Champ et contre-champ, ici on stocke le carbone !, Sylvain Hypolite

De Triple Performance
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Dans cette intervention, Sylvain Hypolite, ingénieur conseil chez Agro d’Oc, montre comment les couverts végétaux peuvent devenir un levier concret de transition agroécologique dans le Sud-Ouest. À partir d’exemples de terrain, il explique comment couvrir les sols entre deux cultures, en été comme en hiver, pour produire de la biomasse, améliorer la fertilité, protéger l’eau et stocker du carbone. Il insiste toutefois sur la réalité du terrain : réussir ces pratiques suppose des choix techniques fins, du matériel adapté, de l’observation et une vraie réflexion économique. Le stockage de carbone ne s’oppose pas à la production agricole : au contraire, il repose sur des systèmes productifs capables de restituer beaucoup de matière organique au sol. Mais cette transition demande aussi de gérer des compromis, notamment autour de l’eau et de la nutrition des cultures. Un plaidoyer pragmatique pour des sols vivants, productifs et durables.

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Résumé
Dans cette intervention, Sylvain Hypolite, ingénieur conseil chez Agro d’Oc, montre comment les couverts végétaux peuvent devenir un levier concret de transition agroécologique dans le Sud-Ouest. À partir d’exemples de terrain, il explique comment couvrir les sols entre deux cultures, en été comme en hiver, pour produire de la biomasse, améliorer la fertilité, protéger l’eau et stocker du carbone. Il insiste toutefois sur la réalité du terrain : réussir ces pratiques suppose des choix techniques fins, du matériel adapté, de l’observation et une vraie réflexion économique. Le stockage de carbone ne s’oppose pas à la production agricole : au contraire, il repose sur des systèmes productifs capables de restituer beaucoup de matière organique au sol. Mais cette transition demande aussi de gérer des compromis, notamment autour de l’eau et de la nutrition des cultures. Un plaidoyer pragmatique pour des sols vivants, productifs et durables.

Nataïs et le Centre National de l’agroécologie s’associent pour organiser la 1ère édition du rendez-vous national de l'agroécologie "Le carbone, c'est la vie !" le 10 février 2023 à Samatan, de 9h à 17h.


Parce que le carbone traduit efficacement les évolutions positives en matière de climat, de biodiversité ou de qualité de l’eau, il s’agit d’un indicateur simple et évident pour mesurer notre impact et piloter nos agricultures vers des systèmes diversifiés, productifs, durables et résilients. C’est pourquoi cette journée rassemble les meilleurs spécialistes de la question du carbone pour expliquer sa qualification et sa quantification au grand-public. L’objectif est également de présenter en avant-première une méthode de mesure par satellite du stockage dynamique du carbone à la parcelle.



Programme détaillé :


- Introduction par Michael Ehmann et Alain Canet.

- Le carbone, cœur du vivant - Hervé Covès

- La fertilité de nos sols – Konrad Schreiber

- Carbone et Eau, l’un ne va pas sans l’autre - Laurent Denise

- Remettre le « capital-sol » au centre du système de production - Sylvain Hypolite

- Modélisation et satellites, une approche innovante pour la cartographie des bilans carbone - Eric Ceschia

- La démarche carbone de Nataïs – Jonah Ehmann et Anne-Marie Joliet

- Table ronde – Un casting de choix pour faire germer le champ des possibles (Grands témoins des filières élevages, grandes cultures, vignes)


Introduction

Dans cette intervention, Sylvain Hypolite présente de manière très concrète la place des couverts végétaux dans les systèmes de culture du Sud-Ouest, en lien avec le stockage du carbone, la gestion de l’eau et la fertilité des sols. Son propos s’inscrit dans la continuité des interventions précédentes, mais avec un angle très pratique : comment mettre réellement en œuvre ces principes dans les parcelles, dans des conditions de production réelles.

Sylvain Hypolite se présente comme ingénieur-conseil chez Agro d’Oc, une union de CETA (Centres d’études des techniques agricoles). Il rappelle que ce mouvement de développement agricole est issu de l’après-guerre, lorsque des agriculteurs ont choisi de se prendre en main de façon autonome et indépendante pour travailler ensemble sur les techniques de production, la gestion de l’entreprise agricole et les conditions d’une agriculture durable. Aujourd’hui, Agro d’Oc fédère 52 CETA dans le grand quart Sud-Ouest.

