Zaï & bocage sahélien au Burkina Faso, avec Henri Girard
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Aujourd'hui, on vous propose de partir pour le Burkina Faso pour le reverdissement du désert avec Henri de Richecour Girard, acteur majeur depuis plus de 30 ans !
Ces films vous intéressent ? Le Ciné Yam propose ses films également en Créative Commons (BY-NC-ND) par ici : https://vimeo.com/showcase/5454331
Introduction
Cette intervention porte principalement sur le bocage sahélien et sur l’expérience menée au Burkina Faso, une expérience qui, en trente ans, a dépassé le stade expérimental pour devenir une véritable dynamique de restauration des sols et, plus largement, de l’environnement en milieu rural sahélien.
La présentation s’ouvre sur deux petits films :
- le premier présente surtout la technique du zaï ;
- le second montre des visites de périmètres bocagers dans la région de Guiè.
Ces images permettent d’entrer concrètement dans les paysages, les pratiques et les aménagements qui seront ensuite commentés.
Les films d’introduction
Un contexte agricole difficile
Le premier film montre une saison agricole très difficile, même qualifiée de catastrophique dans la région. Malgré cette mauvaise année, le message porté est qu’elle ne doit pas être une source de découragement, mais au contraire de motivation.
On y voit que, même lors d’une année très mauvaise, certains producteurs parviennent à obtenir des récoltes satisfaisantes grâce à des pratiques adaptées. Le film insiste ainsi sur l’importance des techniques de conservation de l’eau et de restauration des sols.
Le périmètre bocager de Tangaye
Le second film présente notamment le périmètre bocager de Tangaye, décrit comme le premier grand périmètre aménagé par la ferme pilote en 1998. Il couvre 100 hectares. Ce travail a demandé des années :
- plantation d’arbres ;
- aménagements agricoles ;
- apport de matière organique ;
- reconstitution de l’humus.
L’un des objectifs essentiels est de faire en sorte que l’eau de pluie tombée sur le champ reste sur place. En effet, le problème n’est pas seulement qu’il ne pleuve pas assez, mais aussi que l’eau qui tombe ruisselle et s’échappe rapidement. Les aménagements visent donc à retenir cette eau dans les parcelles.
Le film montre aussi :
- la division des champs en plusieurs parcelles pour faciliter la rotation culturale ;
- l’usage de parcelles réservées au pâturage ;
- l’intégration des arbres comme élément incontournable du système ;
- l’importance du suivi des agriculteurs par les animateurs et techniciens.
Il est expliqué que l’aménagement lui-même ne suffit pas : le plus important est ensuite la mise en valeur par l’agriculteur, avec un accompagnement technique régulier.
Une agriculture sans intrants chimiques
Dans les périmètres présentés, il est précisé qu’il n’y a pas d’intrants chimiques. Le système repose sur :
- la matière organique ;
- la rotation des cultures ;
- l’intégration de l’arbre ;
- la gestion de l’eau ;
- une meilleure articulation entre agriculture et élevage.
Sur la question de la productivité, il est expliqué que l’intérêt du système ne se mesure pas seulement en rendement immédiat. Si l’on part de sols dégradés, et qu’on les améliore avec la matière organique et le zaï, les résultats deviennent surtout intéressants dans la durée :
- meilleure infiltration de l’eau ;
- meilleure capacité de stockage dans le sol ;
- maintien de la fertilité sur le long terme.
Un système progressivement adopté
Au départ, il a fallu montrer les bénéfices du système avant que les populations s’y intéressent réellement. Désormais, le nombre de demandes d’aménagement montre que les paysans en comprennent l’intérêt.
Le processus est le suivant :
- des agriculteurs intéressés se regroupent ;
- ils viennent voir la ferme pilote ;
- une visite de terrain est faite pour voir si le site est aménageable ;
- si les conditions sont réunies, l’aménagement peut être engagé.
