Un blé semé dans la luzerne - 2/3 - Christophe Vandewalle

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À 15 km au sud d’Évreux, Christophe Vandewalle conduit 115 ha sur limons moyens à silex, dans un contexte de pluies très irrégulières. Son objectif : faire évoluer un système conventionnel vers davantage d’agronomie, en réponse aux impasses sur les herbicides, insectes et au changement climatique. Inspiré notamment par Hubert Charpentier, il teste le semis direct sous couvert permanent de luzerne, implantée avec le colza pour accompagner ensuite un ou plusieurs blés. L’enjeu est de garder la luzerne vivante sans qu’elle concurrence trop la culture, grâce à des réglages fins sur le semis, la fertilisation et la régulation. Christophe multiplie aussi les essais comparatifs : doses d’azote, modalités de désherbage, gestion de la paille, thés de compost, macérations végétales ou encore techniques anti-ray-grass. Une démarche pragmatique, fondée sur l’observation, l’expérimentation et l’amélioration progressive du système.

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Résumé
À 15 km au sud d’Évreux, Christophe Vandewalle conduit 115 ha sur limons moyens à silex, dans un contexte de pluies très irrégulières. Son objectif : faire évoluer un système conventionnel vers davantage d’agronomie, en réponse aux impasses sur les herbicides, insectes et au changement climatique. Inspiré notamment par Hubert Charpentier, il teste le semis direct sous couvert permanent de luzerne, implantée avec le colza pour accompagner ensuite un ou plusieurs blés. L’enjeu est de garder la luzerne vivante sans qu’elle concurrence trop la culture, grâce à des réglages fins sur le semis, la fertilisation et la régulation. Christophe multiplie aussi les essais comparatifs : doses d’azote, modalités de désherbage, gestion de la paille, thés de compost, macérations végétales ou encore techniques anti-ray-grass. Une démarche pragmatique, fondée sur l’observation, l’expérimentation et l’amélioration progressive du système.

En partenariat avec le GIEE 3 VALLÉES


Lien pour Agopengps officiel :

https://discourse.agopengps.com/

ou wiki : http://www.gh-ortner.com/agopengps/doku.php


Lien explication base RTK :

https://docs.centipede.fr/docs/base/


lien vers la vidéo #1

https://youtu.be/Tqyrf73ESZ0




Présentation de l’exploitation

Christophe Vandewalle présente une exploitation située dans le sud de l’Eure, à environ 15 km au sud d’Évreux. La ferme couvre 115 hectares.

Le système de culture est décrit comme « très basique » :

Les sols sont principalement des limons moyens, sur environ 90 cm de profondeur, avec des zones plus compliquées où apparaissent des ronds de silex.

Sur le plan climatique, le secteur reçoit entre 500 et 700 mm de pluie par an. Christophe Vandewalle insiste sur le fait que la Normandie n’est pas uniformément humide : dans son secteur, les étés deviennent de plus en plus secs. Selon lui, la quantité annuelle d’eau n’a pas forcément beaucoup baissé, mais sa répartition est devenue beaucoup plus irrégulière, avec des périodes très sèches et d’autres avec de fortes pluies.

Pourquoi évoluer vers le semis direct

Christophe Vandewalle explique qu’il a cultivé pendant près de trente ans en conventionnel, avec une logique qu’il résume ainsi : « un problème, une solution ». Mais il constate aujourd’hui que les solutions deviennent de plus en plus difficiles à trouver.

Il cite plusieurs blocages :

  • le désherbage, de plus en plus compliqué, notamment sur graminées comme le ray-grass
  • les altises dans le colza
  • plus largement, les questions de réchauffement climatique et de biodiversité

Il explique que le déclencheur a d’abord été l’obligation de faire des couverts. Comme beaucoup, il a commencé en « cochant la case », puis il a voulu essayer de mieux les réussir. Une année, après une bourde, il s’est retrouvé avec une moutarde semée avec un colza, puis du blé semé dedans en octobre. Le résultat du blé a été plutôt bon, puis de nouveau bon l’année suivante.

