Réparer le désert dans la vigne, par Konrad Schreiber
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On continue dans ce voyage de la vigne en sol vivant, mais cette fois-ci avec Konrad Schreiber !
Pourquoi « bio-logique »
Konrad Schreiber explique qu’il en a eu « ras le bol du débat pour ou contre quelque chose ». Pour sortir des oppositions stériles, il propose un simple exercice de sémantique : mettre un tiret entre « bio » et « logique ». Ainsi, tout s’éclaire : il ne s’agit plus de défendre une étiquette, mais de comprendre que c’est la logique de fonctionnement de la biologie qui doit reprendre pied dans les systèmes agricoles.
Son objectif est de faire comprendre simplement quelque chose de compliqué. À partir de là, le chantier apparaît immense. Selon lui, il y a dans l’agriculture « du travail en pagaille » si l’on réfléchit à tout ce qu’il faudrait faire pour remettre la biologie au cœur des parcelles.
Une colère contre les impasses agricoles
Konrad Schreiber se présente comme « un agriculteur en colère ». Il rappelle avoir d’abord été agriculteur, puis être devenu développeur. Il met en cause la responsabilité de sa propre profession, et en particulier du syndicat majoritaire, la FNSEA. Il dit aussi avoir lui-même été, avec d’autres, responsable « d’années de misère », une misère administrée à travers les politiques agricoles, notamment depuis la réforme de la politique agricole commune de 1992.
Pour lui, rien n’a été résolu : l’eau polluée reste polluée, et les solutions réelles ne sont pas trouvées parce que l’essentiel n’est pas regardé. Cet essentiel, il le formule de manière très simple : les sols nus sont des sols foutus.
Le problème central : le sol nu
Pour Konrad Schreiber, le débat doit avoir lieu maintenant, parce que c’est le moment de bouger. L’intelligence arrive, la logique de la biologie peut reprendre sa place, la science peut revenir dans les parcelles et dans les champs.
Il critique les oppositions construites entre agricultures dites « meilleures » que les autres, qu’elles soient raisonnées, logiques ou autrement qualifiées. Selon lui, quelles que soient les justifications, on aboutit souvent au même résultat : des sols dégradés.
Il prend l’exemple d’une vigne sur sol calcaire à laquelle on a ajouté du compost à répétition jusqu’à fabriquer, dit-il, un « parpaing de compost ». Cela conduit à s’interroger sur la performance réelle des techniques agricoles employées.
Il dénonce aussi la lutte systématique contre le végétal : soit avec un désherbant, soit avec une machine agricole. Dans les deux cas, on détruit la couverture végétale. Or, pour lui, ce débat technique masque le problème principal : partout, on fabrique des déserts.
Les plantes indicatrices et l’annonce du désert
Il évoque certaines plantes qui apparaissent comme des signaux d’alerte. Lorsqu’une plante pionnière colonise un terrain, elle dit en quelque sorte que le sol est oxydé, abîmé, et qu’on se rapproche du désert. Il cite notamment le pavot, en rappelant que dans certains pays comme l’Afghanistan, cette plante est cultivée massivement.
L’idée n’est pas botanique au sens strict, mais agronomique : certaines flores spontanées révèlent un fonctionnement du sol déjà très dégradé.
Remettre du végétal partout
La durabilité est venue, selon lui, quand les agriculteurs ont compris qu’il fallait remettre du végétal partout. Cela vaut aussi pour la vigne. Toute sa réflexion de développement agricole depuis des décennies s’appuie sur ce point : faire revenir les plantes dans tout le paysage.
Il insiste sur une idée fondamentale : lorsque l’eau coule et s’échappe, il est déjà trop tard. Quand le soleil frappe directement le sol, le système est déjà perdu. Il présente cela comme un problème à la fois agronomique, environnemental et social.
Le soleil, ennemi de la biologie du sol
Konrad Schreiber insiste sur un point qu’il juge décisif : le soleil est le pire ennemi de la biologie du sol. Les rayons ultraviolets oxydent les matières organiques et détruisent les conditions favorables à la vie du sol. Sa conclusion pratique est immédiate : il faut mettre le sol à l’ombre, et cette ombre ne peut être apportée que par une feuille, donc par du végétal vivant ou des résidus végétaux.
