La Milpa : l'association maïs/courges/légumineuses
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Comment la mettre en place sur ses parcelles agricoles ?
Pour quels résultats ?
Introduction
Cette soirée en direct, organisée sur la chaîne YouTube de Ver de Terre Production en partenariat avec le réseau Maraîchage sol vivant, avait pour objectif de faire découvrir la milpa, c’est-à-dire l’association traditionnelle maïs / courges / légumineuses, et d’explorer son intérêt agronomique ainsi que ses possibilités d’adaptation en maraîchage sur sol vivant.
L’intention affichée était double :
- mieux comprendre comment fonctionne la milpa dans ses contextes d’origine, en particulier dans les Andes et plus largement dans les Amériques ;
- ouvrir des pistes d’expérimentation pour l’adapter à des systèmes français, notamment en maraîchage sol vivant et en non-travail du sol.
Les invités de la soirée étaient Rémi Thinard et Jean Rigaud.
Présentation des intervenants
Vincent Levavasseur
Vincent Levavasseur, de Ver de Terre Production, introduit la soirée en rappelant la volonté de la structure d’aller voir des systèmes innovants, y compris lorsque ces innovations sont en réalité des pratiques anciennes remises en lumière.
Il rappelle également que cette soirée est organisée avec Maraîchage sol vivant, réseau qui diffuse les pratiques liées au non-travail du sol en maraîchage, via sa chaîne YouTube et son site internet.
Rémi Thinard
Rémi Thinard explique travailler sur l’agroécologie au sein d’une association basée dans le nord de la Loire, appelée Le sillon des as et Symbiotique. Il intervient aussi sur des formations à la transition écologique, autour de sujets comme :
- la biofertilisation ;
- le travail avec les micro-organismes ;
- les nouveaux fertilisants ;
- la gestion des matières organiques.
Il précise avoir auparavant travaillé en Amérique du Sud, sur une ferme maraîchère et dans une école d’agroécologie avec production maraîchère, ce qui l’a amené à découvrir ces systèmes.
Jean Rigaud
Jean Rigaud se présente comme coordinateur d’un projet en Équateur, près de Quito, appelé CESAQ (nom tel qu’entendu dans l’échange), lancé depuis environ deux ans et demi. Il s’agit d’un projet de :
- production ;
- formation ;
- recherche en agroécologie.
Ce projet est porté par :
- une ONG locale, CESA ;
- l’ONG française Agronomes et vétérinaires sans frontières ;
- une université locale, l’Université andine.
Sur la ferme, plusieurs ateliers sont développés :
- environ 1,5 hectare en maraîchage sur sol vivant ;
- de l’apiculture ;
- des moutons ;
- des poules ;
- une future biofabrique pour produire des fertilisants et préparations microbiologiques ;
- une production de semences ;
- et de la milpa.
Jean Rigaud explique également que le projet est installé sur un sol fortement dégradé par des années d’agriculture conventionnelle, et que tout un travail de restauration de la fertilité est en cours.
Qu’est-ce que la milpa ?
La milpa est présentée comme un système de culture millénaire originaire des Amériques.
Selon les régions, elle porte différents noms :
- au Mexique : milpa ;
- dans les Andes : chakra andine.
Jean Rigaud précise que :
- en quechua, le terme renvoie à l’idée de parcelle de maïs ;
- au Mexique, dans une langue locale, il signifie plutôt terre semée.
Dans les deux cas, le maïs occupe une place centrale. Il est le cœur du système, à la fois agronomiquement, culturellement et alimentaire.
Les trois sœurs
La base de la milpa est l’association dite des trois sœurs :
Le fonctionnement classique est le suivant :
- le maïs sert de tuteur vivant ;
- le haricot grimpe sur le maïs ;
- la courge court au sol et assure une couverture du sol.
Une diversité bien plus large que trois espèces
Même si l’image la plus connue est celle de l’association maïs / haricot / courge, les intervenants rappellent que la milpa peut intégrer beaucoup plus d’espèces.
Parmi les plantes mentionnées :
- d’autres légumineuses comme les fèves, d’autres haricots ou le lupin ;
- des solanacées : piment, tomate, pomme de terre ;
- des pseudo-céréales comme le quinoa et l’amarante ;
- plusieurs tubercules andins, cités sous leurs noms locaux ;
- des plantes aromatiques et médicinales ;
- dans les zones plus chaudes, des espèces pérennes comme le bananier, le cacao ou le café.
