Entreprendre en maraîchage, avec Guillaume Haelewyn

De Triple Performance
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Dans cette conférence, Guillaume Haelewyn partage sa vision très concrète de l’entrepreneuriat en maraîchage. Pour lui, entreprendre, c’est s’adapter, innover, bricoler, imaginer et garder du plaisir au quotidien. Il revient sur son installation, en soulignant les limites des aides jeunes agriculteurs, qui peuvent freiner l’évolution d’un projet. Il décrit aussi l’organisation de sa ferme, ses débouchés en vente directe, son usage d’outils numériques, et sa recherche permanente d’efficacité économique. Guillaume Haelewyn détaille également ses choix agronomiques : remise en vie d’un sol fatigué, gestion de la matière organique, diversité des paillages, lutte contre les limaces et réduction du désherbage grâce à la couverture du sol. Il insiste sur l’importance d’observer, tester et apprendre chez les autres. Son témoignage montre un maraîchage à la fois technique, créatif et profondément humain, pensé pour produire une alimentation de qualité tout en construisant un lieu vivant et accueillant.

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Résumé
Dans cette conférence, Guillaume Haelewyn partage sa vision très concrète de l’entrepreneuriat en maraîchage. Pour lui, entreprendre, c’est s’adapter, innover, bricoler, imaginer et garder du plaisir au quotidien. Il revient sur son installation, en soulignant les limites des aides jeunes agriculteurs, qui peuvent freiner l’évolution d’un projet. Il décrit aussi l’organisation de sa ferme, ses débouchés en vente directe, son usage d’outils numériques, et sa recherche permanente d’efficacité économique. Guillaume Haelewyn détaille également ses choix agronomiques : remise en vie d’un sol fatigué, gestion de la matière organique, diversité des paillages, lutte contre les limaces et réduction du désherbage grâce à la couverture du sol. Il insiste sur l’importance d’observer, tester et apprendre chez les autres. Son témoignage montre un maraîchage à la fois technique, créatif et profondément humain, pensé pour produire une alimentation de qualité tout en construisant un lieu vivant et accueillant.

Cette semaine, nous vous proposons la rediffusion des Rencontres Maraîchage Sol Vivant de janvier dernier !


Introduction

L’intervention de Guillaume Haelewyn porte sur l’entrepreneuriat en maraîchage, un sujet qu’il dit particulièrement aimer. Il explique que c’est dans cette dimension d’innovation, d’adaptation et de création qu’il s’épanouit le plus au quotidien. Pour lui, son métier est passionnant parce qu’il offre une grande diversité de thématiques sur lesquelles il est possible d’innover, d’entreprendre et de partager.

Dès le début, il précise qu’il ne souhaite pas faire un cours magistral. L’idée est plutôt d’échanger, de répondre aux questions, et d’aborder à la fois l’installation, le quotidien sur la ferme, la remise en vie du sol, la gestion des matières carbonées et de la faim d’azote, ainsi que différents aspects techniques et organisationnels.

Entreprendre en maraîchage

Pour Guillaume Haelewyn, entreprendre en maraîchage signifie être proactif, savoir s’adapter, anticiper, innover, bricoler, imaginer et aussi s’amuser. Ce sont, selon lui, des clés importantes pour réussir une vie d’entrepreneur épanouie.

Il insiste sur une idée centrale : face à un problème, il faut réfléchir sans se poser immédiatement de limites, qu’elles soient financières, techniques ou temporelles. Il recommande de commencer par imaginer des solutions très librement, même si elles semblent irréalistes. Ces idées ne seront pas toujours mises en œuvre, mais elles nourrissent la réflexion et permettent souvent d’aboutir à une meilleure solution finale.

Pour illustrer cette manière de penser, il évoque l’image d’une moissonneuse-batteuse en expliquant, sur le ton de la plaisanterie, qu’on pourrait presque imaginer récolter des salades avec une telle machine si le problème posé est celui de l’efficacité de récolte. L’exemple est volontairement décalé, mais il sert à montrer qu’il faut parfois sortir complètement du cadre habituel pour faire émerger des idées nouvelles.

