La ferme Alterrenative, par Julien Chuine

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Sur un terrain d’1,25 ha acquis en 2017, Julien Chuine présente la ferme Alterrenative, un projet de vie lancé sur une ancienne prairie du bocage normand. Installé seul au départ, il a progressivement aménagé routes, serres et planches de culture sur 6 000 m² réellement cultivés. Sa démarche, proche du maraîchage sur sol vivant et teintée d’une approche biodynamique, repose sur très peu d’intrants, presque pas de compost, et un fort usage des engrais verts, notamment le seigle. Face à un sol limoneux hydromorphe, acide et marécageux, il a misé sur le drainage, les planches surélevées et la structuration biologique du sol. La ferme produit surtout des légumes d’été, en particulier des tomates anciennes, avec une commercialisation diversifiée : AMAP, local au Havre, vente à la ferme et intermédiaires. Julien revendique une ferme viable, saisonnière et à taille humaine, conciliant autonomie, expérimentation agronomique et qualité de vie.

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Résumé
Sur un terrain d’1,25 ha acquis en 2017, Julien Chuine présente la ferme Alterrenative, un projet de vie lancé sur une ancienne prairie du bocage normand. Installé seul au départ, il a progressivement aménagé routes, serres et planches de culture sur 6 000 m² réellement cultivés. Sa démarche, proche du maraîchage sur sol vivant et teintée d’une approche biodynamique, repose sur très peu d’intrants, presque pas de compost, et un fort usage des engrais verts, notamment le seigle. Face à un sol limoneux hydromorphe, acide et marécageux, il a misé sur le drainage, les planches surélevées et la structuration biologique du sol. La ferme produit surtout des légumes d’été, en particulier des tomates anciennes, avec une commercialisation diversifiée : AMAP, local au Havre, vente à la ferme et intermédiaires. Julien revendique une ferme viable, saisonnière et à taille humaine, conciliant autonomie, expérimentation agronomique et qualité de vie.

SOMMAIRE :


0:00:30 : Introduction & présentation de la ferme

0:18:50 : 1ère parcelle cultivée (itk carotte, haricot, ...)

0:38:50 : Serre n°1 (mâche, chou-rave, épinard)

0:44:10 : Serre n°2 (seigle, tomate, betterave)

0:58:30 : Visite des machines

1:04:15 : 2nde parcelle marécageuse (potimarron, délicata, patidou)

1:06:50 : Les haies fruitières

1:08:40 : Zones de culture sauvage

1:16:55 : Pompe de relevage & fleuve.


Veuillez nous excuser pour la mauvaise qualité de son les 2 premières minutes de la vidéo, cela s’arrange juste après. Nous avons également rencontré quelques interférences, ce qui cause ce ´buzz’ pendant les 20 premières minutes.


Présentation de la ferme Alterrenative

Julien Chuine présente ici la ferme Alterrenative, installée sur un terrain acquis en 2017. Il explique être arrivé sur place en janvier 2017. À l’origine, le lieu n’était qu’une prairie, sans bâtiment, sans véritable aménagement, dans un paysage typique du bocage normand.

Avant cette installation, il avait déjà connu une première expérience chez un arboriculteur, du côté de la région de Rouen. Cette première tentative n’ayant pas abouti, il s’est ensuite mis en quête d’un terrain lui permettant de construire un projet qui soit à la fois agricole et personnel, « un projet de vie ».

Le terrain de la ferme Alterrenative a toujours été, d’après les témoignages locaux et l’historique reconstitué, une prairie bocagère normande utilisée en pâture, dans un contexte agricole classique du pays d’Auge, principalement tourné vers l’élevage.

En arrivant sur place, Julien Chuine a dû tout créer :

  • les accès,
  • les routes,
  • les plateformes,
  • la première serre,
  • puis les tunnels de culture.

Au moment de la visite, quatre tunnels sont en place, les deux derniers ayant été montés récemment.

Il précise que le projet, lancé en 2017, commence seulement à devenir réellement viable après environ deux ans et demi de travail. Il insiste sur cette idée de viabilité « dans notre société », c’est-à-dire dans un cadre professionnel reconnu, avec une entreprise agricole déclarée, une activité principale officielle, et le paiement des charges sociales.

