Le pulvérisateur, outil fondamental de l'agroécologie, avec Konrad Schreiber
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Aujourd'hui, on continue le cycle avec le pulvérisateur, outil fondamental de l'agroécologie, avec Konrad Schreiber.
Introduction
Cette intervention s’ouvre après plusieurs problèmes techniques, avec un remerciement adressé au public venu nombreux. Le sujet annoncé est le pulvérisateur, mais avec une précision importante : il ne s’agit pas de parler principalement de la machine, de sa fabrication ou des différents modèles, mais de sa place dans les systèmes de culture.
Konrad Schreiber explique d’emblée qu’il faut sortir d’un amalgame devenu très courant : « pulvérisateur = Pesticides = Poison ». Selon lui, cette vision est fausse et empêche de comprendre le rôle majeur que peut jouer cet outil dans l’agroécologie. Le pulvérisateur est présenté ici comme un outil fondamental, non pas parce qu’il serait lié aux pesticides, mais parce qu’il permet d’intervenir avec précision dans les cultures pour accompagner des systèmes agricoles fondés sur des sols couverts et vivants.
Présentation de Konrad Schreiber
Konrad Schreiber se présente rapidement. Il rappelle qu’il est né de parents allemands dans le Sud-Ouest, ce qui explique son accent. Il a été agriculteur pendant 21 ans en Bretagne, puis travaille depuis environ 20 ans au développement de systèmes fondés sur les sols couverts et vivants, dans la logique de la conservation des sols.
Cette approche a été adaptée à de nombreux systèmes :
- les grandes cultures ;
- l’élevage, avec le projet de la « vache heureuse » ;
- la vigne, avec le projet « label vigne » ;
- plus largement, l’objectif de remettre des sols vivants partout.
Il indique également collaborer avec Arbre et paysage 32 sur les questions d’agroforesterie au sens large, en insistant sur le fait que l’arbre devra redevenir un élément fondamental des dispositifs agroécologiques.
Il mentionne aussi la création de l’AIEA, présentée comme une manière de mesurer les pratiques agricoles pour progresser, puis le travail mené avec François Mulet autour du maraîchage sur sol vivant et de Vers de terre production, avec pour but de diffuser les savoir-faire des agriculteurs afin d’accélérer la transition agroécologique.
Définition de l’agroécologie
Konrad Schreiber propose une définition très simple de l’agroécologie : il s’agit de « faire de l’agriculture écologique ». Pour lui, cela signifie cultiver sur des sols couverts et vivants.
Il insiste sur l’expression « sol vivant », parfois critiquée, mais qu’il revendique pleinement. Un sol vivant est un sol grouillant de biodiversité. Il rappelle que le sol constitue le premier réservoir mondial de biodiversité, bien avant beaucoup d’autres milieux plus visibles. Remettre les êtres vivants du sol à leur place centrale est, selon lui, une urgence majeure.
À partir de là, il distingue deux visions de l’agriculture :
- une agriculture conventionnelle, bio ou non, fondée sur les sols nus ;
- une agriculture agroécologique, fondée sur les sols couverts.
Il formule cette opposition de manière volontairement tranchée :
- les sols nus sont des « sols foutus » ;
- les sols couverts sont des sols prospères.
L’enjeu est alors de produire tout en protégeant, autrement dit de reconquérir l’environnement par les pratiques agricoles elles-mêmes.
Le pulvérisateur comme outil agricole polyvalent
Le pulvérisateur est décrit comme un outil, et non comme un symbole. Ce qui compte n’est pas l’objet en soi, mais tout ce qu’il permet de faire.
Konrad Schreiber rappelle qu’un pulvérisateur peut servir à apporter dans les cultures :
- des éléments minéraux ;
- des oligo-éléments ;
- des fertilisants ;
- des pesticides, pour certains agriculteurs ;
- des préparations à base de plantes ;
- des produits de base ;
- des préparations non préoccupantes.
