Maraîchage sol vivant - La Ferme des Gobettes
![]()
Principes de base de la ferme
À la Ferme des Gobettes, les principes annoncés sont très clairs :
- pas de travail du sol ;
- utilisation de variétés anciennes uniquement, sans variétés hybrides ;
- production de tous les plants sur la ferme ;
- aucun traitement, y compris pas de Bt ;
- recours à des moyens physiques si nécessaire, comme les filets.
L’idée est de rester sur un système simple, cohérent, et de construire progressivement des itinéraires techniques adaptés au lieu.
Les maraîchers expliquent aussi qu’ils préfèrent parler des pratiques et des résultats « au coup par coup », à partir de ce qui a bien fonctionné ou moins bien fonctionné sur une saison, plutôt que d’annoncer des recettes définitives.
Temps de travail et installation
Le temps de travail est jugé très important, mais encore difficile à quantifier précisément pour le maraîchage seul, car une grande partie du temps a été consacrée à l’installation :
- démontage et remontage de bâtiments ;
- mise en place du réseau d’irrigation enterré ;
- constructions diverses.
Depuis le début de la saison, ils estiment avoir déjà passé « sept à huit semaines » à faire autre chose que du maraîchage.
Ils travaillent environ six jours sur sept depuis le mois de mars. Comme ils habitent sur place, il est difficile de vraiment couper, même s’ils essaient de garder une journée.
Ils précisent qu’il est encore trop tôt pour parler de rentabilité ou pour donner un temps de travail hebdomadaire de référence à quelqu’un qui voudrait s’installer. Une évaluation réaliste ne sera possible que dans quelques années, quand tout sera en place et qu’une routine se sera créée.
Départ d’une prairie et stratégie générale
La ferme a été installée sur une prairie. Selon eux, dans un système de maraîchage sur sol vivant sans travail du sol, partir d’une prairie est plutôt la situation la plus facile.
La stratégie principale de préparation des parcelles repose sur l’occultation par bâchage.
Durée de bâchage
Le principe est de laisser les bâches au moins six mois chauds. La durée exacte dépend cependant beaucoup de l’arrière-saison.
Exemple donné :
- les premières parcelles ont été bâchées en août 2018 ;
- certaines ont été débâchées fin mars : le résultat a été catastrophique, notamment sur des oignons ;
- les parcelles débâchées en mai étaient, au contraire, très propres.
L’explication avancée concerne les vivaces. Sous bâche, on a parfois l’impression que tout est mort, car l’herbe a disparu. Mais les vivaces conservent leurs réserves racinaires. Ce n’est que lorsqu’elles ont commencé à repousser sous bâche, en utilisant ces réserves, que l’occultation devient vraiment intéressante. On observe alors des feuilles blanches, étiolées, sans lumière. À ce moment-là, un passage manuel permet d’achever des plantes déjà très affaiblies.
À l’inverse, un débâchage trop précoce, avant que la chaleur ait déclenché cette repousse, peut donner une parcelle visuellement propre qui se ré-enherbe fortement peu après.
Gestion des vivaces
Pour les vivaces comme le rumex, les ronces, le liseron ou d’autres repousses, la ferme privilégie :
- un passage manuel limité après débâchage ;
- puis, si besoin, un nouveau bâchage plutôt qu’un désherbage intensif.
Le choix assumé est de créer des jardins un peu plus grands que le strict besoin, afin de pouvoir laisser certaines zones se ré-enherber temporairement puis les rebâcher, plutôt que de passer beaucoup de temps à désherber à la main.
Ils considèrent que ce ré-enherbement spontané, s’il est ensuite maîtrisé par occultation, peut même avoir un effet proche d’un engrais vert. Il est mentionné qu’un couvert spontané peut apporter davantage de matière organique qu’un engrais vert classique, à condition d’avoir assez de surface pour faire tourner les parcelles.
Standardisation des planches et organisation de l’espace
La ferme a standardisé son parcellaire pour faciliter le travail, notamment l’usage des bâches.
Dimensions
- toutes les planches font 30 m de long ;
- largeur des planches : 75 cm ;
- largeur des passe-pieds :
45 cm en extérieur ; 35 cm sous serre.
Les planches sont regroupées en « jardins » ou sections, de 8 ou 16 planches.
