Ferme de Mamadou Diagne

De Triple Performance
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Agroécologie, diversité des cultures, production animale, compost, association culturales
Mamadou Diagne
Sénégal Polyculture-élevage

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Mamadou Diagne, agriculteur à M'bour au Sénégal cultive ses terres selon les principes de l'agroécologie. Voici le portrait de sa ferme.

Contexte

  • Nom : Mamadou Diagne.
  • Localisation : M'bour. Sénégal.
  • Nom de la ferme : Ferme école de Kaydara.
  • Date d’installation : 2017.
  • Surface cultivée : 1 ha.
  • Texture du sol : Sol sableux.
  • Nombre de personnes travaillant sur l’exploitation (UTH) : 1.
  • Productions : Maraîchage, mangue, noix de coco, citron, orange, corossol, goyave, pomme cannelle, grenade, manioc, papaye.
  • Climat : Variable selon les années. Vent important.
  • Études/formation/parcours de vie : Élève en école normale jusqu’en 3ème. Ses frères et sœurs sont à l’université, mais lui s’est dit que les études n’étaient pas faites pour lui. Il a voulu suivre une formation en agroécologie mais son père n’était pas d’accord car il est également agriculteur depuis longtemps et il trouve que ça ne marche pas. Il veut changer pour faire une agriculture différente par l’agroécologie. Il a rencontré Gora Ndiaye, directeur de l’école d'agroécologie de Kaydara et a fait une formation en 2015-2016. Sa mère avait un potager, il a donc eu beaucoup de plaisir et un amour du maraîchage.
  • Difficultés rencontrées : Sol mort et vent important.

Motivations et objectifs

  • Montrer au village que l’agroécologie fonctionne et qu’on peut réussir et avoir son autonomie sur ces terres.
  • Les familles ici ont souvent beaucoup d’hectares (50-60 ha) et cultivent seulement en hiver. De fait, les gens viennent de partout pour travailler durant l’hivernage. Son but est de pouvoir cultiver toute l’année. Il sait que pour cela la terre a besoin de soins et de nourriture pour vivre.
  • Devenir ambassadeur et partager le savoir.
  • Gagner sa vie dignement et honnêtement et vivre avec sa famille grâce à sa production.

Volet agronomique

Productions végétales

  • Diversité des cultures maraîchères : Cette année (2023) que des oignons mais les autres années un peu de tout.
  • Diversité des arbres fruitiers : 37 manguiers, 20 cocotiers, agrumes : 5 citronniers, 2 orangers, 2 corossols, 2 goyaviers, 2 pomme-cannelle, 2 grenadiers, manioc et papaye.
  • Semences : Elles ont été reçues par l’école de Kaydara. Il est difficile d’acheter des semences partout car elles ne sont pas toujours biologiques. L’école de Kaydara a une banque semencière et fournit des graines. Les plantons de légumes sont faits maison. Une partie est réservée à la reproduction afin d’être autonome en semences.

Galerie photos

Productions animales

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Il élève quelques bœufs d’engraissement durant 3 mois dans l’année. Il les achète à 4-5 ans, maigres, puis les engraisse avec du foin et des aliments et les vend. Il en fait 10 par an environ. Il les achète 300K CFA chacun et met pour 50K CFA pour l’engraisser. Ils sont vendus 600K CFA.

Pratiques agricoles

  • Gestion de la fertilité des sols : Le compost est la priorité. Le fumier est composté environ 15 jours pour 5 kg. Le dosage se fait selon les besoins de la plante et l’apparition de carence. Ces besoins ne sont pas mesurés mais à l'œil il est possible d’observer les besoins. Par exemple, si la plante est jaune, elle manque d’azote. La quantité de compost par arbre est de 5 kg de compost et il est mis en permanence.

Le fumier pour le compost vient du village et des animaux de la famille. Une utilisation totale de 12 T de fumier équivalent 120 charrettes de 100 Kg / an.


