Valorisation de l'arbre en élevage : la litière bois, Brice Monnin

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Dans cette intervention, Brice Monnin présente le fonctionnement de sa ferme laitière bio en Haute-Saône et son objectif central : renforcer l’autonomie du système. Sur 120 hectares, l’exploitation élève 55 Montbéliardes, transforme une partie du lait à la ferme et vise l’autonomie en fourrages, concentrés et fertilisation. Face au coût et au manque de paille, Brice Monnin détaille l’usage d’une litière mixte paille-plaquettes de bois, plus portante, plus absorbante et intéressante économiquement, même si 2 tonnes de plaquettes remplacent environ 1 tonne de paille. Il explique aussi ses choix techniques : pâturage tournant dynamique, élevage des génisses sous vaches nourrices, suppression de la charrue, rotations avec méteil, trèfle et maïs grain. Enfin, il montre comment l’agroforesterie s’intègre à l’ensemble : haies, arbres intraparcellaires, ombrage, brise-vent, et à terme production de bois pour la litière, bouclant ainsi le cycle sol-arbre-animal.

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Résumé
Dans cette intervention, Brice Monnin présente le fonctionnement de sa ferme laitière bio en Haute-Saône et son objectif central : renforcer l’autonomie du système. Sur 120 hectares, l’exploitation élève 55 Montbéliardes, transforme une partie du lait à la ferme et vise l’autonomie en fourrages, concentrés et fertilisation. Face au coût et au manque de paille, Brice Monnin détaille l’usage d’une litière mixte paille-plaquettes de bois, plus portante, plus absorbante et intéressante économiquement, même si 2 tonnes de plaquettes remplacent environ 1 tonne de paille. Il explique aussi ses choix techniques : pâturage tournant dynamique, élevage des génisses sous vaches nourrices, suppression de la charrue, rotations avec méteil, trèfle et maïs grain. Enfin, il montre comment l’agroforesterie s’intègre à l’ensemble : haies, arbres intraparcellaires, ombrage, brise-vent, et à terme production de bois pour la litière, bouclant ainsi le cycle sol-arbre-animal.

Cette vidéo a été réalisé dans le cadre du Carrefour des Éleveurs 2023 organisé par La Vache Heureuse : https://www.lvh-france.com/




Présentation de la ferme

Brice Monnin est associé avec ses parents sur une exploitation située en Franche-Comté, dans le département de la Haute-Saône, à Fontenoy-lès-Montbozon.

Il s’agit d’une ferme laitière de 120 hectares de SAU, avec 50 à 55 vaches laitières Montbéliardes, pour une production d’environ 380 000 litres de lait par an. Environ 10 % de la production est transformée sur place depuis 2017, au moment de son installation.

La ferme produit notamment :

  • des tommes,
  • des yaourts avec plusieurs saveurs,
  • de la faisselle,
  • deux fromages au lait cru, dont le « petit Vevey », un fromage lactique mis au point sur la ferme.

L’exploitation est en agriculture biologique depuis 2001.

L’autonomie comme objectif central

L’objectif principal de la ferme est l’autonomie. Depuis le passage en bio, ce point a été fortement travaillé.

Aujourd’hui, la ferme vise l’autonomie :

  • sur les fourrages,
  • sur les concentrés,
  • sur la fertilisation, dans la mesure où aucun fertilisant extérieur n’est acheté.

La seule dépendance extérieure importante concerne la litière. En effet, les bovins sont tous sur aire paillée pendant l’hiver, qui dure localement du 1er décembre au 15 mars au minimum. Avec seulement 20 hectares de cultures, la ferme n’est pas autonome en paille. C’est ce constat qui a conduit à rechercher une solution de remplacement partiel, avec la plaquette de bois.

Le troupeau et l’élevage des génisses

La ferme élève 18 génisses par an pour le renouvellement du troupeau.

Une particularité importante du système est que toutes les génisses de renouvellement sont élevées sous vaches nourrices depuis deux ans, en pâturage tournant dynamique. Ce système donne de très bons résultats :

  • les génisses disposent à la fois du lait et de l’herbe,
  • les croissances sont jugées exceptionnelles,
  • le parasitisme est très faible.

