Visite de ferme: Vincent Levavasseur (Présentation 1/3)
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Présentation chiffrée de la ferme
Vincent Levavasseur explique qu’il va reprendre la présentation de la ferme de manière plus chiffrée, après avoir déjà exposé le contexte et la chronologie du projet. Il s’appuie aussi sur des photos prises au cours de la saison pour illustrer les résultats et les difficultés rencontrées.
Il revient d’abord sur les apports de matière organique réalisés au départ sur certaines parcelles :
- fumier,
- fumier de grade / fientes de poules,
- BRF.
C’est sur ces parcelles, avec ces apports, qu’il a observé des phénomènes d’anaérobiose : formation de couches étanches à l’air et à l’eau à l’interface sol/apport. Il décrit alors un sol « très compact, très gras, très noir ». Par la suite, il a remis un peu de foin par-dessus.
Il mentionne aussi l’utilisation de petits ballots récupérés, parfois anciens, retrouvés dans une vieille grange : même après quinze ans de stockage sous bâche, ils pouvaient encore être utilisables.
L’installation démarre au début de l’année 2015, avec un moment important en mai : le montage des tunnels et la mise en place de l’irrigation.
Temps de travail et organisation
Vincent Levavasseur indique qu’il travaille environ 70 % de son temps sur le maraîchage. Sa femme participe également un peu. Au total, en comptant son propre temps, celui de sa femme et l’aide ponctuelle de personnes de passage, il estime le volume horaire global à environ 50 heures par semaine.
Pour lui-même, cela correspond à environ 35 heures hebdomadaires réellement consacrées au maraîchage. Le reste du temps est pris par du bricolage sur la ferme.
Il insiste sur le fait que cette charge de travail n’est pas énorme à l’échelle de la structure.
Surfaces et débouchés commerciaux
Au niveau commercial, il dispose :
- d’une AMAP, ou plutôt de deux très petites AMAP,
- d’un marché à Moutiers,
- d’une vente à la ferme.
Les deux petites AMAP représentent au total environ 25 paniers par semaine. Il précise qu’il s’agit en partie d’une clientèle déjà existante, récupérée lors de l’installation, ce qui constitue un atout majeur. Selon lui, lorsqu’on a la chance de bénéficier d’une clientèle dès le départ, cela permet d’avoir immédiatement une certaine sécurité sur la commercialisation dès la première année.
Investissements réalisés
Vincent Levavasseur explique avoir beaucoup investi, tout en reconnaissant qu’avec le recul certaines dépenses n’étaient pas pertinentes, tandis que d’autres auraient pu être pensées autrement.
Parmi les postes les plus coûteux, il cite :
- les serres,
- le tracteur,
- le système d’irrigation,
- 4 000 m² de toile tissée.
Pour la toile tissée, il indique un coût d’un peu moins de 1 euro par mètre carré.
Il dresse ensuite un retour critique sur le matériel acheté :
- Le broyeur : il dit qu’il ne s’en sert pas.
- L’épandeur : il dit qu’il ne s’en sert pas non plus.
- Le tracteur-tondeuse : il lui sert surtout à entretenir les bords de planches ; il le garde car il l’utilise quand même de temps en temps.
- Le tracteur : il lui sert davantage pour les prairies que pour le maraîchage.
Concernant le broyeur, il s’agit d’un modèle à axe horizontal avec de gros couteaux. Il avait choisi quelque chose d’assez proche de ce qu’utilise François, notamment parce que cela permet de soulever la paille, de racler un peu les graines qui ont germé puis de les dessécher. Mais il constate qu’en pratique cet outil ne lui est pas vraiment utile dans son système.
Il résume son point de vue ainsi : plus on a de matériel, plus on a de problèmes et plus on perd du temps ; moins on a de matériel, moins on a de problèmes et moins on perd du temps.
Une logique de simplicité à l’installation
Vincent Levavasseur défend l’idée qu’au départ, lorsqu’on s’installe, il peut être préférable de commencer avec peu de matériel. Cela évite :
- de perdre du temps en réparations,
- d’acheter des outils inadaptés,
- de multiplier les charges imprévues.
Il raconte d’ailleurs avoir eu 3 000 euros de réparations sur son tracteur à la suite d’une grosse erreur de sa part. Avec du recul, il estime qu’il aurait pu beaucoup moins l’utiliser. Dans sa démarche, en partant de prairies, il n’avait pas forcément besoin d’apporter de gros amendements : il aurait pu simplement bâcher, ce qu’il a finalement fait ensuite.
