Le maraîchage sous serre, avec Xavier Dubreucq

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Dans cette conférence, Xavier Dubreucq présente les principes du maraîchage sur sol vivant sous serre, en distinguant les petits systèmes et les grandes structures. Il explique que sous abri, la porosité du sol est naturellement mieux préservée qu’en plein champ, car les pluies y sont absentes et les tassements plus limités. Le principal enjeu devient alors la gestion des circulations, des passages d’engins et des passe-pieds. Il montre comment les apports de matière organique, les couverts végétaux, le paillage et parfois un léger décompactage ciblé permettent de restaurer la structure du sol et d’homogénéiser la fertilité. Xavier Dubreucq insiste aussi sur l’importance d’un bon design de serre, d’une fertilisation ajustable en cours de culture et d’un remplissage maximal de l’espace. Il aborde enfin les choix de serres, la gestion de l’irrigation, des couverts, du plastique et des risques liés aux rongeurs.

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Résumé
Dans cette conférence, Xavier Dubreucq présente les principes du maraîchage sur sol vivant sous serre, en distinguant les petits systèmes et les grandes structures. Il explique que sous abri, la porosité du sol est naturellement mieux préservée qu’en plein champ, car les pluies y sont absentes et les tassements plus limités. Le principal enjeu devient alors la gestion des circulations, des passages d’engins et des passe-pieds. Il montre comment les apports de matière organique, les couverts végétaux, le paillage et parfois un léger décompactage ciblé permettent de restaurer la structure du sol et d’homogénéiser la fertilité. Xavier Dubreucq insiste aussi sur l’importance d’un bon design de serre, d’une fertilisation ajustable en cours de culture et d’un remplissage maximal de l’espace. Il aborde enfin les choix de serres, la gestion de l’irrigation, des couverts, du plastique et des risques liés aux rongeurs.

Cette semaine, nous vous proposons la rediffusion des Rencontres Maraîchage Sol Vivant de janvier dernier !


Introduction

Xavier Dubreucq introduit le thème du maraîchage sur sol vivant sous serre, en précisant qu’il parlera aussi d’agriculture de conservation sous serre, notamment pour les systèmes de plus grande taille. Il annonce un échange volontairement ouvert, avec une courte introduction suivie de questions, afin de faire émerger les problématiques concrètes rencontrées par les producteurs.

Il distingue d’emblée les petits systèmes et les grands systèmes, car les choix techniques ne sont pas les mêmes selon que l’on cultive quelques milliers de mètres carrés de serre ou plusieurs hectares, situation fréquente dans certaines régions.

Pourquoi le sol vivant est plus facile à engager sous serre

De manière générale, Xavier Dubreucq explique que les sols sous abri conservent naturellement une meilleure porosité que les sols de plein champ.

Il rappelle qu’il existe en permanence :

  • des forces de tassement : principalement les pluies et la circulation des engins ;
  • des forces de décompaction : activité des vers de terre, de la vie du sol en général, et action des racines qui créent de la porosité.

L’enjeu est de trouver un équilibre entre ces deux types de forces.

Sous serre, les forces de tassement sont réduites, pour plusieurs raisons :

  • il ne pleut pas sous abri ;
  • lorsqu’il y a de l’aspersion, elle est moins agressive que la pluie ;
  • l’irrigation est décidée et contrôlée.

D’après son expérience de technicien, même chez des producteurs qui ne prennent pas de précautions particulières pour préserver la porosité, les sols sous abri restent souvent en meilleur état que les mêmes terres situées quelques mètres plus loin en plein champ.

C’est ce constat qui l’amène à dire que le maraîchage sur sol vivant est plus facile à engager sous abri. Il précise toutefois que rien n’est magique.

La question spécifique des grandes structures

Dans les grandes structures, le principal problème vient de la circulation fréquente d’engins motorisés sous serre. Ces passages créent des forces de tassement importantes, beaucoup plus que dans les petits systèmes où l’on utilise peu de matériel lourd.

Pour Xavier Dubreucq, la mise en place du sol vivant en grandes structures est possible à condition de maîtriser l’organisation de la circulation des engins.