Il le présente donc comme un outil d’intervention dans les cultures, qui permet soit de dynamiser et d’activer la croissance, soit de protéger les plantes.
Il en souligne plusieurs qualités :
- la précision ;
- la polyvalence ;
- le caractère rationnel ;
- le faible coût d’usage ;
- la longévité, car un pulvérisateur bien entretenu peut durer toute une carrière.
De ce point de vue, il considère même qu’il s’agit probablement de l’outil le plus rentable de la ferme.
Sortir de l’amalgame entre pulvérisateur et pesticides
Une grande partie de l’intervention consiste à déconstruire l’image du pulvérisateur comme simple machine à épandre des pesticides.
Konrad Schreiber explique que les polémiques récentes, notamment autour des arrêtés municipaux et des zones non traitées, ont renforcé un amalgame dans l’opinion : dès qu’on voit un pulvérisateur, on pense qu’il y a forcément des pesticides dedans.
Or, selon lui, l’évolution des pratiques agricoles conduit vers autre chose :
- des systèmes utilisant beaucoup moins de pesticides ;
- des systèmes pouvant, à terme, en utiliser très peu ;
- des pesticides devenant des « outils pompiers », mobilisés seulement en cas de besoin.
Il avance même l’idée qu’à moyen terme, les pesticides pourraient ne plus représenter qu’une faible part des interventions agricoles. En revanche, le pulvérisateur, lui, resterait indispensable, parce qu’il continuerait à servir à apporter d’autres produits ou activateurs.
Il souligne ainsi une contradiction du vocabulaire actuel : on parle de « zones non traitées », alors même que l’on pourrait y passer avec un pulvérisateur contenant des produits non phytosanitaires.
Les sols nus comme désert agronomique
Pour illustrer son propos, Konrad Schreiber oppose les images de sols nus à celles de systèmes couverts.
Les sols nus, qu’ils soient en agriculture biologique ou non, sont qualifiés de « désert agronomique humain » et de « sols morts ». Il précise qu’il reste certes des bactéries, mais que la macrofaune et une grande partie de la biologie fonctionnelle du sol ont disparu, notamment :
- les vers de terre ;
- les champignons ;
- l’ensemble des organismes ingénieurs du sol.
À l’inverse, dans des systèmes cultivés avec couverture permanente et sans travail du sol, on conserve :
- des litières ;
- de la biologie ;
- des champignons ;
- une forte activité biologique.
L’idée centrale est que l’agriculture dominante s’est construite comme une lutte contre le végétal. Cette lutte s’est d’abord faite avec les outils de travail du sol, puis avec les herbicides. Le pulvérisateur, dans cette histoire, a servi à prolonger cette logique. L’objectif proposé est donc de le réorienter : faire du pulvérisateur un outil au service du végétal et non de sa destruction systématique.
Le désert, l’érosion et la spirale de dégradation
Konrad Schreiber prend l’exemple du Sahara pour montrer que la désertification n’est pas un état naturel immuable. Il rappelle que les peintures rupestres du Hoggar montrent autrefois une savane arborée, avec de l’eau et du gibier. Il avance l’idée qu’il s’agit peut-être d’une très ancienne catastrophe climatique provoquée par l’action humaine : destruction du végétal, coupe des arbres, travail du sol.
À partir de là, il décrit une spirale de dégradation agricole :
- coupe des arbres ;
- destruction des prairies ;
- travail du sol ;
- perte de biodiversité ;
- perte de fertilité organique et biologique ;
- compaction ;
- ruissellement ;
- perte d’eau ;
- désertification.
Dans cette spirale, il insiste sur un point : le pulvérisateur n’est pas l’outil premier de la destruction. Les premiers responsables sont les outils de coupe, de terrassement et de travail du sol : tronçonneuse, bulldozer, charrue, herse rotative.