Le système a également fini par convaincre les autorités. Il est repris dans des documents ministériels, et les porteurs de l’expérience sont invités à participer à des ateliers pour partager leur travail.
La pépinière et la formation
Le film présente aussi la pépinière et le centre de formation, où sont accueillis des jeunes de 14 à 18 ans, formés pendant trois ans. On y produit :
- des espèces locales pour les haies vives et les champs ;
- des arbres utiles comme le baobab, le néré et d’autres espèces sahéliennes ;
- certaines plantes exotiques, comme le papayer ou le moringa, davantage destinées aux usages à domicile.
Les plants sont produits à la fois pour les aménagements des périmètres bocagers et pour la sensibilisation à la plantation d’arbres.
Le réseau des fermes pilotes
La ferme pilote de Guiè est présentée comme la première des quatre fermes du réseau Terre verte. Les autres fermes se trouvent dans des régions plus au nord du Burkina Faso.
Le premier film était centré surtout sur le zaï, tout en montrant la vie quotidienne des paysans et des paysannes. Le second donnait à voir plus directement les aménagements bocagers.
L’ensemble du travail consiste à transformer progressivement des paysages dégradés par la désertification. On aperçoit par exemple, au début du premier film, des femmes creusant des tranchées : cela correspond à la création des diguettes qui seront ensuite reboisées pour former le bocage.
Le principe du bocage sahélien
Le bocage sahélien consiste à créer un nouveau cadre dans lequel la nature et l’homme peuvent fonctionner en harmonie.
Ses principaux effets sont les suivants :
- suppression de la divagation du bétail ;
- limitation du surpâturage ;
- meilleure gestion des parcelles agricoles ;
- meilleure gestion de l’eau ;
- meilleure gestion de la biodiversité.
L’idée centrale est de retenir l’eau là où elle tombe. Dans le Sahel, il tombe environ 700 à 800 mm de pluie par an, soit un ordre de grandeur comparable au bassin parisien. Mais cette pluie tombe :
- sur une saison courte, de la fin mai au début octobre ;
- en un petit nombre d’épisodes, environ une quarantaine ;
- avec une très forte intensité ;
- souvent en moins de trois quarts d’heure par épisode.
Le problème n’est donc pas uniquement la quantité totale d’eau, mais sa brutalité et sa mauvaise répartition dans le temps. Il faut empêcher que cette eau reparte dans les rivières, et favoriser son infiltration pour :
- l’agriculture ;
- les prairies ;
- les arbres ;
- la recharge des nappes phréatiques ;
- les besoins domestiques via les forages.
Le bocage sahélien représente ainsi une nouvelle manière de faire, élaborée avec les équipes locales.
Une expérience commencée en 1989
Le travail a commencé en 1989. Il a d’abord fallu inventer l’idée, la tester, puis la développer avec des paysans, avant de l’étendre à d’autres sites et d’autres fermes du Burkina Faso.
C’est un travail de longue haleine, demandant :
- du temps ;
- des moyens ;
- des apprentissages ;
- de la concertation locale.
La technique du zaï
Une technique traditionnelle
Le zaï est une technique traditionnelle du Burkina Faso, et sans doute d’autres régions du Sahel. Autrefois, pour préparer la terre, les paysans donnaient un petit coup de pioche dans le sol afin que la pluie, lorsqu’elle arriverait, forme une mini-flaque. Cela permettait de concentrer un peu plus d’eau à certains endroits, ce qui favorisait ensuite le semis et la levée des céréales.
Le mot zaï signifie, en mooré, « se presser ». Ceux qui pratiquaient cette technique allaient travailler dans les champs plus tôt que les autres, dès janvier ou février, alors même que la pluie n’était pas encore là.
L’évolution de la technique
À l’origine, cela suffisait. Mais avec les grandes sécheresses, notamment celles des années 1968 à 1973, plusieurs paysans ont fait évoluer la technique :
- trous plus grands ;
- ajout de compost ;
- parfois recouvrement du compost, parfois non selon les pratiques.