Plusieurs pistes sont évoquées :

  • réduire l’usage des gros engins ;
  • utiliser des matériels plus légers ;
  • recourir à des motoculteurs ou à des appareils de traitement plus légers ;
  • utiliser des pneus basse pression ;
  • organiser les passages de manière fixe et contrôlée.

Le principe du chemin permanent

Une solution avancée dans son réseau consiste à décider une fois pour toutes d’un chemin de circulation permanent dans la serre. Le tracteur passe toujours au même endroit et ressort par l’autre côté, ce qui évite les marches arrière difficiles à réaliser avec précision.

On obtient alors un chemin central, par exemple dans des serres de salades. Ce chemin peut rester circulé, tout en maintenant des zones cultivées de part et d’autre. Dans certains cas, on va même jusqu’à implanter quelques lignes de salade dans la zone de passage, en calculant précisément les emplacements où planter et où ne pas planter.

Ce système fonctionne, mais avec une contrainte importante : le tassement ne se limite pas à l’aplomb strict du pneu. Les forces de tassement se diffusent latéralement en profondeur. Cela signifie que la compaction touche aussi les zones voisines du passage.

Quand il faut décompacter mécaniquement

Dans les zones régulièrement circulées, on finit par perdre suffisamment de porosité pour que la fertilité physique du sol diminue : les racines se développent moins bien, et les cultures poussent moins bien, indépendamment de la fertilisation.

Dans ce cas, même si l’objectif est de ne pas travailler le sol, Xavier Dubreucq estime qu’il faut accepter de le travailler beaucoup moins, mais de façon ciblée.

Il évoque l’usage :

  • d’une dent Actisol,
  • ou d’une dent Michel,

pour décompacter uniquement les zones tassées. La dent soulève et disloque le sol, ce qui permet de récupérer de la porosité de façon mécanique.

Cette solution reste une récupération de la porosité par le métal et le gasoil, mais elle permet de limiter le travail du sol à la seule bande concernée, au lieu de retravailler toute la serre.

Cultures en plein ou en planches : la question du design intérieur

Xavier Dubreucq souligne que beaucoup de petits producteurs font de larges passe-pieds dans leurs abris. Il se dit souvent surpris de voir des serres dont une grande partie de la surface n’est pas cultivée, notamment parce qu’après une culture palissée, les producteurs n’osent pas planter dans les zones de passage ou dans les planches précédemment occupées.

Il insiste donc sur la question du design de la serre : comment organiser l’espace pour maximiser le taux de remplissage et éviter de perdre de la surface utile, particulièrement au vu du coût des abris.

Le cas d’une culture palissée comme la tomate

Dans un tunnel classique, on peut avoir :

  • une ligne de tomates de chaque côté ;
  • puis des doubles lignes de tomates au centre ;
  • et des passe-pieds indispensables entre les rangs.

Dans ces passe-pieds, on circule pour :

  • la récolte ;
  • l’entretien ;
  • les traitements ;
  • parfois le passage d’outils motorisés.

Ces zones sont donc soumises au tassement, contrairement aux lignes cultivées. À la fin de la culture, le sol présente une hétérogénéité de porosité.

La question devient alors : comment gérer cette hétérogénéité pour pouvoir cultiver ensuite sur toute la largeur du tunnel ?

La réponse du maraîchage sur sol vivant

Pour Xavier Dubreucq, la réponse est claire : il faut des apports réguliers de matière organique pour encourager une porosité d’origine biologique.

L’objectif est qu’après une culture palissée, on retrouve un sol certes un peu hétérogène, mais avec une porosité acceptable sur toute la largeur du tunnel. Cela permet ensuite d’installer une culture en plein, par exemple une culture de salade sur l’ensemble de la serre, sans devoir se limiter aux anciennes lignes de culture.

Selon lui, si l’on ne parvient pas à cela, on perd beaucoup de place, ce qui est très pénalisant économiquement.

Mettre de la matière organique dans les passe-pieds

Une stratégie possible consiste à mettre de la matière organique dans les zones de circulation, entre les lignes de culture palissée.

Cette couche de matière organique a un double effet positif :

  • elle nourrit la vie du sol ;
  • elle amortit physiquement les passages.