À partir de là, il a regardé de nombreuses vidéos et ressources, notamment sur Ver de Terre Production, a fait son tri, et en est arrivé à l’idée qu’il fallait essayer autre chose.

Depuis quand le semis direct est pratiqué

Christophe Vandewalle sème avec un semoir John Deere 750A depuis deux campagnes. Avant cet achat, il avait déjà semé avec un prototype appartenant à un voisin.

Il précise être encore en conventionnel, mais en phase de transition et d’expérimentation.

Une inspiration : le modèle d’Hubert Charpentier

Christophe Vandewalle insiste sur le fait qu’il n’a « rien inventé ». Il explique s’être beaucoup inspiré d’exemples existants, après avoir observé différents modèles.

Il cite en particulier le modèle d’Hubert Charpentier, qu’il juge plus adapté à l’évolution climatique attendue dans sa région que certains modèles plus au nord.

Son objectif est de reproduire en Normandie, sur ses limons à silex, un système proche de celui d’Hubert Charpentier :

  • une rotation sur 4 ou 5 ans
  • un pois puis un colza pour gérer les graminées
  • une luzerne implantée dans le colza
  • puis plusieurs blés dans cette luzerne maintenue vivante

L’idée est que la luzerne soit déjà en place au moment de la récolte du colza. Cela permet :

  • d’avoir un couvert quasiment assuré, sans dépendre d’une implantation estivale en conditions sèches
  • de garder en permanence une plante vivante dans le système
  • de faire un, puis éventuellement deux ou trois blés dans cette luzerne, tant qu’elle reste maîtrisable

Il explique que tout l’enjeu est de maintenir la luzerne vivante sans qu’elle devienne trop concurrentielle pour le blé.

Pourquoi la luzerne

Christophe Vandewalle indique avoir testé au départ plusieurs espèces sur des bandes :

Aujourd’hui, il se concentre sur la luzerne.

Les raisons avancées sont les suivantes :

  • un système racinaire très puissant
  • une capacité à aller chercher l’eau en profondeur
  • une moindre concurrence directe avec le blé par rapport à un trèfle, qui explore davantage le même horizon que la céréale
  • une meilleure tenue dans le temps
  • une destruction jugée moins compliquée que celle du trèfle

Il évoque aussi une hypothèse agronomique : une luzerne en place pendant plusieurs années pourrait laisser des « autoroutes » racinaires utiles à la culture suivante pour aller chercher l’eau en profondeur.

Il reconnaît que cela reste pour partie théorique et qu’il n’a pas d’a priori définitif : il veut surtout essayer.

Comment la luzerne est introduite dans la rotation

L’entrée dans le système se fait toujours par le colza.

Christophe Vandewalle convertit donc son exploitation progressivement, champ par champ, en passant d’abord par le colza avec luzerne associée.

Au moment de l’entretien :

  • une parcelle est déjà vraiment entrée dans le système, avec un blé dans luzerne
  • un colza est en place avec luzerne dessous
  • le reste de l’exploitation avance progressivement vers ce schéma

L’idée est de faire le tour de la ferme en quelques années.

Implantation de la luzerne dans le colza

Christophe Vandewalle estime qu’il faut probablement semer le colza et la luzerne début août. Ses premiers essais semés début septembre ont montré des limites :

  • une année, la levée n’a eu lieu que début octobre faute d’eau
  • une autre année, il pense avoir semé trop profond

Pour répondre à cet enjeu, il a modifié son semoir John Deere 750A, à l’origine équipé d’une seule trémie. Il peut désormais semer jusqu’à quatre produits à deux profondeurs différentes.

Le montage utilisé la première année dans le colza était le suivant :

  • féverole, pois et un peu d’avoine semés au fond du sillon
  • 2,5 kg/ha de colza au fond du sillon
  • puis à nouveau 2,5 kg/ha de colza sur le sillon
  • avec la luzerne et un peu de trèfle

La dose de luzerne retenue est de 8 kg/ha.

Variété de luzerne choisie

Christophe Vandewalle a choisi la variété Luzelle.

