Implanter des prairies sous couvert de céréales@Chambre d’agriculture Pays de la Loire
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Vidéo réalisée par la chambre d'agriculture des Pays de la Loire, merci à eux pour l'aimable autorisation de remise en ligne
Présentation du webinaire
Ce webinaire est présenté par la Chambre d’agriculture des Pays de la Loire, dans le cadre d’une série de webinaires organisés par le service innovation-performance. L’objectif est de faire connaître les résultats de projets et les outils produits, à destination des conseillers agricoles et de toute personne intéressée par ces thématiques.
Ces webinaires ont lieu un lundi par mois, de 9 h à 9 h 45, et sont ensuite accessibles en replay de façon illimitée sur la page des webinaires de la Chambre d’agriculture des Pays de la Loire.
La présentation porte sur les résultats du projet DesHerb, consacré à l’implantation de prairies sous couvert de mélanges céréales-protéagineux.
Contexte du projet DesHerb
Le projet DesHerb signifie densité céréales et herbes. Il a été conduit de 2016 à 2018, avec des financements de la Région Pays de la Loire et du ministère de l’Agriculture.
Ce projet fait suite à une première série d’essais appelée Implant’Prairies, menée de 2011 à 2015, qui consistait à tester différentes dates de semis de la prairie et de la céréale de couverture, à l’automne et au printemps.
Les premiers essais avaient montré de bons résultats d’installation des prairies lorsque tout était implanté à l’automne sous couvert de céréales, associées ou non à des protéagineux. Cette modalité a donc été retenue pour aller plus loin. Les essais précédents avaient aussi montré qu’il n’y avait pas de perte de rendement lorsque la céréale ou le mélange céréales-protéagineux était récolté en ensilage. En revanche, dans certains cas, lorsque la céréale était récoltée en grain, l’impact sur le rendement pouvait être important, avec jusqu’à 30 % de perte.
Le projet DesHerb a donc cherché à limiter cet impact en jouant sur les densités de semis.
Intérêt du semis de prairie sous couvert
Le semis sous couvert consiste ici à implanter une prairie en même temps qu’une céréale ou qu’un mélange céréales-protéagineux.
Traditionnellement, les prairies sont semées à l’automne ou au printemps. À l’automne, le semis est généralement réalisé début septembre, afin que la prairie ait le temps de se développer avant les froids de l’hiver, et d’atteindre au moins le stade 3 feuilles pour les graminées ou 3 feuilles trifoliées pour les légumineuses.
Dans la technique étudiée, le semis est décalé autour du 10 au 15 octobre, lorsque les conditions météorologiques sont favorables. La céréale ou le mélange céréales-protéagineux est semé à environ 2 à 3 cm de profondeur. La prairie est semée en surface le même jour ou dans la foulée. Cela permet de réaliser un seul travail du sol pour implanter deux cultures.
Le couvert implanté est ensuite récolté soit en ensilage, entre avril et juin selon l’objectif visé en qualité ou en volume, soit en grain.
Plusieurs avantages sont mis en avant :
- Contourner l’aléa des fins d’été sèches : par rapport à un semis classique de début septembre, le décalage au 10-15 octobre laisse davantage de temps pour attendre une pluie et sécuriser l’implantation.
- Réduire le salissement des jeunes prairies : dans les prairies multi-espèces, composées de graminées et de légumineuses, il n’existe pas de solution simple de désherbage. Le couvert céréalier couvre rapidement le sol et concurrence les adventices.
- Améliorer la portance : l’association permet d’assécher plus rapidement le profil de sol, ce qui favorise une portance plus rapide des jeunes prairies, notamment en cas de pâturage ou de récolte.
- Limiter les travaux du sol : un seul travail du sol permet d’implanter à la fois le couvert et la prairie.
- Augmenter le rendement l’année de l’installation : la récolte du grain ou de l’ensilage du couvert permet de valoriser la parcelle dès l’année d’implantation.
Objectifs du projet
Le projet visait à répondre à deux questions principales :
- Peut-on limiter l’impact sur le rendement de la céréale récoltée en grain en jouant sur les doses de semis de céréales et de prairies ?