À partir de là, il affirme qu’il n’y a plus d’excuse : dès qu’il y a du sol nu, on engendre des problèmes environnementaux colossaux. Il n’est même plus nécessaire, selon lui, de mesurer longuement ou de polémiquer ; il suffit de regarder l’état de l’eau. Il cite la Garonne, qu’il décrit comme un fleuve de boue une grande partie du temps, alors qu’à sa source, en montagne, l’eau est claire.
Sortir du modèle linéaire
Pour comprendre le problème, il oppose deux modèles.
Le premier est le modèle linéaire du développement classique : on prend du carbone à la mine, on fabrique une voiture ou n’importe quel objet, puis on rejette des déchets dans l’environnement. Dans un tel système, on peut éventuellement réduire la pollution, mais jamais la supprimer, car le fonctionnement reste linéaire.
Konrad Schreiber estime que tout ce qui relève de cette linéarité mène dans un mur, qu’il s’agisse de croissance ou même de décroissance. Pour lui, il n’y a pas d’avenir dans ces modèles.
La durabilité est dans la boucle du vivant
À l’inverse, la nature fonctionne en boucle. La biologie est un monde infini dans un monde fini : la Terre est un globe limité, mais la vie s’y maintient parce qu’elle recycle.
Il rejette les discours qui annoncent qu’on va manquer de tout. Lorsqu’il regarde à ses pieds, il voit des microbes, des champignons, des mycorhizes, des racines, des souris, et plus largement tous les êtres vivants. Ce qu’il voit, c’est la biologie, et cette biologie fonctionne sur un cycle éternel.
Une plante pousse, capte le CO2 de l’air, le transforme en matière organique et rejette un « déchet » : l’oxygène. Ce déchet est géré parce que des consommateurs de plantes utilisent la biomasse végétale. Ils consomment aussi l’oxygène et rejettent à leur tour des gaz à effet de serre, notamment du CO2, nécessaire à la poursuite de la photosynthèse. Le système boucle.
Il rappelle que la concentration de CO2 dans l’air, autour de 0,04 %, représente une énorme réserve de carbone mobilisable par les plantes, mais que ces plantes en utilisent chaque année une part importante. Il faut donc un système de retour permanent.
Le rôle des animaux et de la vache
Dans cette logique, Konrad Schreiber défend un rôle central des animaux, et en particulier de la vache. Il affirme que si l’on supprime les vaches, on dérègle aussi une partie du cycle biologique. La vache lui paraît un animal extraordinaire, notamment parce qu’elle valorise l’herbe, produit des matières organiques utiles au sol et participe au retour rapide des éléments dans le cycle.
Il évoque aussi la vitamine B12, fabriquée dans son système digestif, pour souligner l’originalité biologique de cet animal. Mais son message agronomique est très concret : dans les sols de vigne, il faudrait retrouver des bouses de vache. Autrement dit, il faudrait réintroduire de la fertilité organique vivante, directement liée aux animaux et aux cycles biologiques.
Le sol, station d’épuration parfaite
Les déchets des plantes et des animaux reviennent fatalement au sol. Là, toute l’activité biologique du sol assure un recyclage presque parfait. Konrad Schreiber dit qu’il n’existe pas de meilleure station d’épuration qu’un sol vivant.
C’est, pour lui, un point d’émerveillement : même les meilleurs ingénieurs comprennent mal ce qui se passe réellement dans cette complexité biologique. La plante crée le sol fertile sur lequel elle prospère. Ce n’est pas le sol seul qui nourrit la plante ; c’est la plante qui, en travaillant avec toute la biologie, construit la fertilité.
Les règles de la nature : toujours couvert, jamais travaillé
Konrad Schreiber résume les règles de fonctionnement du sol en deux principes :
- toujours couvert ;
- jamais travaillé.
Le sol est un puits de carbone. Il doit se gorger de carbone. Ce n’est pas d’abord l’azote qu’il faut lui apporter, mais du carbone.
Le sol est aussi une maison. Une maison en bon état ne se détruit pas avec des outils. Si l’on veut beaucoup d’êtres vivants, il faut une maison intacte et de la nourriture à l’intérieur. Alors la biodiversité peut s’installer, se reproduire et se développer. Cela vaut, selon lui, pour tous les êtres vivants, de l’infiniment petit à l’infiniment grand.
Dès que l’on travaille le sol, on détruit cette maison. C’est pour lui une remise en cause majeure des pratiques agricoles habituelles. À partir du moment où l’on ouvre ce chapitre, tout se trouve fatalement questionné.