Qu’est-ce qu’un couvert végétal ?

Sylvain Hypolite repart d’une définition simple. Un couvert végétal consiste à couvrir le sol avec des plantes vivantes, le plus souvent annuelles, qui ont vocation à être détruites puis restituées sur place.

L’exemple pris est celui d’une succession classique entre une culture hivernale, comme le blé, récolté fin juin-début juillet, et un maïs implanté l’année suivante. Dans cette situation, si rien n’est semé entre les deux, le sol peut rester nu pendant environ neuf mois, voire davantage si l’on considère que le blé n’est déjà plus très actif à la fin de son cycle.

Le couvert végétal permet donc d’occuper cette période avec du vivant. Ses fonctions principales, déjà largement évoquées au cours de la matinée, sont rappelées :

  • recycler les éléments nutritifs ;
  • protéger le sol ;
  • limiter les pollutions ;
  • fixer et restituer du carbone.

Les grands types de couverts dans le Sud-Ouest

Sylvain Hypolite insiste sur une idée importante : contrairement à une idée reçue encore fréquente, il est possible de faire pousser des couverts dans le Sud-Ouest, y compris en été.

Les couverts d’été

Selon lui, le premier grand type de couverts rencontré dans la région est celui des couverts d’été, semés le plus rapidement possible après la récolte, souvent dès le début du mois de juillet.

L’objectif est de profiter de l’humidité résiduelle présente dans le sol juste après moisson. Il rappelle qu’en 2022, malgré une période extrêmement sèche entre avril et octobre, les agriculteurs qui avaient réussi à semer leurs couverts estivaux immédiatement après la récolte ont pu obtenir malgré tout de la biomasse grâce à cette humidité résiduelle.

Le Sud-Ouest dispose d’un atout majeur : beaucoup de degrés-jours, donc beaucoup de chaleur et un fort potentiel de production de biomasse. Même si l’été peut être sec, cela n’empêche pas systématiquement la réussite. Sylvain Hypolite souligne que l’un des enseignements importants des dix dernières années est justement que l’on arrive à faire pousser de la biomasse en été dans ces systèmes, à condition de disposer de la technicité nécessaire.

Les couverts hivernaux

Le second grand type de couverts est celui des couverts hivernaux, semés plutôt début octobre et détruits avant une culture de printemps, entre fin mars et avril.

Ces couverts s’inscrivent dans une logique complémentaire : ils ne suivent pas le même rythme saisonnier que les couverts estivaux, mais participent eux aussi à la couverture du sol, à la production de biomasse et à la régénération du système.

L’enchaînement de doubles couverts

Sylvain Hypolite explique qu’il est possible, dans certains cas, d’enchaîner un couvert d’été puis un couvert automne-hiver. Il donne l’exemple d’un adhérent situé à la limite du Béarn, qui a semé après une récolte de céréales à paille un couvert de Sorgho jusqu’au 10 octobre, avec une biomasse jugée remarquable. Ensuite, cet agriculteur a implanté un second couvert à base de Féverole et de phacélie.

Le premier couvert, à base de sorgho, s’est arrêté naturellement avec les premières gelées. Le second a poursuivi lentement sa croissance pendant l’hiver dans les résidus du premier. L’année suivante, en avril, l’objectif était de semer un maïs, ce qui a été réalisé.

Pour Sylvain Hypolite, cet exemple montre que certains systèmes tournent aujourd’hui avec des doubles couverts, ce qui permet de maintenir une couverture végétale sur une très grande partie de l’année.

Des pratiques différentes selon les contextes pédoclimatiques

Sylvain Hypolite distingue deux grands types de contextes pédoclimatiques dans le Sud-Ouest, tout en reconnaissant que cette simplification a ses limites.