Il la décrit comme une luzerne avec un indice de dormance plus élevé, donc :

  • moins poussante en sortie d’hiver
  • plus discrète
  • moins envahissante pour le blé
  • adaptée à une présence de plusieurs années dans la rotation

Le coût annoncé est d’environ 8 €/kg, soit un peu plus de 60 €/ha de semences. Il relativise ce coût en le ramenant à plusieurs années de présence dans la rotation.

Il envisage par ailleurs de produire lui-même sa semence de luzerne à partir d’une parcelle dédiée.

Gestion des dicotylédones dans ce système

La gestion des dicotylédones en présence de luzerne est identifiée comme un point technique majeur.

Christophe Vandewalle explique qu’il s’appuie sur le CETA pour travailler cette question, car certains produits restent possibles sur dicotylédones tout en étant compatibles avec la luzerne. Il souligne que cela demande d’apprendre un nouveau métier, avec de nombreux réglages et arbitrages.

Un blé semé dans la luzerne

La parcelle montrée dans la vidéo correspond à un blé semé après un colza dans lequel la luzerne avait été implantée.

Christophe Vandewalle précise qu’après la récolte du colza, il n’a rien fait. Avec le recul, il estime qu’il aurait dû faucher les cannes de colza très bas, comme le recommande Hubert Charpentier, pour limiter les abris pour les mulots et favoriser l’action des rapaces.

À l’automne, le colza repoussé et la luzerne étaient peu développés à cause du manque d’eau. Le blé a ensuite été semé directement avec le 750A.

Il a augmenté la dose de semis de 30 % par rapport à sa pratique conventionnelle, passant d’environ 110 kg/ha à 130 kg/ha. Pour l’avenir, il envisage d’aller jusqu’à +50 %.

Il réfléchit aussi à supprimer le traitement de semences fongicide, qu’il assimile à une forme « d’intraveineuse dans le sol », et à le remplacer éventuellement par un enrobage à base de thé de compost et de mélasse.

Désherbage et conduite du blé dans la luzerne

Après le semis, un passage de glyphosate a été réalisé. Christophe Vandewalle assume ce choix, qu’il présente comme un arbitrage : pour lui, il faut choisir la solution « la moins pire », et il considère qu’un litre de glyphosate peut être moins dommageable pour le sol qu’un labour.

À l’automne, il n’a pas eu besoin de réguler la luzerne, car elle était peu développée.

Au stade une feuille du blé, il a appliqué :

  • Défi
  • Fosburi
  • un insecticide, en raison du risque pucerons et de l’absence de protection de type Gaucho

Au printemps :

  • pas d’antigraminées, qu’il juge aujourd’hui peu efficaces
  • une fertilisation azotée en plusieurs apports
  • une régulation de la luzerne

Fertilisation azotée du blé

Sur ce blé, la stratégie azotée a été la suivante :

  • 60 unités fin février
  • puis 150 à 180 kg/ha de kiesérite pour apporter soufre et magnésie
  • puis 100 unités fin mars
  • puis encore 100 kg de nitrate vers le 20 mai, parce que le potentiel était là et qu’il voulait éviter un blé trop faible en protéines

Il travaille principalement avec de la solution azotée.

Il explique avoir aussi revu sa vision de la fertilisation après analyses de sol, en constatant un déficit en potasse et en magnésie, qu’il relie au fait d’avoir exporté les pailles pendant trente ans.

Régulation de la luzerne dans le blé

La question centrale est d’empêcher la luzerne de dépasser le blé tout en la maintenant vivante.

Sur la parcelle présentée, la régulation a été faite le 29 avril avec de l’Harmony M, à une dose équivalente à 10 g d’Allié, en cherchant aussi à gérer du gaillet et d’autres dicotylédones.

Christophe Vandewalle explique qu’il faut trouver les produits et les doses capables :

  • de détruire les adventices
  • sans faire disparaître complètement la luzerne

Il évoque aussi d’autres pistes, comme des passages précoces avec des produits de type alliés, puis éventuellement du Starane à faible dose si besoin. Il voit cela comme un chantier technique à construire.

Pour lui, la régulation n’est pas un faux problème insurmontable : c’est un travail d’apprentissage. L’enjeu est d’arriver, à terme, à savoir quel niveau de luzerne peut être accepté selon le stade du blé et les conditions climatiques.