- Quel est l’effet d’une modulation de la dose de semis des céréales et de la prairie à la fois sur le rendement de la céréale et sur la qualité d’implantation de la prairie ?
L’enjeu est de parvenir à implanter correctement une prairie de longue durée tout en conservant un rendement en grain acceptable pour le couvert.
Conditions de réussite pressenties
D’après les observations antérieures, pour limiter l’impact sur la culture de couverture, il faut :
- une céréale couvrante : le blé fonctionne mal dans ce cadre ;
- des espèces comme l’avoine, le triticale, et éventuellement l’orge, donnent de meilleurs résultats ;
- une prairie à vitesse d’installation plutôt lente, c’est-à-dire plutôt destinée à une longue durée.
À l’inverse, des prairies à installation rapide, par exemple à base de ray-grass hybride, présentent moins d’intérêt dans ce type de conduite lorsqu’on vise une récolte en grain.
Protocole expérimental
Sites d’essais
Quatre sites expérimentaux ont été mobilisés.
Deux sites ont été conduits en agriculture biologique :
- la ferme expérimentale de Thorigné-d’Anjou, en Maine-et-Loire ;
- un site en Vendée.
Deux autres sites ont été conduits en conventionnel :
- la ferme expérimentale de Derval, en Loire-Atlantique ;
- le site expérimental de Terrena à Pouillé-les-Côteaux, également en Loire-Atlantique.
Mélanges testés
Dans les essais en agriculture biologique :
- le couvert était une association de triticale et de pois fourrager ;
- la prairie implantée était une prairie à flore variée composée de :
- 10 kg de fétuque élevée,
- 8 kg de ray-grass anglais,
- 3 kg de trèfle blanc,
- 3 kg de trèfle violet,
- 3 kg de lotier corniculé.
Dans les essais en conventionnel :
- le couvert était du triticale pur, sans pois fourrager ;
- la prairie était plus simple, composée de ray-grass anglais et de trèfle blanc.
Conduite des essais
Dans les essais biologiques :
- aucune fertilisation ;
- aucun traitement chimique.
Dans les essais conventionnels :
- possibilité de fertilisation ;
- possibilité d’un traitement fongicide si nécessaire.
L’un des objectifs de ces essais conventionnels était aussi de démocratiser la technique auprès des agriculteurs conventionnels.
Les essais ont été conduits en blocs avec quatre répétitions.
Modalités testées
Six modalités ont été comparées, en jouant sur les densités de semis de la céréale et de la prairie.
On retrouvait :
- un témoin sans prairie, avec dose de référence de céréale ;
- un témoin avec prairie, avec dose classique de prairie et dose de référence de céréale ;
- une modalité avec dose de prairie diminuée de 25 % ;
- une modalité avec dose de prairie augmentée de 25 % ;
- une modalité avec dose de céréale diminuée de 17 % ;
- une modalité avec dose de céréale augmentée de 17 %.
Dans les essais biologiques, la dose de référence correspondait à :
- 300 grains/m² de triticale ;
- 20 grains/m² de pois fourrager ;
- 27 kg/ha de prairie à flore variée.
Dans les essais conventionnels, la dose de référence correspondait à :
Mesures réalisées
Sur la céréale ou l’association céréales-protéagineux, les mesures portaient sur :
- les peuplements levés ;
- les peuplements au stade floraison ;
- le rendement grain, avec tri.
Sur la prairie, les mesures portaient sur :
- les notations de recouvrement ;
- les rendements à l’automne suivant le semis, en septembre ou début octobre de l’année n+1, au stade pâturable.
Résultats des essais en agriculture biologique
Observations visuelles
Les observations de terrain montrent que :
- à l’automne, le triticale et le pois fourrager se développent bien ;
- la prairie est visible entre les rangs de céréales ;
- au stade floraison, le couvert est bien développé ;
- en écartant la céréale, on observe que la prairie est bien présente en dessous ;
- après moisson, la prairie est toujours présente ;
- à l’automne suivant, même après une culture de couverture restée en place jusqu’en juillet, la prairie couvre bien le sol et apparaît bien implantée.