Ainsi, davantage d’eau est conservée dans le trou, et le compost dynamise le démarrage de la culture.
Cette évolution est liée à deux changements majeurs :
- l’évolution du climat ;
- la dégradation croissante des terres depuis une cinquantaine d’années.
Les sols dégradés et les « zipellés »
Aujourd’hui, on trouve au Burkina Faso des terrains appelés zipellés, ce qui signifie dans la langue locale des places vides, des surfaces nues, blanchies, dégradées.
Ces zones peuvent couvrir :
- quelques hectares ;
- parfois plusieurs dizaines d’hectares.
Il s’agit souvent de terres pourtant très fertiles à l’origine, souvent argileuses, mais devenues improductives parce que l’eau ne s’y infiltre plus. Elles peuvent rester ainsi pendant des décennies sans qu’aucune herbe n’y pousse. Si une petite herbe commence à sortir, les animaux la broutent aussitôt, empêchant toute régénération.
Or ce sont justement les herbes, arbustes et arbres qui permettent naturellement à l’eau de pénétrer dans le sol. Sans végétation, le terrain reste vide pendant très longtemps.
Le fonctionnement du zaï
Avec la technique du zaï, on creuse des trous d’environ :
- 20 à 30 cm de large ;
- 10 à 15 cm de profondeur.
Plus loin dans la démonstration pratique, les dimensions rappelées aux jeunes sont :
- un diamètre de 30 à 40 cm ;
- une profondeur de 10 à 15 cm ;
- un espacement de 80 cm entre les trous et entre les lignes.
Dès la première pluie, l’eau qui ruisselle s’infiltre dans ces trous et crée une petite zone de fertilité. Avec le compost, cette fertilité est renforcée. On sème ensuite le mil ou le sorgho sur le bord du trou.
La plante bénéficie alors :
- de l’eau ;
- du compost ;
- d’une humidité plus durable en profondeur.
Les racines du mil ou du sorgho peuvent descendre plus profondément, et l’eau suit ce mouvement, constituant des réserves utilisables pendant les périodes sèches.
Des résultats spectaculaires
Sur des terres où rien n’a poussé pendant vingt ou trente ans, on peut obtenir dès la première saison agricole de très bons rendements. L’effet est très spectaculaire.
Un autre avantage, la première année, est qu’il n’y a pratiquement pas d’adventices sur ces sols nus : la culture se développe donc très bien, presque sans concurrence.
Zaï, rendements et sécurité de production
Une distinction importante est faite entre le bocage et le zaï.
Le zaï est une technique que presque tous les paysans peuvent pratiquer dès lors qu’ils ont de la terre. Le bocage, en revanche, est un cadre général, un dispositif d’ensemble dans lequel d’autres techniques, dont le zaï, vont prendre place.
Le bocage à lui seul ne garantit pas automatiquement de bonnes productions : il offre les conditions favorables, mais il faut ensuite des techniques de mise en valeur.
Le zaï, quant à lui, permet d’obtenir des rendements pouvant aller jusqu’à deux à trois fois ceux de l’agriculture paysanne classique. Mais au-delà de la hausse des rendements, son principal intérêt est la sécurisation de la production.
En effet, le zaï permet de mieux traverser les accidents climatiques, c’est-à-dire les périodes de deux, trois ou quatre semaines sans pluie. Dans une culture classique, ces interruptions peuvent compromettre la récolte. Avec le zaï :
- l’eau s’est mieux infiltrée ;
- les plantes ont enraciné plus profondément ;
- la culture résiste mieux aux sécheresses temporaires.
C’est pourquoi une édition des journées rurales avait pour thème : « le zaï, notre assurance récolte ».
Travail et calendrier du zaï
Le zaï demande plus de travail, car il faut remuer beaucoup de terre. Mais ce travail peut être mieux réparti dans le temps.