Essais dans la parcelle

La parcelle comporte de nombreux drapeaux car elle sert de support à plusieurs essais.

Essais autour de la luzerne

Des bandes ont été mises en place pour comparer :

  • différentes intensités de régulation de la luzerne
  • des zones avec et sans luzerne
  • des conduites classiques et des conduites en semis direct sous couvert

L’objectif est de répondre aux questions fréquentes d’autres agriculteurs :

  • le sol va-t-il se tasser sans travail du sol ?
  • pourra-t-on récolter ?
  • quel est l’effet de la luzerne sur la fertilisation azotée ?
  • quel niveau de maîtrise de la luzerne est acceptable ?

Des mesures de rendement seront réalisées selon plusieurs cas :

  • bandes où la luzerne est très bien maîtrisée
  • bandes où elle est plus présente mais encore acceptable
  • bandes où elle dépasse tardivement
  • bandes sans régulation

Courbe de réponse à l’azote

Une courbe de réponse à l’azote a aussi été implantée avec et sans luzerne, allant de 0 à 300 unités, avec répétitions.

L’objectif est de quantifier réellement la contribution de la luzerne à la nutrition azotée du blé et de mieux ajuster les doses futures.

Bandes sans fongicide

Des essais comparent également :

  • une conduite fongicide classique
  • une conduite sans fongicide

Sur cette parcelle, Christophe Vandewalle est resté sur un programme fongicide classique à trois passages :

  • T1 avec soufre et tébuconazole
  • T2 avec Revystar / produit équivalent
  • T3 à base de Prosaro et Comet

Mais certaines bandes n’ont reçu aucun fongicide, pour mesurer l’effet réel des interventions, d’autant que l’année ne semblait pas très favorable aux maladies.

Essais de biostimulation

La parcelle comprend aussi des comparaisons entre :

L’idée est d’évaluer si ces produits permettent de mieux accompagner la culture.

Pourquoi une bande sans blé a été laissée

Une bande sans blé a été volontairement laissée dans la parcelle pour observer le comportement de la luzerne seule après le colza.

Christophe Vandewalle explique qu’après la moisson du colza, il restait peu de luzerne visible. Il voulait donc vérifier si l’implantation était suffisante.

Cette observation lui a montré que la présence du blé régule déjà fortement la luzerne, simplement par la concurrence exercée par la culture.

Variétés de blé et mélanges variétaux

Christophe Vandewalle explique qu’il ne croit plus beaucoup aux discours annuels sur « la meilleure variété du monde ». Il utilise donc aujourd’hui des mélanges variétaux.

Son fonctionnement est simple :

  • un mélange de variétés tardives
  • un mélange de variétés précoces

Mais il estime qu’avec l’évolution des dates de semis, cette distinction perd progressivement de son intérêt, et qu’il finira peut-être avec un seul mélange sur la ferme.

Chaque année, il introduit environ 20 % d’une variété supplémentaire, choisie parmi des variétés déjà connues depuis quelques années, pas parmi les toutes dernières nouveautés.

Ses critères principaux ne sont pas tant le rendement théorique que :

  • la tenue sanitaire
  • l’adaptation au système
  • le comportement global

Il pense aussi qu’un lot unique de semences serait plus simple à gérer, notamment pour le triage et pour la maîtrise du risque carie via une analyse spécifique.

Verse et raccourcisseurs

Dans ce système, il utilise encore du CCC, mais il a supprimé le Moddus.

Il constate que même avec des doses d’azote élevées sur certaines bandes d’essai, il n’y a pas de verse. Cela l’amène à penser qu’en semis direct, le blé n’a pas tout à fait le même comportement et pourrait être naturellement un peu plus résistant à la verse.

Gestion de la paille et préparation du deuxième blé

La vidéo aborde aussi la suite du système : le deuxième blé sur luzerne.

