Semer les couverts à la volée, retours d'essais
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Le webinaire du Centre national d’agroécologie aborde le sujet des couverts végétaux, en particulier la technique innovante de semis à la volée. Romain Yos, intervenant d’Alpha Semence, partage son expérience et ses observations concernant cette méthode de semis qui pourrait aider les agriculteurs à mieux gérer la période qui suit la moisson. Au fil des ans, le recours aux couverts végétaux est passé d’une obligation réglementaire à une nécessité agronomique. Romain explique comment, face à la raréfaction des fenêtres de semis et aux exigences d’adaptation au changement climatique, la méthode de semis avant moisson – en témoignant des résultats positifs sur les rendements et la qualité des cultures – peut s’avérer bénéfique. Il attire l’attention sur l’importance du choix des espèces, sur l’évolution des pratiques et sur la nécessité d’optimiser les ressources pour générer le meilleur résultat.

Highlights
- 🌱 Technique de Semis à la Volée : Une méthode qui permet de semer des couverts végétaux juste avant la moisson, facilitant ainsi la gestion des terres agricoles.
- 🌧️ Adaptation au Changement Climatique : Importance d’adapter les pratiques agricoles face aux événements climatiques extrêmes et à l’évolution du climat.
- 🚜 Innovation et Simplicité : Alpha Semence mise sur des méthodes simples et peu coûteuses pour encourager les agriculteurs à adopter de nouvelles pratiques.
- 🌾 Sélection des Espèces : Le choix des espèces de couverts végétaux peut avoir un impact significatif sur la réussite des cultures post-moisson.
- 🚧 Problématiques de Salissement : La gestion des parcelles et la lutte contre les mauvaises herbes sont essentielles pour un semis réussi.
- 💡 Observation et Expérimentation : L’importance des retours d’expérience et de l’observation sur le terrain afin d’optimiser les résultats.
- 📈 Des Résultats Positifs : Des données quantitatives indiquent que le semis avant moisson peut générer jusqu’à 50% de biomasse supérieure par rapport aux méthodes traditionnelles après moisson.
Key Insights
- 🌍 Nouveau Paradigme de l’Agriculture Durable : Romain évoque que le changement vers des pratiques plus durables et innovantes est devenu essentiel pour la pérennité de l’agriculture. Cela indique un déplacement nécessaire de la mentalité des agriculteurs, qui doit passer d’un mode de production traditionnel à un mode plus régénérateur.
- 💼 Aspect Économique et Rentabilité : L’utilisation de la méthode de semis à la volée se traduit souvent par des économies de coûts en matière de temps et de ressources. Romain indique que l’important est de calculer le coût total, y compris le temps passé à déchaumer et à semer, en comparaison avec le semis avant moisson.
- 👨🌾 Vise à Simplifier les Pratiques : En apportant des solutions simples et applicables, Alpha Semence cherche à encourager même les agriculteurs les plus réticents à reconsidérer leurs méthodes de travail et à embrasser une nouvelle ère de pratiques agricoles durables.
- 🌿 Impact de la Météo sur les Pratiques Agricoles : Les conditions climatiques, notamment les mesures de précipitations, influencent directement le succès des cultures. Les agriculteurs doivent donc anticiper ces conditions pour optimiser la mise en œuvre des couverts végétaux.
- 🧬 Complexité du Choix des Espèces : Choisir les bonnes espèces de couverts végétaux est crucial pour la réussite des cultures. Certains types de plantes sont plus résistants aux conditions climatiques difficiles et aux nuisibles, tandis que d’autres peuvent faillir dans de telles situations.
- 🔬 Besoin d’Essais Scientifiques Solides : Romain insiste sur le fait que le manque d’essais agronomiques et de données scientifiques concernant certaines pratiques rend difficile la mise en œuvre des techniques avant moisson. Cela montre le besoin urgent de collaboration entre chercheurs et agriculteurs.
- 🤔 Réactions et Comportements des Oiseaux : Les observations faites sur les oiseaux et leur impact sur les semis sont un domaine encore peu étudié, invitant à de futures recherches sur la prédation à travers des méthodes de semis spécifiques.