Un jardin fait environ 10 m sur 30 m, soit autour de 300 m².
Une planche représente environ 22,5 m². En comptant uniquement les planches cultivées, la surface est estimée à environ 4 000 à 5 000 m².
Mise en culture après débâchage
Après débâchage, la méthode générale est la suivante :
- la bâche est retirée ;
- un rapide désherbage manuel est réalisé sur les vivaces qui ressortent ;
- les planches sont tracées au cordeau ;
- ensuite, plusieurs itinéraires techniques sont possibles selon les cultures.
Maintien des bâches
Les bâches sont maintenues avec des pneus. Elles ne sont pas ancrées au sol avec des systèmes classiques, car le vent les arrache et cela les dégrade trop vite.
Les quatre grands itinéraires techniques
Culture sur bâche tissée trouée avec broyat
Pour certaines cultures, un broyat est épandu grossièrement, puis une bâche tissée est posée et trouée au chalumeau.
Cet itinéraire est utilisé notamment pour :
Le broyat est simplement étalé grossièrement, sans mélange au sol.
Semis directs sur compost de déchetterie
Un autre itinéraire consiste à épandre sur la planche 4 à 5 cm de broyat-compost noir issu de déchetterie, contenant encore des fragments de branches, puis à semer directement dedans.
Ce support est utilisé pour :
- navets ;
- radis noirs ;
- carottes ;
- betteraves ;
- panais ;
- ciboule japonaise ;
- mescluns ;
- roquette ;
- mescluns asiatiques.
Le principal intérêt recherché est d’obtenir un lit de semis très propre, pauvre en adventices, ce qui réduit fortement le temps de désherbage.
Culture sur fumier pailleux de sortie de boxes
La ferme récupère un fumier très pailleux, issu de sortie de boxes de chevaux, avec renouvellement de la paille deux fois par semaine. Il est principalement composé de paille, avec peu de déjections.
Ce matériau est utilisé pour :
- tomates ;
- courgettes ;
- blettes ;
- céleri-rave ;
- certains choux ;
- pommes de terre.
Pour les premiers choux, ils ne l’utilisent pas toujours car il est parfois trop humide et favorable aux limaces.
Culture sur bâche d’ensilage trouée en place
Dernière option : laisser une bâche d’ensilage en place et planter directement dedans en la trouant.
Cette technique est utilisée notamment pour les courges. Au départ, ils trouaient directement une bâche pleine. Désormais, ils remplacent plutôt la bâche pleine par une bâche pré-trouée juste au moment de planter.
Approvisionnement en compost de déchetterie
Le compost utilisé pour les semis directs provient d’une plateforme où sont déposées tontes, tailles de haies et autres déchets verts. Le tout est broyé, composté et retourné pendant plusieurs mois.
Le but recherché n’est pas tant l’apport fertilisant que la création d’un lit de semis très propre, avec peu de graines d’adventices.
Sur la saison, environ 30 tonnes auraient été utilisées, et 40 tonnes ont été livrées pour anticiper la saison suivante.
Après débâchage, la parcelle est amendée avec ce compost puis semée.
Ce matériau est très sec en surface. Il faut donc arroser pendant quatre à cinq jours pour assurer la levée. Ensuite, il joue un rôle de paillage : la surface paraît sèche, mais l’humidité reste conservée en dessous.
Irrigation
Le réseau d’irrigation a été installé récemment, ce qui complique les bilans de temps de travail.
Ils partaient auparavant sans véritable irrigation, « à l’arraché » avec un petit tuyau.
L’approche de l’irrigation reste limitée. Avec leurs techniques de couverture du sol par compost, paille ou fumier, ils s’en servent surtout pour faire démarrer les cultures.
Une fois les cultures installées, l’arrosage devient souvent inutile, sauf en conditions extrêmes. Par exemple, des choux ou d’autres cultures déjà en place peuvent parfois profiter de l’aspersion utilisée pour une culture voisine nouvellement plantée.
Carottes
Les carottes occupent une place importante dans les essais.
Carottes sur compost
Un essai a été mené avec 8 rangs sur 75 cm. Au départ, 5 rangs avaient été semés, puis, à cause d’une attaque de limaces, 4 rangs supplémentaires ont été ressemés entre les premiers. Finalement, les premiers rangs ont aussi levé, ce qui a donné une densité très forte.
