Couverts végétaux : mythes et réalités, Lionel Mesnage

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Dans cette conférence, l’agronome Lionel Mesnage déconstruit plusieurs idées reçues sur les couverts végétaux. Son message central est clair : il ne faut pas les juger seulement à la biomasse aérienne, car leur intérêt majeur se joue aussi dans le sol, via les racines. Les couverts rendent d’abord un service certain contre l’érosion, puis peuvent contribuer à préserver structure, porosité et infiltration. Mais ils ne sont ni automatiques ni miraculeux : mal choisis ou mal gérés, ils peuvent favoriser maladies, adventices, concurrence pour l’eau ou pertes de rendement. Lionel Mesnage insiste sur l’importance du contexte pédoclimatique, de la réserve utile en eau, du choix des espèces, de la profondeur de semis et de la date de destruction. Il rappelle enfin qu’un mélange complexe n’est pas toujours supérieur à une espèce bien ciblée, et que la réussite repose sur l’observation, la cohérence technique et l’adaptation locale.

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Résumé
Dans cette conférence, l’agronome Lionel Mesnage déconstruit plusieurs idées reçues sur les couverts végétaux. Son message central est clair : il ne faut pas les juger seulement à la biomasse aérienne, car leur intérêt majeur se joue aussi dans le sol, via les racines. Les couverts rendent d’abord un service certain contre l’érosion, puis peuvent contribuer à préserver structure, porosité et infiltration. Mais ils ne sont ni automatiques ni miraculeux : mal choisis ou mal gérés, ils peuvent favoriser maladies, adventices, concurrence pour l’eau ou pertes de rendement. Lionel Mesnage insiste sur l’importance du contexte pédoclimatique, de la réserve utile en eau, du choix des espèces, de la profondeur de semis et de la date de destruction. Il rappelle enfin qu’un mélange complexe n’est pas toujours supérieur à une espèce bien ciblée, et que la réussite repose sur l’observation, la cohérence technique et l’adaptation locale.

Les couverts végétaux préservent les sols et luttent contre l’érosion, mais leur gestion doit être réfléchie pour éviter des problèmes.

🌱 Lutte contre l’érosion : Les couverts végétaux protègent les sols des dommages causés par l’eau et le vent.

💧 Gestion de l’eau : Ils améliorent le stockage d’eau et influencent la productivité des cultures.

🌾 Biodiversité : Favorisent la biodiversité et offrent des services écosystémiques variés.

⚖️ Équilibre des sols : Crucial d’assurer une fertilité physique, chimique et biologique des sols.

📊 Télédétection : Utilisation de données pour optimiser l’humidité du sol et les pratiques agricoles.

🌿 Risques potentiels : Attention à l’utilisation excessive de légumineuses et à la gestion des maladies.

⏰ Timing : La neutralisation des couverts doit être bien chronométrée pour éviter des impacts négatifs.

Points clés

🌍 Importance de la gestion intégrée : La gestion des couverts végétaux doit prendre en compte le sol, le climat et les besoins en eau pour maximiser les rendements agricoles.

🌧️ Impact du type de sol : La composition et la qualité des sols influencent directement l’efficacité des couverts végétaux sur la rétention d’eau et la santé des cultures.

🌸 Choix des espèces : Le choix des espèces de couverts est crucial pour favoriser la biodiversité et minimiser les maladies des plantes.

📈 Observation précise : La recharge en eau après un couvert nécessite des outils de mesure et une surveillance rigoureuse pour optimiser les résultats.

🧪 Équilibre nutritionnel : Un bon équilibre entre les éléments nutritifs est essentiel pour la fertilité et la santé des sols à long terme.

🔄 Pratiques agricoles adaptées : Les pratiques doivent être ajustées en fonction du contexte local pour garantir une agriculture durable et productive.

🌱 Rôle des couverts dans le stockage de carbone : Les couverts végétaux contribuent au stockage du carbone, ce qui est bénéfique pour la qualité du sol et la lutte contre le changement climatique.

Support de présentation





Introduction

Cette intervention de Lionel Mesnage s’inscrit dans une vision très pragmatique des couverts végétaux. L’idée centrale est simple : il faut sortir d’une lecture trop superficielle des couverts, centrée uniquement sur la biomasse aérienne. Selon lui, l’essentiel se joue aussi, et souvent surtout, sous le sol, par les racines.