Romain conclut que bien que le semis de couverts avant moisson soit encore en phase de développement, son potentiel est prometteur, tant sur le plan agronomique qu’économique. Les agriculteurs doivent être encouragés à expérimenter et à échanger des pratiques pour favoriser une agriculture durable.
Présentation du webinaire
Ce webinaire du jeudi du Centre national d’agroécologie est consacré au semis des couverts végétaux à la volée, avec un focus sur les retours d’essais de terrain.
L’introduction rappelle le principe de ces rendez-vous hebdomadaires : pendant environ huit mois par an, des intervenants viennent parler d’agronomie et de technique agricole afin de partager des innovations jugées pertinentes et observées sur le terrain.
L’intervenant invité est Romain Ioos, d’Alpha Semence, entreprise basée dans le nord de la France et spécialisée depuis une trentaine d’années dans le domaine des couverts végétaux.
Le sujet du soir répond à une difficulté très concrète rencontrée par les agriculteurs : on insiste beaucoup sur l’importance d’implanter des couverts, mais en pratique il manque souvent du temps pour les semer au bon moment. Entre les moissons tardives, les semis de colza à enchaîner et la charge de travail estivale, les fenêtres d’intervention sont parfois très réduites. Dans ce contexte, le semis à la volée peut constituer une solution, sous certaines conditions.
Qui est Romain Ioos et qu’est-ce qu’Alpha Semence ?
Romain Ioos explique travailler chez Alpha Semence depuis cinq ans, même s’il dit avoir en réalité une quinzaine d’années d’expérience sur les couverts végétaux.
Alpha Semence est une structure implantée dans le nord de la France, qui travaille depuis longtemps sur les couverts végétaux. L’entreprise commercialise et promeut des couverts très ciblés, avec une recherche de variétés adaptées à des usages particuliers. Selon lui, le choix des espèces et des variétés s’est fortement enrichi ces dernières années, ce qui ouvre de nouvelles possibilités.
Son travail chez Alpha Semence a porté à la fois sur les couverts d’après moisson, mais aussi sur le semis avant moisson, sujet qui était déjà en discussion avec certaines structures de conseil et qu’il a approfondi depuis plusieurs années.
L’évolution du regard sur les couverts végétaux
D’une obligation réglementaire à une obligation agronomique
Romain Ioos rappelle qu’il y a une quinzaine d’années, les couverts étaient souvent perçus d’abord comme une obligation réglementaire. Il fallait réussir à implanter un couvert pour répondre à des exigences administratives, notamment dans le cadre des zones vulnérables, avec une biomasse minimale attendue.
Aujourd’hui, selon lui, la logique a changé : il s’agit désormais d’une obligation agronomique. Il insiste sur l’état des sols, sur la nécessité de limiter l’érosion et le ruissellement, et sur le rôle des couverts pour maintenir la structure, notamment dans des terres limoneuses devenues battantes et difficiles à reprendre.
Il souligne que certains agriculteurs n’utilisent quasiment plus d’outils pour reprendre les terres avant les cultures suivantes, et que les couverts ainsi que leurs racines assurent alors une fonction essentielle.
Des agriculteurs à deux vitesses
L’intervenant observe aujourd’hui deux dynamiques dans les campagnes :
- des agriculteurs très engagés dans l’agronomie, qui réfléchissent finement au choix des couverts ;
- d’autres qui avaient commencé avec enthousiasme mais qui ont été déçus, notamment à cause d’échecs répétés.
Selon lui, les résultats ne sont plus toujours les mêmes qu’autrefois, même en reproduisant les mêmes pratiques. Cela impose d’adapter les méthodes à des contextes devenus plus mouvants.
Des fenêtres d’intervention plus réduites
Le temps disponible pour agir a tendance à se réduire. Romain Ioos évoque des épisodes climatiques plus marqués, des périodes sèches longues et intenses, ou au contraire des séquences humides qui limitent les possibilités de passage. Cela concerne les cultures de vente, mais aussi les couverts végétaux.