Sur le premier point, elle favorise l’activité biologique, notamment celle des vers de terre, même si Xavier Dubreucq rappelle qu’ils ne sont pas les seuls acteurs de la porosité.

Sur le second point, elle fait que l’on ne marche plus directement sur le sol. La pression des pieds, des brouettes ou des appareils de traitement s’exerce d’abord sur la couche organique, ce qui réduit considérablement la compaction.

Il insiste sur le caractère spectaculaire de ce phénomène : les compactions finales sont beaucoup plus faibles, et la culture suivante peut être implantée sur toute la largeur du tunnel avec une homogénéité jugée suffisante.

Exemple après concombre long

Il cite un essai réalisé après un concombre long cultivé d’avril à septembre. Après cette culture longue, un léger travail très superficiel a été réalisé, de type scalpage / mulchage, c’est-à-dire un assouplissement des premiers centimètres du sol pour niveler l’ensemble.

Une culture de salade a ensuite été implantée, et elle s’est révélée parfaitement homogène, au point que l’agriculteur concerné a considéré ce résultat meilleur que dans ses parcelles travaillées plus profondément.

Pour Xavier Dubreucq, ce type de réussite fonctionne d’autant mieux que le sol est déjà vivant.

À quel moment apporter la paille ou le broyat ?

Interrogé sur le moment où apporter la paille ou le broyat, Xavier Dubreucq répond que l’apport en cours de culture est plus difficile à organiser mécaniquement. Il paraît donc préférable, si possible, de le faire avant, mais de manière localisée.

Il évoque des producteurs ayant adapté leurs épandeurs avec des systèmes simples, par exemple des tôles, pour que la matière ne tombe que dans les passe-pieds.

Le risque de faim d’azote

L’apport de matières organiques à rapport carbone/azote élevé peut provoquer une faim d’azote, surtout s’il est trop proche du pied des cultures.

Xavier Dubreucq rappelle cependant une règle de conduite qu’il juge valable dans tous les systèmes, sous serre comme en plein champ : il faut toujours être capable de re-fertiliser en cours de culture si nécessaire.

Selon lui, il est essentiel qu’un itinéraire technique laisse la possibilité d’apporter de l’azote en correction si la culture en manque.

Les solutions évoquées sont :

  • apports de bouchons ou de poudres sous paillage plastique ;
  • fertigation avec des engrais solubles en conventionnel ;
  • produits liquides utilisables en bio, comme la vinasse de betterave.

Il insiste sur le fait que cette capacité de correction évite de rater une culture entière pour un défaut de pilotage de l’azote.

Le cas du purin

Concernant les purins, il explique ne pas en être spécialiste. Il estime qu’ils contiennent peu d’azote, mais qu’ils ont un effet phytostimulant, voire parfois des vertus phytosanitaires.

Ils peuvent parfois sembler suffire, peut-être parce qu’ils remettent en route certains processus dans le sol, notamment la minéralisation. Mais en cas de vrai manque d’azote, ils risquent de ne pas suffire à eux seuls.

Aspersion ou goutte-à-goutte : effet sur l’hétérogénéité

L’irrigation influence aussi l’hétérogénéité du sol.

Xavier Dubreucq rappelle d’abord que sous serre, l’aspersion est déjà naturellement hétérogène, puisque l’on arrose un rectangle avec des tourniquets qui font des ronds.

Si l’on ajoute à cela :

  • des cultures en lignes ;
  • des passe-pieds ;
  • puis une irrigation goutte-à-goutte ;

on augmente encore les différences entre zones humides et zones sèches, et donc potentiellement les différences de porosité.

Il reconnaît donc qu’il existe bien une hétérogénéité réelle liée au mode d’irrigation. Mais il ajoute que ses conséquences dépendent des sols :

  • un sol qui se referme facilement posera davantage de problèmes ;
  • un sol déjà bien structuré et biologiquement actif supportera mieux cette hétérogénéité.

Dans les observations qu’il rapporte, l’homogénéité revient souvent assez vite.

Alterner cultures hautes et cultures basses

Il aborde ensuite un modèle fréquent, notamment dans le Sud-Est : alterner une culture haute, palissée et irriguée localement, avec une culture basse menée en plein durant l’hiver.