La milpa est ainsi décrite comme une forme de potager diversifié, organisé autour du maïs, mais pouvant rassembler de nombreuses espèces selon :
- le climat ;
- l’altitude ;
- les sols ;
- les coutumes locales ;
- les savoir-faire paysans.
Dans la littérature évoquée pendant la présentation, la taille maximale d’une milpa est souvent de l’ordre de 2,5 hectares, soit une surface gérable par une petite communauté ou une famille.
Importance culturelle du maïs
Jean Rigaud insiste sur le fait que la milpa ne peut pas être comprise uniquement comme une technique culturale. Elle est profondément liée à la culture des peuples amérindiens.
Au Mexique, il est dit que :
- « c’est l’homme qui a fait le maïs, et c’est le maïs qui a fait l’homme »
Cela illustre la relation de coévolution entre les sociétés humaines et cette plante.
Le maïs, presque toujours associé au haricot et souvent à bien d’autres espèces, constitue la base de l’alimentation de nombreuses civilisations des Amériques. Il est aussi au fondement de leur souveraineté alimentaire.
Ce système a permis de produire :
- en quantité ;
- avec une grande diversité nutritionnelle ;
- avec une forte diversité organoleptique.
Les intervenants évoquent notamment les maïs de différentes couleurs et les haricots de nombreuses formes et couleurs, signes d’une grande richesse variétale.
Un lien avec la spiritualité
La milpa est aussi liée à :
- la religion ;
- la spiritualité ;
- la cosmologie ;
- les calendriers agricoles et festifs.
Les semences et les différentes étapes du cycle cultural sont associées à des rites, à des prières et à des divinités du maïs. En Équateur, par exemple, la fête de l’Inti Raymi est mentionnée comme la fête rurale la plus importante, liée aux récoltes.
Rendements et intérêt productif
Jean Rigaud présente plusieurs références bibliographiques montrant que la milpa peut être très productive.
Résultats cités
Une étude de Gliessman (1985) montre qu’une milpa produit 1,7 fois plus par hectare qu’une monoculture de maïs. Autrement dit, il faudrait environ 1,7 hectare de maïs pur pour atteindre la même production totale qu’1 hectare de milpa.
Une autre étude, citée sous les noms de Rolando Bellon et collaborateurs, va dans le même sens, avec :
- 1,6 fois plus de rendement que la monoculture ;
- jusqu’à 14,9 tonnes par hectare en rendement total de polyculture.
Une autre référence sur l’association maïs / haricot évoque jusqu’à :
- 1,9 fois plus de rendement total que le maïs seul.
Les densités de semis sont signalées comme un facteur clé de réussite, même si elles varient selon les essais.
Attention sur l’interprétation des chiffres
Au cours des échanges, il est rappelé que les chiffres de rendement doivent être interprétés avec précaution :
- certains rendements concernent l’ensemble des cultures associées ;
- il n’est pas toujours précisé s’il s’agit de matière fraîche ou de matière sèche ;
- les protocoles expérimentaux peuvent fortement influencer les résultats.
Production de biomasse et fertilité du sol
Un des arguments majeurs en faveur de la milpa est sa capacité à produire à la fois :
- de l’alimentation pour l’homme ;
- de la biomasse pour nourrir le sol.
Les intervenants rappellent qu’en maraîchage, une grande difficulté est de produire sur place la matière organique nécessaire au maintien de la fertilité. La milpa est présentée comme une piste intéressante pour répondre à ce défi.
Des chiffres repris d’une présentation de François Mulet sont cités : entre les pailles, les racines et les résidus de culture, le système pourrait produire près de 20 tonnes de matière sèche par hectare et par an.
Cela rejoint les besoins souvent évoqués pour entretenir la fertilité biologique des sols.
Intérêts agronomiques de la milpa
Une synthèse des intérêts agronomiques de la milpa est proposée pendant la présentation.
Conservation de l’agrobiodiversité
Le principal avantage mis en avant est la biodiversité du système.
Dans un contexte où plus de 75 % de l’agrobiodiversité aurait été perdue en un siècle, la milpa apparaît comme un système permettant :
- de conserver de nombreuses espèces cultivées ;
- de maintenir une diversité intra-spécifique importante ;
- d’augmenter la résilience face aux aléas.
Résilience climatique et sanitaire
La diversité des espèces et des variétés donne au système une meilleure capacité de résistance :
- au réchauffement climatique ;
- aux ravageurs ;
- aux maladies ;
- aux variations de pluviométrie.