Les « boulbènes »

Le premier type correspond aux « boulbènes », un terme régional désignant des limons lessivés, où l’argile est descendue dans le fond du profil. Ces sols ont plusieurs caractéristiques :

  • ils sont très séchants en été ;
  • ils sont hydromorphes en hiver ;
  • ils peuvent présenter de la battance ;
  • ils minéralisent beaucoup.

Cela signifie que si on ne les couvre pas et si on ne leur apporte pas régulièrement de la matière organique, ils peuvent perdre rapidement de la matière organique et se fragiliser.

En revanche, ce sont aussi des sols qui répondent vite aux techniques de couverture : lorsque l’on couvre en permanence et que l’on alimente le sol, la battance disparaît, l’activité biologique revient et les taux de matière organique peuvent remonter relativement rapidement.

Dans ces contextes, on rencontre par exemple des rotations de type maïs–Soja–blé sur trois ans, avec insertion de couverts végétaux entre les cultures.

Sylvain Hypolite mentionne aussi des systèmes avec cultures dérobées : sur deux ans, il est possible d’obtenir trois récoltes à la moissonneuse. Il cite par exemple une succession maïs puis orge récoltée assez tôt en juin, suivie d’un soja dérobé implanté en semis direct ou avec un travail du sol très superficiel pour gagner du temps. Ce soja est récolté en octobre, ce qui laisse parfois presque le temps d’implanter encore un couvert avant de revenir au maïs. On a alors trois récoltes et un couvert en deux ans.

Il souligne que, dans ces systèmes, l’irrigation peut jouer un rôle de sécurisation et de performance.

Les coteaux argileux et argilo-calcaires

Le second grand type de contexte, très répandu dans le Sud-Ouest, est celui des coteaux argileux ou argilo-calcaires. Pour Sylvain Hypolite, ces sols sont souvent plus difficiles à manier dans une logique d’agriculture de conservation des sols.

Le caractère très calcaire des argilo-calcaires et le comportement collant et plastique des argiles au printemps rendent plus difficile :

  • le retour rapide d’une activité biologique efficace ;
  • la réussite du non-travail du sol ;
  • les mises en terre dans de bonnes conditions.

Il rappelle à ce sujet qu’il ne faut pas caricaturer le débat sur le travail du sol : si des agriculteurs y ont recours, ce n’est pas sans raison. Le travail du sol peut permettre d’assécher un lit de semences et de réussir une implantation. Cette réalité doit être gardée à l’esprit lorsque l’on parle de transition.

Dans ces contextes, on retrouve des systèmes irrigués de type maïs–blé, parfois avec doubles couverts, mais aussi des rotations davantage centrées sur les cultures d’hiver, comme la Féverole, le colza, le blé ou l’Orge.

L’importance des apports organiques dans la transition

Sylvain Hypolite ajoute un point essentiel : lorsque l’on part d’une situation de sol dégradé et que l’on cherche à retrouver rapidement de la performance, il peut être utile de recourir à des apports de matière organique exogène. La nature montre bien comment les systèmes fonctionnent seuls, mais dans une situation déjà installée, de type climax. En phase de transition, les apports extérieurs de matière organique peuvent sécuriser et accélérer la remise en état du système.

Le rôle décisif du matériel

Sylvain Hypolite insiste sur le fait qu’il ne faut pas sous-estimer l’importance du matériel agricole dans ces systèmes. Il critique l’idée selon laquelle il ne faudrait parler que d’agronomie en négligeant « la ferraille ».

Selon lui, les agriculteurs ont réalisé un travail considérable au cours des dix, quinze ou vingt dernières années pour concevoir ou adapter des outils capables de réussir les semis de couverts et les implantations de cultures dans ces nouveaux systèmes. Beaucoup de solutions n’existaient pas dans le commerce, ce qui a conduit à de nombreuses démarches d’auto-construction, à la fois pour des raisons de coût et de disponibilité.

Il évoque notamment « l’épopée des semoirs à dents ». Il y a une quinzaine d’années, ces outils suscitaient le scepticisme. Pourtant, ils ont souvent permis de réussir l’implantation de couverts estivaux dans la paille et donc de sécuriser cette production de biomasse d’été.