  • Gestion des ravageurs : Pas de chiffrage de la perte due aux ravageurs. Il considère normal qu’il y ait des pertes. Il pratique la loi de la nature, ainsi les insectes et ravageurs ont le droit de prendre leur part. La nature appartient à tous. Au début, les écureuils mangeaient tout le manioc. Du coup, des collègues lui ont dit de mettre du produit pour tuer les écureuils, mais Mamadou ne voulait pas. Ils en mangent moins maintenant et au fil du temps ils arrêtent. Il développe des techniques alternatives comme les associations culturales. Ainsi, les plantes chassent les insectes par l’odeur et les fleurs qui attirent les insectes ailleurs. Il n’a pas de soucis dus aux ravageurs actuellement. Les traitements sont naturels avec des solutions d’ail, de tabac et de neem. Tout est fait à base de plantes. La fréquence des traitements est tous les 10 jours en préventif.


  • Travail du sol : Le travail se fait 15 jours avant la plantation. La parcelle est délimitée et protégée par des brise-vents en feuilles de cocotier ou de rônier par exemple, et d’une hauteur max de 1,5m. Travail en petits ronds ou selon spéculation. Mise en place des planches, avec du fumier au fond, puis 10 jours d’arrosage avant de semer ou planter.

Système hydrique

  • Source, volume et débit : 3 m3 et environ 1,5m3/h.
  • Méthode d’irrigation : Puits avec motopompe au Gasoil puis électrique.
  • Fréquence d’arrosage : Quotidien. Terrain divisé en 2 parties, une partie arrosée le matin, l’autre le soir. 20-40 L/jour/plante.

Volet social

Satisfactions/insatisfactions

  • Charge de travail : 8 heures/jour, 7 jours/semaine. Minimum 7 heures/jour. Avec :
    • Dans la journée un temps d’arrosage nul lors de l’hivernage et le reste de l’année 1 heure/jour.
    • Une récolte qui dure 30 min.
    • Une fertilisation en deux étapes (chercher et ramener) qui prend environ 4 heures/semaine.
    • La vente prend 1,5 heures/semaine avec l’annonce du stock, la commande et la préparation des paniers. Il n’y a pas de livraison, les clients viennent chercher.
    • En entretien : Pendant l’hivernage il y a 7 heures/jour de désherbage et réfection des cuvettes, 1 heure/jour pour gérer le bétail. Enfin, il y a 1 jour/semaine pour la gestion des vergers (2x5 heures + 2 heures de trajet).


  • Économique : 5. Mamadou n'est pas ultra satisfait, mais il arrive à satisfaire ses besoins. L’argent rentre petit à petit.
  • Confort de travail : 1. Le travail est très dur.
  • Sociale : 10. Content.
  • Cadre de vie : 9. Il aime le cadre, la diversité, les oiseaux, etc.

Echelle de 1 = très insatisfait, à 10 = très satisfait.


Environnement

  • Accompagnement technique/Aides : Souvent des gens ayant un certain savoir sur les pratiques viennent voir la ferme. Il y a eu un partenariat avec Kaydara durant 5 ans. Gora Ndiaye passe de temps en temps pour conseiller sur les pratiques.
  • Coopération avec d’autres agriculteurs : 10. Super coopération.

Volet économique

Foncier

  • Accès au terrain garanti et offert à Mamadou. La valeur du terrain est de 4M CFA/ha.
  • Il a construit un bâtiment pour 300K CFA.
  • La maison est plus chère mais a été offerte par des partenaires.
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Matériel

  • Au début 0 francs en poche et pas de moyens. Puis achat d’une poulie dès le début.
  • Après 1 an, achat d’une pompe grâce aux ventes de manioc, etc. Cette motopompe a coûté 85K CFA, d’une capacité en m3/h inconnue et fonctionnant au Gasoil.
  • Après 6 mois, il arrête d’utiliser la motopompe et investit dans du solaire pour 400K CFA. Il garde l’autre au cas où il n’y a pas assez de soleil ou qu'elle dysfonctionne.