Rendement du couvert
En moyenne sur cinq essais, il n’a pas été observé d’écart significatif de rendement entre les modalités.
Les rendements céréales-protéagineux se situaient autour de 41 à 42 q/ha, que la prairie soit présente ou non, et quelles que soient les variations de densité testées.
Cela signifie que, dans ces essais :
- la présence de la prairie n’a pas pénalisé le rendement grainier ;
- la densité de semis de la prairie n’a pas eu d’effet significatif ;
- la densité de semis du triticale n’a pas eu d’effet significatif non plus.
Ce résultat a été jugé particulièrement prometteur.
Implantation et productivité de la prairie
Les prairies ont été bien implantées dans toutes les modalités.
Il n’a pas été observé :
- d’écart notable sur la qualité d’implantation ;
- d’écart de recouvrement entre modalités ;
- d’écart de productivité à l’automne n+1 ;
- d’écart significatif sur le taux de légumineuses entre modalités d’un même site et d’une même année.
En revanche, le niveau de productivité de la prairie dépend fortement des précipitations estivales après moisson.
Selon les années :
- en année favorable, la prairie a pu produire jusqu’à environ 1,7 t MS/ha ;
- en année défavorable, le rendement pouvait descendre à 500 à 800 kg MS/ha.
Le taux de légumineuses variait aussi selon les années et les sites, mais pas du fait des modalités testées.
Résultats des essais en conventionnel
Effet sur le rendement du triticale
Cinq années-sites ont également été analysées dans les essais conventionnels.
Les résultats montrent :
- un effet de la présence de la prairie sur le rendement du triticale dans 2 années sur 5, à Derval et à Pouillé-les-Côteaux ;
- aucun effet de la densité de semis de la prairie ;
- aucun effet de la densité de semis du triticale.
Autrement dit, lorsque l’effet existe, c’est bien la présence de la prairie elle-même qui peut pénaliser le triticale, mais les ajustements de densité testés n’ont pas permis de modifier significativement cette situation.
Sur trois années sur cinq, il n’y avait pas de différence significative entre modalités avec ou sans prairie.
Fertilisation dans les essais conventionnels
À Derval, il n’y a finalement pas eu de fertilisation.
À Pouillé-les-Côteaux :
- pas d’apport en 2017, en raison de reliquats azotés importants ;
- en 2018, apport d’environ 40 unités d’azote.
Implantation de la prairie
Les prairies ont globalement été bien implantées dans les essais conventionnels.
À Derval, quelques différences sont apparues selon les années. La modalité avec la plus faible densité de prairie a présenté un rendement de prairie inférieur au témoin avec densité normale. C’est la principale différence observée entre modalités.
Interprétation des résultats
Les résultats permettent de tirer plusieurs enseignements :
- l’implantation de prairies sous couvert de céréales ou de céréales-protéagineux récoltés en grain est globalement possible ;
- les prairies s’implantent bien dans la majorité des situations observées ;
- la récolte en grain peut être envisagée, mais elle semble plus sécurisée avec une prairie à base d’espèces à installation lente, comme la fétuque.
Dans les essais biologiques, la prairie comportait une base de fétuque élevée, complétée par du ray-grass anglais et des légumineuses. Dans les essais conventionnels, le mélange ray-grass anglais + trèfle blanc semblait plus concurrentiel vis-à-vis du triticale.
L’hypothèse avancée est que :
- le ray-grass anglais se développe plus vite et concurrence davantage la céréale ;
- dans les essais bio, la présence du pois fourrager renforçait aussi le pouvoir concurrentiel du couvert vis-à-vis de la prairie, ce qui a peut-être mieux protégé le rendement du couvert.
Malgré cela, il ressort qu’une récolte en fourrage de la plante de couverture reste la solution la plus sûre.
Types de prairies concernés
La technique semble surtout intéressante pour des prairies de longue durée, à installation lente.