Brice Monnin indique que cela fait environ 20 ans qu’aucun traitement antiparasitaire n’a été utilisé sur les bovins de l’exploitation.

Le pâturage tournant dynamique

Le pâturage tournant dynamique a été mis en place à partir de 2016.

Il concerne :

  • les vaches laitières,
  • les génisses de renouvellement,
  • les vaches nourrices.

Autour du bâtiment des vaches laitières, la ferme dispose de 50 hectares accessibles, ce qui facilite l’organisation du pâturage. Deux chemins d’accès ont été aménagés en béton.

Les paddocks font environ 70 ares. Pour 55 vaches laitières, cela correspond à peu près à une journée de pâturage. Les animaux changent donc de paddock chaque jour.

Au niveau de la fertilisation, les pâtures ne reçoivent pas de fumier. Les fumiers issus des aires paillées sont réservés aux prairies de fauche. Les pâtures sont fertilisées uniquement par les bouses laissées par les animaux dans le cadre du pâturage tournant.

Les surfaces de la ferme

Les 120 hectares se répartissent de la manière suivante :

  • 60 hectares de prairies de longue durée,
  • 20 hectares de cultures destinées aux concentrés,
  • le reste en prairies et surfaces nécessaires au fonctionnement du système.

Les prairies servent au pâturage tournant mais aussi à la production de fourrages conservés :

  • foin,
  • enrubannage,
  • éventuellement ensilage d’herbe.

Les cultures sont destinées à l’autonomie en concentrés, avec notamment :

Réduction du travail du sol

La ferme a aussi beaucoup travaillé sur la réduction du travail du sol. La charrue a été vendue il y a une dizaine d’années.

L’objectif était clair : abandonner le labour et le remplacer par un travail très superficiel. La technique utilisée repose sur le scalp, d’abord avec un rotavator de type « semavator », puis avec une autre machine plus adaptée.

Brice Monnin insiste sur le fait que le concept est resté le même : travailler très superficiellement, autour de 4 à 5 cm, pour détruire les couverts ou les prairies et implanter les cultures.

Le système de culture méteil-trèfle-maïs

Un focus important est fait sur le système de culture articulé autour du méteil, du trèfle et du maïs.

La machine utilisée

La machine utilisée aujourd’hui est une fraise de type Marcely. Son objectif est de scalper le couvert ou éventuellement la prairie à une profondeur de 4 à 5 cm maximum.

Par rapport à l’ancien matériel, cette machine permet :

  • un réglage de profondeur plus précis,
  • un travail plus régulier,
  • une meilleure gestion du flux de terre.

Après la récolte du maïs grain

La récolte du maïs grain est recherchée le plus tôt possible, autour du 20 au 25 octobre.

L’objectif est d’implanter immédiatement derrière un méteil. Au départ, cela se faisait directement avec le semavator, un rotavator équipé d’une caisse de semis qui permettait de semer dans le flux de terre. Aujourd’hui, la ferme passe d’abord un coup de fraise superficielle, puis sème avec un semoir de semis direct.

Le semis direct pur a été essayé, mais les résultats ont été moins bons que lorsqu’on « gratouille » légèrement sur 3 cm.

Le trèfle semé en même temps que le méteil

En même temps que le méteil, la ferme sème aussi un mélange de trèfle :

L’idée est que ce trèfle servira d’interculture après la récolte du méteil.

La première année, le trèfle avait été semé au printemps dans le méteil, mais les résultats n’étaient pas satisfaisants, car le méteil, très dense, étouffait le trèfle. Le choix a donc été fait de tout semer en même temps, à l’automne, pour donner de l’avance au trèfle et lui permettre de bien s’enraciner.

Malgré les craintes liées au gel, ce système fonctionne bien. Le méteil protège le trèfle, et il n’y a pas de problème particulier de gel.

Brice Monnin précise que l’on peut aussi remplacer le trèfle par une prairie multi-espèces. Ont déjà été testés avec succès :

Après la récolte du méteil

Après la moisson du méteil, le trèfle ou le mélange semé dessous prend progressivement le dessus, surtout si quelques pluies ou orages arrivent en été.

À l’automne, deux options sont possibles :

  • soit repartir sur un méteil grain,
  • soit détruire le couvert au printemps pour implanter un maïs.