Le rôle central du carbone, de la biologie et des plantes
Pour Konrad Schreiber, la fertilité vient du végétal. Les plantes captent le carbone atmosphérique grâce à la photosynthèse, et toute la vie repose ensuite sur ces chaînes carbonées. L’agriculture doit donc apprendre à fonctionner avec la biologie, la biochimie et le monde de l’infiniment petit.
Il rappelle que :
- l’humus est lui-même une construction biochimique ;
- les êtres vivants du sol fabriquent la fertilité ;
- le stockage du carbone dans les sols est un enjeu central.
Nourrir demain 10 milliards d’êtres humains ne sera pas possible dans un désert ni dans un monde artificialisé. Il faut remettre du végétal partout. Il cite à ce sujet plusieurs dynamiques déjà engagées :
- couvertures végétales en grandes cultures ;
- semis directs dans la litière ;
- plantation d’arbres ;
- retour des animaux ;
- bocage ;
- végétalisation des rangs de vigne ;
- vergers enherbés ;
- succès du maraîchage sur sol vivant.
La biodiversité du sol et la construction de la fertilité
Konrad Schreiber décrit ensuite le fonctionnement de la fertilité biologique. Lorsqu’une feuille tombe au sol, elle est fragmentée progressivement par toute une chaîne d’organismes :
- grands organismes ;
- vers de terre ;
- collemboles ;
- nématodes ;
- protozoaires ;
- bactéries ;
- champignons.
Cette fragmentation transforme les éléments végétaux jusqu’aux éléments minéraux assimilables. Il insiste sur l’extraordinaire densité biologique d’un sol vivant : dans un centimètre cube de sol, on peut trouver :
- environ cinq kilomètres d’hyphes fongiques ;
- jusqu’à un milliard de bactéries ;
- des dizaines de milliers de protozoaires ;
- de nombreux autres organismes.
Toute cette biodiversité se nourrit des systèmes racinaires et des échanges qu’ils entretiennent avec le sol. Mais dans les sols agricoles dégradés, cette biologie a souvent été détruite, ce qui oblige à réfléchir à des stratégies de reconstruction.
Le besoin d’activateurs biologiques
L’un des points centraux de l’exposé est l’idée que toute biologie fonctionne grâce à des activateurs. Pour que les systèmes biologiques du sol et des plantes fonctionnent, il faut :
- des habitats ;
- de la nourriture ;
- des activateurs.
Parmi ces activateurs, Konrad Schreiber place au premier plan les oligo-éléments. Il les présente comme de véritables catalyseurs des échanges biochimiques, indispensables notamment à la production d’enzymes.
Sans oligo-éléments, les réactions biologiques exigent beaucoup plus d’énergie pour faire le même travail. D’où l’importance, selon lui, d’apporter ces éléments dans les systèmes cultivés, et de le faire avec un outil précis, économique et efficace : le pulvérisateur.
Il insiste sur le fait que tous les activateurs biologiques contiennent des oligo-éléments, ce qui en fait une question majeure pour l’agriculture de demain.
Oxydation, réduction et santé des plantes
La deuxième grande idée développée est que la santé des plantes dépend d’un équilibre entre oxydation et réduction.
S’appuyant sur les travaux d’Albert Szent-Györgyi, prix Nobel de médecine et de physiologie en 1937, Konrad Schreiber explique que toute la biologie fonctionne avec un peu d’électricité. En croisant le pH et l’état électrique des sols et des plantes, il affirme qu’il existe une cible où les plantes restent en bonne santé :
- un pH entre 6 et 7 ;
- un potentiel autour de 0,4 volt.
Quand la plante ou le sol s’éloigne de cette zone, apparaissent :
- des carences ;
- des toxicités ;
- des maladies.
Selon lui, le pulvérisateur peut alors devenir l’outil permettant de corriger ces déséquilibres rapidement.
Le soleil, l’oxygène et les pratiques agricoles destructrices
Konrad Schreiber développe ensuite l’idée que certaines pratiques agricoles activent l’oxygène et détruisent les sols.