Christophe Vandewalle explique qu’il n’a pas encore tout le recul nécessaire, mais qu’il retient déjà plusieurs idées du modèle Charpentier :

  • faucher très bas juste après la moisson pour gêner les mulots et favoriser les rapaces
  • moissonner le plus haut possible pour ne prendre que les épis
  • laisser la paille entière au sol plutôt que broyée, afin d’éviter un effet « moquette » trop pénalisant pour le semis suivant

Il insiste sur la forte pression limaces et mulots observée sur sa ferme. Pour lui, cela impose de raisonner le système dans son ensemble :

  • limiter les anti-limaces
  • limiter les insecticides
  • favoriser les prédateurs naturels comme les carabes et les rapaces
  • éviter les chocs ou les pratiques qui perturbent trop la régulation biologique

Une parcelle de blé en semis direct qui a mal fonctionné

Christophe Vandewalle montre volontairement une parcelle de blé qui n’a pas bien marché, pour illustrer les limites et les erreurs possibles.

Le contexte :

  • précédent troisième blé
  • parcelle labourée l’année précédente
  • couvert semé fin juillet, mais levé seulement après une pluie du 10 août
  • couvert peu développé et peu concurrentiel
  • paille laissée haute puis rabattue au sol à la faucheuse
  • semis du blé le 12 octobre dans beaucoup de paille

Résultat :

  • mauvaise levée
  • marquage des passages de faucheuse
  • forte présence de paille dans le sillon
  • dégradation de la paille très faible
  • peu de signes de vie biologique

Devant cet échec, il a ressemé 150 kg/ha de blé le 1er novembre, en biais, directement dans le premier semis.

Cette parcelle lui sert à montrer que le semis direct ne fonctionne pas « simplement » si le système sol-couvert-vie biologique n’est pas prêt. Selon lui, le semis direct ne marche vraiment que lorsqu’il y a déjà un sol vivant capable de digérer les résidus.

Semis direct, TCS et labour face au ray-grass

Sur cette même parcelle, il compare trois situations :

  • ancien système en labour
  • semis direct
  • TCS avec un coup de cover-crop puis semis du couvert et semis du blé

Son constat est très net : pour le ray-grass, les solutions intermédiaires de type TCS sont les plus mauvaises. Selon lui, il faut soit :

  • enfouir franchement les graines, à condition de ne pas relabourer ensuite pendant des années
  • soit les laisser en surface, où leur pouvoir germinatif durerait moins longtemps

Il ne veut donc plus d’outils intermédiaires qui remuent le sol sans vraie stratégie.

[[Désherbage mécanique]] ciblé du ray-grass avec serpillières imbibées

Une technique originale est montrée dans la vidéo pour gérer des ray-grass dépassant du blé : des serpillières imbibées de glyphosate montées sur la rampe du pulvérisateur.

Le principe :

  • toucher uniquement les ray-grass qui dépassent
  • appliquer très peu de produit
  • éviter de traiter toute la parcelle

Le mélange utilisé était pour l’essai très concentré, à 50/50, mais Christophe Vandewalle pense qu’il sera possible de réduire fortement la dose. Il estime qu’au total, la quantité de glyphosate réellement utilisée à l’hectare est extrêmement faible.

Il souligne cependant que la technique doit être améliorée :

  • réglage de la hauteur
  • meilleure stabilité de la rampe
  • probablement deux passages croisés
  • intervention au bon moment, lorsque les ray-grass dépassent et avant la grenaison

Pour lui, ce n’est pas une solution miracle, mais une corde de plus à ajouter dans la stratégie globale.

Le colza avec luzerne

Une autre parcelle présentée est un colza dans lequel la luzerne a été semée.

Modalités d’implantation testées

Christophe Vandewalle cherche encore la bonne méthode pour implanter du colza en direct derrière blé, sans trop de travail du sol.

Dans la parcelle, plusieurs modalités ont été comparées dès la récolte du blé :

  • coupe haute des seuls épis
  • paille broyée et laissée au sol
  • paille ramassée
  • travail très superficiel au cover-crop après exportation de la paille

Son constat actuel est que l’implantation directe du colza derrière une grosse masse de paille sans travail du sol est très difficile. Les meilleurs résultats restent obtenus avec :

  • exportation de la paille
  • travail du sol très superficiel

Il envisage donc de bricoler un outil capable de travailler à 2-3 cm avec de larges pattes d’oie, de façon très superficielle et régulière.