Les paysans peuvent commencer dès décembre ou janvier, souvent après les fêtes, et étaler l’effort jusqu’en mai. Par exemple, quelqu’un qui travaille deux heures chaque matin à la fraîche peut avancer progressivement et finir son champ avant la saison des pluies.
À l’inverse, un travail plus classique concentre davantage l’effort au moment du démarrage de la campagne.
Le zaï est donc plus exigeant en travail, mais il permet une meilleure répartition de cet effort.
Le rôle décisif du compost
Le compost est un élément central. Sans apport de compost, les résultats ne sont pas satisfaisants. Les sols sont aujourd’hui très pauvres en matière organique, contrairement à ce qu’ils étaient autrefois.
Cette matière organique est indispensable pour relancer la végétation. Le principal facteur limitant devient donc souvent l’accès au compost :
- tout le monde n’a pas d’élevage ;
- tout le monde n’a pas les moyens d’en acheter ;
- le compost disponible vient surtout des élevages de bovins, caprins et autres herbivores.
L’élevage et sa gestion
Le problème n’est pas tant la présence des animaux que la manière dont l’élevage est géré.
Dans le fonctionnement écologique normal de la savane, les troupeaux se déplacent. Le milieu a même besoin de ce passage pour se régénérer. Mais quand les animaux restent en permanence autour des villages, la pression devient trop forte :
- les zones proches des habitations sont continuellement broutées ;
- la moindre repousse est consommée ;
- l’herbe n’a pas le temps de refaire ses réserves ;
- la dégradation s’aggrave autour des villages.
Il faut donc mieux gérer :
- le passage des animaux ;
- leur concentration dans l’espace ;
- leur alimentation en saison sèche.
On peut par exemple garder les animaux dans des parcs pendant la saison sèche et les nourrir avec :
- de l’herbe sèche de brousse ;
- du foin ;
- de l’ensilage ;
- des résidus de culture.
Cela permet de produire du fumier ou du compost tout en évitant la dégradation des terres.
L’élevage dans le bocage
Dans le bocage tel qu’il est conçu ici, de grandes zones de 100 à 150 hectares sont clôturées par du grillage. À l’intérieur, il devient possible de travailler sans la pression permanente des animaux.
Ensuite, les animaux peuvent revenir de manière contrôlée, notamment grâce à des clôtures électriques. Ils broutent alors l’herbe selon un cycle maîtrisé, sans nuire au pâturage, et les arbres sont protégés.
Cela est très important, car beaucoup d’arbres disparaissent simplement parce que leurs jeunes pousses sont broutées avant de pouvoir se développer.
La structure des parcelles dans le bocage
Dans les aménagements bocagers, les anciens propriétaires reçoivent de nouvelles parcelles retracées de manière géométrique. En général, on attribue environ 2,5 hectares par paysan. Cette superficie pourrait parfois être plus grande, mais il y a beaucoup de demandes.
Ces 2,5 hectares sont divisés en quatre champs, afin de permettre une rotation culturale suffisamment longue. Auparavant, trois champs étaient utilisés, mais cela a été jugé insuffisant.
Les champs sont délimités par des haies vives. Celles-ci :
- retiennent l’eau sur les bords des parcelles ;
- structurent l’espace ;
- freinent les animaux.
Les espèces utilisées sont locales, avec différentes fonctions :
- coupe-vent ;
- production de bois ;
- production de fruits ;
- clôture vivante.
Dans l’axe des champs, on plante aussi de grands arbres, qui ont plusieurs rôles :
- production fruitière ;
- production de bois à long terme ;
- amélioration de la fertilité ;
- participation à l’équilibre écologique.
Certains de ces arbres enrichissent le sol, par leurs feuilles ou par l’activité de leurs racines, dans une logique proche de l’agroforesterie.
Biodiversité et équilibre écologique
Le système ne repose pas seulement sur la production végétale. Il vise aussi un équilibre écologique.