Les couverts végétaux peuvent rendre de nombreux services, mais ils ne sont ni automatiques ni miraculeux. Mal gérés, ils peuvent au contraire provoquer des échecs importants, notamment sur l’eau, la santé des cultures ou la performance de la culture suivante. La conférence est donc construite autour d’une question : que peut-on réellement attendre des couverts végétaux, et dans quels cas peuvent-ils mener « dans le mur » ?

Regarder les couverts autrement

Lionel Mesnage insiste dès le départ sur un biais fréquent : beaucoup de gens sont « formés, formatés » à observer surtout la biomasse aérienne. Or, si l’on veut utiliser les couverts pour couvrir les sols, lutter contre l’érosion, préserver la structure et maintenir la porosité, cela passe d’abord par les racines.

Il résume cela avec une idée forte : ce n’est pas toujours ce que l’on voit qui compte. Il faut donc apprendre à regarder les couverts autrement.

Dans le même esprit, il cite une communication d’un semencier allemand, DSV, qui disait avec humour : « ne regardez pas les couverts avec les yeux d’une vache ». Autrement dit, il ne faut pas juger un couvert seulement sur sa biomasse visible ou sa valeur fourragère immédiate.

Les couverts végétaux ne sont pas une nouveauté

Lionel Mesnage rappelle que les couverts végétaux ne sont pas une innovation récente. Il cite une lettre de Thomas Jefferson adressée à John Taylor le 29 décembre 1794, dans laquelle il est déjà question de navets, sarrasin et vesce comme cultures de couverture à Monticello.

Pour lui, cela montre que le sujet est ancien. Ce qui est regrettable n’est donc pas un manque d’innovation, mais le fait que certaines connaissances aient été perdues ou abandonnées au fil du temps.

Le premier service certain : la lutte contre l’érosion

Parmi tous les bénéfices attribués aux couverts, Lionel Mesnage rappelle que le premier service certain, immédiat et cohérent, c’est la lutte contre l’érosion.

Si un couvert est implanté avec succès, il protège le sol. C’est le premier effet garanti. Ensuite, par contrecoup, il contribue à préserver la structure et à maintenir l’infiltration.

Il estime que beaucoup d’enquêtes et de discours sur les couverts hiérarchisent mal les services rendus. Souvent, la structuration du sol ou l’activité biologique sont citées avant la protection du sol, alors que pour lui la logique devrait être :

  • couvrir le sol ;
  • limiter l’érosion ;
  • préserver la structure ;
  • maintenir les propriétés hydrauliques.

Il cite à ce sujet des documents suisses qu’il juge particulièrement cohérents et pragmatiques.

Les services attendus des couverts

Dans les différentes enquêtes qu’il a recensées, plusieurs bénéfices reviennent régulièrement :

  • piégeage de l’azote ;
  • apport de matière organique ;
  • diminution de l’érosion ;
  • amélioration de la structure du sol ;
  • amélioration de l’activité biologique ;
  • réduction du salissement ;
  • parfois fourniture de fourrage.

Mais il souligne aussi une lacune importante : la gestion de l’eau est souvent absente ou sous-estimée dans ces approches, alors qu’elle est déterminante, en particulier dans les contextes à faible réserve utile ou en climat plus sec.

Investissement ou contrainte

Lionel Mesnage commente des enquêtes réalisées auprès d’agriculteurs et de conseillers. Il distingue deux perceptions :

  • ceux qui pratiquent déjà les couverts les voient plutôt comme un investissement ;
  • ceux qui ne les pratiquent pas les perçoivent surtout comme une contrainte.

Les contraintes les plus souvent citées sont :

  • travail supplémentaire ;
  • coût des semences ;
  • temps de travail ;
  • difficulté de destruction.

À l’inverse, ceux qui les utilisent retiennent surtout :

  • structuration du sol ;
  • matière organique ;
  • biodiversité ;
  • protection du sol.

Pour Lionel Mesnage, il est dommage de réduire les couverts à une charge, car ils peuvent être un investissement rentable, à condition d’être bien pensés.