Association de plantes compagnes

Depuis plusieurs années, il associe au colza des plantes compagnes, principalement de la féverole, avec l’idée de :

  • limiter l’effet des altises
  • apporter de l’azote
  • accompagner le colza à l’automne

La dose évoquée est de l’ordre de 50 à 80 kg/ha de féverole, associée à la luzerne.

Il observe toutefois qu’une bande sans féverole mais avec luzerne était plus belle, ce qui l’amène à se demander s’il n’existe pas une concurrence féverole-luzerne.

Date de semis

Il pense qu’il faut semer le colza beaucoup plus tôt, probablement début août, pour donner le temps à la luzerne de s’installer.

Il critique les semis de début septembre, qui selon lui produisent des colzas trop faibles à l’automne, plus vulnérables aux altises et aux stress.

Désherbage du colza avec luzerne

La présence de luzerne retire une grande partie des solutions herbicides classiques du colza. Christophe Vandewalle cite notamment l’impossibilité d’utiliser les produits de type Belkar ou Mozzar.

Il travaille donc plutôt avec des solutions de type Novall / Altan / Alaska, qui lui semblent compatibles, mais il présente cela comme un gros chantier technique encore en cours de construction.

Fertilisation du colza

L’année montrée, il avait environ 200 unités prévues au plan prévisionnel de fumure.

Il pense devoir travailler davantage le démarrage du colza, notamment en localisant au semis :

  • des éléments soufrés
  • un peu d’azote

Il veut aussi privilégier les parcelles recevant du fumier de volaille, pour stimuler la croissance automnale.

Protection phytosanitaire du colza

Sur les graminées, il utilise parfois un antigraminées foliaire peu après semis pour gérer les repousses de blé.

Au printemps :

  • deux passages fongicides à base de prothioconazole / Joao ou équivalents
  • insecticides le moins possible, mais encore nécessaires contre les altises
  • un traitement sur charançons si le contexte local le justifie

Il a aussi testé :

  • des macérations d’ail
  • des macérations d’ortie

mais estime que leur efficacité est difficile à quantifier et qu’elles sont surtout utiles en faible pression.

Analyses de sève et oligo-éléments

Dans le cadre d’un projet de suivi, des analyses de sève ont été réalisées. Elles ont montré un niveau insuffisant en oligo-éléments.

C’est la première année qu’il a corrigé cela avec des apports foliaires de :

Il voit dans l’analyse de sève un outil prometteur, à condition d’apprendre à bien interpréter les résultats.

Utilisation de BRF sur ronds de silex

Dans une parcelle de féverole, Christophe Vandewalle présente un autre chantier : la remise en état des ronds de silex.

Comme les pois y sont difficiles à récolter, il cherche à sortir ces zones du fonctionnement habituel.

La démarche :

  • ramassage des silex
  • apport d’une forte couche de [[matière organique]] de type BRF / déchets verts broyés
  • absence d’incorporation
  • semis de féverole dedans avec le 750A

L’apport annoncé est d’environ 300 m³/ha de broyat, soit autour de 150 t/ha, pour une épaisseur d’environ 3 cm.

Le matériau provient surtout :

  • de déchets de paysagistes
  • de gazon
  • de bois broyé
  • de feuilles
  • de tailles

L’objectif est de ne plus retravailler ces zones, de laisser les silex en dessous et de permettre aux vers de terre de reconstituer progressivement une couche fertile en surface.

Cette approche est inspirée à la fois :

  • des travaux sur le BRF
  • d’observations historiques sur l’évolution de ces terres
  • de l’idée que des décennies de labour ont contribué à remonter les silex en surface

Les produits alternatifs testés : thé de compost, ortie, ail, luzerne, EM

Christophe Vandewalle mène de nombreux essais autour de préparations biologiques ou fermentées.