Si l’on ne met que des haies vives, on ne retrouve pas tous les types d’oiseaux ni toutes les fonctions écologiques utiles. Certains oiseaux, notamment des rapaces, ont besoin de hauteur pour :
- nicher ;
- observer ;
- réguler les populations de petits rongeurs ou de serpents.
La diversité des formes végétales et des usages de l’espace est donc importante :
- haies vives ;
- grands arbres ;
- cultures ;
- jachères ;
- prairies.
Cette mosaïque contribue à limiter certaines maladies, certains ravageurs ou certaines invasions parasitaires.
Le bocage ne suffit pas sans mise en valeur
Un point important est souligné : le bocage constitue un cadre général favorable, mais il ne suffit pas à lui seul.
Une expérience menée en 1992 l’a montré : une zone désertique a été mise en défens, c’est-à-dire protégée par un grillage, sans feu, sans culture, sans coupe de bois et sans divagation animale. La nature a été laissée libre de se reconstituer.
Or, même après vingt-sept ans, la zone n’était pas encore totalement refermée. Le processus existe bien, et il semble même s’accélérer ces dernières années, mais il est très lent. Cela montre que la protection seule ne suffit pas : il faut aussi des actions actives de restauration et de mise en valeur.
Le rapport à la terre et la question foncière
La question foncière est présentée comme un verrou majeur du développement agricole, notamment pour les jeunes.
Autrefois, il existait de grandes réserves foncières. On utilisait la terre « comme l’air et l’eau » :
- on avait besoin de cultiver ;
- on demandait un terrain ;
- on l’exploitait ;
- quand il était fatigué, on allait ailleurs.
Ce fonctionnement était possible dans un contexte de faible densité de population. Mais aujourd’hui, avec la croissance démographique, la pression sur le milieu est devenue très forte.
Le problème est que beaucoup de paysans peuvent investir dans une terre sans avoir l’assurance :
- de la garder toute leur vie ;
- de pouvoir la transmettre à leurs enfants.
Il y a donc un besoin de clarification foncière, notamment à travers un cadastre. Mais le recours au cadastre est coûteux et bénéficie surtout à ceux qui ont des moyens financiers, commerçants ou notables, parfois au détriment des plus modestes.
Cette situation constitue un frein puissant à l’installation des jeunes dans l’agriculture.
La mobilisation des populations
Pour diffuser ces techniques et ces principes, le travail se fait essentiellement par l’exemple.
Depuis 1996, le principe est de ne jamais proposer directement à quelqu’un de travailler avec l’équipe. Que ce soit :
- pour rejoindre l’équipe ;
- pour demander un périmètre bocager ;
- pour entrer à l’école du bocage,
ce sont les personnes intéressées qui doivent venir d’elles-mêmes.
Cette méthode prend du temps, mais elle garantit :
- une réelle motivation ;
- une meilleure appropriation ;
- un accord préalable entre les acteurs locaux.
En effet, il arrive qu’un projet d’aménagement fasse ressortir des conflits fonciers dans un village. Dans ce cas, l’équipe se retire. Parfois, les gens reviennent cinq, six ou dix ans plus tard, une fois qu’ils se sont entendus.
Le foncier coutumier
Même sans cadastre formel, les terres ne sont pas sans propriétaire. Les limites sont connues à travers des repères :
- un karité ;
- un autre arbre ;
- une termitière ;
- un chemin ;
- un élément du paysage.
Il n’y a pas de terre « sans appartenance », sauf exception. Traditionnellement, la terre appartient à l’État, mais surtout, dans les faits, à des communautés, des familles, des quartiers, des chefs de terre.
Un même village peut même détenir historiquement des droits sur les terres d’autres villages voisins. Le système foncier coutumier fonctionne tant que les espaces restent relativement abondants. Mais avec la pression démographique actuelle, il devient beaucoup plus conflictuel.