Lorsque la serre n’est pas utilisée toute l’année, cela ouvre une possibilité très intéressante : faire des engrais verts pendant les périodes de vacance culturale.

Le rôle des engrais verts sous serre

Les engrais verts réalisés sur toute la largeur de la serre jouent alors un rôle d’homogénéisation de la porosité entre les zones tassées et les autres.

Dans sa région, en période estivale, la plante la plus utilisée est le sorgho, notamment :

  • le sorgho multicoupe ;
  • le sorgho du Soudan.

Ces plantes produisent beaucoup de biomasse aérienne et racinaire, ce qui aide à restructurer les sols.

En hiver, on utilise plutôt :

Xavier Dubreucq rappelle qu’un engrais vert doit être bien réussi pour que la culture suivante soit réussie elle aussi. Sous serre, comme ailleurs, il faut donc souvent irriguer au moins le démarrage de l’engrais vert pour assurer sa levée, et parfois davantage si l’on cherche vraiment à produire beaucoup de biomasse.

Produire son carbone ou l’importer

Il résume ensuite une réflexion de fond : un système de sol vivant a besoin de carbone.

Deux possibilités existent :

  • produire ce carbone sur place grâce aux engrais verts ;
  • ou l’importer sous forme de matière organique.

Si la serre est cultivée toute l’année, il n’y a pas toujours le temps de faire des engrais verts ; il faut alors importer la matière.

Mais cette importation pose deux types de contraintes :

  • le risque de faim d’azote avec certains apports carbonés ;
  • l’encombrement physique de la surface, qui peut gêner la plantation des légumes.

Il faut donc raisonner le moment de l’apport de manière à ce qu’il soit le moins contraignant possible pour l’itinéraire technique, le travail et la mécanisation.

Le bon moment pour les apports massifs

Dans un système où l’on cultive par exemple des salades en hiver et des légumes d’été comme la tomate, Xavier Dubreucq considère que le meilleur moment pour apporter des amendements organiques de masse est plutôt avant la culture longue d’été, de manière localisée.

Cela évite :

  • de gêner la plantation des salades ;
  • de rendre la surface trop encombrée ;
  • et limite les risques de faim d’azote, à condition de pouvoir corriger si besoin.

Il estime donc préférable de réfléchir ces apports autour des cultures longues plutôt qu’avant les cultures courtes d’hiver.

Faut-il apporter beaucoup de matière organique ?

Il aborde ensuite la question du redressement des sols et de la quantité de matière organique à apporter.

D’après les essais qu’il mène, il est possible de faire du sol vivant sans apport massif de matière organique, uniquement avec des engrais verts. Cela fonctionne.

Cependant, il reconnaît qu’il est souhaitable d’apporter au moins une certaine quantité de carbone pour nourrir la vie du sol, en particulier les vers de terre. Sans cela, ils reviennent, mais plus lentement.

Sa position est plutôt de rester modéré : mieux vaut ne pas en apporter trop. Les références chiffrées circulant sur les quantités à apporter lui paraissent très variables. Il préfère raisonner une ration du sol en carbone, apportée régulièrement, sans tomber dans des volumes trop contraignants.

Dégradation de la matière organique sous serre

Une question pratique importante concerne la vitesse de dégradation de la matière organique dans les passe-pieds.

Pour que cette matière se dégrade, il faut :

  • de l’humidité ;
  • de la chaleur.

Si l’humidité est entretenue, la matière organique se dégrade rapidement sous serre en été. Si elle ne l’est pas, elle peut rester en place et gêner la culture suivante.

Deux leviers sont donc à gérer :

  • la dose ;
  • l’humidification.

Xavier Dubreucq mentionne des systèmes où l’on pose un paillage plastique intégral sur toute la largeur de la serre afin de maintenir l’humidité sous la couverture. Cela favorise fortement la dégradation de la matière organique car le sol reste à l’ombre et humide, ce qui stimule la vie du sol.

Il précise aussi que les voiles tissés laissent passer l’eau en aspersion et conservent bien l’humidité dans les faits.