Il cite notamment :
- le sol nu ;
- le travail du sol ;
- la chaleur sur les sols nus ;
- les pluies sur sols travaillés ;
- les fertilisations sous forme oxydée ;
- une partie des stratégies phytosanitaires classiques.
Il évoque l’équation de Fenton pour expliquer que le soleil, en présence de fer, d’oxygène et d’ultraviolets, peut conduire à l’oxydation de la matière organique et aller jusqu’à la destruction progressive de l’humus.
Dans cette perspective :
- l’oxygène est à la fois ce qui permet la vie et ce qui consume le carbone ;
- les plantes doivent donc constamment se défendre contre l’oxydation ;
- elles mettent en œuvre pour cela des stratégies antioxydantes.
Les systèmes agricoles fondés sur les sols nus et travaillés aggravent au contraire cette oxydation. Ils font perdre de l’énergie aux plantes et favorisent maladies cryptogamiques, insectes, bactéries et virus.
Les pratiques agricoles favorables : couverture, organique, urée, antioxydants
À l’inverse, Konrad Schreiber décrit des pratiques « vertes », inspirées de la prairie et de la nature, qui permettent de maintenir les plantes dans de bonnes conditions :
- photosynthèse active ;
- suppression des sols nus ;
- couverture du sol par des litières ou paillages ;
- fertilisation organique ;
- recours à l’urée ;
- usage d’antioxydants ;
- apport d’oligo-éléments.
Il insiste sur le fait que l’urée est une molécule parfaitement naturelle, issue du métabolisme du vivant. Dans cette logique, la nature a déjà « inventé » les solutions dont l’agriculture a besoin.
Il souligne aussi le rôle des antioxydants, qu’on peut désigner par des noms très simples :
- vitamine C ;
- anthocyanes ;
- composés colorés des plantes.
L’agriculture est donc, selon lui, face à deux stratégies :
- oxyder ;
- ou protéger et réduire.
Et le pulvérisateur devient justement l’outil qui permet l’apprentissage de ces nouvelles pratiques : on peut y mettre soit les produits anciens, soit des oligo-éléments, des antioxydants, des extraits de plantes, des préparations biologiques.
De la lutte chimique à la lutte biologique préventive
Dans cette perspective, le pulvérisateur doit servir au basculement vers une lutte biologique préventive. Il ne s’agit plus d’intervenir en curatif sur une plante déjà malade, mais de créer les conditions de sa résistance.
Konrad Schreiber cite Gérard Ducerf, qui considère que les plantes sont bio-indicatrices de l’état d’oxydoréduction des sols. Certaines espèces signalent des sols oxydés, d’autres des sols plus réduits et biologiquement actifs.
La lecture des adventices devient alors un outil de diagnostic. L’objectif est de piloter le système pour ramener les sols et les plantes vers des fonctionnements stables et sains.
Ce que les arbres et la forêt apprennent à l’agriculture
Konrad Schreiber revient ensuite sur ce que montrent les arbres et la forêt : cela pousse tout seul. Partout où il y a de la végétation, il y a de l’eau ; l’inverse n’est pas vrai.
Le secret est dans la litière :
- elle amortit les températures ;
- elle protège le sol ;
- elle diffuse l’eau ;
- elle alimente la biologie du dessous.
Les plantes fabriquent elles-mêmes la terre fertile sur laquelle elles prospèrent. Le rôle de l’agriculture est donc de comprendre et d’accompagner ce processus plutôt que de le détruire.
La glomaline et la fabrication des agrégats du sol
Konrad Schreiber explique que les êtres vivants du sol fabriquent une substance essentielle à la structure du sol : la glomaline. Cette colle biologique enrobe les particules du sol, les assemble et permet la formation d’agrégats stables.
Plus on veut séquestrer du carbone dans les sols, plus il faut activer ces systèmes biologiques. Cela suppose encore une fois :
- de la nourriture ;
- des habitats ;
- des oligo-éléments ;
- des activateurs.