Il est rappelé qu’aujourd’hui le Burkina Faso compte environ 19 millions d’habitants, et qu’on évoque environ 40 millions à l’horizon 2050. Dans un pays moins favorisé écologiquement que la France, cela pose une question très lourde pour l’avenir agricole et rural.
Les jeunes et la formation
Au-delà de l’agriculture elle-même, il existe un travail important sur la scolarisation. Dans la région de Guiè, grâce au système de parrainage mutualisé porté avec SOS enfants, presque tous les enfants peuvent aller à l’école, puis éventuellement au collège, au lycée et même à l’université pour certains.
Au sein de l’association, il existe aussi l’école du bocage, une école agricole qui recrute chaque année une vingtaine de jeunes.
La formation dure trois ans :
- deux années à la ferme pilote de Guiè ;
- une troisième année en stage dans une ferme du réseau Terre verte.
Les jeunes sont en internat. La formation combine :
- pratique de terrain ;
- cours ;
- mise en situation professionnelle.
Démonstration pratique du zaï
Une autre séquence filmée montre une démonstration pédagogique sur le terrain.
Les jeunes y apprennent d’abord à observer le ruissellement de l’eau sur la parcelle. Il faut se placer en fonction de ce cheminement pour creuser les trous de zaï de façon à retenir l’eau. La terre extraite du trou est placée derrière celui-ci pour former une petite diguette.
Les consignes rappelées sont :
- espacement de 80 cm entre les trous ;
- espacement de 80 cm entre les lignes ;
- profondeur de 10 à 15 cm ;
- diamètre de 30 à 40 cm.
Après le creusement vient l’amendement des trous avec le compost. Le semis peut se faire soit après une pluie suffisante, soit à sec en attendant l’arrivée rapide d’une pluie.
Le semis se fait :
- avec 4 grains maximum par trou ;
- dans la terre de la diguette ;
- à la frontière du compost ;
- à une profondeur de 3 à 5 cm.
L’entretien des cultures
La démonstration montre aussi le sarclage localisé. Celui-ci sert à :
- enlever les mauvaises herbes ;
- réduire la concurrence pour l’eau ;
- permettre à la céréale de se développer plus vite.
Après le semis, une période sèche de plusieurs semaines peut survenir. Il est expliqué que, dans le cas présenté, cette situation était presque la même que l’année précédente, avec environ trois semaines sans pluie. Mais les cultivateurs étaient préparés et n’étaient pas sous pression, précisément grâce à ces techniques.
Il est aussi rappelé qu’avec le mil, des vents violents peuvent faire tomber les tiges : il faut donc toujours ramener un peu de terre au pied pour améliorer l’ancrage des racines.
Une restauration des sols déjà visible
À la question de savoir si, en parlant de restauration des sols, on peut dire que la réussite est là, la réponse donnée dans le film est positive. Même si tout n’est pas parfait et si tout ne se transforme pas d’un coup, les changements sont bien réels.
Le message final insiste sur la transmission : l’agriculture est présentée comme un patrimoine qu’il faut préserver et transmettre aux générations futures.
Conclusion
L’expérience du bocage sahélien au Burkina Faso montre qu’il est possible de restaurer des terres très dégradées, à condition d’articuler plusieurs dimensions :
- gestion de l’eau ;
- travail du sol avec le zaï ;
- apport de matière organique ;
- plantation d’arbres ;
- gestion maîtrisée de l’élevage ;
- organisation foncière ;
- accompagnement technique ;
- formation des jeunes.
Le bocage est un cadre de protection et d’organisation. Le zaï est un outil puissant de relance de la fertilité et de sécurisation des récoltes. Ensemble, ils constituent une réponse concrète aux difficultés de l’agriculture sahélienne, en particulier face aux sécheresses, à la dégradation des sols et à la pression croissante sur les terres.
L’idée centrale est qu’il ne s’agit pas seulement de produire davantage, mais de reconstruire durablement un milieu vivant, habitable et transmissible.