Thé de compost

Le principe est de développer dans de l’eau, avec oxygène et nourriture, les bactéries présentes dans du compost ou du lombricompost, puis de les appliquer au champ pour :

  • occuper la place
  • concurrencer les bactéries pathogènes
  • stimuler la vie du sol

Il a construit une installation spécifique autour d’un tank à lait de 3 000 litres :

  • chauffage
  • bullage
  • lavage automatique
  • adaptation pour différents usages

La recette de base qu’il utilise comprend :

  • lombricompost
  • compost de marc de raisin
  • mélasse
  • acides humiques / fulviques
  • bullage à 20 °C pendant 24 h

Le volume obtenu permet de traiter environ 25 ha.

Macération d’ortie

Il réalise aussi des macérations d’ortie, à partir d’environ 100 kg d’ortie pour 1 000 litres d’eau.

Il teste cette préparation comme un stimulant, dans une logique de « vaccin » ou de mise en alerte de la plante avant les périodes à risque.

Les essais réalisés ont comporté quatre passages entre mars et fin mai, à une dose de 10 l/ha de produit dilué à 10 %.

Macération huileuse d’ail

Le principe est de broyer de l’ail avec de l’huile de colza, de laisser macérer 24 h, puis d’ajouter de l’eau chaude à 80 °C et de presser.

Le produit obtenu peut se conserver environ un an en bidon étanche et serait utilisé pour ses propriétés insectifuges ou stimulantes, notamment sur colza à l’automne.

Macération de luzerne

Christophe Vandewalle mentionne aussi des essais de macération de luzerne.

EM

Il s’intéresse enfin aux micro-organismes efficaces (EM), qu’il envisage plutôt comme un moyen d’implanter rapidement de la vie microbienne dans le sol.

Il a conçu sa « machine infernale » de manière à pouvoir aussi préparer ce type de produit, avec une cuve pouvant fonctionner en anaérobie autour de 37 °C.

Matériel : un autoguidage RTK en open source

Comme le semis direct sous couvert rend les traces plus difficiles à suivre, Christophe Vandewalle s’est équipé d’un guidage RTK.

Il a choisi de construire lui-même un système à partir d’une solution open source, inspirée notamment d’un développement canadien. Il explique avoir obtenu :

  • un autoguidage hydraulique
  • une précision RTK de l’ordre de 3 cm
  • des demi-tours automatiques
  • une reprise des lignes d’une saison à l’autre

Le tout pour un coût qu’il estime inférieur à 2 000 €.

Le système repose sur :

  • une antenne GPS
  • une tablette avec le logiciel
  • un pilotage hydraulique
  • une base RTK installée à la ferme
  • une correction transmise via internet

Il souligne que cette solution demande :

  • de la patience
  • du goût pour le bricolage
  • une capacité à apprendre par soi-même
  • souvent un passage par l’anglais et les forums spécialisés

Mais il apprécie :

  • l’autonomie complète
  • l’absence d’abonnement
  • la compréhension fine de son outil

Vision d’ensemble et état d’esprit

Christophe Vandewalle résume sa démarche par une formule simple : il essaie beaucoup de choses, sans dogmatisme.

Il se dit convaincu que le système agricole utilisé depuis des décennies montre des faiblesses croissantes :

  • résistances
  • impasses techniques
  • perte de fonctionnement biologique des sols
  • dépendance à des solutions de moins en moins efficaces

Pour lui, le plus dommageable serait de ne rien essayer.

Il insiste cependant sur un point : il ne faut pas basculer toute la ferme brutalement dans un système mal maîtrisé. Il préfère avancer avec modération, sur des surfaces limitées, accepter les erreurs, apprendre, et garder la possibilité de faire marche arrière si nécessaire.

Son objectif n’est pas de « faire n’importe quoi », mais de construire progressivement un système cohérent, agronomique, reproductible, et acceptable pour la profession.

Mot de la fin

En conclusion, Christophe Vandewalle estime que l’agriculture est à un moment charnière. Il pense que les systèmes actuels sont en partie dans une impasse et qu’il faut remettre de l’agronomie au centre.

Il invite à :

  • essayer
  • observer
  • raisonner à l’échelle de la parcelle
  • commencer progressivement
  • adapter les pratiques à son propre contexte

Il rappelle enfin que son propre recul est encore limité, et que les vraies conclusions viendront surtout après une rotation complète, c’est-à-dire dans plusieurs années.