Résultat :
- très peu de désherbage : environ 5 minutes par planche, une fois, cinq semaines après semis ;
- pas de démariage ;
- très grosse production.
Ils envisagent de reproduire cette stratégie : faire un premier semis, laisser lever, puis repasser rapidement avec le semoir pour augmenter la densité et obtenir une canopée plus couvrante, limitant encore l’enherbement.
Effet de la densité
Dans leur expérience, des carottes très denses destinées à la conservation n’ont pas besoin d’être démariées. Les racines se poussent entre elles, produisant des calibres parfois plus petits, mais vendables, tout en réduisant fortement le travail.
Carottes d’hiver
Sur les carottes d’hiver, ils ont fait un essai sans filet anti-insectes et n’ont pas observé de dégâts de mouche, mais ils ne considèrent pas cela comme une preuve. Leur position est qu’après avoir fait tout le travail pour obtenir une belle planche, il serait dommage de la laisser se faire abîmer, donc ils préfèrent normalement protéger.
Panais
Le panais a d’abord été semé avec des graines non enrobées, avec de mauvais résultats. Ensuite, ils ont utilisé des graines enrobées et prégermées, entourées d’argile.
Leur avis est très positif :
- levée magnifique ;
- planches propres ;
- pas d’enherbement si la levée est bonne ;
- manipulation des graines beaucoup plus facile qu’avec des semences de panais nues, jugées très volatiles et pénibles à semer.
Le coût est nettement plus élevé, mais jugé rentable au vu du résultat.
Le semis est fait à la main, car leur semoir n’est pas adapté à ce type de semence.
Persil
Le persil est cultivé sur bâche tissée trouée, avec un léger apport de broyat dessous.
Les plants sont produits sur place, puis plantés dans la bâche. La culture, plantée depuis mars dans l’exemple montré, a permis de faire des centaines de bottes et continue à repousser.
Le persil est cité comme l’un des rares semis parfois délicats en motte, à cause de sa lenteur de germination.
Production de semences de choux
Une tentative de production de semences de choux a été faite à partir de leurs propres plants. Les semences proviennent de choux laissés monter après la période du colza, afin d’éviter les croisements.
Les résultats sont mitigés :
- certaines semences donnent de très beaux plants ;
- d’autres donnent des plants plus faibles.
Cela reste une expérimentation « pour le fun », pas du tout jugée rentable, étant donné le faible prix des semences commerciales par rapport au temps nécessaire pour récolter, battre et tamiser les graines.
Poireaux et ciboule japonaise
Pépinière de poireaux
Des poireaux ont été semés à la volée dans du compost, en pépinière.
Poireaux en mini-mottes
Une autre méthode consiste à semer les poireaux en très petites mottes, très serrés, puis à les repiquer jeunes. Cela permet d’avoir énormément de plants sur une petite surface de pépinière.
Ensuite, les poireaux sont plantés en faisant des trous à la grelinette et en les enterrant assez profond.
Cette technique fonctionne bien, mais les poireaux mettent du temps à grossir et la canopée tarde à se fermer, ce qui laisse place à un fort enherbement. Cela n’empêche pas la culture, mais oblige à prévoir un rebâchage long après récolte.
Ils réfléchissent à l’usage de BRF dans le rang ou autour des poireaux pour limiter l’enherbement et améliorer le blanchiment des fûts.
Ciboule japonaise
La ciboule japonaise a été semée en direct en février, de manière très dense. Elle est récoltée depuis cette date. Comme pour les carottes, ils observent qu’une forte densité peut donner des volumes très intéressants sans forcément devoir éclaircir.
Choux
Choux sur bâche
Les choux cultivés sur bâche sont plantés à environ 60 cm, sur deux rangs, soit entre 100 et 120 choux par planche.
Sont cultivés ainsi :
- choux verts ;
- choux rouges ;
- brocolis ;
- choux-fleurs ;
- romanesco ;
- choux de Bruxelles.
La bâche permet de gagner beaucoup de temps en désherbage. Les filets sont utilisés pour empêcher les papillons, noctuelles et piérides de pondre.
Choux sur fumier
Les choux d’hiver peuvent aussi être plantés sur fumier. Le fumier est alors déposé en couche importante. Cela sert à la fois de fertilisation, de couverture et de support de culture.