Les contraintes réelles souvent oubliées

Il relève plusieurs problèmes qui, selon lui, sont trop peu abordés :

  • les couverts peuvent devenir adventices pour la culture suivante ;
  • ils peuvent consommer trop d’humidité du sol ;
  • ils peuvent poser des problèmes sanitaires ;
  • ils peuvent mal se comporter dans certains mélanges ;
  • ils peuvent être très décevants si le contexte pédoclimatique est mal pris en compte.

Il note que dans certaines enquêtes américaines, deux points ressortent clairement :

  • le coût des semences ;
  • la consommation excessive d’eau du sol.

Pour lui, plus on va vers des régions à faibles réserves hydriques, plus cet enjeu devient central.

Biomasse aérienne, biomasse racinaire et stockage du carbone

Lionel Mesnage revient plusieurs fois sur l’idée que le stockage du carbone ne doit pas être simplifié à l’excès.

Il rappelle que :

  • les prairies pâturées, régulièrement consommées mais pérennes, figurent parmi les meilleurs systèmes pour stocker du carbone stable ;
  • avec des couverts courts ou moyennement courts, la question est beaucoup plus complexe ;
  • on parle beaucoup du carbone, mais il ne se décrète pas.

Selon lui, le carbone se gère d’abord par le fonctionnement global du système, notamment via les racines, la durée de présence végétale et les caractéristiques du sol.

Il rappelle aussi que plusieurs travaux montrent que le carbone stocké par les racines peut être très supérieur à celui lié à la seule biomasse aérienne.

Les couverts et la question de l’eau

Un enjeu majeur trop peu pris en compte

Pour Lionel Mesnage, l’eau est le point central. Sans eau, on ne fera rien. Il considère même que c’est le premier facteur de fertilité.

Il reproche à beaucoup d’approches de sous-estimer ce sujet. Dans les zones à faible réserve utile ou soumises à des sécheresses rapides, un couvert mal géré peut pénaliser fortement la culture suivante.

Il insiste donc sur la nécessité de savoir non seulement implanter un couvert, mais aussi savoir l’arrêter au bon moment.

Ne pas laisser un couvert pomper l’eau trop longtemps

Dans les situations où l’eau est limitante, il explique qu’il faut neutraliser les couverts avant qu’ils ne consomment excessivement l’eau disponible. Une fois couchés ou détruits, ils peuvent encore :

  • protéger le sol ;
  • limiter la battance ;
  • aider à la recharge ;
  • maintenir un paillage utile.

Mais s’ils restent vivants trop longtemps, ils continuent à transpirer et à pomper de l’eau.

Il appuie ce point avec plusieurs références étrangères, notamment espagnoles, suisses, américaines et australiennes.

Exemple des régions semi-arides

Dans les régions semi-arides, laisser vivre un couvert trop longtemps peut réduire la recharge du sol ou de la nappe. Il cite notamment des travaux en Espagne où l’on observe qu’un sol nu recharge parfois mieux qu’un sol couvert vivant.

Pour lui, cela ne signifie pas qu’il faut bannir les couverts, mais qu’il faut apprendre à les neutraliser à temps.

Le paillage peut parfois être préférable

Il rappelle qu’on n’a pas toujours besoin d’un couvert vivant pour capter ou préserver l’eau. Dans certaines régions très sèches, des systèmes fondés sur le paillage des résidus, la coupe haute des chaumes ou le stripper header permettent :

  • de mieux conserver la fraîcheur ;
  • de limiter l’échauffement du sol ;
  • de favoriser une micro-atmosphère plus humide ;
  • d’améliorer l’eau efficace.

Il cite des exemples en Chine et en Australie où ces techniques sont utilisées à grande échelle.

Les couverts et les maladies

Un sujet trop peu évoqué

Lionel Mesnage insiste fortement sur un angle souvent oublié : les couverts peuvent aussi entretenir ou amplifier des problèmes sanitaires.

Il estime que le sujet est largement sous-traité en France, alors qu’il est fondamental dans certaines rotations.

Les couverts comme hôtes de pathogènes

Il rappelle qu’il faut éviter les espèces hôtes des maladies des cultures principales. Il cite notamment :

  • la hernie du chou avec les crucifères ;
  • la jambe noire ;
  • le sclérotinia avec certaines légumineuses ;
  • différents pathogènes racinaires.