Complémentarité entre espèces
Les espèces mobilisent les ressources de façon complémentaire :
- dans le sol, par des systèmes racinaires différents ;
- dans l’espace aérien, avec une occupation verticale et horizontale distincte.
Cela permet :
- une meilleure utilisation de l’eau et des nutriments ;
- une meilleure captation de la lumière ;
- une meilleure valorisation de l’espace.
Couverture du sol
La courge et l’ensemble du couvert végétal permettent :
- de protéger le sol ;
- de limiter l’érosion ;
- de tamponner les températures ;
- de réduire l’évaporation ;
- de limiter l’enherbement ;
- d’entretenir la biodiversité du sol.
Richesse génétique
Les trois espèces principales ont coévolué pendant des millénaires dans les mêmes systèmes. Elles sont donc historiquement habituées à cohabiter, ce qui peut jouer un rôle sur leur compatibilité agronomique.
Comment les Amérindiens cultivaient-ils ancestralement ?
Jean Rigaud précise qu’il reste encore du travail bibliographique à faire pour connaître plus précisément les pratiques anciennes, mais plusieurs éléments ressortent de la littérature.
Diversité d’espèces
Les systèmes ancestraux pouvaient intégrer de 2 à 30 ou 40 espèces différentes.
Préparation du sol
Dans la littérature, on retrouve plusieurs pratiques :
- le brûlis ;
- le désherbage manuel superficiel ;
- un certain niveau de travail du sol ;
- parfois le buttage.
Les intervenants soulignent que, malgré l’image parfois véhiculée d’un simple semis au bâton sans autre intervention, il existait souvent tout de même une forme minimale de préparation du sol.
Semis
Le semis se faisait souvent :
- au bâton ;
- avec plusieurs variétés par espèce ;
- en tenant compte de la lune et des astres.
La diversité variétale était très importante, notamment pour le maïs et les haricots. Cette diversité permettait une meilleure adaptation aux conditions variables d’une année à l’autre.
Gestion des tiges
Une pratique ancienne mentionnée consiste à plier les tiges de maïs pour favoriser la conservation et la maturation des grains, notamment en évitant qu’ils ne pourrissent.
Rotations
Les intervenants signalent manquer d’informations précises sur les rotations et les jachères ancestrales. Ce point reste à approfondir.
Pratiques observées aujourd’hui en Équateur
Jean Rigaud décrit ensuite les pratiques actuelles qu’il observe en Équateur.
Travail du sol
Même aujourd’hui, le travail du sol reste très fréquent :
- labour ;
- déchaumage ;
- traction animale ou tracteur ;
- buttage systématique du maïs.
Il précise ne pas connaître, dans son entourage ni dans la bibliographie consultée, de cas de milpa en zéro travail du sol.
Densités
Les densités observées localement sont de l’ordre de :
- 6 à 8 plants de maïs par m² ;
- 45 000 à 60 000 plants de haricots par hectare ;
- pour les courges, de 0,1 à 2 plants par m² selon les cas.
Irrigation
Beaucoup de milpas sont conduites sans irrigation, en profitant de la saison des pluies. C’est un point important pour comprendre le fonctionnement du système dans ses zones d’origine.
Exemple de mise en place sur la ferme en Équateur
Jean Rigaud présente un essai conduit sur environ 1000 m².
Précédent cultural
Le précédent était un couvert avoine / vesce, incorporé au déchaumeur, puis suivi d’un passage de buttoir.
Jean précise qu’il ne s’agit donc pas encore de maraîchage sol vivant strict, puisque le couvert a été incorporé.
Semis du maïs
- semis au bâton ;
- écartement : 20 à 40 cm sur le rang ;
- 60 cm entre les rangs ;
- soit environ 6 plants par m² ;
- 2 à 3 graines par trou, puis éclaircissage à 2 plants si besoin.
La variété utilisée est appelée joclaus, un maïs tendre local.
Le semis a eu lieu le 12 août.
Semis des courges
Les courges ont été semées en plaques alvéolées à la même date que le maïs, puis transplantées environ 3 semaines à 1 mois plus tard.
La variété choisie n’est pas locale mais une variété de type butternut / curry, pour des raisons à la fois agronomiques et commerciales :
- bonne valorisation ;
- qualité gustative jugée meilleure ;
- adaptation au marché.
Les variétés locales sont jugées plus grosses et plus difficiles à vendre.
Semis des haricots
Les haricots ont été semés trois semaines après le maïs, à raison d’un pied sur deux.