L’installation et les aides jeunes agriculteurs

Guillaume Haelewyn explique qu’il a aujourd’hui du mal à conseiller ou à déconseiller le recours à la dotation jeunes agriculteurs. Dans son cas, cette aide a représenté à la fois une opportunité et un frein.

Il a bénéficié d’environ 18 000 euros avec un engagement sur quatre ans. Il rappelle que cette somme peut être utile, et qu’il ne veut surtout pas dire à ceux qui en ont besoin de ne pas la prendre. Mais il souligne que, dans son cas, ce dispositif a limité sa liberté d’entreprendre.

Le principal problème, selon lui, tient au cadre très contraint du plan d’entreprise : il faut s’engager sur des investissements, des activités, des surfaces et parfois des ateliers, puis s’y tenir. Or, dans une ferme maraîchère en évolution, les besoins changent vite. Il donne plusieurs exemples :

  • il n’a pas pu acheter un nouveau poulailler ;
  • il n’a pas pu augmenter son nombre de poules ;
  • il n’a pas pu modifier facilement ses surfaces ;
  • il lui est difficile d’arrêter ou de démarrer un atelier ;
  • il a dû créer une auto-entreprise distincte pour certaines activités de visites et de formation.

Il explique qu’aujourd’hui, s’il voulait réduire ses surfaces pour travailler moins tout en gardant un équilibre économique, cela nécessiterait des démarches administratives lourdes, avec avenant, justification auprès de l’administration et délais d’instruction.

Il met également en perspective le montant de l’aide : 18 000 euros sur quatre ans représentent 4 500 euros par an. Selon lui, cela correspond à peu près à la valeur dégagée par la vente de 90 œufs par jour. Il invite donc à faire ce genre de calcul concret au moment de l’installation pour mieux mesurer ce que représente réellement l’aide face aux contraintes qu’elle impose.

Conditions et contrôles

Il précise que l’aide n’est pas à rembourser si le plan prévu est respecté. En revanche, si les engagements ne sont pas tenus, le remboursement peut être demandé, et les contrôles lui semblent de plus en plus stricts.

Parmi les éléments à respecter, il cite :

  • un revenu disponible minimal, de l’ordre d’un SMIC, atteint en moyenne sur les quatre ans ou sur la dernière année selon les cas ;
  • la conformité des investissements avec ce qui a été annoncé dans le plan ;
  • le respect des activités prévues ;
  • le respect de certains seuils sur le cheptel, avec des tolérances limitées.

Il souligne aussi la difficulté à obtenir des réponses claires de la part des différents interlocuteurs administratifs. Son conseil est donc simple : demander des réponses écrites par mail et les conserver dans les dossiers.

Faut-il un diplôme pour vendre des légumes ?

À une question sur l’obligation éventuelle d’avoir un diplôme agricole pour vendre des légumes, Guillaume Haelewyn répond clairement que non. Le diplôme agricole est nécessaire pour accéder à certaines aides comme la DJA, mais pas pour produire et vendre.

Le bio comme minimum syndical

Guillaume Haelewyn indique être en agriculture biologique. Il affirme très clairement que, pour lui, en maraîchage diversifié, être bio est le minimum syndical. Il considère que ce n’est pas suffisant en soi, mais que c’est une base incontournable.

Il ajoute que dans son système en maraîchage sur sol vivant, il se situe même, selon ses mots, dans un « bio plus plus plus ». Il considère donc la certification bio comme indispensable, tout en rappelant qu’elle ne suffit pas à définir à elle seule la qualité d’un système.

Réduire la surface pour mieux vivre ?

Guillaume Haelewyn explique qu’il cherche aujourd’hui moins à faire toujours plus qu’à faire toujours mieux. Son objectif n’est pas prioritairement d’augmenter son revenu, mais d’améliorer son équilibre de vie et de travail.

Il dit se payer environ 1 000 euros par mois et considérer cela comme correct dans son cadre actuel. Son interrogation porte plutôt sur la manière de conserver ce niveau tout en travaillant moins. Il pense que cela passera probablement par une diminution des surfaces cultivées, mais il dit ne pas encore savoir précisément jusqu’où aller.

Au moment de l’intervention, il cultive environ 2,85 hectares au total. Il estime que 2 hectares pourraient peut-être suffire en légumes, mais il ne l’affirme pas avec certitude.