Il explique qu’en Bretagne, il observe depuis des années une montée importante de la hernie du chou, ce qui l’amène à recommander d’éliminer autant que possible les crucifères dans certaines situations.

Le cas du pythium

Une large partie de l’intervention est consacrée au Pythium, en particulier Pythium ultimum, que Lionel Mesnage considère comme très dangereux, sous-estimé et difficile à voir.

Il explique que ce champignon :

  • peut attaquer très tôt ;
  • est discret ;
  • est difficile à diagnostiquer ;
  • touche un très grand nombre d’espèces hôtes ;
  • est particulièrement problématique dans les zones humides ou fraîches.

Il dit l’avoir identifié sur maïs depuis plus de 25 ans, avec des symptômes de dépérissement souvent mal interprétés. Selon lui, on attribue parfois les dégâts à d’autres causes, alors que le vrai problème est sanitaire.

Il souligne aussi qu’un couvert ou un précédent mal géré peut favoriser ces pathogènes, y compris dans des systèmes très simplifiés.

Sols suppressifs et limites

Il évoque aussi la notion de sols suppressifs, capables de contrôler naturellement certaines maladies grâce à leur flore microbienne. Mais il rappelle que tous les sols ne possèdent pas cette capacité, et qu’on ne peut pas généraliser à partir des systèmes qui en bénéficient.

Les résidus végétaux doivent être plaqués ou hachés

Un point de désaccord fort chez Lionel Mesnage concerne la manière de gérer les résidus de couverts.

Selon lui, il ne faut surtout pas laisser des couverts végétaux debout ou mal couchés en attendant une décomposition naturelle lente. Il considère que :

  • cela ralentit la décomposition ;
  • cela favorise le maintien de certains pathogènes ;
  • cela retarde la restitution ;
  • cela complique le semis suivant.

Il défend l’intérêt de :

  • coucher ;
  • pincer ;
  • hacher ;
  • plaquer au sol.

Il cite par exemple l’équipement de Thierry Trouvé, qui broie les couverts avant semis pour faciliter le travail du semoir et accélérer la décomposition.

Il mentionne aussi les rouleaux faca, rouleaux hacheurs ou rouleaux sertisseurs utilisés au Brésil ou aux États-Unis.

Les mélanges : intérêt, mais grande complexité

Plus on met d’espèces, plus c’est complexe

Lionel Mesnage ne rejette pas les mélanges, mais il met en garde contre leur complexité réelle. Plus on ajoute d’espèces, plus il devient difficile de :

  • gérer les profondeurs de semis ;
  • respecter les besoins de levée ;
  • maîtriser la concurrence entre espèces ;
  • comprendre ce qui fonctionne ou échoue.

Il observe que, dans beaucoup de cas, certaines espèces disparaissent très vite, du fait notamment :

  • de l’ombre ;
  • de la compétition ;
  • de l’azote disponible ;
  • de la taille des graines ;
  • des différences de vigueur.

L’ombre est un critère décisif

Il insiste sur la tolérance à l’ombre, notamment pour les couverts semés en interculture ou en sous-couvert, et encore plus en agroforesterie.

Toutes les espèces ne supportent pas la même intensité d’ombrage. Certaines lèvent mais disparaissent ensuite. Il cite plusieurs travaux américains et espagnols montrant que l’ombre peut réduire la productivité de plus de 50 à 60 % si les espèces ne sont pas adaptées.

Taille des graines et profondeur de semis

Un autre critère essentiel est la taille des graines. Pour Lionel Mesnage, il est illusoire de penser qu’on peut mélanger sans conséquences des graines très différentes. Cela pose des problèmes de :

  • profondeur optimale ;
  • énergie de levée ;
  • homogénéité d’émergence ;
  • expression réelle du mélange.

Il rappelle que les petites graines exigent une implantation très soignée, avec semis peu profond, sol propre, surface fine et rappuyée.

Il cite des documents suisses et américains qui montrent clairement qu’un mélange de graines de tailles trop différentes a moins de chances de réussir correctement.