Lors d’essais antérieurs, des prairies à installation rapide avaient aussi été testées, mais l’intérêt apparaissait limité, en particulier pour une récolte en grain. Des espèces comme le ray-grass hybride ou le trèfle violet s’implantent vite, concurrencent davantage la céréale, et n’ont pas forcément besoin des avantages procurés par le couvert.
En revanche, pour une récolte en ensilage, cette concurrence est moins problématique puisque le couvert est récolté avant le stade grain.
Les essais présentés concernent surtout des prairies à vocation pâturage :
- dans les essais bio, avec une base fétuque mais aussi une part importante de ray-grass anglais et des trèfles ;
- dans les essais conventionnels, avec un mélange typique pâturage ray-grass anglais + trèfle blanc.
Il serait cependant possible d’imaginer la même logique avec des prairies de longue durée orientées vers la fauche, à base de fétuque, éventuellement avec un peu de ray-grass ou de dactyle.
Suite du travail : le projet ProSerb
À la suite de DesHerb, un nouveau projet a été lancé : ProSerb.
Ce projet part du constat des bons résultats obtenus sur les semis de prairies à l’automne sous couvert de céréales-protéagineux récoltés en ensilage tardif ou en grain. Il s’inscrit aussi dans un contexte d’évolution des mélanges utilisés, avec des récoltes plus précoces et un objectif plus marqué sur la teneur en protéines.
Les questions posées sont les suivantes :
- des mélanges plus riches en protéagineux, récoltés plus précocement, permettent-ils de maintenir une bonne qualité d’implantation de la prairie ?
- une récolte plus précoce permet-elle d’obtenir un rendement supérieur de la prairie ?
- l’accès plus précoce à la lumière améliore-t-il le taux de légumineuses dans la prairie ?
Modalités du projet ProSerb
Dans ce nouvel essai, la prairie à flore variée est maintenue à dose constante, et ce sont :
- la composition du mélange de couverture ;
- la date de récolte ;
qui varient.
Les modalités évoquées sont notamment :
- un témoin triticale + pois fourrager + vesce sous prairie à flore variée ;
- un mélange avec davantage de protéagineux, en réduisant le triticale et en ajoutant de la féverole ;
- un mélange très riche en protéagineux, avec avoine, pois fourrager, vesce et féverole ;
- plusieurs dates de récolte :
- précoce, début floraison du pois ;
- intermédiaire, à floraison du triticale ;
- tardive, au stade laiteux-pâteux ;
- une modalité très précoce, vers le 15-20 avril, avec seigle et trèfle d’Alexandrie.
Sites du projet ProSerb
Cinq sites expérimentaux sont mobilisés :
- la ferme expérimentale des Établières ;
- la ferme expérimentale de Derval ;
- la ferme expérimentale de Thorigné-d’Anjou ;
- un site en Mayenne chez un éleveur ;
- le site de Terrena à Pouillé-les-Côteaux.
Les implantations ont commencé en 2018, puis se sont poursuivies en 2019 et 2020.
Au moment du webinaire, les résultats de ce second essai n’étaient pas encore disponibles.
Conclusion
Les essais du projet DesHerb montrent que l’implantation de prairies sous couvert de céréales ou de mélanges céréales-protéagineux est une technique prometteuse.
Les principaux résultats sont les suivants :
- bonne réussite d’implantation des prairies ;
- peu de risques techniques selon l’intervenante ;
- possibilité d’envisager une récolte en grain dans certaines conditions ;
- intérêt plus marqué pour des prairies de longue durée à installation lente ;
- récolte en fourrage de la plante de couverture considérée comme la solution la plus sécurisante.
Il est également souligné que, lorsque les éleveurs essaient cette technique, ils l’adoptent souvent ensuite, ce qui renforce son intérêt pratique.
Diffusion des résultats
Une plaquette de synthèse rassemblant les données des essais est en cours de finalisation. Elle doit faire partie des publications diffusées largement aux conseillers et aux agriculteurs, afin de mieux faire connaître cette technique.