est proposé sur la date de création du comptoir coopératif d’achat au sein duquel s’est développé Unico, l’ancêtre de Système U.
La bonne réponse donnée par Vincent Gachet est 1920.
Ce rappel historique est utilisé pour souligner que Système U est historiquement implanté dans les territoires. Il insiste sur une particularité de l’enseigne : son organisation en coopérative de commerçants indépendants.
Cette organisation coopérative est présentée comme un point de rapprochement avec le monde agricole, lui aussi largement structuré en coopératives. Vincent Gachet explique qu’il existe ainsi une forme de reconnaissance mutuelle dans les modes de fonctionnement, avec un ancrage local fort régulièrement revendiqué par les associés de l’enseigne.
Les débuts de la réflexion sur l’agroécologie
Sans reprendre tout l’historique de l’entreprise depuis 1920, Vincent Gachet identifie une date clé : 2012.
Cette année marque le lancement des démarches MDD en fruits et légumes autour d’une promesse de produit « sain et bon », avec un focus environnemental centré sur les résidus de pesticides. À l’époque, ce sujet est déjà très présent dans les débats de société, et Système U cherche à être pionnier sur certains enjeux.
L’entrée dans la démarche environnementale s’est donc faite, dans un premier temps, par la question des résidus.
En 2017, Système U devient membre fondateur de l’association Pour une agriculture du vivant. Vincent Gachet, arrivé en 2018, explique qu’à partir de ce moment-là une réflexion s’engage sur la manière d’articuler cette nouvelle dynamique avec l’historique déjà existant sur les produits et les filières.
Il précise que l’entreprise ne part pas de rien : des actions avaient déjà été initiées, notamment des projets pilotes sur certains sujets, afin d’inciter quelques fournisseurs à avancer. Il cite par exemple des projets sur l’oignon avec recherche de financements européens, associant plusieurs acteurs, ou encore le projet CSV (« cultures et industries sur sol vivant »), porté aussi avec l’appui de Pour une agriculture du vivant.
Dès que cela a été possible, Système U a cherché à se raccrocher à des actions concrètes, très opérationnelles et très agronomiques, afin de faire avancer le sujet avec ses fournisseurs.
Définir des filières prioritaires
Après ces premières expérimentations, Système U a cherché à analyser sa filière fruits et légumes. Vincent Gachet souligne qu’il ne s’agit pas d’une seule filière homogène, mais d’un ensemble très vaste de situations différentes :
- production légumière ;
- cultures de plein champ ;
- arboriculture ;
- exploitations diversifiées ne produisant pas uniquement des fruits et légumes.
Il insiste sur le fait que le monde agricole est interconnecté. On ne peut pas, selon lui, parler uniquement de fruits et légumes ou de pommes de terre lorsqu’un producteur fait aussi du blé. Les rotations rendent les problématiques globales et interdépendantes.
C’est dans ce contexte qu’il a fallu définir des filières prioritaires.
Les critères de choix
Vincent Gachet explique qu’il n’y a pas eu une seule raison, mais un ensemble de facteurs :
- l’historique des relations ;
- le niveau de maturité de certains fournisseurs ;
- le niveau de maturité de certaines espèces ;
- les spécificités techniques des systèmes de production ;
- le rôle des marques de distributeur ;
- la capacité à lancer des projets pilotes concrets.
Il prend l’exemple de l’arboriculture, où le fait de maîtriser une seule espèce peut conduire à des niveaux d’avancement différents par rapport à des systèmes de grandes cultures intégrant plusieurs espèces et des rotations plus complexes.
Le choix des filières prioritaires s’est donc fait en combinant différents profils de fournisseurs, différents niveaux d’engagement, et différents horizons temporels de mise en œuvre.
Une approche centrée sur le producteur
Vincent Gachet souligne qu’au départ, Système U est parti d’une approche plutôt centrée sur le producteur, avant d’aller vers une démarche plus globale.
L’idée a été très tôt que le sujet serait véritablement porté par le producteur. Même lorsque l’entreprise travaille avec des fournisseurs qui sont des organisations de producteurs, elle cherche à aller au plus près de celui qui met en œuvre les leviers et conduit la démarche en production.