Les semis trop profonds coûtent cher

Pour lui, les erreurs de profondeur de semis peuvent faire perdre énormément en efficacité. Il rappelle que, sur maïs ou blé, les pertes de rendement entre un semis bien placé et un semis trop profond peuvent être spectaculaires. Même si un couvert n’a pas le même objectif qu’une culture de vente, il juge absurde d’investir dans des semences pour obtenir des résultats très moyens faute de respect des règles de base.

Monospécifique ou multi-espèces ?

Lionel Mesnage montre à plusieurs reprises que, sur un objectif ciblé, une espèce seule peut faire aussi bien, voire mieux, qu’un mélange.

Il cite plusieurs exemples où :

  • une vesce seule produit plus qu’un mélange ;
  • un seigle seul contrôle mieux les adventices ;
  • un trèfle ou un ray-grass seul produit mieux que des mélanges ;
  • des monospécifiques rivalisent largement avec des multi-espèces sur l’azote, la biomasse ou la restitution.

Sa position n’est pas de dire que les mélanges sont inutiles, mais que :

  • ils ne sont pas automatiquement supérieurs ;
  • ils doivent être justifiés ;
  • ils sont souvent plus difficiles à piloter ;
  • ils doivent être pensés espèce par espèce, et non comme une accumulation de promesses.

Il cite une formule d’Andrew McGuire et de d’autres auteurs allant dans ce sens : pour un objectif précis, la meilleure espèce peut faire le meilleur travail.

L’effet de la fertilisation sur les mélanges

Lionel Mesnage insiste aussi sur l’effet de la fertilisation, notamment organique, sur le comportement des mélanges.

Dans certains essais qu’il commente, une application de fumier modifie fortement la composition du couvert :

  • certaines espèces prennent le dessus ;
  • le trèfle recule ou progresse selon le moment d’apport ;
  • les repousses et adventices peuvent augmenter ;
  • l’effet du mélange change complètement.

Cela l’amène à rappeler que les mélanges ne doivent jamais être pensés indépendamment :

  • de l’azote résiduel ;
  • du contexte d’élevage ou non ;
  • des restitutions organiques ;
  • du précédent ;
  • de la parcelle ;
  • de l’année.

Gestion pratique de l’humidité et outils

Lionel Mesnage évoque des outils d’aide à la décision pour estimer l’humidité, notamment à partir d’images satellite comme l’outil EO Browser basé sur Sentinel.

Il précise toutefois que :

  • la lecture devient compliquée sous couvert développé ;
  • la nébulosité est une limite ;
  • l’observation de terrain reste indispensable.

Pour lui, on a besoin à la fois :

  • de bonnes prévisions météo ;
  • d’outils de télédétection ;
  • d’observations concrètes avec sonde ou tarière ;
  • de raisonnement local.

Il insiste beaucoup sur la notion de « temps de recharge », c’est-à-dire le temps nécessaire pour que le profil se recharge avant implantation de la culture suivante.

Contexte pédoclimatique et réserve utile

Lionel Mesnage rappelle à plusieurs reprises qu’il n’existe pas de règle absolue. Tout dépend :

  • du type de sol ;
  • de sa réserve utile ;
  • du climat ;
  • du niveau de fertilité ;
  • du système de culture ;
  • de la charge de trafic ;
  • de la rotation.

Un même couvert peut être bénéfique dans un contexte et pénalisant dans un autre. Il faut donc toujours raisonner localement.

Les semences fermières et les risques

Il attire aussi l’attention sur les risques liés aux semences fermières ou aux échanges de semences non maîtrisés.

Selon lui, il faut faire très attention aux contaminations possibles :

  • maladies ;
  • graines d’adventices ;
  • espèces problématiques comme le datura ;
  • ray-grass résistants.

Il estime que certains agriculteurs se lancent dans des démarches complexes avec des semences insuffisamment triées, ce qui peut provoquer de gros problèmes ensuite.

Les couverts ne restructureront pas n’importe quel sol

Lionel Mesnage met en garde contre une affirmation qu’il juge trop fréquente : l’idée que les couverts restructureraient automatiquement les sols.

Pour lui, cela dépend fortement de la compaction préalable et surtout du trafic subi. Dans les systèmes à très fortes charges, avec matériel lourd, périodes à risque, récoltes complexes ou nombreuses interventions, il estime qu’il ne faut pas raconter que les couverts feront tout.