Des coûts en hausse
Un autre changement majeur est la hausse du prix des intrants et du matériel :
- semences,
- engrais,
- matériel agricole,
- gazole.
Cette évolution pousse à réfléchir différemment aux méthodes d’implantation, en recherchant des solutions plus simples et moins coûteuses.
Un salissement croissant des parcelles
Romain Ioos insiste également sur le salissement des parcelles. Il ne s’agit plus seulement de dicotylédones classiques ou de vivaces comme le chardon, mais aussi de graminées problématiques comme les ray-grass ou les vulpins.
Cette pression oblige à repenser l’interculture.
Une complexification progressive des recommandations
Romain Ioos retrace l’évolution des conseils techniques sur les couverts depuis 2008.
Au départ, le message était simple : il faut semer un couvert.
Puis les recommandations se sont enrichies :
- semer de la moutarde ;
- semer à la volée après moisson ;
- semer en ligne pour améliorer les levées ;
- semer plus tôt ;
- semer tôt avec des légumineuses ;
- utiliser de préférence des semoirs à dents ;
- semer plus profondément, notamment en année sèche.
Il reconnaît que ces évolutions visent à améliorer l’efficacité et à limiter les échecs. Mais il estime aussi qu’elles ont contribué à complexifier fortement le sujet pour les agriculteurs.
Son idée directrice est donc de chercher des solutions plus simples, rapides et robustes, sans forcément régresser techniquement.
Le principe du semis à la volée avant moisson
Une méthode simple
La méthode présentée consiste à semer le couvert quelques jours avant la moisson, avec un distributeur d’engrais ou un semoir centrifuge, puis à laisser faire sans déchaumer ensuite.
Le principe est donc :
- semer avant le passage de la batteuse ;
- attendre la moisson ;
- ne plus toucher au sol ;
- observer ce qui se passe ensuite.
Romain Ioos insiste sur la nécessité de ne pas intervenir ensuite et de faire preuve de patience.
Une technique ancienne, mais peu pratiquée
Il rappelle que cette technique n’est pas nouvelle. Des agriculteurs semaient autrefois à la main des navets ou du trèfle violet avant moisson. On trouve aussi des références dans des ouvrages anciens.
Pourtant, elle reste encore peu pratiquée aujourd’hui. Quelques agriculteurs sont équipés de solutions sous la barre de coupe, d’autres ont bricolé leurs propres machines, mais cela reste marginal.
Selon lui, deux freins principaux expliquent cette situation :
- la difficulté à évaluer le rapport bénéfice/risque ;
- le manque de références scientifiques et techniques.
À cela s’ajoute le fait que chaque essai demande une année entière pour produire de la connaissance, ce qui ralentit l’apprentissage.
La question de la balistique des graines
Pourquoi il ne suffit pas de semer des graines nues à l’épandeur
Romain Ioos explique qu’un des verrous majeurs du semis à la volée avec un distributeur d’engrais est la balistique des graines.
Toutes les graines n’ont pas le même comportement :
- les petites graines comme la phacélie vont peu loin ;
- les graines plus grosses et plus rondes vont davantage loin ;
- les différences de taille et de forme entre espèces créent de fortes hétérogénéités d’épandage.
Si l’on épand un mélange de graines nues avec un distributeur d’engrais, on obtient généralement :
- trop de graines au centre ;
- pas assez, voire presque aucune, aux extrémités.
Cela entraîne :
- une forte compétition au milieu ;
- un manque de couverture sur les bords ;
- du salissement ;
- une perte de rendement du couvert.
Pour Romain Ioos, il faut viser le même niveau d’exigence qu’en culture : un couvert hétérogène ou sale est aussi un échec.
Le procédé développé par Alpha Semence
Pour répondre à ce problème, Alpha Semence a développé une technologie brevetée de collage de graines et d’enrobage, afin de fabriquer un granulé.
L’objectif est d’obtenir un produit :
- proche de l’ammonitrate en comportement ;
- avec une granulométrie maîtrisée, autour de 3,5 mm ;
- de forme ronde ;
- avec une densité suffisante pour permettre un épandage jusqu’à 36 mètres environ.