Une semaine type sur la ferme

Guillaume Haelewyn décrit ensuite son organisation hebdomadaire.

Le lundi

Le lundi est une journée principalement consacrée à la production : semis, plantations, irrigation, tâches diverses au jardin. Les soins quotidiens aux poules prennent très peu de temps, environ 10 minutes le matin et 10 minutes le soir.

Le mardi

Le mardi matin est dédié à la récolte, généralement dès le lever du jour jusqu’à environ 11 h. Les légumes sont ensuite lavés jusqu’à 12 h 30. Après une pause, l’après-midi est consacrée à la préparation des légumes et à la mise en place de la vente à la ferme.

De 16 h à 19 h 30, il assure la vente à la ferme. Il explique que ce temps de contact avec les gens lui apporte énormément d’énergie.

Le mercredi

Le mercredi matin, il organise le travail avec son salarié et son apprenti lorsqu’il est présent. Ensuite, il prépare l’accueil des enfants. Il a en effet créé, avec d’autres personnes, une association qui propose des ateliers autour du potager, de l’environnement, de la cuisine ou de l’art dans la nature.

Le mercredi après-midi est plutôt consacré à la production.

Le jeudi

Le jeudi est aussi une journée de production. En période de forte récolte, il peut commencer à récolter dès le jeudi soir.

Le jeudi à 22 h, le cycle de vente sur internet se clôture, et il édite alors ses listes de récolte et de préparation de commandes.

Le vendredi

Le vendredi matin est consacré à la récolte, au lavage, à la pesée et à la préparation des paniers. La journée se termine généralement vers 13 h au plus tard.

Il explique qu’il travaille très rarement le vendredi après-midi depuis environ six mois, ce qui fait commencer son week-end à ce moment-là.

Commercialisation et débouchés

Guillaume Haelewyn vend principalement :

  • à la ferme ;
  • via internet ;
  • par une petite AMAP d’environ 15 à 20 paniers.

Il vend essentiellement des produits bruts : légumes, œufs, fruits, fraises, framboises, poires, pommes, rhubarbe.

À ce moment-là, il n’a pas encore d’atelier de transformation, mais il évoque un projet collectif en cours, lié à une étude de marché menée avec d’autres personnes. Ce projet pourrait inclure :

  • un atelier de transformation de légumes ;
  • une structure collective ;
  • de la mutualisation de moyens comme la chambre froide ;
  • des projets communs autour de l’alimentation.

L’importance de l’étude de marché

Il recommande fortement de faire des études de marché au démarrage d’une activité : questionnaires, enquêtes, analyse des réponses, tableaux, moyennes. Pour lui, cela permet de mieux comprendre les attentes et de prendre de meilleures décisions entrepreneuriales, même si l’on ne suit pas exactement tout ce qui ressort du questionnaire.

Financer ses projets

Selon Guillaume Haelewyn, il existe plusieurs manières de financer une installation ou des projets :

  • les aides publiques ;
  • les aides régionales ou départementales ;
  • la récupération ;
  • le bricolage ;
  • l’emprunt de matériel ;
  • l’entraide ;
  • le fait de dépenser moins.

Il insiste beaucoup sur cette dernière option. Pour lui, un des premiers leviers est de ne pas acheter ce dont on n’a pas vraiment besoin.

Bien acheter

Il estime qu’un bon entrepreneur en maraîchage doit aussi être un bon acheteur. Cela demande du temps, de la recherche, de la négociation et parfois beaucoup d’énergie face à des fournisseurs peu réactifs.

Il explique qu’il s’est installé avec environ 32 000 euros, et qu’un autre porteur de projet moins attentif aurait facilement pu dépenser 150 000 euros pour une installation comparable. Cette différence, dit-il, peut représenter le salaire de la première année.

Le Bon Coin et les fautes d’orthographe

Parmi ses conseils très concrets, il recommande de chercher du matériel d’occasion sur les sites de petites annonces en testant aussi des requêtes avec fautes d’orthographe. Cela permet parfois de trouver des annonces peu visibles, en ligne depuis longtemps, donc négociables.

