Viticulture de régénération, bilan après un tour du monde
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Robin Euvrard est agronome, suite à un tour du monde (États-Unis, Afrique du Sud, Australie, Allemagne, Autriche, Espagne...) dans le cadre de sa bourse NUFFIELD, Il vient nous faire part de ses retours et de ses observations sur le sujet de la viticulture de régénération, pour améliorer la santé des sols et réduire les pressions maladies.
Pour plus d'informations sur la bourse NUFFIELD : https://www.nuffieldfrance.fr/portfolio/robin-euvrard/
Introduction : la viticulture de régénération
Robin Euvrard, agronome et gestionnaire d'une ferme viticole et céréalière, présente les conclusions de son étude menée dans le cadre de la bourse Nuffield. Ce travail, étalé sur deux années, a consisté en un tour du monde des pratiques innovantes pour explorer une viticulture plus résiliente.
L'objectif de cette démarche n'est pas de dresser une liste exhaustive de techniques, mais de comprendre comment adapter des principes agronomiques biologiques à la viticulture, en s'appuyant sur des résultats éprouvés par des praticiens du monde entier.
Définition et enjeux de la viticulture régénérative
Le concept de viticulture régénérative s'articule autour de deux axes fondamentaux pour contrer le dépérissement de la vigne :
- Régénérer le sol : augmenter sa fertilité biologique et son taux de carbone.
- Régénérer la plante : améliorer la santé et la résilience du végétal.
Pour Robin Euvrard, ces deux processus sont indissociables et reposent sur la photosynthèse et les interactions avec le microbiote. L'hypothèse centrale est que ce sont les plantes qui construisent les sols fertiles ("transformer l'air en sol").
Le rôle central de la couverture végétale
La gestion de l'herbe ne doit plus être perçue comme une contrainte ou une simple gestion de la concurrence pour l'eau, mais comme une culture à part entière. Les points clés identifiés sont :
- Diversité et complémentarité : privilégier des mélanges complexes (graminées, légumineuses et autres familles botaniques) adaptés au contexte pédoclimatique plutôt que des recettes fixes.
- Allongement de la période de couverture : sortir du schéma hivernal classique pour maximiser la production de biomasse et les exsudats racinaires tout au long de l'année.
- Gestion opportuniste : adapter les dates de semis et les espèces en fonction des conditions climatiques et de l'eau disponible.
- Adaptation au matériel : réfléchir aux itinéraires techniques (travail du sol, fissuration, semis direct) pour intégrer ces couverts même dans des parcelles pentues ou étroites.
La perspective fermentaire de la fertilité
L'étude met en lumière une approche originale de la fertilité du sol inspirée des processus de fermentation (notamment observée chez des vignerons allemands, autrichiens et suisses) :
- L'humus comme produit de fermentation : l'humus fertile est le résultat d'un processus fermentaire complet où la matière brute est totalement transformée.
- Pilotage et contrôle : comme pour la vinification, le compostage doit être contrôlé, piloté et dirigé (gestion de la température, de l'oxygène, suivi régulier) plutôt que laissé au hasard.
- Nuance et qualité : il est nécessaire de dépasser la vision binaire "compost jeune vs vieux" pour apporter une finesse de pilotage dans la nutrition des sols.
Soutenir la plante et la biodiversité
Au-delà du sol, la régénération de la plante implique de repenser les pratiques de conduite :
- Architecture de la vigne : observer et adapter l'architecture de la plante pour favoriser la construction de "bois vivant" plutôt que de laisser s'accumuler le bois mort.
- Intégration de l'animal : utiliser le pâturage (brebis, etc.) comme levier de gestion de la biomasse et de fertilisation.
- Diversité globale : la résilience repose sur la complexité. Cela inclut la diversité végétale, l'intégration animale, et la création de conditions favorables à la faune auxiliaire.
- Génétique et greffage : une réflexion est en cours chez de nombreux vignerons pionniers sur le matériel végétal (cépages résistants/tolérants, semis de pépins, sélection massale, francs de pieds) pour questionner l'héritage du greffage systématique vieux de 150 ans.
Conclusion : vers un système global
La viticulture de régénération n'est pas une "recette" universelle, mais une approche globale qui permet, à terme, d'alléger les interventions (travail du sol, intrants) tout en maintenant la régularité des rendements. Le succès de ces systèmes repose sur la capacité du vigneron à connecter les pratiques entre elles — couverture végétale, fertilisation fermentaire, conduite de la vigne — pour créer un écosystème cohérent et fertile.
Au-delà des résultats techniques, Robin Euvrard souligne que la plus grande richesse de cette expérience reste la "fertilité humaine" : le réseau international de partage d'expériences entre vignerons pionniers qui permet de construire, de manière collective et empirique, l'agriculture de demain.