Il cite notamment les cas :

  • de régions d’élevage avec trafic intense ;
  • de cultures comme la pomme de terre ;
  • de chantiers avec milliers de tonnes déplacées.

Dans ces situations, il faut d’abord raisonner :

  • organisation du chantier ;
  • contrôle du trafic ;
  • poids des matériels ;
  • périodes d’intervention.

Les couverts peuvent aider, mais ne compenseront pas des dégâts structurels massifs.

Quelques espèces mises en avant

Au fil de son exposé, Lionel Mesnage cite différentes espèces ou familles selon leurs intérêts ou limites :

  • vesces : intéressantes pour produire de l’azote, mais attention aux risques sanitaires ;
  • féverole : productive mais parfois en difficulté en répétition, et sensible à certains problèmes ;
  • seigle : souvent très efficace sur biomasse et maîtrise des adventices ;
  • sarrasin : connu pour mobiliser du phosphore, mais restitution pas toujours simple à retrouver ;
  • phacélie : très attractive pour les auxiliaires ;
  • avoine noire : racines puissantes pour explorer le sol ;
  • radis : bon révélateur de structure, mais pas miracle universel ;
  • trèfles : utiles dans plusieurs systèmes, notamment lorsqu’ils restent plus longtemps en place ;
  • luzerne : intéressante mais délicate en mélange avec des espèces agressives ;
  • sorgho : adapté à la chaleur mais pénalisé en contexte frais ;
  • moutarde : facile à implanter mais risquée dans certains contextes sanitaires.

La question du phosphore et de la restitution

Sur le phosphore, Lionel Mesnage rappelle plusieurs points :

  • certaines espèces savent mieux l’extraire ;
  • cela ne signifie pas forcément que la culture suivante en bénéficiera pleinement ;
  • le type de résidus, leur gestion et le sol jouent un rôle important ;
  • le phosphore étant peu mobile, sa restitution dans le profil pose question si tout reste en surface.

Il conteste donc les raisonnements trop simples sur le sujet. Le fait qu’un couvert accumule du phosphore ne garantit pas que ce phosphore sera correctement valorisé ensuite.

Les couverts pour l’alimentation animale

Dans les systèmes d’élevage, Lionel Mesnage rappelle qu’on ne peut pas raisonner comme si le couvert n’avait qu’un rôle décoratif ou écologique. Lorsqu’il y a des animaux à nourrir, il faut des résultats.

Cela implique de raisonner :

  • la qualité alimentaire ;
  • la productivité réelle ;
  • la date de semis ;
  • la fertilisation ;
  • les espèces choisies ;
  • les contraintes climatiques.

Il souligne que les exigences de précision sont alors beaucoup plus fortes.

Une approche très contextuelle

L’un des messages les plus forts de Lionel Mesnage est qu’il n’existe pas de recette universelle. Les couverts doivent être raisonnés :

  • à la parcelle ;
  • à l’année ;
  • selon le climat ;
  • selon le type de sol ;
  • selon l’eau disponible ;
  • selon l’objectif recherché ;
  • selon le matériel et le système.

Il rappelle qu’un même mélange refait plusieurs années de suite ne donnera pas le même comportement.

Conclusion

Pour Lionel Mesnage, les couverts végétaux sont utiles, mais seulement si on accepte de les regarder avec lucidité. Il faut sortir :

  • des discours trop simplistes ;
  • de la fascination pour la biomasse aérienne ;
  • de l’idée qu’un mélange très complexe serait forcément meilleur ;
  • de la croyance que les couverts règlent tout.

Les réalités qu’il met en avant sont les suivantes :

  • le premier service certain est la lutte contre l’érosion ;
  • les racines comptent plus qu’on ne le croit ;
  • l’eau est un facteur central ;
  • les maladies et pathogènes doivent être pris très au sérieux ;
  • les mélanges demandent beaucoup de maîtrise ;
  • une monoespèce bien choisie peut être plus efficace qu’un mélange ;
  • la gestion des résidus est déterminante ;
  • le contexte pédoclimatique commande tout.

Sa recommandation finale est prudente et pratique : si l’on veut modifier quelque chose chez soi, il faut toujours commencer sur petite surface, limiter le risque, observer, et raisonner en fonction de son propre contexte.