Innover au quotidien

Pour Guillaume Haelewyn, l’entrepreneuriat, c’est aussi l’innovation permanente. Il faut toujours se demander si ce qui est fait actuellement est satisfaisant, et sinon imaginer autre chose.

Il explique qu’il pousse ses équipes à réfléchir à leurs actions en fonction de leur intérêt agronomique et de la valeur ajoutée réelle. Il ne veut pas voir du temps perdu dans des tâches inutiles. Cette réflexion l’amène à chronométrer, à comparer, à tester des idées avec ses salariés, et à leur laisser de la place pour proposer eux-mêmes des améliorations.

Il ajoute toutefois qu’il faut ensuite confronter les idées à la réalité économique et technique : il ne s’agit pas d’innover pour innover, mais de construire des choses cohérentes.

Remettre en vie le sol

Guillaume Haelewyn revient ensuite sur la façon dont il a remis en vie un sol qui était auparavant labouré et travaillé.

Il explique qu’il est parti d’un précédent maïs et blé, sur une surface d’environ 1,5 hectare, avec un sol qu’il considérait comme relativement mort. Selon lui, si l’on passe brutalement d’un sol travaillé à un système sans travail du sol, surtout sur argile, le risque est un tassement et un blocage.

La solution qu’il a mise en œuvre a consisté à apporter de la matière organique et à l’intégrer dans les 10 à 15 premiers centimètres du sol.

Il mentionne notamment :

  • 40 tonnes de broyat de déchetterie ;
  • 40 tonnes de fumier.

La faim d’azote

Il reconnaît qu’un tel apport de carbone peut provoquer une faim d’azote. Il explique le mécanisme de manière simple : les bactéries qui dégradent le carbone utilisent l’azote disponible pour vivre et se multiplier. Cela bloque temporairement l’azote pour les plantes. Ensuite, une fois ces bactéries mortes, l’azote est restitué.

Pour limiter ce phénomène, il conseille :

  • de faire ces apports en amont, idéalement en septembre-octobre à l’installation ;
  • d’incorporer la matière ;
  • de semer ensuite rapidement un engrais vert pour que des racines structurent le sol et entretiennent la vie.

Le fumier, selon lui, aide aussi à compenser une partie de cette faim d’azote.

Il rappelle que l’objectif principal est que quelque chose pousse : il faut des racines vivantes pour entretenir la structure et la vie du sol.

Les paillages

L’un des piliers du système de Guillaume Haelewyn est l’usage très diversifié des paillages.

Il utilise notamment :

  • compost ;
  • herbe de tonte ;
  • ensilage d’herbe ;
  • paille ;
  • copeaux ou plaquettes de bois ;
  • parfois toile tissée, mais de moins en moins.

Pour lui, la diversité des paillages est une richesse et un facteur important de réussite.

Adapter le paillage à la culture

Il choisit les paillages selon plusieurs critères :

  • sensibilité aux limaces ;
  • fertilisation ;
  • durée de couverture ;
  • effet sur la température du sol ;
  • stimulation de la vie du sol ;
  • coût.

Il explique par exemple que :

  • l’herbe de tonte et l’ensilage apportent rapidement de l’azote et conviennent bien aux cultures gourmandes comme le céleri, les courges, les choux ou les courgettes ;
  • la paille couvre bien le sol mais reste froide ;
  • les copeaux durent longtemps et sont donc intéressants pour des cultures longues ;
  • le compost est très utile techniquement pour les semis de petites graines et certaines plantations, même s’il lui semble moins nourrissant pour la vie du sol que d’autres matières.

Épaisseurs

À titre indicatif, il mentionne des ordres de grandeur :

  • compost : environ 3 à 5 cm ;
  • herbe de tonte ou ensilage : souvent 10 à 13 cm ;
  • copeaux : moins épais en général ;
  • paille : l’épaisseur varie selon la culture.

Il explique aussi qu’il préfère désormais mettre des quantités importantes de paillage d’un coup, puis planter après refroidissement, plutôt que de petites couches répétées qui obligent à revenir sans cesse.

Compost et gestion des limaces

Guillaume Haelewyn raconte une observation qui a été pour lui une véritable révélation : l’usage du compost comme moyen de limiter les dégâts de limaces.