Il cite également les essais réalisés sur des semoirs monograines pour maïs, avec différents dispositifs de fermeture du sillon afin de réussir au mieux le semis direct dans des couverts végétaux.

Pour lui, cette dimension technique est indissociable de la réussite des systèmes.

Réussir une culture : une décision complexe

L’un des messages forts de l’intervention est que la réussite d’une culture ne se résume pas à l’application de recettes.

Sylvain Hypolite prend l’exemple d’une réunion de CETA organisée en mars dans une parcelle de Féverole. L’agriculteur concerné, formé à ces principes, avait semé un couvert de féverole avec l’intention d’y implanter ensuite un maïs. Au 20 mars, la question était : comment y aller maintenant ? Le sol est-il dans un bon état structural ? Le matériel disponible permet-il de réussir le semis ?

Comme souvent dans ces situations, chaque agriculteur du groupe avait son avis. Mais ce que veut montrer Sylvain Hypolite, c’est surtout le processus de décision : entre le 20 mars et le 20 avril, un agriculteur doit arbitrer entre des éléments techniques, des observations de terrain, son ressenti, son équipement et ses objectifs.

Dans le cas présenté, l’agriculteur a finalement choisi de semer le maïs en direct dans le couvert vivant. L’implantation s’est bien passée et le maïs a atteint un niveau conforme au potentiel de la parcelle.

Une approche de gestionnaire

Sylvain Hypolite rappelle qu’un agriculteur doit toujours articuler des objectifs de court terme et des objectifs de moyen-long terme.

À court terme, il doit réussir sa culture et assurer la viabilité économique de son entreprise. À moyen-long terme, il doit améliorer la fertilité du sol, stocker du carbone et renforcer le fonctionnement du système.

Il présente cela à travers une logique de gestion : dans une exploitation, il y a des charges de production et une production vendue. Le coût de production s’exprime en euros par tonne. Réduire les charges est important, et les techniques comme le semis direct peuvent y contribuer, mais il faut aussi maintenir des tonnages suffisants. Sinon, il faut accepter ou être capable de fonctionner avec des charges beaucoup plus faibles.

Autrement dit, la performance économique reste une contrainte centrale. Pour que ces pratiques tiennent dans le temps, il faut être capable de faire à la fois de l’agronomie, du stockage de carbone et de la production.

Produire du grain et stocker du carbone

Sylvain Hypolite répond à une question qui pourrait paraître contradictoire : si l’on produit du grain, peut-on vraiment stocker du carbone ?

Sa réponse est claire : oui, et même, pour stocker durablement du carbone dans les sols, il faut produire du grain.

Pour l’expliquer, il utilise l’image de la baignoire percée. Le niveau d’eau représente le stock de carbone du sol. Comme le sol respire et minéralise en permanence, il y a toujours une fuite. Si l’on n’apporte plus de matière organique, le niveau baisse inexorablement.

Il faut donc compenser cette fuite par des apports réguliers de matière organique :

  • apports exogènes éventuels ;
  • biomasse des couverts végétaux ;
  • mais surtout résidus de culture.

Sylvain Hypolite insiste sur ce dernier point : ce sont avant tout les résidus de culture, et notamment la paille, qu’il faut maximiser et restituer au sol.

Exemple concret de stockage de carbone

Il cite le cas de Christian, déjà évoqué précédemment, parce que ce site a fait l’objet de mesures de stockage de carbone sur le long terme.

Sur une période allant de 2001 à 2017, le stock réel de carbone mesuré sur 60 cm de sol a augmenté d’environ 1,22 tonne de carbone par hectare et par an, soit l’équivalent de 4,5 tonnes de CO2 par hectare et par an.

Rapporté à une ferme de 110 hectares, cela représente environ 500 tonnes de CO2 stockées par an. Sylvain Hypolite propose un ordre de grandeur : cela correspond aux émissions annuelles d’environ 80 personnes.

Il rapproche ensuite ce résultat de l’initiative « 4 pour 1000 ». Dans le cas présenté, le rythme de stockage était de l’ordre de 21 pour 1000, soit environ cinq fois plus.