La variété utilisée est nommée canario. Là encore, 2 à 3 graines par trou sont semées.
Désherbage et fertilisation
Le désherbage a eu lieu :
- à 3 semaines ;
- puis à 6 semaines.
Côté fertilisation :
- apport équivalent à 10 à 12 tonnes de fumier de poule par hectare ;
- buttage à 9 semaines.
Irrigation
Une irrigation par aspersion a été réalisée 5 fois.
Normalement, la culture aurait dû bénéficier des pluies à partir de septembre-octobre, mais les pluies ont été retardées cette année-là, ce qui a obligé à irriguer.
Préparations biologiques
Différentes préparations fermentées et microbiologiques ont été appliquées :
- des micro-organismes efficaces ;
- des préparations à base de riz, de lupin et de plantes locales ;
- des extraits incluant piment, oignon, gingembre ;
- des préparations à base de chaux et de cendres.
Jean ne développe pas dans le détail les recettes, mais les mentionne comme faisant partie de l’itinéraire biologique de la ferme.
Récolte attendue
Les récoltes sont annoncées pour janvier-février.
Premières observations
Sur les photos présentées :
- le maïs et les courges semblent bien se comporter ;
- la couverture du sol est jugée bonne ;
- les haricots ont eu plus de difficultés :
- à germer ;
- à se développer ;
- à grimper sur le maïs.
Jean en tire une piste pour les prochains essais : utiliser davantage de variétés de haricots, comme le faisaient les anciens, afin d’identifier celles qui s’adaptent le mieux localement.
Vers une adaptation en maraîchage sur sol vivant
Après la présentation de Jean Rigaud, Rémi Thinard prend la parole pour proposer des pistes d’adaptation de la milpa au contexte français et au maraîchage sur sol vivant.
L’idée n’est pas de donner un itinéraire définitif, mais d’ouvrir un chantier d’expérimentation.
Itinéraire technique envisagé en France
Principe général
L’idée de base serait :
- d’implanter un couvert végétal diversifié ou un méteil ;
- de le détruire sans travail du sol, idéalement par roulage ;
- puis de semer ou planter la milpa dans ce couvert couché.
Objectif du couvert précédent
Le couvert devrait être suffisamment :
- dense ;
- fibreux ;
- durable
pour tenir jusqu’à ce que les courges prennent le relais dans la couverture du sol.
Rémi Thinard estime qu’il faudrait idéalement un couvert capable de durer environ deux à deux mois et demi.
Composition possible du méteil
Le mélange envisagé comprend notamment :
L’objectif est d’obtenir :
- de la biomasse ;
- de la tenue dans le temps ;
- de la diversité ;
- de la lignine et de la cellulose pour ralentir la décomposition.
Calendrier possible
Pour une grande partie de la France, il propose l’enchaînement suivant :
- semis du méteil en septembre-octobre si possible ;
- roulage en mars-avril ;
- semis du maïs et des courges en avril-mai selon les zones ;
- semis du haricot environ trois semaines après le maïs.
Semis du maïs
L’idée évoquée est un semis à environ :
- 3 grains tous les 60 cm ;
- avec un semis possiblement assez dense.
Semis des courges
Deux options sont envisagées :
- semis direct en graines ;
- plantation de plants.
Le semis direct est jugé intéressant pour favoriser un meilleur enracinement et une meilleure résistance à la sécheresse estivale.
Selon la variété, les densités proposées seraient de l’ordre de :
- 1 courge pour 3 à 10 m².
Il est conseillé de semer plusieurs graines puis de garder le meilleur plant.
Choix des courges
Le choix variétal doit concilier :
- valeur gustative et commerciale ;
- rapidité de démarrage ;
- capacité à couvrir rapidement le sol.
Une variété appelée colombo est citée comme intéressante en Équateur, car très coureuse et très couvrante.
Semis des haricots
Le haricot doit être semé environ trois semaines après le maïs, car semé trop tôt, il risque de prendre le dessus et de faire verser le maïs en fin de cycle.
Espèces complémentaires
Il est aussi proposé d’ajouter d’autres plantes, par exemple :
- du lupin en bordure ;
- de l’amarante ;
- du physalis ;
- de la tomate ;
- du piment.
Le lupin est présenté comme une plante historiquement utilisée en bordure de parcelle dans les Andes, avec plusieurs effets supposés :
- contrôle des insectes ;
- limitation de l’enherbement ;
- effets allélopathiques possibles.