Le principe consiste à utiliser les grosses et moyennes graines pour « emmener » les plus petites jusqu’à la largeur souhaitée.
Romain Ioos montre que sans cet enrobage, certaines graines comme la phacélie ne dépassent pas environ 15 m de largeur d’épandage, alors que des granulés ou des grosses graines peuvent atteindre des largeurs proches de 36 à 40 m.
Semer avant moisson ou après moisson ?
Des résultats de biomasse favorables au semis avant moisson
Romain Ioos présente plusieurs séries de résultats comparant des couverts semés avant moisson et après moisson, sur une même parcelle, avec des pesées de biomasse en fin d’automne.
Dans ses essais de 2024, 80 % des modalités montrent une biomasse plus importante en semis avant moisson qu’en semis après moisson.
Il cite aussi des travaux d’Agro-Transfert menés par Romain Crignon entre 2018 et 2020 sur 96 parcelles. Là aussi, dans 80 % des cas, le couvert semé avant moisson était plus productif, avec en moyenne une biomasse supérieure de 50 %.
Il évoque également des résultats d’Arvalis allant dans le même sens : les meilleures modalités observées étaient soit le semis à la volée juste avant moisson, soit le semis direct en août.
Exemple de comparaison en année sèche
Un exemple est donné chez un agriculteur ayant réalisé environ 120 quintaux de blé sur la parcelle.
- Semis avant moisson : 4 juillet
- Récolte : autour du 15 juillet
- Deux déchaumages ensuite sur la modalité après moisson
- Semis après moisson : 4 août
Il n’est pas tombé de pluie entre les deux dates de semis. Pourtant, la différence de biomasse observée ensuite est très importante :
- environ 2,3 t MS/ha pour le semis après moisson ;
- environ 3 t MS/ha pour le semis avant moisson.
Pour Romain Ioos, cela montre qu’il se passe quelque chose avant la moisson, même sans pluie entre les deux semis : le couvert implanté plus tôt prend de l’avance.
Quand faut-il semer ?
Quelques jours avant la moisson, pas un mois avant
L’intervenant insiste fortement sur ce point : il ne faut pas semer trop tôt.
Il a testé des dates de semis décalées avant moisson et observé que, pour plusieurs espèces, semer trop en avance entraîne :
- des pertes de pieds ;
- des plantes qui lèvent puis disparaissent ;
- davantage de risques liés aux limaces ou à d’autres ravageurs ;
- une baisse de performance finale.
Sa conclusion est qu’il vaut mieux semer dans les dix derniers jours avant la moisson, plutôt qu’un mois avant.
Exemples par espèce
Il présente plusieurs cas :
- radis fourrager : bien meilleur résultat à 10 jours avant moisson qu’à 34 jours avant moisson ;
- sorgho : l’écart est encore plus marqué, le semis trop précoce étant très défavorable ;
- vesce pourpre : perte de pieds en semant trop tôt, même si la plante compense partiellement ;
- vesce velue : bonne capacité de compensation, mais tout de même un intérêt à ne pas semer trop tôt ;
- moha et trèfle d’Alexandrie : espèces pouvant échouer plus facilement, surtout en année sèche.
Cela l’amène à rappeler que toutes les espèces ne se valent pas en semis avant moisson.
L’importance de savoir attendre
Le semis avant moisson peut être déroutant car, sans travail du sol, le démarrage paraît parfois lent. Il n’y a pas de minéralisation liée à un travail du sol, la structure n’est pas toujours idéale, et août-septembre peuvent sembler inquiétants.
Mais il insiste sur la nécessité de patienter : un couvert peut sembler peu développé à 40 jours, puis devenir satisfaisant au bout de 90 jours, à la faveur d’une pluie plus tardive.
Le coût du semis
Romain Ioos a travaillé sur le coût des différentes modalités d’implantation, en prenant en compte :
- le coût du semis,
- la consommation de carburant,
- le temps de travail.