Un projet de vie autant qu’un projet agricole

Julien Chuine revient sur son parcours personnel, qu’il décrit comme atypique et marqué par des difficultés fortes, notamment l’endettement. Cela l’avait conduit à envisager au départ une forme de marginalisation. Avec le temps, il a souhaité conserver un pied dans la société tout en maintenant une manière de produire qui reste fidèle à ses convictions.

Aujourd’hui, il se définit comme agriculteur à titre principal. Il souligne que cette évolution a demandé du temps et une forme de persévérance.

Il évoque aussi la question du travail en solitaire. Au départ, il a voulu mener ce projet seul, mais avec le recul il estime qu’un tel projet est extrêmement difficile à porter dans la durée sans appui. Au-delà de la charge de travail, il insiste sur la difficulté de la solitude quotidienne. Même en se considérant lui-même comme quelqu’un d’assez solitaire, il explique que l’isolement permanent est très lourd à gérer.

Surface, intensité de culture et potentiel économique

Le terrain fait environ 1,25 hectare. Ce n’est pas une grande surface, mais Julien Chuine précise qu’en réalité environ 6 000 m² seulement sont effectivement cultivés de manière intensive.

Selon lui, cette surface est déjà largement suffisante dans le cadre du système qu’il a mis en place. Il estime même qu’il serait possible de faire vivre deux personnes sur 6 000 m² avec ce type d’organisation, d’autant que le système pourrait encore être densifié.

Il dit lui-même ne pas encore connaître la limite ultime du système. Depuis son installation, il a l’impression de doubler chaque année. Cette progression l’étonne lui-même, même s’il sait bien qu’elle finira forcément par atteindre un plafond.

Une approche inspirée du maraîchage sur sol vivant et de la biodynamie

Julien Chuine explique que beaucoup de visiteurs le connaissent à travers le réseau MSV, le maraîchage sur sol vivant, qui lui tient à cœur depuis le début. Toutefois, il précise que ses techniques et son approche diffèrent parfois de ce qu’on peut voir habituellement dans ce milieu.

Il revendique une approche plus « holistique », c’est-à-dire une manière de travailler avec le vivant pris dans sa globalité. Il dit avoir besoin d’un cadre complet pour développer ses pratiques.

C’est pourquoi il se sent en partie proche de la biodynamie, au moins dans sa manière de considérer les rythmes du vivant, les cycles lunaires, les saisons, les influences astrales et les forces vitales. Il précise néanmoins très clairement qu’il n’est pas un adepte dogmatique de cette discipline. Certaines choses dans la biodynamie le dérangent, et il garde un regard critique. En revanche, l’idée que le vivant réponde à des cycles et à des énergies lui parle profondément.

Il rejette certaines caricatures ou pratiques auxquelles il n’adhère pas, mais affirme que l’attention portée aux rythmes naturels constitue un axe central de sa vision agronomique.

Une ligne directrice : très peu d’intrants

Sa ligne directrice est claire : presque pas de compost, presque pas d’intrants, et au fond l’idée que les cycles doivent pouvoir s’auto-gérer à partir du moment où les bases sont bonnes.

Il reconnaît que cette approche n’est pas forcément transposable telle quelle partout. Sur un sol fortement dégradé par des décennies de labour et d’agrochimie, cela pourrait ne pas fonctionner de la même manière. Mais dans son cas, il mise principalement sur les engrais verts.

Il explique que sa principale piste de recherche en agronomie a été l’étude des engrais verts, et qu’il continue à travailler dans cette direction. Avec le temps, il a mis au point ses propres itinéraires techniques et se dit satisfait des résultats obtenus.

Il rappelle qu’il n’est pas novice : même si cela ne fait que deux ans et demi qu’il travaille sur ce terrain, cela fait en réalité une dizaine d’années qu’il se passionne pour l’agronomie. Avant cela, il disposait déjà d’un jardin expérimental au Havre, sur les coteaux, qui lui servait de laboratoire. Il y testait toutes sortes d’idées sur de petites parcelles. Ce passé d’expérimentation lui donne aujourd’hui un recul important.

Sol, eau et conditions du site

Un sol limoneux hydromorphe en zone marécageuse

Le terrain présente une caractéristique majeure : il est situé dans une zone marécageuse, ce que Julien Chuine n’avait pas perçu lors de sa première visite, faite en pleine période de canicule.