Leur observation est qu’après plusieurs mois, le fumier a été très fortement dégradé par le sol, même avec peu d’arrosage.
Planification et rotations
La planification se fait sur tableur, avec réflexion sur :
- les successions culturales ;
- l’alternance des familles botaniques ;
- l’optimisation de l’usage du fumier.
L’enjeu est d’utiliser régulièrement des cultures sur fumier, tout en gardant des planches disponibles pour les semis directs sur compost, impossibles sur fumier.
Haricots verts
Les haricots verts sont une culture sur laquelle ils se disent encore en recherche.
Ils ont essayé :
- le semis direct, qui s’est fait manger ;
- la culture en mottes, avec plantation dans bâche.
Ils ne sont pas encore satisfaits de leur technique. L’année suivante, ils veulent essayer un semis avec plusieurs graines par trou, afin de mieux compenser les pertes.
Des variétés citées :
- Bongo ;
- Cupidon.
Bongo est apprécié pour ses haricots longs et bons.
Concombres
Les concombres sont cultivés sans tuteurage, laissés au sol.
Trois variétés sont mentionnées :
- un concombre noir ;
- Télegraf pour les longs lisses ;
- Blanc parisien.
Le Blanc parisien a donné des fruits très amers, au point qu’ils ont arrêté de les vendre. Ils hésitent entre un problème variétal et un effet de conduite culturale ou de stress hydrique initial.
Concernant le non-tuteurage, leur constat est très positif :
- productivité énorme ;
- aucun temps de tuteurage ;
- les plantes se débrouillent seules pour courir ;
- la récolte est un peu moins pratique, mais le gain de temps global est largement favorable.
Salades
Les salades sont cultivées sur bâche trouée.
Ils rencontrent des ravageurs importants :
- limaces ;
- taupins ;
- campagnols.
Pour compenser, ils plantent toujours davantage que le nombre théorique nécessaire.
Une adaptation intéressante est mentionnée contre le taupin : laisser grossir les plants en pépinière jusqu’à avoir une tige bien développée, presque trop grande, avant plantation. Cela retarde la culture d’environ trois semaines mais rend les plants moins sensibles.
Blettes
Les blettes ont été cultivées sur fumier, puis laissées monter. Ensuite :
- elles ont été fauchées ;
- une bâche a été mise pendant quelques semaines ;
- une nouvelle culture a été implantée.
Sous serre, après des blettes très développées, cette technique a très bien fonctionné pour installer ensuite aubergines et pastèques.
La blette est perçue comme un couvert produisant une biomasse importante, avec de grosses feuilles et des tiges ligneuses en montée à graines, donc potentiellement très intéressante pour nourrir le sol.
Épinards
Les épinards ont été semés dans des trous pratiqués dans une bâche, sur un couvert précédent couché à la faux. Des plaques de repiquage ont aussi été préparées pour compléter les trous.
L’idée est que les épinards, une fois développés, prennent le dessus, pendant que la bâche continue à fatiguer les repousses du couvert précédent.
Betteraves
Pour les betteraves semées en direct, ils complètent désormais systématiquement avec quelques plaques en mini-mottes, afin de pouvoir regarnir les manques. Cela permet d’avoir des planches bien pleines, donc moins d’enherbement et une productivité maximale sur petite surface.
Mesclun asiatique
Le mesclun asiatique est présenté comme une culture très productive.
Semé à la volée sur compost, il donne :
- une première coupe un peu moins vigoureuse ;
- puis de très nombreuses repousses, jusqu’à 7 ou 8 coupes.
Ils en font pour différents débouchés : AMAP, vente à la ferme, restaurants, Biocoop.
Ils enrichissent parfois le mélange avec d’autres jeunes pousses pour des raisons gustatives et visuelles.
Ils arrêtent cette culture pendant l’été, car elle monte à graines et n’est plus adaptée à la saison.
Pourpier et mâche
Ils expliquent avoir largement remplacé la mâche par le pourpier :
- meilleur goût selon eux ;
- récolte plus rapide ;
- pousse plus facile ;
- très bon accueil par la clientèle une fois qu’elle y est habituée.
La mâche est jugée beaucoup plus lente.
Mini-mottes et production des plants
La ferme produit tous ses plants, et les mini-mottes occupent une place centrale.