Selon lui, avec cette technique et sur des surfaces raisonnables, les investissements peuvent être extrêmement limités. Ils peuvent en revanche devenir importants si l’on vise de grandes surfaces ou des systèmes très mécanisés.
Il insiste aussi sur une difficulté propre aux débuts : quand on arrive sur un terrain, on ne sait pas encore précisément de quelles technologies on aura besoin, ni quelles matières seront disponibles localement (paille, foin, carton, etc.). Or le choix du matériel dépend fortement de cela. Par exemple, si l’on travaille avec du carton, les outils adaptés ne seront pas les mêmes que si l’on travaille avec d’autres matières.
Il invite donc à réfléchir à la possibilité de s’installer sans changer complètement de système technique ni maximiser l’investissement dès le départ.
Chiffre d’affaires et charges
Pour sa première saison complète, Vincent Levavasseur annonce une estimation de ventes de l’ordre de 27 000 euros.
Il souligne cependant que les charges réellement supportées ont été plus élevées que ce qu’il présente dans son estimation simplifiée, car il faut ajouter notamment :
- les réparations,
- les investissements mal anticipés,
- les dépenses imprévues liées au fait d’être débutant.
Il explique que lorsqu’on débute, on fait forcément des erreurs d’investissement, et ce sont souvent ces erreurs qui alourdissent les charges. Comme ces dépenses n’avaient pas été prévues dans les prêts ou dans le plan initial, la première année peut devenir beaucoup plus coûteuse que prévu.
Dans sa présentation, il dit avoir un peu minoré les charges par rapport à la réalité afin de montrer qu’en réfléchissant bien son système dès le départ, il est possible d’obtenir de meilleurs résultats.
Parmi les charges relativement faibles dans son cas, il cite :
- très peu de carburant,
- les semences et plants, avec une partie autoproduite.
Il produit lui-même les plants de ce qui est facile à faire, comme :
- les tomates,
- les courges.
Le reste est acheté. Il essaie aussi de semer directement en place le plus possible, par exemple :
- les épinards,
- d’autres cultures simples à semer.
Son objectif est de simplifier, pour diminuer les coûts et les charges.
Il estime qu’en se débrouillant bien et avec un bon système de commercialisation, il est théoriquement possible de dégager un revenu dès la première année, de l’ordre de 16 000 euros. Il précise toutefois que ce chiffre est à considérer avec prudence, notamment parce que les premières années ne reflètent pas toujours toute la réalité économique : au début, on investit beaucoup, certaines charges sont décalées, et les équilibres se construisent dans le temps.
Gestion comptable
Vincent Levavasseur précise qu’il fait lui-même sa comptabilité. Il travaillait déjà auparavant sur la comptabilité de la ferme de ses parents, ce qui lui a donné une certaine habitude, même si auparavant il ne faisait surtout que la saisie comptable, tandis que le comptable s’occupait du reste.
Désormais, il réalise aussi les déclarations lui-même. Il reconnaît qu’au début cela peut faire peur, mais il invite à relativiser : en cas d’erreur, l’administration peut revenir vers l’exploitant, et il est toujours possible de corriger.
Irrigation
La ferme dispose d’un puits. Celui-ci ne débite pas énormément, mais il offre un volume d’eau important. Cela ne permet pas d’arroser beaucoup de surfaces en même temps, mais le système fonctionne bien dans son cas.
L’organisation est la suivante :
- dans les serres : irrigation au goutte-à-goutte ;
- à l’extérieur : de nombreux tuyaux d’eau sont répartis à proximité des planches, ce qui permet de raccorder un gros tuyau jaune et d’arroser ponctuellement.
Il arrose notamment les semis en période sèche, par exemple :
- semis de juillet,
- radis noir,
- autres semis qui auraient du mal à lever sans pluie.
En revanche, il dit ne presque jamais arroser autrement, car le paillage retient beaucoup l’eau.
Il évoque aussi la possibilité d’irriguer davantage certains légumes très exigeants en eau, comme :
- les poireaux,
- les céleris.
D’après ce qu’a observé François, plus on arrose, plus on peut obtenir de gros calibres. Son système pourrait permettre cette évolution.