Le sol est un limon hydromorphe, c’est-à-dire un sol qui présente un excès d’eau. Malgré la pente, le terrain se retrouvait saturé en eau en hiver. Sous une dizaine de centimètres de terre, il trouvait rapidement un horizon compact, gris, avec des signes typiques d’hydromorphie et de réduction du fer.

Les analyses de départ montraient notamment :

  • un pH de 5,4,
  • l’absence de calcium assimilable,
  • un taux de matière organique officiel de seulement 2,5 %, alors qu’il s’attendait à des valeurs bien plus élevées sur une prairie ancienne.

Les recommandations classiques auraient été d’apporter chaux, composts et amendements divers. Julien Chuine n’a pas suivi cette voie. Il préfère laisser le système se rééquilibrer progressivement par le travail des plantes, des racines et de la structure du sol.

Avec le temps, il observe déjà une amélioration.

Gestion de l’eau

En extérieur, il travaille sans arrosage, sauf au semis ou au repiquage. Il insiste beaucoup sur ce point. C’est notamment pour cette raison qu’il n’a pas de salades en plein champ au moment de la visite : en période de canicule et de sécheresse, il n’a pas encore trouvé de variété capable de tenir sans irrigation.

Sous serre, en revanche, l’arrosage est indispensable. Il utilise :

  • l’aspersion,
  • le goutte-à-goutte.

La ressource en eau provient :

  • d’une mare creusée à son arrivée,
  • et d’une rivière située en contrebas, dans laquelle il pompe directement en saison.

Il précise toutefois qu’il arrose peu. Il bénéficie en effet :

  • d’un sol limoneux,
  • de la proximité de la nappe phréatique,
  • et d’un contexte globalement humide.

Cette humidité naturelle a aussi un revers : à son arrivée, il a fallu canaliser le trop-plein d’eau. C’était l’une des premières grandes difficultés du site.

Structuration du sol et drainage

Pour rendre le terrain cultivable, Julien Chuine a travaillé sur des planches permanentes surélevées de 80 cm de large, avec des allées de 30 à 40 cm. Cela facilite le drainage.

Il a aussi fabriqué un outil spécifique à partir d’une vieille motobineuse Staub et de deux socs soudés, afin de créer une sorte de butteuse très robuste. Cet outil lui a permis de creuser les allées et de mettre en place un drainage artificiel.

En parallèle, il a semé des engrais verts, principalement des céréales, en particulier du seigle. Il considère cette plante comme « magique » grâce à son système racinaire puissant, qui aide à structurer le sol en profondeur.

Le travail combiné des planches surélevées, du drainage artificiel et des racines d’engrais verts a permis d’améliorer progressivement le fonctionnement du sol.

Évolution de la flore spontanée

Julien Chuine observe de près les plantes bio-indicatrices. À son arrivée, le terrain était dominé par :

  • les rumex,
  • la renoncule,
  • d’autres plantes typiques des zones humides.

Avec le temps, il observe une évolution vers des plantes plus annuelles, comme certaines renouées.

Le rumex, souvent très mal vu en agriculture, est pour lui une plante intéressante. Il raconte avoir été frappé, dans ses expériences précédentes, par la véritable phobie que certains agriculteurs avaient de cette plante. Lui y voit au contraire une alliée sur un sol compacté : grâce à sa capacité à aller chercher en profondeur et à ramener des éléments vers la surface, le rumex participe selon lui à l’amélioration du terrain.

D’année en année, il constate que les rumex deviennent plus faciles à arracher et moins présents. Pour lui, ce n’est pas une fatalité, mais un processus d’évolution du sol.

Il souligne par ailleurs qu’il a très peu de problèmes de ravageurs :

  • pas de souci particulier de limaces,
  • très peu de parasites,
  • très peu d’attaques sur les cultures.

Distribution et organisation commerciale

Julien Chuine explique qu’il se cherche encore sur la distribution, mais que l’organisation mise en place cette année fonctionne bien grâce à de bons partenaires.

Il affirme ne pas aimer le commerce au sens classique du terme. Il ne se considère pas du tout comme commerçant. Cela a orienté ses choix.

Son activité est volontairement saisonnière : il vend de juin au 15 décembre.