Produire le plus de végétal possible
Dans cette logique, le projet de la plante est clair : atteindre le rendement maximal de végétal. Plus on produit de biomasse végétale, mieux le système fonctionne.
Cette idée va, dit-il, à l’encontre de certains raisonnements courants. Pourtant, tout dans la nature montre cela. La vigne elle-même cherche à grimper au-dessus des arbres et à produire le plus possible, notamment du raisin. Le fonctionnement biologique pousse vers un maximum de capture d’énergie, de biomasse et de recyclage.
Il associe à cela trois caractéristiques du fonctionnement naturel :
- biodiversité présente partout ;
- production végétale maximale ;
- recyclage intégral sur place.
Même la vigne doit entrer dans cette logique.
Une seule vraie mesure agroenvironnementale
Konrad Schreiber évoque les travaux de la FAO et de l’ONU sur les services écosystémiques. Mais il critique le vocabulaire administratif et les dispositifs complexes. Pour lui, si l’on veut de la nourriture, de l’eau propre, des paysages et des services écosystémiques, il n’y a qu’une seule chose à faire : avoir une très forte production primaire de biomasse, faire cycler les nutriments et former du sol.
Autrement dit, il n’y aurait qu’une vraie politique agroenvironnementale : former du sol dans le cycle des nutriments. Tout le reste viendrait tout seul si ce point était correctement traité.
Comment la fertilité se construit
Il explique ensuite, de manière très concrète, comment une succession végétale construit la fertilité.
La première plante qui pousse sur un sol nu capte les nitrates excédentaires. Elle dit en quelque sorte : « pas de nitrates dans le sol ». Ensuite, lorsque cette plante meurt, elle apporte au sol de la paille, du bois, des matières riches en carbone structuré. Or le sol doit manger de la paille et du bois.
Plus le sol dégrade des matières organiques dures, lignifiées, plus il devient capable de récupérer l’azote de l’air. C’est ainsi que cela fonctionne depuis des centaines de millions d’années. Il faut donc nourrir le sol avec du bois, de la lignine, des feuilles mortes, de la paille.
Autour de ces matières se met en place tout un cortège biologique : fixateurs libres d’azote, mycéliums, bactéries et autres organismes. Les bactéries produisent des protéines à partir de l’azote atmosphérique ; elles se font ensuite manger par d’autres organismes du sol, comme des champignons, des vers de terre et bien d’autres. Ces organismes produisent à leur tour des excréments, soit sous forme de matière organique stable, soit sous forme de composés rapidement recyclables comme l’urée.
Finalement, tout est dégradé par le cortège biologique du sol. Tous les éléments nécessaires se retrouvent disponibles, et la racine les reprend. Conclusion : plus on nourrit le sol, plus on produit.
Plus jamais d’engrais verts, mais du carbone dur
Dans cette logique, Konrad Schreiber affirme qu’il faut apporter au sol du carbone dur : lignine, bois, feuilles mortes, paille. Il va jusqu’à dire : « plus jamais d’engrais verts », au sens où il ne s’agit pas simplement de produire un couvert pour le détruire rapidement, mais de nourrir réellement le sol avec des matières structurées.
Il cite les réussites en maraîchage sur sol vivant : plus le sol mange de la paille, plus la productivité des légumes augmente. Cela conduit, selon lui, à se passer de compost, d’ammonitrate et de nombreux intrants, à condition que la plante cultivée produise elle-même la matière nécessaire au cycle.
Conséquences pour la vigne
Cette vision milite pour des vignes qui ne soient plus rognées systématiquement. Il faut que les sarments poussent, parce qu’ils contribuent à amener de la nourriture au sol. Cela impose de revoir la gestion de la vigne, la taille et plus généralement la conduite végétative.
L’objectif est d’amener du carbone partout. C’est ainsi que se construisent, selon lui, les standards de la fertilité.
Réduire voire supprimer la chimie
Konrad Schreiber raconte qu’en cherchant à comprendre les produits de traitement, les maladies et les problèmes des systèmes agricoles, il a observé des systèmes où il n’y a plus de chimie, par exemple dans certaines prairies.