Avantages observés
Par rapport aux plaques alvéolées classiques, les mini-mottes sont jugées :
- beaucoup plus rapides à réaliser ;
- très performantes en taux de germination ;
- simples à manipuler une fois bien enracinées ;
- adaptées à beaucoup de cultures.
Ils estiment avoir obtenu pratiquement 100 % de réussite sur les salades.
Limites
En été, les mottes sèchent vite, surtout sur les bords. Il faut alors arroser plusieurs fois par jour. Si elles sèchent trop, elles sont longues à réhumidifier.
Certaines cultures restent mieux adaptées aux plaques, par exemple le céleri-rave, où chaque plant bénéficie mieux de son espace sans concurrence entre mottes voisines.
Matériel
Ils utilisent une motteuse ancienne, de marque Demtec, avec plusieurs moules. Le terreau est mélangé à la bétonnière, puis la machine forme une sorte de « brownie » de terreau motteux qui est ensuite découpé avec une fourche spécifique.
L’outil est jugé excellent, solide, réparable, et particulièrement intéressant dans une logique collective de mise en réseau entre fermes.
Terreau et substrats
Ils utilisent un terreau biologique professionnel, en blocs compressés, qu’ils jugent très performant. Le surcoût est considéré comme négligeable à l’échelle de la ferme au regard de la qualité des plants et du temps gagné.
Le compost en sac visible sous serre n’est pas utilisé comme terreau de semis principal, mais bien le terreau acheté.
Céleri-rave
Le céleri-rave est cultivé sur fumier. Les plants peuvent être produits en plaque, solution jugée plus adaptée que la motte pour cette espèce.
Dans la parcelle montrée, le sol a déjà reçu successivement paille puis fumier, et la qualité structurale est jugée remarquable sur sol jamais travaillé.
Tomates
Les tomates sont cultivées sur fumier, sous serre.
Itinéraire
- bâchage de longue durée ;
- débâchage ;
- apport de fumier ;
- plantation des tomates.
Les plants sont produits sur place. Les tomates sont d’abord élevées en petites mottes, puis repiquées dans un contenant plus grand, ce qui permet un ancrage profond à la plantation.
Taille
Les tomates ont été taillées très peu :
- quelques premières interventions sur jeunes gourmands ;
- puis une grosse taille fin juin-début juillet ;
- ensuite, plus rien.
L’idée est d’éviter des blessures inutiles en fin de saison, quand l’humidité augmente et que les risques de maladies s’accroissent.
Rotation
La rotation des tomates est limitée par la taille des serres. Les tomates tourneront donc plutôt sur trois ans que sur quatre.
Melons et pastèques
Melons et pastèques sont cultivés sans taille, au sol.
Melons
Les melons ont bien donné. Le principal problème rencontré est l’attaque des mulots au moment de la maturité. Pour éviter cela, ils récoltent les fruits juste avant maturité complète, puis les laissent finir de mûrir sur une terrasse en bois, à proximité du chat.
Pastèques
Les pastèques sous serre ont été plantées après une culture de blettes détruite sous bâche. La culture est jugée très simple une fois implantée : presque aucun travail ensuite.
Aubergines
Les aubergines sont mentionnées dans la serre, après destruction de blettes. La greffe est évoquée comme piste future, en particulier parce qu’elles ont parfois une longue phase peu productive, mais cela n’a pas encore été testé.
Courgettes
Les courgettes sont plantées directement dans le fumier.
Cette technique est jugée très efficace, même sans arrosage une fois la culture lancée.
Le liseron peut réapparaître dans cette culture, mais sans poser de problème majeur tant qu’il ne met pas la culture en danger.
Pommes de terre sous paille
Les pommes de terre sont cultivées sous paille.
Itinéraire
- parcelle précédemment en courges ;
- bâchage ;
- au printemps, pose des pommes de terre sur le sol ;
- une poignée de compost sur chaque tubercule ;
- couverture avec environ 18 ballots de paille.
Les pommes de terre mettent longtemps à sortir, ce qui peut être stressant, mais finissent par bien lever.
- Récolte
La récolte se fait en retirant la paille à la fourche, puis en ramassant les tubercules. C’est plus lent qu’une récolte mécanisée, mais sans creuser.
Les calibres cette année sont moyens, attribués surtout à la sécheresse plutôt qu’à l’itinéraire technique.