La répartition des débouchés est la suivante :

  • environ 50 % de la production vendue à des intermédiaires :

primeurs à orientation gastronomique sur Honfleur, autres maraîchers manquant de marchandise, petits primeurs ;

  • un local de vente au Havre, dans le quartier de Graville :

ouvert le samedi matin, fréquenté surtout par une clientèle d’habitués, fonctionnant essentiellement par bouche-à-oreille ;

  • une vente à la ferme le dimanche matin :

d’ampleur modeste, surtout utile pour rencontrer les voisins et créer du lien local ;

  • une AMAP de 30 adhérents au Havre :

distribution le jeudi soir dans un bar, formule saisonnière qui semble bien acceptée.

Il insiste sur le fait que cette AMAP saisonnière fonctionne justement parce qu’elle évite la contrainte des légumes d’hiver répétitifs, qui rebutent selon lui une partie du public. Il y voit un moyen de faire découvrir le système AMAP à des personnes qui n’auraient peut-être pas accepté un engagement à l’année.

Organisation hebdomadaire

Sa semaine de travail en saison est structurée de la manière suivante :

  • mercredi : récoltes,
  • jeudi : distribution AMAP,
  • vendredi : récoltes,
  • samedi : vente au Havre,
  • dimanche : vente à la ferme.

Il essaie ainsi de préserver un peu de temps libre les lundis et mardis.

Il a également fait le choix de conserver plusieurs mois relativement calmes :

  • arrêt complet ou quasi complet du 15 décembre au 15 février,
  • activité réduite du 15 novembre au 15 mars.

Cela lui permet de voyager, de faire des travaux, de poursuivre l’installation de la ferme, et de ne pas être esclave de son activité.

Contraintes climatiques de la Normandie

Julien Chuine souligne que l’hiver normand est très difficile, surtout dans le pays d’Auge. L’été peut y être magnifique, mais l’hiver est humide, froid, sombre et très peu lumineux.

Il précise vivre dans un camping-car ancien, de 1979, ce qui rend cette période encore plus rude. Cette réalité explique aussi son choix d’une activité très saisonnière.

Organisation spatiale du terrain

Le terrain de 1,25 hectare est divisé en deux grandes parcelles cadastrales, d’environ 6 000 m² chacune.

La parcelle haute

C’est la partie la plus plate et la mieux exposée. Elle est orientée au sud et constitue la zone de culture la plus intense. C’est là que se concentrent les principales productions maraîchères et les serres.

La parcelle basse

Située en contrebas jusqu’à la rivière, elle est :

  • plus pentue,
  • plus froide,
  • plus sauvage.

Les cultures y sont moins denses. Julien Chuine l’utilise davantage pour l’expérimentation, notamment sur des systèmes inspirés des grandes cultures, mais à petite échelle.

Techniques culturales et itinéraires techniques

Planches permanentes

Le système repose sur des planches de 80 cm de large avec des passe-pieds de 30 à 40 cm. Cette organisation répond à la fois à des besoins de drainage, de circulation, et de gestion fine des cultures.

Travail du sol limité

Le travail du sol est réduit au strict minimum. Il peut arriver qu’il passe un outil sur 2 ou 3 cm pour scalper les adventices de surface, mais il évite de travailler plus profondément.

Courgettes puis carottes sans travail du sol

Un exemple d’itinéraire technique qu’il apprécie particulièrement :

  • année 1 : courgettes sur bâche,
  • année 2 : dépôt de 2 cm de compost de plateforme,
  • semis direct de carottes dans ce matériau, sans travail du sol.

Il obtient ainsi des cultures propres et gérables avec peu de désherbage.

Haricots à rames sur treillis soudé

Il cultive des haricots à rames sur du treillis soudé issu du bâtiment, domaine dans lequel il a travaillé dix ans auparavant.

Ce système lui convient très bien :

  • récolte facile,
  • peu pénible pour le dos,
  • possibilité de cultiver des salades au pied en début de cycle.

Les haricots sont produits à partir de plants élevés en plaques, puis repiqués, car il rencontre des difficultés de levée en semis direct.