Il considère que la fertilisation foliaire est immédiatement utile parce qu’elle agit vite sur la plante, qui peut ensuite lever des freins et soutenir les processus biologiques du sol.
Il donne aussi une image simple : dans un sol peu actif biologiquement, la terre tombe des racines quand on arrache la plante ; dans un sol biologiquement actif, la terre reste collée au système racinaire. C’est le signe d’un fonctionnement biologique fort, dans lequel la glomaline joue un rôle central.
De la reconstruction des sols à la gratuité biologique
Selon Konrad Schreiber, le problème des agriculteurs est simple : beaucoup travaillent sur des sols tellement dégradés qu’ils ressemblent à des tas de sable. Il faut donc les transformer de nouveau en terres fertiles.
Pour cela, il faut :
- apporter des macro-éléments ;
- apporter de la matière organique ;
- recréer des habitats ;
- redonner les oligo-éléments et autres substances nécessaires à la biochimie du vivant.
L’objectif est de faire remonter les taux de matière organique, par exemple de 1 % vers 3, 4 ou 5 %. Cette reconstruction permet ensuite de s’appuyer sur des formes de « gratuité » produites par la biodiversité :
- fixation d’azote par les légumineuses ;
- captation d’azote atmosphérique ;
- recyclage des nitrates ;
- réduction des pertes ;
- diminution des besoins en engrais ;
- baisse des consommations de carburant ;
- limitation de l’usure du matériel.
Le message est que la biodiversité devient alors l’outil de production le plus rentable.
Les oligo-éléments : origine et recyclage par les plantes
Interrogé sur l’origine des oligo-éléments, Konrad Schreiber répond qu’ils peuvent venir :
- de l’extraction minérale ;
- des roches ;
- des arbres, qui vont les chercher profondément ;
- des plantes elles-mêmes.
Il prend l’exemple du rumex, souvent mal vu, mais qu’il présente comme un recycleur d’oligo-éléments. Grâce à sa racine pivotante, il explore les profondeurs, récupère des éléments lessivés et les remet en circulation dans le système. Lorsque la plante meurt, ses feuilles enrichissent la surface du sol.
Il souligne ainsi que certaines plantes adventices ont une fonction écologique réelle de restructuration et de recyclage, même si d’autres espèces, comme la chicorée, peuvent être plus faciles à gérer.
Les préparations de plantes et le rôle du pulvérisateur
Konrad Schreiber évoque ensuite tout le domaine des préparations de plantes :
- purins ;
- macérations ;
- tisanes ;
- décoctions ;
- vins de plantes.
Il précise qu’un « purin de plante » bien fait n’est pas un liquide pourri, mais plutôt une fermentation de type lactique ou malolactique. Pendant cette fermentation, différents composés diffusent dans l’eau :
- oligo-éléments ;
- hormones de croissance ;
- composés antioxydants.
Cela ouvre la voie à une lutte biologique intégrée fondée sur des produits préparés à partir du végétal lui-même. On peut aussi y associer des algues, très riches en antioxydants.
Le pulvérisateur apparaît alors comme l’outil le plus simple, le plus rapide et le moins coûteux pour faire passer ces extraits d’une plante à une autre et soutenir la santé des cultures.
L’agroécologie comme intensification de la photosynthèse
Konrad Schreiber résume ensuite l’agroécologie à travers quelques principes simples :
- intensifier la photosynthèse ;
- capter davantage de CO2 ;
- construire des habitats à tous les étages ;
- copier la nature ;
- produire des plantes toute l’année ;
- gérer et recycler la matière organique.
Il insiste sur l’ordre des usages de la biomasse végétale :
- nourrir et couvrir le sol pour fabriquer la terre fertile ;
- nourrir les hommes et les animaux ;
- utiliser le surplus pour l’énergie, les biomatériaux et la chimie verte.
Selon lui, environ 60 % de la biomasse produite doit revenir au sol pour maintenir sa fertilité.