Il insiste sur le fait que l’irrigation est un vrai sujet lors de l’installation : il faut se poser les bonnes questions et chercher la solution la plus simple. Il rappelle aussi qu’avec les serres, il serait assez facile de récupérer l’eau de pluie, mais dans son cas il ne l’a pas fait parce qu’il disposait déjà du puits et que la création d’une réserve représente un coût.
Coût et intérêt des bâches
Vincent Levavasseur revient sur le sujet des bâches, qu’il considère comme un élément important du système, notamment pour réduire fortement la charge de travail.
Il évoque la possibilité d’utiliser des bâches d’ensilage, qui peuvent coûter autour de 30 centimes par mètre carré, voire être récupérées. C’est selon lui une solution très efficace pour réduire la charge de travail tout en gardant un système économiquement intéressant.
Il insiste sur le fait qu’il peut être rentable de désinvestir dans certaines machines si l’on compense par l’usage des bâches.
Concernant les toiles tissées, il rappelle que leur coût peut sembler important, mais qu’il faut le rapporter aux économies réalisées sur le travail. La durée de vie dépend surtout de la qualité du tissage, plus que du seul grammage. Ce qui compte, c’est que le tissage soit suffisamment serré pour empêcher le passage des adventices.
Dans son cas, il a acheté des bâches lourdes, annoncées à 130 g/m². Il précise qu’il serait possible de prendre plus léger, ce qui serait plus facile à manipuler, surtout lorsqu’on travaille seul, à condition que la qualité du tissage soit bonne.
Statut foncier
Sur la question du foncier, il précise que la situation est un peu particulière : c’est son frère qui est propriétaire de l’ensemble, tandis que lui est locataire. Le foncier est porté par un GFA, qui met les terres à disposition de sa société, une EURL.
Réflexion sur les prairies et la fertilité
Une partie de l’intervention porte sur la prairie, sa dynamique, et son rôle dans la fertilité.
Vincent Levavasseur explique qu’il est important de comprendre l’écologie de la prairie, notamment si l’on veut raisonner des couverts permanents ou temporaires, voire imaginer faire pousser des légumes sur une prairie permanente. Dans ce cas, on est obligé de s’intéresser au fonctionnement des graminées et des prairies.
Il évoque les pratiques mises en œuvre sur les prés-vergers de la ferme familiale. Son père cherchait auparavant à maintenir quelque chose de propre en broyant régulièrement. Eux ont au contraire choisi de laisser pousser davantage. L’idée est de laisser la prairie produire du carbone, nourrir le sol, puis renforcer sa fertilité.
Il explique qu’il y a là un équilibre à trouver entre :
- prélever du foin,
- laisser suffisamment de biomasse pour nourrir le sol.
Si l’on prélève trop, on exporte trop de carbone et on risque à terme de faire baisser la matière organique, donc la productivité. Si au contraire on prélève modérément au départ, on nourrit mieux le sol, ce qui peut ensuite permettre une production plus importante.
Pour lui, l’essentiel est de comprendre les dynamiques de fond. C’est cette compréhension qui permet ensuite d’aboutir à des pratiques simples. Il résume cela ainsi : le vivant est complexe, mais cette complexité peut conduire à des solutions simples ; à l’inverse, la société tend souvent à produire du compliqué, qui n’est pas simple.
Bilan de l’année
Vincent Levavasseur tire un bilan globalement positif de l’année.
Rendements
Il parle de bons rendements, en citant notamment :
- les pommes de terre : 3,5 kg/m² ;
- les tomates : il n’a pas encore fait les calculs précis, mais il observe que « ça pousse bien » et que les récoltes sont bonnes.
Les récoltes se sont étalées toute l’année, jusqu’à début décembre.
Temps de travail
Le temps de travail est jugé très réduit, en particulier sous serre.
Il note aussi :
- moins de germination d’adventices sous serre,
- moins de limaces sous serre qu’à l’extérieur, en raison d’une humidité plus faible et de l’usage du goutte-à-goutte.
Faune présente
Contrairement à certaines mises en garde qu’on lui avait faites, il n’a pas eu de gros problèmes avec les mulots. Il dit qu’il y en a, mais que cela ne lui pose pas de réel souci.
Il montre à ce propos une mue de vipère retrouvée sur la ferme, longue d’environ un mètre, comme illustration de la présence de prédateurs et plus largement de la vie dans le bocage ornais.
Exemples de cultures observées
Haricots sous serre
Les haricots sous serre font partie des premières réussites mentionnées.