Cela a supposé un important travail de structuration préalable : identifier les acteurs, comprendre leurs problématiques, distinguer les différentes catégories d’intervenants et clarifier leur rôle dans la filière.
La diversité des acteurs de la filière
Vincent Gachet décrit plusieurs grands types d’acteurs avec lesquels Système U peut travailler dans la filière fruits et légumes :
- des producteurs en direct, qui sont eux-mêmes les fournisseurs ;
- des groupements de producteurs de type coopératives ou organisations de producteurs ;
- des groupements d’OP ;
- des opérateurs privés ayant des partenariats avec la production ;
- des systèmes mixtes ;
- des intermédiaires plus ou moins proches de la production.
Cette diversité rend nécessaire une réflexion sur la manière de porter une transition agroécologique avec des configurations très différentes selon les cas.
Le choix de l’habilitation des techniciens
Pour répondre à cette diversité, un point central a été la mise en place de l’habilitation des techniciens.
Vincent Gachet explique que le principe retenu est le suivant :
- le producteur porte ses indicateurs et sa démarche de régénération ;
- l’accompagnement repose sur un savoir-faire technique qui n’est pas celui du distributeur ;
- ce savoir-faire est détenu par les techniciens et les structures amont ;
- ces techniciens sont donc reconnus et habilités pour accompagner les producteurs et mesurer les résultats.
Cette approche convient à Système U car elle permet de rester dans une logique agronomique, portée par les producteurs et les structures de terrain, et non dans une logique déconnectée de la réalité des exploitations.
Selon les cas, cela permet :
- à un producteur en direct de porter lui-même la démarche ;
- à un technicien de groupement de producteurs d’accompagner plusieurs producteurs ;
- à un technicien d’une structure privée de suivre aussi les exploitations engagées.
Le dispositif d’habilitation présenté par Pour une agriculture du vivant
Nina Bigaud précise ce qu’est ce dispositif d’habilitation.
Il s’agit d’une reconnaissance des compétences en agroécologie et de la capacité à évaluer les agriculteurs selon l’indice de régénération.
Pour cela, l’association propose un parcours de formation destiné à ce qu’elle appelle les techniciens du vivant. Ce parcours comprend :
- une formation initiale sur les bases techniques de l’agroécologie ;
- un volet humain sur l’accompagnement au changement et l’animation de collectifs d’agriculteurs ;
- un volet outils, portant sur l’indice de régénération et sur des protocoles de suivi de terrain ;
- une formation continue annuelle, avec des événements permettant d’échanger, de se mettre en réseau et d’approfondir certaines thématiques.
Ce parcours permet à la fois de reconnaître les compétences des techniciens et d’apporter des garanties aux entreprises sur la qualité de l’accompagnement proposé aux producteurs.
Vincent Gachet ajoute que cet outil permet aussi d’embarquer des profils différents de fournisseurs : certains déjà pionniers, d’autres plus éloignés du sujet, et d’objectiver les trajectoires dans le temps.
Les étapes de la démarche de structuration
Au fil de l’échange, un enchaînement des étapes suivies par Système U se dessine :
- définition de filières prioritaires ;
- montage ou participation à des projets pilotes collectifs sur différentes productions ;
- appropriation des concepts de l’agroécologie ;
- test de l’intérêt de la démarche chez les fournisseurs ;
- entrée dans une phase de déploiement plus large ;
- recours à l’habilitation des techniciens pour adresser l’ensemble des fournisseurs de fruits et légumes.
L’objectif est progressivement d’embarquer un plus grand nombre d’acteurs dans la démarche.
Les indicateurs et la mesure de la démarche
Une fois la démarche engagée, la question posée est celle de son évaluation.
Vincent Gachet explique que Système U a beaucoup construit sur ce sujet, avec plusieurs évolutions successives. L’entreprise a cherché à être la plus orientée possible vers des indicateurs de résultats, tout en partant aussi de ce qui existait déjà sur le marché ou chez les producteurs.