Calendrier cultural envisagé
Deux grandes options sont distinguées :
Option avec maïs doux
En partant sur un semis de printemps, le maïs doux pourrait être récolté vers :
- août-septembre.
Les courges arriveraient plutôt à maturité vers :
- octobre.
Les haricots secs seraient aussi récoltés vers :
- octobre.
Option avec maïs grain ou maïs pop-corn
Dans ce cas, la récolte du maïs se ferait plus tard, en même temps que les autres cultures mûres, vers :
- octobre-novembre.
Les intervenants évoquent le maïs pop-corn et d’autres maïs population comme pistes de valorisation.
Suite de rotation proposée
Après la milpa, il est proposé de revenir sur un méteil ou couvert diversifié, éventuellement semé :
- à la volée ;
- avant même la récolte complète des courges et haricots.
Cette idée vise à maintenir la couverture du sol et à enchaîner les cycles de production de biomasse.
Questions techniques soulevées
Les intervenants insistent sur le fait qu’il reste beaucoup de questions ouvertes.
Peut-on enchaîner milpa et couverts en continu ?
Une des questions soulevées est de savoir si l’on peut fonctionner durablement sur une alternance :
- milpa ;
- méteil / interculture diversifiée ;
- milpa ;
- etc.
L’idée serait de remplacer une rotation classique par un système plus permanent, toujours fondé sur la diversité végétale.
Main-d’œuvre et mécanisation
La milpa pose des questions de :
- temps de travail ;
- récolte ;
- valorisation commerciale ;
- adaptation à la mécanisation.
Il est mentionné qu’en Vendée, des essais sont menés avec du maïs semé à 1,50 m d’écartement, avec semis de haricots ou de couverts trois semaines après le maïs, après binage.
La personne citée pour ces essais est Valérie Brouillon (Terre douce, en Vendée).
Travail du sol et buttage
Comme le maïs est une culture réputée aimer le buttage, la question se pose de son comportement :
- sans travail du sol ;
- sans buttage ;
- sous couvert.
Il faudra probablement travailler sur :
- la profondeur de semis ;
- la vigueur de départ ;
- l’ancrage racinaire ;
- la résistance à la verse.
Gestion de l’enherbement
C’est un des grands défis. Le système repose sur :
- un couvert précédent suffisamment couvrant ;
- une installation rapide des courges ;
- une bonne densité de végétation.
Mais beaucoup d’essais restent à faire sur ce point.
Pâturage de fin de cycle
Une piste évoquée est celle du pâturage de la milpa en fin de saison.
Cela pourrait permettre :
- de valoriser les résidus ;
- de recycler une partie de la fertilité ;
- de détruire partiellement la culture sans travail du sol.
Mais une question demeure : les animaux vont-ils réellement consommer la culture ou surtout la coucher ?
Irrigation
Les intervenants soulignent que l’irrigation est un facteur clé, car dans les systèmes andins ou tropicaux, la milpa est généralement semée en début de saison des pluies.
En France, la culture risque souvent de rencontrer :
- des printemps variables ;
- des étés secs de plus en plus précoces.
Le bon positionnement de la date de semis est donc un point stratégique majeur.
Questions et échanges avec le public
Rendements en climat proche de la France
À la question de savoir si la milpa fonctionne sous des climats proches du centre ou du nord de la France, Jean Rigaud répond que le climat autour de Quito, malgré l’altitude de 2600 à 2700 m, ressemble à une forme de printemps permanent, avec des conditions pas si éloignées de certaines saisons françaises.
Cela laisse penser que l’adaptation pourrait être envisageable, même si les contextes restent différents.
Récolte des haricots : frais ou secs ?
Les intervenants estiment qu’en pratique, il serait souvent plus simple de viser des haricots secs plutôt que des haricots verts, notamment pour éviter :
- les récoltes répétées ;
- le piétinement dans la culture.
Cependant, si le maïs est récolté jeune en maïs doux, une récolte en frais des haricots peut aussi être envisagée.
Paillage et bâchage
La question du paillage est évoquée.
Des pistes sont ouvertes :
- paillage sur l’inter-rang seulement ;
- utilisation d’un paillage organique ;
- voire installation sur bâche.
Le bâchage pourrait faciliter :
- le contrôle de l’enherbement ;
- le réchauffement du sol ;
- le démarrage du maïs et des courges.
Mais Jean Rigaud souligne que, dans sa démarche en Équateur, il cherche des solutions reproductibles dans des contextes paysans où l’accès à la bâche ou à de grandes quantités de paillage est limité.
Le tournesol peut-il remplacer le maïs ?