Dans le premier cas, le trèfle est détruit fin septembre avec un passage de fraise à 4,5 cm, puis le méteil est semé vers le 15 octobre.

Dans le second cas, la destruction du couvert peut être retardée jusqu’à la mi-avril pour un semis de maïs autour du 15 mai.

Le maïs dans le système

Pour réussir le maïs, la ferme apporte à l’automne :

  • 40 m³ de lisier,
  • 40 tonnes de fumier.

Le maïs donne des résultats très variables selon les années. Quand les conditions sont favorables, les rendements peuvent être très bons, jusqu’à 70 quintaux. Mais les sécheresses deviennent de plus en plus fréquentes, et sur les terres à faible réserve utile, les rendements sont très aléatoires.

À l’inverse, le méteil grain donne des résultats beaucoup plus stables d’une année à l’autre.

C’est pourquoi la place du maïs est remise en question sur l’exploitation. Brice Monnin indique qu’il est possible qu’il n’y ait bientôt plus de maïs sur la ferme, pour plusieurs raisons :

  • rendement plus aléatoire,
  • semences hybrides à acheter,
  • besoin de 1 à 3 binages,
  • frais de séchage à la récolte.

Le méteil grain apparaît plus simple et plus économique :

  • la semence est reproduite sur la ferme,
  • il n’y a pas de frais de séchage,
  • le rendement est plus stable.

Le seul fertilisant acheté pour les cultures est du soufre élémentaire, utilisé au semis du maïs.

La litière bois-paille

La litière bois-paille constitue le cœur de l’intervention.

Pourquoi utiliser de la plaquette de bois ?

Le point de départ est le manque de paille sur la ferme. Avec seulement 20 hectares de cultures, l’exploitation n’est pas autonome en paille pour loger tous les bovins sur aire paillée pendant l’hiver.

La solution retenue est un mélange de paille et de plaquettes de bois.

Stockage et préparation

Les plaquettes sont stockées sous hangar, avec la paille. Un couloir est laissé au milieu du bâtiment pour reculer les bennes chargées de plaquettes.

Le bois est rentré l’été, en juillet-août, quand il est le plus sec possible. Même s’il n’est jamais totalement sec, la mise en tas provoque un échauffement et une transpiration qui contribuent à faire sécher la plaquette.

Utilisation dans la pailleuse

L’un des points testés sur la ferme concernait le passage de la plaquette dans une pailleuse classique.

Le résultat a été concluant, à condition de disposer de plaquettes assez fines. Dans ce cas, cela fonctionne bien, en faisant avancer le tapis lentement.

Cela permet d’utiliser ce mélange aussi bien :

  • pour les veaux,
  • pour les génisses,
  • pour les vaches.

Fonctionnement de la litière

Sur la ferme, le choix est de ne pas utiliser uniquement de la plaquette, mais un mélange paille-plaquettes.

Dans la semaine :

  • un paillage est fait avec de la plaquette,
  • les autres paillages sont faits avec de la paille.

Les avantages observés sont les suivants :

  • les animaux s’enfoncent moins dans les aires paillées,
  • la litière porte mieux,
  • elle éponge mieux.

En revanche, une tonne de plaquettes ne remplace pas une tonne de paille. L’ordre de grandeur observé est qu’il faut environ 2 tonnes de plaquettes pour remplacer 1 tonne de paille.

Brice Monnin souligne que la comparaison économique doit tenir compte du prix local de la paille et de la plaquette. Sur sa ferme :

  • la plaquette coûte entre 40 et 50 euros la tonne,
  • la paille livrée coûte environ 100 euros la tonne.

À prix équivalent d’usage, l’intérêt de la plaquette est aussi d’apporter davantage de matière sèche au sol.

Aspect de la litière

La litière prend une couleur foncée, noire, qui peut surprendre au départ. Pourtant, les animaux restent propres. Il ne faut donc pas recharger trop vite simplement parce que la litière semble sombre.

Curage, fumier et retour au sol

Le fumier issu du mélange paille-plaquettes est ensuite restitué aux sols.

Fréquence de curage

Les vaches laitières sont curées toutes les semaines. Ce choix a été fait pour limiter les problèmes de cellules. Auparavant, les bâtiments n’étaient vidés que deux fois par an, mais un curage hebdomadaire a permis de nettement réduire les problèmes.