Ce qu’il veut souligner, c’est qu’il est possible d’obtenir un stockage significatif de carbone tout en produisant du grain.

Cela ne pousse pas « tout seul »

Même s’il reconnaît que la nature montre que l’auto-fertilité existe, Sylvain Hypolite insiste sur un point : lorsqu’on cherche à réaméliorer rapidement un sol dégradé, cela ne pousse pas « tout seul ».

Le besoin de financer le stockage de carbone par des nutriments

Il prend l’exemple de l’azote. Dans la matière organique, il y a environ 50 % de carbone et environ dix fois moins d’azote, soit autour de 5 %. Ce rapport est relativement stable.

Cela signifie que lorsque l’on stocke du carbone, on stocke aussi de l’azote. Une partie de cet azote est immobilisée sous forme organique et n’est donc pas immédiatement disponible pour les plantes. Il faut donc « financer » cette augmentation de stock.

Selon lui, les légumineuses et probablement aussi la fixation libre de l’azote atmosphérique jouent ici un rôle important, mais il faut rester lucide : réagrader un sol demande des investissements nutritifs.

Le compromis sur l’eau

Sylvain Hypolite revient aussi sur la question de l’eau. Il rappelle qu’un couvert végétal laissé se développer au printemps évapotranspire de l’eau. Il prend comme ordre de grandeur environ 25 mm d’eau évapotranspirés pour produire une tonne de biomasse.

Ainsi, un couvert qui passe d’environ 1 tonne à 3 tonnes de matière sèche peut avoir consommé autour de 75 mm d’eau supplémentaires. Cette eau ne sera plus disponible dans le profil pour la culture suivante.

L’année précédente, par exemple, lorsqu’il n’a pas suffisamment plu en avril, ce type d’arbitrage a pu devenir très sensible. Le message de Sylvain Hypolite est donc nuancé : il faut parfois accepter de détruire un couvert un peu plus tôt, selon l’objectif de la culture suivante. La gestion des couverts relève d’un compromis entre bénéfices agronomiques de moyen terme et sécurité de la culture à court terme.

Les limites et les échecs existent

Sylvain Hypolite tient à montrer que tout n’est pas toujours simple ni systématiquement réussi.

Il cite un exemple situé à Samatan, dans des argiles de fond de vallée de la Save. Un agriculteur, pourtant formé et convaincu des bénéfices des couverts, a observé une année que son soja était plus beau là où il n’y avait pas eu de couvert.

Selon lui, plusieurs causes étaient possibles :

  • un début de carence en potasse, fortement mobilisée par le couvert ;
  • une exigence élevée du soja en potassium ;
  • peut-être aussi une moindre disponibilité en eau.

Il en tire un message important : si l’on ne comprend pas ce type de situation, on peut vite se décourager en pensant que le système fait perdre du rendement à court terme. Or, pour lui, cela montre surtout qu’il y a encore des connaissances à acquérir, des pratiques à adapter et des points de vigilance à intégrer.

Ces risques sont aujourd’hui principalement supportés par les producteurs eux-mêmes, et cela doit être reconnu.

Conclusion

Pour conclure, Sylvain Hypolite présente la couverture des sols et la régénération des systèmes comme un ensemble cohérent, qui remet le capital sol au centre du système de production.

Il insiste sur deux dimensions indissociables :

  • une approche agronomique, fondée sur la couverture permanente, la restitution de biomasse, la biologie du sol et le stockage du carbone ;
  • une approche de gestionnaire, qui prend en compte les contraintes économiques et les exigences de production.

Selon lui, il est possible de produire et de stocker du carbone en même temps, mais cela suppose des apprentissages, des arbitrages, du matériel adapté, de l’accompagnement et de la visibilité dans le temps long.

Il estime que les agriculteurs engagés dans ces pratiques doivent être accompagnés, encouragés et sécurisés. Cela passe par la formation, l’information, l’anticipation, le partage d’expériences et les échanges de terrain, comme les tours de plaine organisés au sein des groupes.

Son message final est que la réussite de ces techniques de régénération des sols repose à la fois sur la technique, sur l’expérience collective et sur la capacité à inscrire ces démarches dans la durée.