Il évoque alors des notions de socle et de leviers.
Le cap fixé
Le cap, selon lui, n’a pas changé au cours de la construction de la démarche. Il est résumé ainsi :
- des sols vivants ;
- l’agroécologie ;
- le maintien de la diversité ;
- la limitation de l’érosion.
Tout ce qui va dans ce sens peut être reconnu, identifié et suivi. Ce qui en est éloigné ou contradictoire intéresse moins l’entreprise dans sa logique de pilotage.
Les principaux indicateurs utilisés
Parmi les outils et indicateurs évoqués figurent :
- GlobalG.A.P. : présenté comme un socle de bonnes pratiques agricoles, notamment sur les volets sanitaire et environnemental ;
- la certification HVE (notamment HVE 3) : considérée comme un levier et un indicateur identifiable, même si Vincent Gachet souligne que certains de ses indicateurs sont davantage des indicateurs de moyens que de résultats ;
- le déploiement d’alternatives aux intrants chimiques de synthèse : un sujet directement lié à l’ADN de la démarche initiale de Système U sur les résidus ;
- le nombre d’exploitations adhérentes à Pour une agriculture du vivant ;
- le taux d’exploitations évaluées par des techniciens habilités ;
- le taux de pionniers, c’est-à-dire les exploitations ayant un indice de régénération supérieur à 40 % ;
- l’indice de régénération moyen ;
- les résultats des bilans analytiques sur les résidus phytosanitaires.
La place particulière des résidus
Les analyses de résidus sont présentées comme un indicateur parmi d’autres. Vincent Gachet note qu’elles peuvent comporter des biais : certains traitements peuvent ne pas être visibles au moment de l’analyse, tandis qu’à l’inverse des contaminations croisées peuvent apparaître.
Malgré cela, ces analyses restent utiles comme signal d’alerte ou comme point d’appui pour engager des discussions plus approfondies.
Une lecture critique des démarches existantes
Vincent Gachet explique que Système U a cherché à comprendre les différentes démarches existantes, à regarder leurs limites et leurs points forts, et à évaluer ce qui allait réellement dans le bon sens au regard de l’objectif agroécologique.
Il cite notamment l’exemple du ZRP (zéro résidu de pesticides), dont il reconnaît que l’objectif de résultat peut parler à l’enseigne, compte tenu de son historique sur les résidus. Toutefois, il précise qu’une telle démarche n’est pas, en soi, synonyme d’agroécologie.
Elle peut être compatible avec l’agroécologie, mais ne suffit pas à elle seule à garantir la régénération des sols, la limitation de l’érosion ou la restauration de la biodiversité.
L’idée défendue est donc de replacer chaque indicateur dans une vision cohérente d’ensemble.
L’intégration dans les cahiers des charges
À partir de cette analyse, Système U a intégré dans son référentiel interne un ensemble d’éléments couvrant différentes thématiques :
- des aspects sanitaires ;
- des aspects environnementaux ;
- des éléments directement liés au sol et à l’agronomie.
Nina Bigaud résume cela comme une volonté de balayer les différentes thématiques jugées essentielles et de les intégrer dans les cahiers des charges internes.
Vincent Gachet confirme cette lecture, tout en rappelant que le cap reste bien l’agroécologie, non pas seulement comme discours, mais comme pratique avec des résultats à mesurer.
La réception de la démarche par les fournisseurs
La question est ensuite posée de savoir si cette accumulation de démarches, de critères et d’outils n’a pas été vécue comme une contrainte supplémentaire par les producteurs.
Vincent Gachet répond qu’au début, sans le cadre de l’habilitation, la démarche pouvait être perçue de manière binaire : comme s’il fallait par exemple arrêter de labourer du jour au lendemain sur toutes les productions.
Un travail d’explication a donc été nécessaire pour faire comprendre qu’il s’agissait d’une démarche de progrès, mobilisant plusieurs leviers, applicables progressivement, sur certaines cultures avant d’être éventuellement étendus à d’autres.
Le message central a été que les indicateurs ne devaient pas être pris comme des injonctions immédiates, mais comme des repères dans une trajectoire. Le résultat recherché ne s’obtient pas en une seule année.