Les ordres de grandeur qu’il donne sont les suivants :
- semis direct : environ 33 €/ha, 5 L/ha, une vingtaine de minutes/ha ;
- déchaumage + semis : jusqu’à 90-95 €/ha selon le nombre de passages, avec 10 à 25 L/ha et un temps de travail important ;
- semis avant moisson à la volée : environ 5 €/ha de coût de passage, 1 L/ha, 5 à 6 minutes/ha.
Pour lui, le semis avant moisson est donc imbattable du point de vue du temps et du coût d’implantation.
Il rappelle aussi que beaucoup d’agriculteurs investissent dans les semences et dans plusieurs passages de travail du sol pour finalement détruire le couvert dès novembre ou décembre, ce qu’il juge dommage au regard des coûts engagés.
Les critères de choix des espèces
Romain Ioos explique que son travail a consisté à identifier quelles espèces et quelles variétés sont réellement adaptées au semis avant moisson.
Les critères qu’il retient sont nombreux :
- tardivité ;
- productivité ;
- capacité à supporter un semis dans des conditions peu travaillées ;
- compétitivité vis-à-vis des adventices ;
- tolérance à une mauvaise répartition de la paille ;
- capacité de levée à l’obscurité ;
- faible appétence pour les limaces ;
- bon taux de levée ou bonne capacité de compensation ;
- souplesse vis-à-vis de la date de semis ;
- capacité à être collées entre elles dans son procédé industriel.
Il insiste sur le fait qu’il ne croit pas beaucoup aux mélanges très complexes de 7, 8, 9 ou 10 espèces. Selon lui, trois ou quatre espèces bien choisies valent souvent mieux qu’un mélange trop chargé, car certaines espèces supplémentaires prennent la place d’autres qui auraient été plus productives ou plus compétitives.
Résultats d’essais 2024 sur les espèces et les mélanges
Rendement en biomasse
Il présente des résultats par grandes catégories :
- crucifères : environ 1 à 5 t ;
- légumineuses : environ 1 à 3 t ;
- autres espèces : de 0 à 5 t ;
- mélanges : de 1 à 8 t.
Son observation est que les mélanges sont globalement supérieurs aux espèces semées seules, probablement grâce à des effets de complémentarité et à une meilleure occupation de l’espace.
Propreté des parcelles
Romain Ioos a également noté le salissement des couverts, avec une échelle simplifiée allant de très sale à très propre.
Il montre que, dans les essais comparatifs, le semis avant moisson permet souvent d’obtenir des parcelles plus propres que le semis après moisson, même lorsque ce dernier est accompagné d’un ou plusieurs déchaumages.
Il observe aussi une corrélation entre biomasse et propreté : en général, plus le couvert produit, plus il couvre et plus il est propre. Mais il précise que tous les couverts très productifs ne sont pas forcément suffisamment propres à ses yeux. Il veut à la fois du rendement et une bonne maîtrise du salissement.
Pour lui, un couvert sale est un échec, car :
- les adventices peuvent grainer ;
- elles prennent la place du couvert ;
- elles peuvent devenir des réservoirs pour des maladies, des virus ou certains bioagresseurs.
Les limaces et l’appétence des espèces
En 2024, la question des limaces a été centrale. Romain Ioos a mis en place des essais avec et sans antilimaces, croisés avec différentes espèces de couverts, afin d’observer leur niveau d’appétence.
Le principe était de comparer la densité de plantes avec antilimaces et sans antilimaces. Si la densité est identique, l’espèce est considérée comme peu appétente. Si elle chute fortement sans protection, elle est jugée sensible.
Espèces jugées peu appétentes
Parmi les espèces qu’il considère comme peu appétentes dans ses essais :
- sarrasin,
- moutarde blanche,
- radis fourrager,
- sorgho,
- moutarde brune,
- avoine diploïde,
- crotalaire.
Espèces jugées plus sensibles
Parmi les espèces plus sensibles :
- trèfle d’Alexandrie,
- trèfle incarnat,
- millet,
- colza,
- vesce du Bengale,
- vesce commune,
- dans une moindre mesure, vesce velue.
Il précise qu’il s’agit d’un essai et qu’il reste prudent, mais ces observations lui semblent déjà très instructives.