Une question est posée sur la possibilité de remplacer le maïs par du tournesol, pour des raisons économiques.
Rémi Thinard et Jean Rigaud répondent que :
- d’un point de vue culturel, ce serait une rupture forte avec la logique historique de la milpa ;
- d’un point de vue agronomique, cela pourrait peut-être fonctionner ;
- mais il faudrait vérifier :
Certification bio et rotations
Une question porte sur la certification bio si l’on sort d’une logique stricte de rotation.
Les intervenants n’apportent pas de réponse réglementaire définitive, mais font remarquer qu’un système très diversifié, structuré autour d’alternances milpa / couverts diversifiés, peut sans doute être expliqué à un certificateur comme une rotation complexe et cohérente.
Fauche ou roulage du méteil ?
À la question de savoir si un simple fauchage du méteil suffirait avant implantation de la milpa, les intervenants répondent qu’ils préfèreraient le roulage.
Le roulage semble offrir :
- un mulch plus homogène ;
- moins de risque de repousse qu’une simple coupe ;
- une meilleure tenue du couvert couché.
Milpa en terrain pentu
Une question concerne la possibilité de faire de la milpa sur terrain très pentu.
Jean Rigaud confirme que c’est précisément l’un des contextes classiques de culture dans les Andes. Les milpas s’adaptent à des terrains difficiles, souvent hérités par les paysans sur les versants les plus contraignants.
Types de sols favorables
Les intervenants pensent que la milpa peut s’adapter à des sols pauvres ou dégradés, justement grâce à la diversité des systèmes racinaires et des complémentarités entre espèces.
Cependant, comme pour toute culture, plus le sol est fertile, plus le système a de chances d’exprimer son potentiel.
Sur des sols très dégradés, un accompagnement est jugé utile :
- fumures organiques ;
- amendements minéraux doux ;
- préparations microbiologiques ;
- gestion soignée du couvert précédent.
Ravageurs
En Équateur, Jean Rigaud indique que les principaux problèmes observés sont des larves qui attaquent la tige du maïs. Ils utilisent pour cela des préparations naturelles à base de plantes et de fermentations.
En France, Rémi Thinard mentionne surtout des problèmes de charbon du maïs, favorisés par le stress hydrique. Il estime que des extraits fermentés de plantes peuvent aider, surtout si les plantes restent en bon état nutritionnel.
Variétés de courges
Concernant le choix des courges, peu d’informations précises sont disponibles dans la bibliographie présentée.
L’idée générale reste de choisir des variétés :
- couvrantes ;
- vigoureuses ;
- adaptées au débouché commercial ;
- compatibles avec le calendrier local.
Pistes de travail proposées
En conclusion, les intervenants insistent sur le fait que la milpa en maraîchage sur sol vivant reste largement à expérimenter.
Parmi les grands axes de travail :
- adapter la milpa au non-travail du sol ;
- définir les bons couverts précédents ;
- trouver les bonnes densités ;
- sélectionner les variétés adaptées ;
- tester différentes options de paillage ou de bâchage ;
- clarifier la valorisation économique des récoltes ;
- réfléchir à la mécanisation ;
- évaluer l’intérêt du pâturage ;
- organiser un partage d’expériences entre producteurs.
Les intervenants proposent d’ailleurs la création d’un groupe d’échanges spécifique pour suivre les essais et partager les résultats.
Référence mentionnée
Pour les essais mécanisés de semis direct de maïs sous couvert en Vendée, la personne citée est :
- Valérie Brouillon, à Terre douce.
Conclusion
Cette soirée montre que la milpa est à la fois :
- un système de culture ancestral ;
- un modèle de biodiversité cultivée ;
- une source d’inspiration forte pour les agricultures de demain.
Dans les systèmes traditionnels des Amériques, elle a permis de concilier :
- alimentation humaine ;
- production de biomasse ;
- autonomie ;
- résilience.
Pour les intervenants, son adaptation au contexte français, en particulier en maraîchage sur sol vivant, mérite d’être explorée. Beaucoup de points techniques restent à construire, mais le potentiel est jugé suffisamment prometteur pour lancer des essais et structurer une dynamique collective autour de cette association culturale.
Remerciements
Les intervenants remercient :
- Ver de Terre Production ;
- le réseau Maraîchage sol vivant ;
- les personnes ayant suivi le direct, environ 200 participants à la fin de l’échange.
L’appel final est clair : tester, observer, documenter et partager les résultats des futures expérimentations autour de la milpa.