Quand on cultive de l’herbe avec des mélanges d’espèces, le système peut se débrouiller presque tout seul. Cela oblige, selon lui, à aller apprendre chez les éleveurs et dans les systèmes fourragers, parce qu’il s’y trouve peut-être des clés pour éliminer les pesticides.
Le principal secret serait la présence de multi-espèces dans le champ. L’herbe, dit-il, raconte cela : plein de plantes mélangées. Il faudrait donc créer de la biodiversité végétale dans les vignobles.
Racines vivantes et lumière sur les feuilles
Le système qu’il décrit repose sur quelques règles simples :
- toujours couvert ;
- jamais travaillé ;
- des racines toujours vivantes ;
- plus jamais de lumière sur un sol nu.
Même en période de repos apparent, il faut maintenir autant que possible de la vie et des racines. La lumière solaire doit tomber sur une feuille, pas sur un sol nu. Il faut récolter l’énergie solaire par le végétal.
Pour lui, cela peut sembler un raisonnement simpliste, mais c’est en réalité fondamental.
La ration du sol et le rôle du trèfle
Il insiste sur l’importance de la ration carbonée du sol. Selon lui, environ 60 % du rendement total dépend de cette alimentation du sol.
Il prend l’exemple du profil d’une prairie naturelle nord-américaine, avec ses racines profondes, sa diversité végétale et son activité biologique intense. Une telle prairie montre qu’avec de la diversité, on n’a « plus jamais ni faim ni soif », parce que les symbioses, les mycorhizes et les complémentarités entre plantes assurent une alimentation et une régulation extraordinaires.
Dans cette logique, il imagine très bien que la vigne puisse apprendre à faire la même chose. Parmi les moteurs du système, il cite les légumineuses et en particulier le trèfle blanc, qu’il présente comme le moteur azote du système.
Un sol vivant est peuplé de tonnes d’êtres vivants
Konrad Schreiber donne quelques ordres de grandeur. Dans un sol vivant, on peut mesurer jusqu’à trois tonnes de vers de terre par hectare. Les scientifiques estiment alors que l’activité biologique globale représente environ quatre fois plus, soit autour de douze tonnes d’êtres vivants dans le sol : mycorhizes, champignons, protozoaires, nématodes, bactéries, etc.
Il en conclut qu’une plante sera forcément en meilleure santé dans un tel environnement. Les êtres vivants se nourrissent les uns des autres, se régulent, recyclent et empêchent qu’un seul organisme nuisible prenne toute la place.
Il cite l’exemple des serres maraîchères nantaises, où des sols trop stérilisés ont fini par ne plus laisser subsister qu’une bactérie destructrice. Lorsqu’on remet du carbone et des vers de terre, la diversité revient, et il redevient possible de cultiver rapidement.
Copier la prairie
La prairie représente pour lui le modèle le plus abouti : un système sans fuite, sans érosion, sans nitrates. Il faut donc la copier.
Il insiste sur la porosité du sol : environ 50 % du volume d’une motte de terre est du vide, dans lequel circulent l’eau et l’air. Une partie de l’eau y est stockée, et cette porosité est le moteur de la minéralisation et du fonctionnement du système.
Dans la prairie, la biomasse est aussi très fortement mise en terre par les racines, contrairement à de nombreuses cultures qui la laissent surtout en surface.
Augmenter massivement la nourriture du sol
Il propose ensuite une maquette très simple pour les éleveurs. Si l’on ne fait qu’une culture récoltée, on exporte beaucoup et l’on ne laisse au sol qu’environ six tonnes de matière sèche pour nourrir les êtres vivants, tout en détruisant en plus une partie de la structure avec les outils.
En revanche, si l’on fait deux cultures, par exemple un mélange diversifié avec des légumineuses, puis un maïs grain, en laissant les racines et les résidus, la nutrition du système peut monter à vingt tonnes. On multiplie alors par quatre ou cinq le potentiel de nourriture pour la vie du sol.
Ces raisonnements, élaborés pour l’élevage, lui paraissent transposables à la vigne.
Des vignes autofertiles
Konrad Schreiber affirme que des vignes bien couvertes et bien gérées peuvent stocker du carbone dans les sols et devenir autofertiles. Il évoque la possibilité de produire 50 hectolitres « avec rien », uniquement grâce à une bonne gestion.
Cela l’amène à imaginer pour la France le plus beau vignoble du monde, non pas seulement par les vins, mais aussi par les pratiques : des pratiques belles, régénératrices et cultivant la biodiversité.