Les génisses sont curées :

  • une fois pendant l’hiver,
  • une fois à la sortie.

Aspect du fumier

Une fois mis en tas, le mélange paille-plaquettes donne un fumier homogène. Après stockage et épandage, on retrouve encore des morceaux de plaquettes en surface du sol pendant 3 à 4 ans. Ils se dégradent progressivement, deviennent cassants, mais restent visibles.

Sur la question de la fertilité, Brice Monnin indique qu’il est difficile d’avoir une mesure précise. En revanche, plusieurs observations ressortent :

  • moins d’odeurs,
  • les animaux portent mieux sur le fumier,
  • une préférence globale pour ce fumier-là sur la ferme.

L’agroforesterie sur la ferme

L’agroforesterie est un autre axe fort du système.

Objectifs

Les objectifs sont multiples :

  • recréer de l’ombre pour les animaux,
  • restaurer un maillage arboré autrefois présent sur l’exploitation,
  • implanter les arbres à des endroits qui ne gênent pas le travail,
  • à terme, valoriser le bois produit sur la ferme, notamment pour la litière.

Les arbres sont implantés le long des clôtures, de manière à ne pas gêner la circulation ni les interventions mécaniques.

Les plantations

En 2018, des haies brise-vent ont été implantées. Elles associent :

ainsi que des arbustes comme :

En 2019, des arbres intra-parcellaires ont été ajoutés, là encore à l’emplacement des clôtures, avec un espacement d’environ 8 mètres. Ils sont destinés à être conduits plutôt en têtard ou selon un mode de gestion permettant leur valorisation future.

Au total, l’aménagement représente environ 800 arbres sur une vingtaine d’hectares, soit environ 40 arbres par hectare.

Organisation du pâturage avec les arbres

Les haies et alignements sont intégrés dans le parcellaire en tenant compte du passage du matériel. En particulier, 10 mètres ont été laissés de chaque côté pour pouvoir circuler d’un paddock à l’autre avec le tracteur ou débrayer certains paddocks au printemps en cas d’excès d’herbe.

Des points d’eau ont aussi été aménagés, avec des abreuvoirs positionnés sous les clôtures, à raison d’un abreuvoir pour deux paddocks. Le tuyau est déplacé au fur et à mesure des changements de paddock.

Une boucle cohérente entre arbres, litière et fertilité

La logique d’ensemble du système est de boucler les cycles sur la ferme.

L’agroforesterie doit permettre à terme de produire une partie du bois nécessaire à la litière. Ce bois sera utilisé sous forme de plaquettes, intégré au fumier avec la paille, puis restitué au sol sous forme de fertilisation organique pour nourrir les cultures.

Selon Brice Monnin, cette boucle permettrait d’aller encore plus loin dans l’autonomie, en ramenant :

  • de l’ombre dans les paddocks,
  • éventuellement du fourrage via les arbres,
  • une ressource en bois produite sur la ferme,
  • et un retour au sol sous forme de fumier.

Échanges sur le coût de la plaquette

Dans les échanges qui suivent, il est rappelé que le prix de la plaquette de bois est très variable selon les régions.

Brice Monnin indique que, dans son cas :

  • la plaquette est achetée entre 40 et 50 euros la tonne,
  • la paille est à environ 100 euros la tonne livrée.

Il souligne aussi que la plaquette la moins chère est celle produite sur la ferme, par exemple à partir des bords de pâture, des tours de champ ou, à terme, des arbres agroforestiers. L’objectif est bien de se déconnecter progressivement du marché, comme pour les autres postes de l’exploitation.

Conclusion

L’intervention de Brice Monnin montre comment la recherche d’autonomie structure l’ensemble du système de la ferme :

  • autonomie alimentaire,
  • autonomie en fertilité,
  • réduction du travail du sol,
  • pâturage tournant dynamique,
  • agroforesterie,
  • et substitution partielle de la paille par la plaquette de bois.

La litière bois-paille n’est pas présentée comme une solution isolée, mais comme un élément d’un système cohérent, où l’arbre, l’animal, le fumier et le sol sont pensés ensemble.