L’acculturation en interne chez Système U
Au-delà des fournisseurs, la mise en place de la démarche a aussi nécessité un important travail d’acculturation interne.
Vincent Gachet souligne que de nombreux profils différents travaillent chez Système U :
- marketing ;
- achats ;
- associés ;
- qualité ;
- environnement ;
- autres fonctions transversales.
Il a donc fallu former et sensibiliser des publics de niveaux de technicité différents, en abordant les sujets de manière pédagogique et concrète.
L’enjeu est de faire comprendre l’impact de l’agroécologie sur l’ensemble de la chaîne. Il ne s’agit pas uniquement d’un sujet amont agricole, mais d’un sujet ayant des conséquences sur :
- la logistique ;
- la qualité produit ;
- la communication ;
- la relation consommateur.
Vincent Gachet prend l’exemple de la pomme de terre pour montrer qu’un produit agroécologique peut aussi conduire à des évolutions visibles du produit, à des défauts plus marqués, à des comportements physiologiques différents, et qu’il faut donc être capable de l’expliquer.
La communication au consommateur
Un enjeu majeur évoqué pendant l’atelier est celui de la communication.
Vincent Gachet considère que Système U n’a pas choisi le plus facile : l’entreprise cherche à faire de la pédagogie sur des sujets complexes, en expliquant pourquoi certains produits peuvent évoluer, présenter davantage de défauts visuels, ou être plus vivants au sens biologique du terme.
Il insiste sur la nécessité :
- d’expliquer ces évolutions en interne ;
- de les expliquer aux fournisseurs ;
- de les expliquer enfin au consommateur.
Cette communication doit, selon lui, être innovante et pédagogique.
Les enjeux économiques
La question économique apparaît comme une étape suivante essentielle.
Une fois les acteurs alignés sur le fond technique, la réflexion porte sur la manière d’accompagner économiquement les fournisseurs et de construire des mécanismes de valorisation.
Vincent Gachet indique que ce sujet est pris en charge avec d’autres collègues au sein de l’entreprise, dans une logique filière.
Il précise également que, du point de vue des acheteurs, le sujet peut sembler plus difficile si on le regarde uniquement à court terme. L’agroécologie peut être perçue comme générant des coûts ou des contraintes supplémentaires.
Mais il affirme que si l’on raisonne à plus long terme, la poursuite de l’érosion des sols et de la dégradation agronomique conduit à une spirale négative aux conséquences économiques lourdes pour tout le monde.
Pour lui, l’enjeu économique est donc directement lié à la capacité à communiquer correctement sur la valeur produite.
Questions sur les filières rémunératrices
À une question portant sur les filières rémunératrices, Vincent Gachet répond qu’il n’y a pas eu de choix simple entre filières les plus ou les moins rémunératrices.
L’entrée s’est faite plutôt à partir :
- de l’existant ;
- du niveau d’avancement de certains fournisseurs ;
- de leur capacité à poser clairement la question des coûts de production ;
- du lien concret qu’ils étaient en mesure d’établir entre les pratiques et leurs impacts.
Autrement dit, les premières filières travaillées sont aussi celles où des fournisseurs étaient prêts à entrer dans une discussion détaillée et transparente sur les coûts, les pratiques et les effets des changements.
Il précise que la méthodologie sur ces sujets est encore en construction, y compris à l’échelle plus large des politiques publiques, et qu’il s’agit d’un domaine complexe nécessitant beaucoup de transparence.
La place des techniciens et celle des agriculteurs
Une autre question porte sur l’appartenance des techniciens habilités : sont-ils chez Système U ou dans les structures de production ?
Vincent Gachet répond clairement que l’expertise est portée par les fournisseurs et les producteurs. Système U n’a pas vocation à arriver avec ses propres techniciens pour piloter la transition en amont.
L’entreprise se veut plutôt un levier et un accélérateur de la transition agroécologique, tandis que l’expertise agronomique reste du côté des producteurs et des techniciens des structures amont.