Face à une plantation de courgettes entièrement dévorée, il a eu l’idée de projeter du compost directement sur les feuilles et dans le cœur des plants. Il explique que cela a fonctionné. Selon lui, les limaces apprécient peu de se déplacer sur cette matière, probablement parce qu’elle colle.

À partir de là, il a étendu cette pratique à d’autres cultures. Il évoque notamment les salades plantées directement sur compost, ce qui a nettement limité les dégâts par rapport à des plantations sur toile tissée perforée, qu’il considère aujourd’hui comme très favorable aux limaces lorsqu’il y a de la rosée.

Il précise que cette stratégie fonctionne surtout sur de petites quantités, avec un apport léger mais bien ciblé.

Gestion des mulots

Il explique qu’il a aussi beaucoup réfléchi à la présence des mulots. Son idée est que les bâches et toiles leur servent souvent de refuge, à l’abri de la prédation.

Depuis deux ans, il essaie donc de laisser le moins de surfaces possible bâchées pendant l’hiver afin de favoriser la prédation naturelle. Il utilise les bâches d’occultation surtout de façon temporaire, pour préparer certaines parcelles juste avant mise en culture.

Selon lui, les mulots restent globalement sous les bâches d’occultation pendant ces phases, ce qui limite ensuite les dégâts sur les cultures.

Adventices : lutter contre le sol nu plutôt que contre les graines

Guillaume Haelewyn explique avoir été marqué par une idée entendue chez Laurent Welsh : plutôt que de se battre contre les graines d’adventices, il faut surtout se battre contre le sol nu.

Cette idée l’a beaucoup aidé. Il considère que dès qu’il n’y a pas de sol nu, les levées d’adventices deviennent bien moins problématiques. Même s’il a beaucoup de graines dans son sol, cela ne le préoccupe pas trop dès lors que les paillages sont bien gérés.

Il précise tout de même qu’il lui arrive de désherber manuellement, par exemple sur carottes, quand il considère que le temps passé est justifié. Mais cela reste limité.

Engrais verts

Guillaume Haelewyn reconnaît qu’il n’est pas encore à la hauteur de ses ambitions sur les engrais verts dans la partie maraîchère. Il les trouve faciles à implanter derrière des cultures sur compost, mais plus difficiles à mettre en place après certains paillages qui demandent beaucoup de travail de préparation.

Il insiste toutefois sur le fait qu’un sol paillé sans aucune plante vivante n’est pas satisfaisant à long terme. D’après ses observations, si rien ne pousse, la vie du sol se dégrade malgré le paillage. Il estime donc qu’une plante vivante fait toujours mieux qu’un sol simplement couvert.

Il pratique davantage les engrais verts sur les zones encore travaillées, et souhaite progresser sur ce point pour gagner en autonomie organique.

Ravageurs et lutte intégrée

Sur les ravageurs sous abri, Guillaume Haelewyn explique qu’il ne pratique pas vraiment de lutte intégrée au sens classique. Il cite toutefois l’exemple d’un maraîcher canadien qui élevait des pucerons de céréales sur des plaques de céréales dans ses serres, afin que les coccinelles aient toujours de quoi se nourrir. Il admire la démarche, même si ce n’est pas quelque chose qu’il souhaite mettre en place lui-même.

Dans son contexte, il dit ne pas avoir beaucoup de problèmes d’insectes ravageurs, notamment parce que ses terres venaient de systèmes sans légumes auparavant, ce qui le place dans une situation favorable.

Autonomie en matière organique

Sur la question de l’autonomie en matière organique, il évoque plusieurs pistes.

Il a déjà essayé de produire lui-même du broyat à partir de haies, mais considère que le temps et l’énergie demandés rendent cette solution peu rentable à son échelle, sauf à disposer de très gros volumes et de matériel adapté.

En revanche, il réfléchit sérieusement au miscanthus. Ce matériau l’intéresse parce qu’il pourrait être mécanisé, stocké, utilisé avec son godet désileur et apporter une solution de paillage régulière. Il y voit aussi des intérêts écologiques et pratiques.

Concernant les arbres qu’il plante, il précise qu’ils sont plantés d’abord pour produire de la nourriture.

Le système poules, arbres fruitiers et légumes

Guillaume Haelewyn confirme que ses différents ateliers sont bien interconnectés.