L’importance de pouvoir fertiliser à tout moment

Il revient sur un point qu’il juge fondamental : dans tous les systèmes, il faut concevoir l’itinéraire technique de sorte qu’un apport d’engrais reste possible en cours de culture.

Cela vaut pour le sol vivant comme pour les autres systèmes. Le principal facteur limitant minéral reste l’azote, et il faut pouvoir corriger rapidement un déficit.

Faut-il travailler sur buttes ou à plat ?

Xavier Dubreucq pose ensuite une question très fréquente : faut-il travailler sur buttes ou à plat, sous serre comme en plein champ ?

Pour lui, le recours aux buttes n’est pas un principe à généraliser. Il y voit deux cas où elles sont vraiment pertinentes :

  • lorsque la nappe d’eau est affleurante et que le sol est très humide, notamment en hiver ;
  • lorsque l’épaisseur de terre arable est très faible, avec de la roche ou un horizon défavorable juste en dessous.

Dans ces cas, les buttes permettent :

  • de surélever la culture ;
  • d’améliorer le drainage ;
  • d’augmenter l’épaisseur de sol exploitable ;
  • de favoriser une vie du sol aérobie.

En dehors de ces situations, il ne voit pas d’intérêt agronomique majeur aux buttes.

Les inconvénients des buttes

Selon lui, les buttes présentent plusieurs inconvénients :

  • elles compliquent la gestion des adventices sur les flancs ;
  • elles imposent souvent des passe-pieds importants ;
  • elles font perdre de la place ;
  • elles entretiennent une forte hétérogénéité entre le haut de la butte et le bas.

Il souligne aussi que les serres coûtent cher, notamment à cause du plastique, et qu’il est donc dommage de ne cultiver que la moitié de la surface.

Le sol vivant peut certes limiter l’hétérogénéité entre haut et bas de butte, mais Xavier Dubreucq estime que travailler à plat règle beaucoup de problèmes plus simplement.

Couvert végétal dans les passe-pieds

Sur la question des couverts végétaux dans les passe-pieds, il répond favorablement et cite les travaux de l’Inra d’Alénya, qui obtiennent des résultats intéressants en cultivant par exemple la tomate avec un couvert végétal occupant la zone de passage.

Pour les cultures d’hiver basses, il estime cependant qu’une fois que l’on veut utiliser toute la largeur de la serre pour produire des salades, des choux ou d’autres légumes bas, le couvert végétal se confond presque avec la culture elle-même : c’est alors la culture de plein qui remplit cet office.

Couvert végétal ou matière organique : qu’est-ce qui structure le mieux ?

À la question de savoir ce qui préserve ou améliore le mieux la porosité entre un couvert végétal et une couche de matière organique, Xavier Dubreucq répond qu’il ne sait pas trancher de manière générale. Cela dépend probablement :

  • de la puissance de l’enracinement du couvert ;
  • du type de matière organique apportée.

En revanche, il donne son opinion : la solution la plus porteuse est sans doute d’avoir les deux à la fois.

Il cite l’exemple d’une féverole semée dans une couche de matière organique, la plante traversant la couverture. On cumule alors :

  • l’effet structurant des racines ;
  • l’effet nourricier et protecteur de la couverture organique.

La féverole est particulièrement intéressante car elle produit un pivot puissant et devient rapidement autonome pour son alimentation azotée.

Comment associer couvert et apport organique

Pour obtenir cette combinaison, plusieurs méthodes sont envisageables :

  • semer à la volée avant l’apport ;
  • semer puis recouvrir de compost, de paille ou d’une autre matière organique ;
  • ou apporter la matière organique sur un couvert déjà développé.

Il observe d’ailleurs en plein champ des systèmes très mécanisés où les couverts sont déjà hauts lorsque l’on passe l’épandeur à compost. Cela ne pose pas de problème majeur.

Le rôle du plastique dans la mise en route du sol vivant

Xavier Dubreucq aborde ensuite la place du plastique. Sans en faire une défense de principe, il explique qu’il aide beaucoup à mettre en route la vie du sol :

  • il préserve la structure ;
  • il maintient l’humidité ;
  • il garde le sol à l’ombre ;
  • il favorise le réchauffement selon sa couleur.