Interrogé ensuite sur la place de l’agriculteur, Vincent Gachet insiste sur le fait qu’elle est centrale. Il ne souhaite pas que l’habilitation conduise à effacer le rôle du producteur au profit du seul technicien.
Selon lui, la démarche doit avancer « sur deux jambes » :
- le pilotage et l’accompagnement du technicien ;
- l’engagement réel du producteur dans ses pratiques.
Le producteur reste donc le maillon indispensable de la chaîne.
Le cas particulier de la filière pomme de terre
Plusieurs questions portent sur la pomme de terre.
Vincent Gachet estime que les producteurs intégrant la pomme de terre dans leurs rotations font souvent partie des précurseurs sur ces sujets. Il explique cela par la technicité particulière de cette culture, qui se développe dans le sol, et par le lien étroit qu’elle entretient avec les autres cultures de la rotation, notamment les céréales.
Il souligne que ces producteurs n’ont pas attendu Système U pour réfléchir à ces enjeux. L’entreprise se positionne plutôt comme facilitatrice et accélératrice de dynamiques déjà engagées sur le terrain.
La notion de socle et de démarche de progrès
La notion de socle est reprise dans les questions.
Vincent Gachet explique que ce socle permet de qualifier le point de départ de certains fournisseurs, notamment lorsqu’il s’agit d’entrer dans la démarche avec de nouveaux partenaires.
Par exemple :
- certains fournisseurs sont déjà fortement engagés en HVE et disposent donc d’un socle avancé ;
- d’autres sont moins avancés sur ce plan mais souhaitent s’engager avec Pour une agriculture du vivant ;
- d’autres encore ne sont pas entrés dans certains labels existants mais sont néanmoins intéressés par l’agroécologie.
Dans ce contexte, la démarche de progrès ne peut pas être uniforme. Elle dépend :
- des espèces ;
- des fournisseurs ;
- des terroirs ;
- des rotations ;
- des profils de producteurs.
Vincent Gachet insiste sur le fait qu’il n’aurait pas de sens de fixer une règle absolue, par exemple pour une carotte des Landes, une carotte de Normandie ou d’un autre terroir, car les contextes agronomiques diffèrent profondément.
Il considère cependant que l’indice de régénération est l’indicateur le plus fiable pour suivre concrètement le niveau de progression dans la démarche.
Les prochaines étapes évoquées
En fin d’échange, plusieurs chantiers à poursuivre sont mentionnés :
- continuer l’acculturation interne ;
- poursuivre la mise en œuvre et le suivi de l’habilitation ;
- observer comment cette habilitation est reçue et perçue ;
- approfondir le travail de communication, en interne comme en externe ;
- développer les dimensions économiques et de valorisation des filières agroécologiques.
Vincent Gachet souligne que la réussite de la démarche dépendra de l’ensemble de ces conditions.
Conclusion de l’atelier
En conclusion, Nina Bigaud rappelle que chaque démarche d’entreprise est singulière : elle dépend de l’organisation interne et de la nature de chaque structure. Mais elle peut s’appuyer sur une méthode commune dans le cadre du collectif Pour une agriculture du vivant.
Elle résume cette méthode autour de plusieurs piliers :
- l’appui sur un mouvement collectif ;
- l’utilisation d’outils communs ;
- l’acculturation interne, avec l’identification et la formation d’ambassadeurs ;
- la sensibilisation plus large des collaborateurs ;
- l’accompagnement des fournisseurs dans leur démarche agroécologique ;
- l’utilisation de l’indice de régénération ;
- l’habilitation des techniciens ;
- une vérification annuelle de la mise en place des plans de progrès.
Elle ajoute que, lorsqu’une entreprise souhaite communiquer sur ses filières agroécologiques ou sur les résultats obtenus, un contrôle est réalisé par l’association, elle-même contrôlée par Bureau Veritas, afin de garantir que les messages utilisés en communication reposent bien sur des résultats mesurés, fiables et réalistes.
L’atelier se termine sur des remerciements à Vincent Gachet pour son témoignage, ainsi qu’aux participants pour leur présence et leurs questions.