Multiplier le potentiel carbone avec les intercultures et les arbres
Avec Alain Canet, il a travaillé sur des maquettes montrant qu’une monoculture de blé à sept tonnes de grain récolté peut voir son potentiel carbone fortement augmenter lorsqu’on ajoute une interculture et des arbres. Le potentiel passerait ainsi de 7 à 16, soit plus du double.
Le message est simple : plus il y a de végétal, mieux c’est. Le passage du champ nu à un système plus proche de la forêt change radicalement le fonctionnement. Il compare cela à l’expérience très concrète d’être en plein soleil dans une vigne, alors qu’on se met naturellement à l’ombre dans une forêt. Cela montre, selon lui, qu’il y a quelque chose à corriger dans nos raisonnements agricoles.
Du désert au sol prospère
Il reprend une opposition très visuelle : sol nu, sol foutu ; sol couvert, sol prospère. En s’appuyant notamment sur les travaux d’Alain Canet, il explique que, dans un système à sol nu, on peut perdre environ 300 kg de carbone par hectare et par an. Avec un sol couvert, de meilleures pratiques, davantage de végétal et moins de perturbations, les agriculteurs qui s’y essaient peuvent au contraire stocker environ 600 kg de carbone par hectare et par an.
Cela signifie qu’on peut dépolluer l’atmosphère en stockant durablement le carbone dans les sols. Mais il ajoute une condition majeure : il ne faut pas revenir ensuite aux anciennes pratiques. Sinon, tout le carbone est redéstocké, la biodiversité est détruite et tout repart dans l’atmosphère.
Sa conclusion est nette : la plante doit devenir le principal intrant.
Vers de nouveaux vergers et de nouvelles vignes
Il montre ensuite des systèmes arborés et viticoles où l’on recommence à mettre du végétal, à le gérer autrement et à entrer dans une logique de lutte biologique et intégrée fondée sur la logique de la biologie.
Il présente notamment l’usage de couverts végétaux et de rouleaux type « roll crimper » dans des vignes étroites, par exemple en Champagne, avec du seigle qui peut devenir plus haut que la vigne. Il s’agit là d’innovations agricoles destinées à apprendre à gérer des plantes plutôt qu’à les détruire.
Il reconnaît que ce n’est pas simple, mais il insiste : désormais, le travail consiste à gérer des plantes partout.
Des exemples en vignoble
Il cite des photos envoyées par des vignerons, notamment à Gaillac, montrant des vignes où l’on met du végétal partout.
Cela rejoint aussi une attente souvent formulée sur la biodiversité visible, comme celle des oiseaux. Konrad Schreiber répond de manière provocatrice qu’il ne sert à rien de se lamenter sur les oiseaux disparus si l’on ne recrée pas d’abord les conditions de leur retour. Il faut leur reconstruire une maison et leur fournir de la nourriture.
Pour lui, cette nourriture est déjà là dès lors qu’on remet du vivant dans la vigne.
Le retour de la vie dans la vigne
Il termine sur des observations concrètes. Dans le vignoble, on peut voir revenir des essaims d’abeilles. Lorsqu’un couvert végétal est couché avec un rouleau, sans être broyé mais simplement écrasé et remis au sol, la vie réapparaît. Il raconte ainsi qu’en intervenant dans un couvert, ils ont découvert un nid d’oiseau, comme un signe très concret que la biodiversité revient quand on redonne au milieu une maison et de la nourriture.
Idée générale
Tout le propos de Konrad Schreiber converge vers une idée simple : il faut sortir des débats d’étiquettes et revenir à la logique de fonctionnement de la biologie. Pour cela, il faut :
- ne plus laisser de sol nu ;
- couvrir en permanence avec du végétal ;
- ne plus travailler le sol ;
- produire un maximum de biomasse ;
- nourrir le sol avec du carbone, surtout sous forme de matières lignifiées ;
- favoriser la biodiversité végétale et biologique ;
- faire cycler les nutriments sur place ;
- s’inspirer de la prairie et de la forêt ;
- considérer la plante comme l’intrant principal.
Appliquée à la vigne, cette logique conduit à repenser profondément la gestion de l’enherbement, de la taille, des sarments, des couverts végétaux, de la fertilité et de la biodiversité. Pour lui, c’est ainsi que l’on pourra « réparer le désert dans la vigne ».