Dans une phase de transition vers un sol vivant, il considère donc que le plastique peut être bienvenu. Pour limiter son impact, il invite à privilégier les plastiques réutilisables :

  • plastiques très épais ;
  • bâches d’ensilage ;
  • paillages tissés lourds ;
  • ou même certains paillages fins réutilisés plusieurs fois.

Utiliser un paillage fin plusieurs fois

Il décrit un itinéraire qu’il a contribué à développer :

  • poser un paillage fin microperforé et opaque ;
  • faire une culture dessus ;
  • puis, après destruction ou broyage de cette culture, replanter une autre culture sur le même paillage.

Les microperforations permettent à l’eau d’aspersion de passer et d’humidifier toute la largeur du profil.

Associer engrais vert et occultation

Un usage particulièrement intéressant consiste à coucher ou broyer un engrais vert, puis à poser dessus un paillage fin opaque. Ce paillage a alors deux fonctions :

  • provoquer l’occultation de l’engrais vert et sa destruction ;
  • servir directement de paillage pour la culture suivante.

Dans les essais qu’il rapporte, on peut bâcher et replanter le jour même. Le système fait donc gagner du temps entre la fin de l’engrais vert et l’installation de la culture suivante.

Il insiste sur le fait qu’à la fin d’une culture sous paillage, en l’absence de circulation d’engins, la structure du sol sous serre est souvent remarquable.

Réutiliser le même paillage pour plusieurs cultures

Après une première culture sous paillage, il est souvent possible d’en faire une seconde sur le même film si le sol est resté en bon état.

Il cite le cas de cultures de melon, arrachées ou broyées, puis suivies d’une autre culture replantée sur le même paillage. Cela se développe dans certaines régions.

Le nombre d’utilisations dépend ensuite :

  • de l’épaisseur du plastique ;
  • de sa résistance ;
  • de la manière dont l’itinéraire est construit.

Il évoque par exemple des paillages de 25 microns, parfois utilisables pour une occultation puis deux cultures. Des épaisseurs plus fortes peuvent permettre une utilisation supplémentaire.

Bâches épaisses et bilan environnemental

À propos des bâches épaisses, comme les bâches d’ensilage, Xavier Dubreucq pose une question de raisonnement environnemental. Une bâche très épaisse contient beaucoup plus de plastique qu’un film fin ; il faut donc la réutiliser un grand nombre de fois pour compenser cet impact initial.

Il ne tranche pas définitivement, mais invite à raisonner en nombre réel de réutilisations et pas seulement en impression de robustesse.

Que faire après avoir retiré le paillage ?

Quand on retire le paillage, on retrouve souvent un sol très propre, avec très peu d’adventices. Selon le moment dans la rotation, plusieurs options sont possibles :

  • implanter directement une nouvelle culture ;
  • semer un engrais vert ;
  • remettre une nouvelle couverture, organique ou plastique.

L’intérêt est que le désherbage devient presque insignifiant après une occultation longue durée. Xavier Dubreucq considère d’ailleurs que gérer les mauvaises herbes représente une perte de temps, et qu’un bon système doit chercher à les rendre peu problématiques.

Il rappelle toutefois qu’un sol nu ne doit pas rester nu longtemps : dans l’esprit de l’agriculture de conservation, il faut le recouvrir dès que possible, même si certaines phases techniques imposent ponctuellement une mise à nu.

Jusqu’où aller dans les principes du sol vivant ?

Xavier Dubreucq insiste sur la nécessité de construire des systèmes équilibrés. Si l’on pousse tous les principes à l’extrême au seul bénéfice de la vie du sol, on risque de rendre l’itinéraire technique trop contraignant.

Il défend donc l’idée de petites entorses raisonnées lorsque le sol fonctionne déjà bien. L’essentiel est de savoir où placer le curseur entre confort de conduite des cultures et stimulation de la vie du sol.

Choix de la serre : simplicité, largeur et praticité

En fin d’intervention, il élargit la discussion au choix des structures.

Il distingue plusieurs types de serres :

Petites serres à aération latérale simple

Il s’agit de tunnels étroits, souvent autour de 4 à 5 mètres de large, avec une aération latérale par soulèvement du plastique. Ces structures sont économiques, parfois même récupérables d’occasion, et peuvent convenir à des petits maraîchers diversifiés.