Dons, aides financières

Il a reçu de l’aide de la ferme école de Kaydara comme un capital végétal, tous les plantons d’arbres, de l’aide pour récolter et des aides pour le puits. Il a également de l’aide sur le suivi par la ferme école de Kaydara. Il a reçu de l’aide de l’association Eau-vive avec le don du puits pour une valeur de 1M CFA. Les plants d’arbres ont été donnés par l’école de Kaydara pour une valeur totale de 2M CFA environ.

Charges

  • L'achat des bœufs et de l’alimentation pour l’engraissement à 350K CFA (300K CFA le bœuf et 50K d’aliment).
  • Pas de charges de type électricité ou eau. Juste besoin d’environ 20 L/an d’essence pour la pompe.
  • Les semences sont échangées avec l’école de Kaydara donc pas de frais.
  • Il fait venir des motos pour faire les courses 1 fois/semaine durant 6 mois, à hauteur de 1000 CFA/course donc environ 25K CFA/an.
  • Le fumier est gratuit car il provient de la famille et de ses bœufs.

Produits

  • Les bœufs après l’engraissement sont vendus 600K CFA chacun donc ils rapportent 250K / bœufs. Il en fait 10 par an environ.
  • Pour les légumes (manioc + potager) il vend pour 1,5M CFA, avec la moitié du manioc qui est vendu.
  • Pour la coco et la mangue, il n’a pas encore eu de production.
  • Pour la papaye, il produit 1,5 T /an et les vend 750 CFA /kg.
  • Pour les citrons, il vend pour 30K CFA/pied (première année de prod) ce qui représente 150K CFA avec ses 5 arbres.
  • Pour les oranges, c’est uniquement pour une consommation personnelle, à l’avenir il espère avoir 100 kg/arbre (2 orangers) et vendre pour 1000 CFA/kg.


En autres gains, il travaille dans les vergers chez d’autres agriculteurs et à des contrats de suivi de vergers. Il entretient environ tous les 15 jours les vergers d’amis (4-5 vergers) à 30K CFA/mois et par verger. Maximum 1h de travail par verger, 2x/mois et bien payé. Il a arrêté la vente de plants. Chiffre d'affaire d’environ 6,5M CFA / an (revenu estimé : 6,1 M CFA / an = 9000€/an) (salaire moyen annuel au Sénégal = 858 845 CFA).

Stratégie commerciale/ Débouchés

  • Le maraîchage a été débuté pour être autosuffisant et avoir de l’argent rapidement.
  • Les radis, betteraves etc. sont cultivés pour l'autosuffisance et l’excédent est vendu aux hôtels. 100% des ventes se font aux hôtels, il n’arrive pas à satisfaire toute la demande.

Les conseils de l’agriculteur

  • Conseils en pratiques agroécologiques :
    • Prendre un temps pour réactiver la vie microbienne. Planter en 1er des plantes fertilitaires, puis ajouter du compost et arroser pour réactiver la vie.
    • Placer des barrières pour freiner le vent et planter des vétivers pour fixer le sol.
    • Subdiviser le terrain en boxes pour commencer et stocker le patrimoine végétal proche du puits.
    • Une fois les trouaisons faites, mettre du fumier au fond, arroser puis attendre que la vie s’active et enfin planter les cocotiers et manguiers en interligne.

Après 2-3 ans, on obtient déjà un beau paysage.


  • Conseils pour modèle économique : Il ne faut pas dépenser beaucoup et économiser. Toujours amortir l’outillage et veiller aux dépenses.

Perspectives

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  • Agrandir et élargir le modèle pour former d’autres jeunes au village.
  • Créer une ferme comme celle de Kaydara.
  • Avoir des partenariats avec d’autres structures.

Sources

Interview de Mamadou Diagne réalisée en Février 2023 par l'équipe de Ver de Terre Production dans le cadre du projet Urbane.

Crédits photos : Mamadou Diagne.


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Cette page a été rédigée en partenariat avec le projet Urbane et grâce au soutien financier de l'Union Européenne.

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Annexes

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