- Variétés
- Alliance : excellente variété selon eux, mais très sensible au taupin ;
- Charlotte et Nicola : beaucoup moins attaquées cette année.
Oignons
Les oignons constituent l’un des rares vrais échecs répétés.
Ils ont essayé de les cultiver sur sol paillé après prairie et bâchage. Résultat :
- trop de paille pour que les oignons poussent correctement ;
- pas assez pour empêcher les adventices ;
- très mauvais rendement.
Ils considèrent que l’itinéraire « oignons sur sol paillé » n’est pas adapté dans leur contexte de sortie de prairie, en particulier à cause de la faible densité des oignons et de leur faible capacité à couvrir rapidement le sol.
Ils envisagent plutôt d’autres approches, éventuellement sur compost de déchets verts, qui avait donné de très beaux oignons nouveaux.
Ail
L’ail est visible sous filet avec du fumier dessous, mais peu de détails supplémentaires sont donnés dans cet extrait.
Sol, texture et fonctionnement
Le sol est décrit comme [[argilo-limoneux]] :
- 19 % d’argile ;
- 66 % de limons.
C’est un sol lourd, typique de prairie. Dès qu’il est nu, il forme facilement une croûte importante. Cela confirme, selon eux, l’intérêt du non-travail du sol et de la couverture permanente : faire des carottes dans ce sol travaillé serait extrêmement compliqué.
Ils soulignent aussi la vitesse impressionnante à laquelle le sol « mange » la paille et le fumier.
Gestion des adventices et philosophie d’intervention
La philosophie générale est de limiter au maximum le désherbage manuel intensif.
Le principe est :
- si c’est propre, on continue ;
- si ça se ré-enherbe trop, on bâche ;
- si besoin, on adapte l’itinéraire suivant avec bâche, fumier, paille ou culture couvrante.
Le liseron est cité comme une adventice longue à fatiguer, mais pas forcément dramatique si sa présence reste modérée.
Ils préfèrent laisser certaines planches temporairement « sales » puis les remettre à zéro par occultation, plutôt que s’épuiser en désherbage.
Filets et ravageurs
Les ravageurs régulièrement mentionnés sont :
- limaces ;
- taupins ;
- campagnols ;
- altises ;
- piérides et noctuelles ;
- [[mouche de la carotte]] ;
- mulots.
Les moyens employés sont surtout physiques :
- filets anti-insectes ;
- P17 ;
- bâches ;
- piégeage des rongeurs.
Exemple donné contre les campagnols : boîtes contenant farine et plâtre.
Serres et investissements
Les serres ont été achetées d’occasion. Le coût indiqué est d’environ 8 000 euros au total avec bâches neuves.
L’irrigation représenterait autour de 10 000 euros, avec la pompe.
Le bâtiment a été financé pour moitié par financement participatif et pour moitié par subvention. Il leur aurait coûté environ 5 000 euros.
Ils ne possèdent pas encore de tracteur au moment de la visite, mais souhaitent investir dans un petit tracteur avec godet pour :
Le choix du matériel est compliqué par leur largeur de planche de 75 cm, qu’ils veulent conserver car ils la trouvent très confortable et productive.
Commercialisation et rythme annuel
La ferme vend notamment en :
- AMAP ;
- vente à la ferme ;
- restaurants ;
- Biocoop.
Ils se fixent une pause de fin décembre à fin janvier, qu’ils considèrent comme indispensable, car sinon il n’y a plus de temps mort dans l’année.
Ils estiment avoir encore une grosse marge de progression sur le début de printemps, où ils pensent ne pas avoir encore assez anticipé les productions.
Vision d’ensemble
L’ensemble présenté montre une ferme encore en phase d’apprentissage, mais déjà très structurée autour de quelques idées fortes :
- ne pas travailler le sol ;
- couvrir le sol en permanence ;
- utiliser l’occultation comme outil principal de gestion des adventices ;
- privilégier des itinéraires simples, peu mécanisés, mais standardisés ;
- produire les plants sur place ;
- observer, tester, corriger d’une saison à l’autre.
Le discours insiste beaucoup sur le fait qu’il s’agit d’un système en construction, avec des réussites marquées sur certaines cultures, des échecs assumés sur d’autres, et une recherche constante de techniques économes en temps de travail plutôt que de perfection théorique.