Les espèces qu’il retient comme base de travail
Sur l’ensemble des critères, Romain Ioos considère que la base la plus solide reste le radis fourrager, qui répond selon lui à la plupart des attentes :
- régularité,
- productivité,
- robustesse,
- bon comportement en semis avant moisson.
Il y associe volontiers certaines légumineuses, notamment :
- vesce velue,
- vesce pourpre.
Il valide également :
- la phacélie ;
- le sorgho.
Il insiste aussi sur l’importance du choix variétal, surtout quand on sème très tôt. En semis précoce, il faut des variétés de qualité, suffisamment tardives et adaptées, sinon on prend le risque de voir le couvert monter trop vite ou mal se comporter.
Déchaumer ou ne pas déchaumer ?
Romain Ioos ne dit pas qu’il ne faut plus jamais déchaumer. En revanche, il veut poser la question de l’utilité réelle du déchaumage.
Avec plusieurs partenaires, dont Marion Puissier-Verter (200 gos), Bastien Bet (Agro-Transfert) et Francis Bucaille, il a construit une grille de réflexion comparant les effets du déchaumage et du semis avant moisson sur plusieurs critères :
- adventices vivaces ;
- ray-grass et vulpins ;
- dicotylédones ;
- gestion de la paille ;
- carabes et vers de terre ;
- limaces ;
- campagnols ;
- humidité du sol.
Sa conclusion générale est qu’il y a finalement plus de situations favorables au non-déchaumage qu’on ne l’imagine. Il ne s’agit pas d’interdire le déchaumage, mais de comprendre qu’il peut parfois être inutile, voire contre-productif.
Les conditions de réussite
Pour réussir un semis avant moisson, il faut selon lui respecter une véritable recette :
- semer dans du blé plutôt que dans de l’orge ;
- semer quelques jours avant la moisson ;
- partir sur des espèces adaptées ;
- avoir une parcelle propre au départ ;
- faire attention aux herbicides résiduaires, notamment les sulfonylurées appliquées tardivement ;
- conserver les résidus de paille.
Sur ce dernier point, il est très clair : pour l’instant, il ne recommande pas de retirer la paille après un semis avant moisson. Le mulch de paille lui semble très important pour :
- conserver l’humidité ;
- limiter les excès de température ;
- favoriser les levées.
Il précise que dans ses essais, enlever la paille peut fortement pénaliser l’implantation, surtout en année sèche.
Intérêts agronomiques, économiques et écologiques
Romain Ioos voit dans cette méthode plusieurs types d’intérêts.
Intérêts agronomiques
Même s’il ne revient pas en détail sur tous les rôles des couverts, il rappelle les bénéfices habituels :
- production de biomasse,
- structuration du sol,
- maintien de la structure,
- restitution d’éléments,
- limitation du salissement.
Intérêts économiques
Ils sont liés principalement :
- au faible coût d’implantation ;
- au gain de temps ;
- à la réduction du nombre de passages.
Intérêts écologiques
Il mentionne aussi l’intérêt pour la faune, notamment des oiseaux granivores qui restent davantage sur les parcelles non retravaillées après moisson.
Selon lui, le fait de ne pas perturber immédiatement le sol après récolte permet de mieux préserver certaines formes de vie sur la parcelle.
Perspectives : semer aussi le colza avant moisson
En fin d’intervention, Romain Ioos ouvre une perspective supplémentaire : le semis de colza avant moisson.
Cette piste est étudiée avec Agro-Transfert depuis plusieurs années. L’idée est née du constat que dans certaines régions, il devient difficile d’implanter du colza après moisson faute d’humidité suffisante.
Les premiers résultats évoqués montrent :
- une légère perte de rendement, de l’ordre de 3 à 4 quintaux par rapport à un semis traditionnel comparé à côté ;
- mais aussi des gains sur d’autres plans :
- moins d’herbicides ;
- parcelles plus propres ;
- beaucoup moins d’altises, petites et grosses.