Rotation et regard critique sur les principes classiques

Julien Chuine prend ses distances avec une certaine vision classique des rotations. Pour lui, sur un sol vivant, la question ne se pose pas de la même manière qu’en système chimique. Il estime qu’une plante n’épuise pas le sol de la façon dont on le dit souvent. Dans sa vision, la plante participe au contraire à l’agrgradation du sol.

Il insiste toutefois sur le fait qu’il parle bien ici d’un sol vivant, et non d’un système artificialisé.

Les engrais verts au cœur du système

Le seigle occupe une place centrale dans ses pratiques. Il en vante :

  • la puissance racinaire,
  • la capacité de couverture,
  • la production de biomasse,
  • l’effet structurant.

Dans certains cas, il roule l’engrais vert, puis bâche. Dans d’autres, il le broie puis l’intègre très superficiellement au sol.

Il explique avoir fait plusieurs essais. Selon lui, lorsqu’un engrais vert de type céréale est simplement couché ou laissé en surface, les cultures repiquées ensuite peuvent rester bloquées pendant deux ou trois mois. Il soupçonne un effet allélopathique, notamment avec le seigle.

En revanche, lorsqu’il broie le seigle et l’intègre dans les 2 ou 3 premiers centimètres du sol, les résultats deviennent satisfaisants.

Il donne l’exemple d’un seigle semé début octobre sous serre, atteignant 2,50 m de haut en avril. Après broyage et incorporation superficielle, il a permis une culture de tomate très satisfaisante.

Essais de paillage

Pellicules de café

Julien Chuine travaille avec une usine de café qui lui fournit gratuitement des sous-produits.

Il teste notamment :

  • la pellicule qui entoure le grain de café,
  • les grains de café déclassés ou abîmés.

La pellicule légère donne des résultats intéressants comme paillage :

  • matériau facile à épandre,
  • assez équilibré selon lui,
  • utile pour certaines cultures comme les salades ou les choux.

En revanche, il faut l’arroser rapidement sinon elle s’envole.

Concernant les résidus de grains de café, il se montre plus prudent. Il soupçonne ce matériau d’être trop riche et d’avoir provoqué une vigueur excessive sur certaines tomates sous serre, avec des tiges énormes, beaucoup de feuillage, puis des problèmes de mildiou.

Il reste donc dans une logique d’essai, sans conclusion définitive.

Courgettes comme paillage et piège à humidité

Face à une surproduction de courgettes difficiles à écouler, il les utilise aussi directement au champ :

  • comme apport organique,
  • comme piège à humidité.

Il remarque qu’en période sèche, l’humidité condense sur les courgettes pendant la nuit, ce qui maintient une certaine fraîcheur en dessous.

Les serres

Les quatre serres sont alignées et jumelées. Julien Chuine aime travailler « par cycles », avec une serre correspondant à un cycle de culture. Une fois le cycle terminé, il vide quasiment totalement l’espace et réimplante une nouvelle séquence culturale, souvent de manière très dense.

Les deux premières serres ont été installées en 2017. Les deux suivantes l’ont été en 2019.

Il apprécie particulièrement ce type de serre :

  • largeur de 6 m,
  • bonne hauteur,
  • facilité de circulation,
  • montants droits sur les côtés.

Culture de tomate sous serre

La tomate occupe une place importante dans l’économie de la ferme. Environ 50 % de l’activité repose sur les tomates anciennes, qu’il aime particulièrement et qu’il juge rémunératrices.

Son système de culture sous serre repose sur :

  • une ligne centrale de tomates,
  • plantation tous les 25 cm,
  • conduite en liane,
  • cultures associées de part et d’autre :

basilic, persil, roquette, betterave, oignon, parfois melon.

Il estime ce système très intéressant. Il permet :

  • une grande densité,
  • une gestion simple de l’arrosage,
  • une bonne occupation de l’espace.

La contrepartie est un travail de taille régulier, surtout entre mai et juillet. Si l’on se laisse dépasser, le travail devient énorme.

Il a environ 1 500 pieds de tomates en production sur trois serres. Au moment de la visite, il a déjà récolté 2,5 tonnes et espère atteindre 4 à 5 tonnes en fin de saison.

Gestion des résidus de tomate

En fin de saison :

  • il coupe les pieds à la base,
  • retire les ficelles,
  • couche les plants dans les allées,
  • les utilise comme paillage hivernal.