Il a des rangs d’arbres fruitiers espacés dans les parcelles maraîchères, ainsi que des parcours de poules avec des pommiers. Les poules circulent selon les périodes de l’année :

  • le long des haies ;
  • dans les parcours en herbe ;
  • près des serres ;
  • sous certains arbres.

Cette organisation lui permet notamment de faire pâturer les couverts autour des serres et d’essayer de réduire certaines pressions parasitaires dans les vergers, même si les arbres sur toile tissée limitent parfois l’accès complet aux zones où se trouvent les larves.

L’absence le week-end et l’ouverture du lieu

À la question de savoir comment il gère les week-ends avec les poules, il répond qu’il peut partir grâce à l’aide de ses parents et d’autres personnes autour de lui. Il insiste sur le fait que sa ferme est un lieu très ouvert, et que plusieurs voisins ou proches savent gérer les poules.

Cela lui permet de s’absenter tout en gardant une certaine sérénité. Cette ouverture fait partie de sa philosophie générale du lieu.

Des initiatives pour faire vivre la ferme

Guillaume Haelewyn présente plusieurs initiatives mises en place pour faire de la ferme un lieu vivant.

La carte zéro déchet

Avec sa sœur, il a mis en place une carte de fidélité zéro déchet. Les clients qui viennent avec des emballages réutilisés ou sans emballage obtiennent des tampons. Une fois la carte remplie, ils bénéficient d’une réduction.

L’objectif est double :

  • réduire les emballages ;
  • créer une dynamique positive avec les clients.

Les composteurs collectifs

Des composteurs collectifs sont installés au magasin. Les clients peuvent rapporter leurs déchets de légumes, qui serviront ensuite à produire du compost utilisé sur la ferme. Pour Guillaume Haelewyn, c’est une manière concrète d’impliquer les gens dans le projet.

Les animations au point de vente

Il organise régulièrement des animations :

  • soupe pour Halloween ;
  • gâteaux ;
  • dégustations ;
  • recettes autour d’un légume disponible en quantité ;
  • glaces aux fraises et à la rhubarbe réalisées avec un ami.

L’objectif est de créer du lien, de rendre le lieu accueillant, et de remercier les gens de leur fidélité.

Un coin jeux et une dynamique familiale

Dans le magasin, il a installé un coin jeux pour les enfants. Il explique aimer profondément accueillir les enfants, qui reviennent ensuite avec leurs amis et leurs voisins. Cela contribue à faire du lieu un espace social, pas seulement un point de vente.

Une bibliothèque partagée

Il a également mis en place une bibliothèque partagée dans le magasin, avec une partie de ses propres livres. Les visiteurs peuvent emprunter des ouvrages autour du maraîchage, du zéro déchet, de l’éducation bienveillante ou d’autres sujets. L’idée est de faire circuler les livres au lieu de les laisser dormir.

Le magasin et l’aménagement du lieu

Guillaume Haelewyn raconte avoir transformé d’anciens bâtiments, notamment une ancienne porcherie, en magasin de vente. Il a aussi conçu lui-même ses étals, pour un coût bien inférieur à celui du commerce, tout en obtenant quelque chose de parfaitement adapté à ses besoins.

Il souligne le plaisir qu’il trouve à concevoir et fabriquer ces éléments avec l’aide de proches. Cette dimension de bricolage, de récupération et de création fait pleinement partie de son approche entrepreneuriale.

Le poulailler auto-construit

Avant même son installation, il a construit un poulailler de 20 m². Il en est très fier, même s’il estime y avoir passé entre 150 et 200 heures. Aujourd’hui, ce poulailler accueille ses cent poules.

Il précise cependant que, s’il fallait recommencer, il ne referait probablement pas le même choix, car le temps passé était considérable.

Innovations techniques au jardin

Parmi les nombreuses petites innovations évoquées, on peut retenir :

  • l’usage du tournevis comme principal outil de plantation ;
  • l’irrigation aérienne en surface, principalement le long des fruitiers ;
  • l’usage d’un enrouleur pour irriguer sous serre et en plein champ ;
  • l’arrêt de la taille des tomates vers la mi-juillet, avec installation de grillages au-dessus pour qu’elles forment une canopée ;
  • l’usage ponctuel de bâches noires d’occultation, par exemple sur semis de haricots après arrosage pour conserver humidité et chaleur.