Une lecture des systèmes agricoles par le végétal et la perturbation
En conclusion du diaporama, Konrad Schreiber propose une représentation simple des systèmes agricoles sur deux axes :
- de plus en plus de végétal ou de moins en moins ;
- de plus en plus perturbé ou de moins en moins perturbé.
La nature se situe dans la zone :
- toujours couverte ;
- jamais travaillée.
À partir de là, il estime qu’on peut classer l’ensemble des pratiques agricoles, y compris les démarches réglementaires comme la HVE. Il critique fortement cette dernière en expliquant qu’elle repose surtout sur le respect de règles administratives et sur des baisses d’usage de produits, sans remettre en cause les pratiques réellement destructrices :
- travail du sol ;
- sols nus ;
- érosion ;
- lessivage ;
- perte de biodiversité.
À ses yeux, une politique agricole vraiment agroécologique devrait d’abord être une politique du carbone, centrée sur la couverture des sols, la biologie, la fertilité et les résultats réels.
Échanges sur les abeilles, l’azote et les techniques
Dans les échanges finaux, plusieurs sujets sont abordés.
Les abeilles et les pollinisateurs
Konrad Schreiber estime que le problème des abeilles est d’abord un problème de nourriture. Il considère que la disparition de ressources florales dans les paysages agricoles est un facteur majeur. D’où l’importance :
- des couverts végétaux fleuris ;
- de la diversité végétale ;
- de la biomasse ;
- de systèmes plus riches en habitats.
Il critique les raisonnements trop simplistes qui font reposer l’explication uniquement sur une molécule ou une famille de produits. Il appelle à revoir aussi les pratiques apicoles elles-mêmes.
L’azote et les maladies
Sur l’azote, il explique que l’ennemi principal pour les plantes est l’oxygène et que les formes nitriques, notamment l’ammonitrate, poussent la plante dans un fonctionnement coûteux en énergie et en eau.
Avec les nitrates :
- la plante doit les réduire ;
- cela lui demande davantage d’énergie ;
- cela augmente ses besoins en eau ;
- cela favorise des tissus plus fragiles ;
- cela peut accroître les risques de maladies et d’attaques d’insectes.
Il oppose cela aux formes ammoniacales et aux fonctionnements biologiques plus proches de ceux de la nature.
L’évolution des techniques de pulvérisation
Enfin, il évoque l’évolution probable des pulvérisateurs :
- bas volume ;
- faible pression ;
- qualité de l’eau importante ;
- interventions plutôt le matin ou le soir ;
- adaptation des buses et des circuits ;
- prise en compte des conditions d’hygrométrie ;
- attention au soleil, destructeur pour certaines bactéries ou préparations biologiques.
Il mentionne aussi l’utilisation future possible :
- de micro-organismes efficaces ;
- d’acides aminés ;
- de produits biologiques vivants ;
- de technologies de pulvérisation beaucoup plus fines et adaptées à la biologie.
Conclusion
La thèse défendue tout au long de cette intervention est claire : le pulvérisateur ne doit plus être réduit à une image de machine à pesticides. Dans l’agriculture agroécologique à venir, il restera un outil essentiel parce qu’il permet d’apporter précisément ce dont les plantes et les sols ont besoin :
- oligo-éléments ;
- antioxydants ;
- extraits végétaux ;
- activateurs biologiques ;
- préparations microbiennes ;
- corrections fines.
L’enjeu n’est donc pas de supprimer l’outil, mais de changer radicalement ce que l’on en fait.
Pour Konrad Schreiber, l’agroécologie repose sur quelques principes majeurs :
- des sols toujours couverts ;
- des sols jamais ou le moins possible travaillés ;
- plus de végétal ;
- plus de biodiversité ;
- plus de photosynthèse ;
- plus de carbone stocké ;
- une agriculture productive, préventive et fondée sur la biologie.
Dans ce cadre, le pulvérisateur devient non plus l’emblème d’une agriculture de lutte, mais l’un des instruments d’une agriculture qui cherche à faire fonctionner le vivant.