Sur les photos présentées, le colza est associé à des légumineuses, afin de profiter à la fois de leur effet sur la nutrition du sol, sur la perturbation des altises et sur le salissement.
Questions et échanges en fin de webinaire
Cameline à la volée
Interrogé sur la cameline semée à la volée sous la coupe, Romain Ioos confirme sa forte appétence pour les limaces. Dans une parcelle à limaces, le risque d’échec est élevé.
Il précise cependant avoir observé des résultats intéressants certaines années, notamment dans l’idée d’une double récolte, mais il ne considère pas cette espèce comme suffisamment robuste à ce stade.
Sarrasin
À propos du sarrasin, il se montre très enthousiaste. C’est selon lui une plante qui lève très vite avant moisson, peu appétente pour les limaces et capable de bien se comporter même avec des répartitions de paille imparfaites.
En revanche, si l’objectif est seulement de couvrir le sol, son cycle est trop rapide : il produit vite des graines. Pour un objectif de récolte, en revanche, il le juge très intéressant.
Prix des mélanges
Sur le coût de ses mélanges, il indique un ordre de grandeur d’environ 100 €/ha de semences. Ce coût s’explique par :
- l’utilisation de semences de haute qualité ;
- le procédé d’enrobage ;
- la recherche d’une balistique compatible avec 36 m d’épandage.
Il souligne néanmoins qu’en ajoutant le coût d’implantation, l’écart avec un semis classique n’est pas forcément énorme, et que le semis avant moisson peut même devenir la solution la moins chère lorsqu’on compare avec des itinéraires comprenant plusieurs déchaumages.
Possibilité de mettre un biostimulant ou un antilimaces
Il indique que son support d’enrobage permet théoriquement d’intégrer d’autres composés, comme des biostimulants ou éventuellement des produits visant à éloigner les limaces.
Des essais ont déjà été menés, mais les résultats restent encore trop variables pour qu’il en fasse aujourd’hui une proposition stabilisée.
Concernant le mélange avec un antilimaces dans l’épandeur, il souligne qu’il faut d’abord vérifier la question réglementaire, puis la compatibilité balistique des produits mélangés.
Semis en maïs
Sur la possibilité de semer à la volée dans du maïs, il répond que cela pourrait être envisageable, mais avec deux grandes réserves :
- le risque d’herbicides résiduaires encore présents ;
- la nécessité de trouver des espèces capables de supporter longtemps l’obscurité sous couvert de maïs.
Paille laissée ou exportée
Il confirme qu’en année sèche, l’absence de paille peut conduire à l’absence totale de biomasse. En année humide, l’écart est moins marqué, mais il ne recommande pas aujourd’hui de retirer la paille après un semis avant moisson, faute de robustesse suffisante.
Possibilité de laisser le couvert jusqu’au printemps
Oui, c’est possible, mais cela dépend des espèces et de l’objectif recherché.
Il distingue :
- des couverts gélifs, faciles à détruire à l’automne ou au début de l’hiver ;
- des mélanges plus lents, capables de repartir au printemps.
Dans ce second cas, il peut être utile de broyer le premier couvert à l’automne pour laisser la place à des espèces de relais.
Conclusion
Romain Ioos conclut sur l’idée qu’il est possible de faire mieux avec moins. Pour lui, le semis avant moisson n’est pas une solution universelle, mais c’est une méthode adaptée à de nombreuses situations, notamment pour les agriculteurs qui veulent :
- gagner du temps ;
- limiter les coûts ;
- réussir plus régulièrement leurs couverts.
Il insiste sur le fait que cette pratique ne rajoute pas nécessairement du risque, à condition de respecter une recette précise : bon timing, bonnes espèces, parcelle propre, vigilance sur les herbicides et conservation de la paille.
Son objectif est aussi de redonner envie à des agriculteurs qui se sont éloignés du sujet des couverts végétaux à force de déceptions. Selon lui, réussir les couverts de façon simple et régulière peut améliorer durablement le fonctionnement des sols.
Le webinaire se termine sur des remerciements à l’intervenant et aux participants, avec l’invitation à consulter le site d’Alpha Semence pour obtenir davantage d’informations.