Irrigation

Guillaume Haelewyn irrigue peu, notamment grâce à son contexte normand, à la présence d’argile et au paillage. Sous serre, il n’a pas d’aspersion fixe, mais utilise un enrouleur, ce qui lui permet d’intervenir au besoin. Il reconnaît que d’autres systèmes fixes ne sont pas forcément si coûteux, mais n’a pas encore complètement clarifié ce qu’il ferait aujourd’hui s’il devait réinvestir.

Son réseau d’irrigation est principalement de surface, ce qui le rend moins coûteux et facilite la détection des fuites.

Formation et apprentissages

Sur sa formation, Guillaume Haelewyn explique avoir énormément appris :

  • en regardant deux à trois heures de vidéos YouTube presque tous les soirs pendant plusieurs mois ;
  • en lisant beaucoup d’ouvrages, notamment ceux de Jean-Martin Fortier et Coleman ;
  • en visitant une ferme par semaine pendant plusieurs mois.

Il insiste sur l’importance d’aller voir ce que font les autres. Selon lui, il n’y a pas de meilleur apprentissage que de visiter des fermes, d’observer, de discuter, puis de construire son propre système à partir de ce qui inspire.

Il ajoute toutefois qu’il faut avoir acquis un minimum de bases théoriques et techniques pour vraiment tirer profit de ces visites.

Variétés, plants et hybrides

Guillaume Haelewyn réalise la plupart de ses plants lui-même. Il n’achète principalement que la première série de tomates, poivrons et aubergines. Il considère qu’il n’aurait jamais imaginé produire des légumes sans faire ses plants.

Concernant les semences, il utilise le moins d’hybrides possible, pour des raisons à la fois philosophiques et gustatives. Il emploie toutefois des hybrides pour certains cas précis, notamment :

  • certains choux-fleurs ;
  • certains melons ;
  • quelques variétés pour des besoins spécifiques.

Il explique que, selon les informations qu’il a eues, la sélection des hybrides se fait rarement sur le goût, mais plutôt sur le calibre, l’homogénéité, la tenue au transport ou la synchronisation de maturité. Il en conclut que cela défavorise souvent le goût. C’est pourquoi, quand c’est possible, il privilégie des variétés non hybrides.

Le contexte géographique

Guillaume Haelewyn est installé près de Port-en-Bessin, dans le Calvados, non loin de Bayeux. Il se situe sur un axe très passant, qui mène à la mer. Il souligne que cette situation géographique facilite la fréquentation du magasin à la ferme, y compris par des habitants de Bayeux.

Activités annexes et micro-entreprise

Guillaume Haelewyn explique avoir créé une micro-entreprise pour pouvoir facturer certaines activités annexes comme les visites ou les formations, sans les faire passer par sa structure agricole principale. Cette organisation lui permet de continuer à développer ces activités malgré les contraintes liées à son installation.

Il précise que cette séparation n’apporte pas d’avantage particulier en dehors de cette souplesse. Il tient aussi à pratiquer des tarifs cohérents avec ceux du secteur, pour ne pas faire de concurrence déloyale à d’autres structures qui vivent davantage de ce type d’activité.

Il note avec amusement que cette micro-entreprise a été classée dans la catégorie « arts et spectacles vivants », ce qui lui a beaucoup plu.

Conclusion

Tout au long de son intervention, Guillaume Haelewyn défend une vision très incarnée de l’entrepreneuriat en maraîchage. Entreprendre, pour lui, ce n’est pas seulement produire des légumes : c’est concevoir un système vivant, remettre en état un sol, construire des outils, accueillir du public, animer un lieu, chercher des solutions, tester, corriger, partager et rester libre.

Il insiste sur la cohérence entre les choix techniques, économiques et humains. Il rappelle aussi qu’il faut accepter les compromis, à condition qu’ils soient choisis et qu’ils aient du sens.

Sa conclusion résume bien son approche : faire des compromis qui rendent heureux, et essayer d’être soi-même le changement que l’on veut voir dans le monde.