Leur principal inconvénient est l’absence fréquente de support de culture intégré, ce qui oblige à bricoler le palissage pour les cultures hautes.

Tunnels plus larges, de 7 à 10 mètres

Ces tunnels offrent davantage de volume, un meilleur confort de travail et des supports de culture permettant de suspendre tomates, poivrons, aubergines, etc.

L’aération peut se faire par le toit, avec des bâches superposées que l’on écarte. Pour lui, cela constitue souvent un bon compromis entre prix et confort.

L’intérêt des pieds droits

Les tunnels à pieds droits permettent de travailler debout plus près du bord et de passer avec du matériel plus facilement. C’est un avantage net en confort.

Mais ils sont aussi plus exposés au vent. Le choix doit donc être adapté au contexte, avec l’avis du constructeur et éventuellement des renforts.

L’aération latérale et les ouvertures de bout

Dans les conditions chaudes du Sud-Est où il travaille, Xavier Dubreucq ne voit pas d’intérêt majeur à des aérations latérales complexes : l’aération par les bouts de serre lui paraît souvent suffisante.

Il insiste surtout sur un point très pratique : une serre doit être facile à ouvrir, fermer et parcourir.

À ce sujet, il critique les systèmes de tringle italienne qui ferment complètement l’accès en bout de serre lorsqu’il faut s’y contorsionner pour entrer. Il juge cela très pénalisant pour la surveillance des cultures.

Sa préférence va à un système mixte :

  • aération enroulable sur la plus grande partie ;
  • mais avec une vraie porte conservée sur le côté.

Pour lui, la possibilité d’entrer facilement dans une serre est presque non négociable, car une culture doit pouvoir être surveillée souvent et sans effort.

Le risque de rongeurs

À propos du paillage organique permanent et de l’absence de travail du sol, Xavier Dubreucq confirme que cela favorise les rongeurs. C’est un problème bien connu aussi en agriculture de conservation.

Le fait de ne plus travailler le sol dérange moins les campagnols et autres rongeurs. Il faut donc prévoir une stratégie de contrôle :

  • chats ;
  • pièges ;
  • interventions rapides dès les premiers signes.

Il insiste sur la nécessité d’agir très tôt, car la dynamique de population, notamment chez le campagnol, est très rapide. Si l’on se laisse déborder, on peut être tenté de retravailler le sol pour casser les galeries, ce qui va à l’encontre de la démarche initiale.

Inertie thermique et serres en climat plus froid

En réponse à une question sur le gain d’inertie thermique dans les régions plus froides, Xavier Dubreucq estime que le maraîchage sur sol vivant n’apporte pas en lui-même d’avantage particulier sur ce point.

Pour réchauffer un sol, il rappelle même qu’un léger travail de surface en sortie d’hiver peut parfois accélérer le réchauffement en favorisant l’assèchement.

Il évoque des solutions comme :

  • les stocks d’eau dans la serre ;
  • certains dispositifs d’inertie thermique ;

mais les juge assez compliquées et consommatrices d’espace.

L’option qu’il retient le plus volontiers est le double plastique : ajouter une seconde couche de film sous l’abri principal, sous forme de chenille thermique ou de faux plafond. Cela ralentit la baisse de température nocturne et améliore les conditions de culture dans les secteurs moins favorables.

Conclusion

Tout au long de son intervention, Xavier Dubreucq défend une approche très pragmatique du maraîchage sous serre sur sol vivant :

  • profiter de l’avantage naturel des serres sur la porosité ;
  • maîtriser les circulations et les tassements ;
  • raisonner les apports de carbone ;
  • utiliser les engrais verts quand c’est possible ;
  • chercher à cultiver toute la surface disponible ;
  • garder la capacité de corriger la fertilisation ;
  • adapter les choix techniques au contexte réel de la ferme.

Son propos met en avant une idée centrale : le sol vivant sous serre n’est pas un ensemble de recettes figées, mais une construction technique où il faut en permanence ajuster le curseur entre biologie du sol, contraintes de culture, mécanisation, coût du travail et efficacité globale du système.