Il voit dans cette biomasse un véritable « engrais vert de tomate ». Pour lui, la fertilité des serres vient en grande partie de là.

Tous les plants finissent de toute façon par mourir du mildiou. L’objectif n’est donc pas de l’empêcher totalement, mais de le retarder le plus possible.

Il précise ne jamais utiliser de bouillie bordelaise, ni aucun intrant chimique.

Productions observées lors de la visite

Au fil de la visite, plusieurs cultures sont évoquées ou visibles :

  • tomates anciennes,
  • tomates cerises,
  • pommes de terre primeur,
  • fèves,
  • carottes,
  • betteraves, dont la betterave crapaudine,
  • radis noir,
  • épinards,
  • salades,
  • courgettes,
  • choux de Bruxelles,
  • haricots à rames,
  • mâche,
  • chou-rave,
  • mesclun,
  • roquette.

Pour les carottes, il mentionne notamment son intérêt pour la variété rouge sang, qu’il trouve remarquable par sa couleur, son goût et son aspect. Il cultive aussi des carottes blanches ou jaunes, y compris des types historiquement fourragers qu’il apprécie beaucoup.

Haies, fruitiers et vivaces

Entre les serres, il plante des vivaces :

  • vigne,
  • physalis,
  • goyavier du Mexique en essai.

Sur les limites et dans certaines zones, il a aussi implanté des haies fruitières :

  • pommiers,
  • poiriers,
  • abricotiers,
  • pruniers.

Il parle aussi de formes fruitières en quenouille, avec un travail de taille de formation pendant les premières années.

Ces plantations s’inscrivent dans une logique plus large de diversification et de structuration du lieu.

Matériel et autonomie technique

Julien Chuine a un passé dans le bâtiment, ce qui lui permet de fabriquer ou d’adapter beaucoup d’outils.

Il présente notamment :

  • un petit tracteur japonais de rizière, 15 chevaux, modifié pour ses besoins,
  • des outils sur mesure adaptés à ses planches,
  • un broyeur,
  • une petite pelle montée à l’arrière du tracteur,
  • un vieux Staub très rustique,
  • des systèmes de pompage en 220 V.

Il insiste sur l’importance du matériel comme investissement majeur de la ferme, notamment lorsqu’on travaille seul.

Zones expérimentales et grandes cultures à petite échelle

Dans la partie basse, plus sauvage, il conduit aussi des expérimentations de type « grandes cultures » sur de petites surfaces. Il s’y autorise davantage de liberté, avec des cycles longs et moins d’intensité de passage.

Il mentionne par exemple :

  • des pommes de terre conduites avec engrais verts, compost de plateforme et un peu de paille,
  • des essais de roulage d’engrais verts avant plantation de choux,
  • des semis laissés à graine pour enrichir le stock semencier spontané.

Présence de la faune sauvage

La ferme est traversée quotidiennement par des chevreuils. Julien Chuine explique qu’ils empruntent toujours les mêmes passages entre les bois et la rivière. Cela l’incite à rester prudent sur certains choix de cultures dans les zones les plus exposées.

En revanche, il dit avoir peu de problèmes de lapins sur ce versant humide, contrairement au versant sud.

Pompage depuis la rivière

En contrebas, il montre un point de pompage installé au bord de la rivière. L’eau est remontée jusqu’aux serres par :

  • un câble électrique,
  • une pompe puissante en 220 V,
  • un tuyau haute pression.

Il insiste sur la qualité de cette rivière, alimentée par des sources locales, avec encore une vie aquatique riche :

  • truites sauvages,
  • écrevisses,
  • anguilles.

Le lieu est cependant inondable. Il a déjà vu l’eau monter très haut lors des crues.

Conclusion

À travers cette visite, Julien Chuine présente la ferme Alterrenative comme un lieu en construction, à la fois très expérimental et déjà professionnellement viable. Son système repose sur :

  • une forte observation du vivant,
  • une place centrale donnée aux engrais verts,
  • un travail du sol très limité,
  • très peu d’intrants,
  • une recherche de densité et de simplicité dans les cycles,
  • une organisation commerciale adaptée à sa personnalité.

L’ensemble témoigne d’une recherche agronomique empirique, nourrie par des années d’expérimentation, dans un contexte pédoclimatique difficile mais riche en possibilités.