Salades
Il dit avoir raté ses salades cette année. Il mentionne des échanges avec d’autres maraîchers sur les plants « mottes » ou les types de plants utilisés, avec des résultats variables selon les personnes. Il en ressort qu’il y a eu des échecs chez plusieurs collègues, mais pas chez tous.
Tomates
Pour les tomates, il explique qu’il plante à raison d’un pied par mètre carré. Chaque pied est conduit sur cinq branches, ce qui revient à environ une branche tous les 20 cm sur le rang. Il a simplement repris la méthode de François. Il n’a pas encore calculé le rendement au mètre carré, mais constate de bonnes productions.
Il précise aussi qu’il a taillé ses tomates, mais qu’il compte beaucoup apprendre de Myriam, présente dans le groupe, qui apparemment ne taille pas les siennes.
Pommes de terre
Pour les pommes de terre, il montre que la zone ayant été bâchée présentait un feuillage plus vert et plus vigoureux, ainsi qu’un enherbement plus faible. Toutefois, il ne dit pas avoir observé de très grosses différences de rendement entre les zones.
Céleris
Les céleris sont décrits comme très propres, avec très peu d’enherbement pendant longtemps. Le désherbage y a été quasiment absent.
Difficultés rencontrées
Parmi les principales difficultés de l’année, il cite :
- le maintien des bâches en place ;
- la place nécessaire pour faire tourner les bâches ;
- la gestion de l’enherbement ;
- certaines parcelles où le bâchage hivernal n’a pas suffi ;
- les limaces ;
- le semis des très petites graines ;
- la gestion des bords de planches.
Limites du bâchage sur certaines parcelles
Il décrit le cas d’une parcelle bâchée pendant environ quatre mois, de septembre à février. Malgré cela, la parcelle s’est fortement réenherbée. Les betteraves n’ont pas poussé et le chiendent a repris le dessus. Il en conclut qu’un bâchage hivernal de quatre mois peut être insuffisant dans certains cas.
Il remarque toutefois que, même avec cet enherbement, les récoltes peuvent rester belles grâce à la fertilité héritée de la prairie.
Limaces
Les limaces ont causé beaucoup de pertes, notamment sur :
- les salades,
- parfois les choux.
Pour résoudre ce problème, il envisage plusieurs pistes :
- utiliser uniquement du foin bien sec ;
- travailler avec des couverts permanents ou temporaires ;
- coucher un couvert pour disposer d’une matière déjà en cours de décomposition.
L’idée est que les limaces préfèrent consommer des matières en décomposition plutôt que les jeunes plants fraîchement installés.
Il mentionne aussi d’autres pistes comme :
- le BRF,
- la terre de diatomée,
- l’emploi de produits type ferramol / Sluxx.
Il indique que ce type de solution est désormais utilisé assez largement, y compris en agriculture biologique, et qu’il a l’avantage de moins nuire aux vers de terre que d’anciens anti-limaces.
Semis de petites graines
Les plus grosses difficultés de semis concernent surtout les très petites graines :
En revanche, d’autres cultures lèvent très bien selon lui :
- navets,
- radis noir,
- betteraves,
- blettes,
- épinards.
Bords de planches
Il reconnaît avoir parfois installé ses planches trop près des clôtures, sans laisser assez d’espace pour passer avec un tracteur-tondeuse ou même pour intervenir efficacement à la main.
Cela pose problème car les vivaces des bords de planches, notamment le chardon, peuvent facilement recoloniser la culture. Le fait de broyer ou tondre régulièrement les abords permet au contraire de les affaiblir. Si on les laisse pousser tranquillement au bord, leurs racines continuent de s’étendre et la repousse se fait ensuite dans la planche dès que l’on retire la bâche.
Observations sur le sol
Enfin, Vincent Levavasseur montre différentes photos de sols :
- un sol vaseux,
- un sol en anaérobiose,
- un sol sans fumier.
Il observe des différences, mais reste prudent dans l’interprétation. Il ne veut pas conclure trop vite que le fumier est seul responsable des problèmes observés, car d’autres personnes lui ont rapporté avoir rencontré des phénomènes semblables en partant d’une prairie, y compris sans apport de fumier.
Sa conclusion provisoire est donc surtout pratique : il préfère éviter les fumiers, en particulier les plus « gras », car il y voit davantage de risques que d’avantages dans son contexte.