Le houblon agroécologique ! Ep.1/3, avec Alain Canet & Hervé Coves
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Pendant le confinement, Ver de Terre Production propose de diffuser des webinaires avec vos intervenants préférés !
Aujourd'hui, on continue le cycle avec le houblon agroécologique ! Ep.1/3, avec Alain Canet & Hervé Coves.
Avec Arbre & Paysage 32 et Pour une Agriculture du Vivant.
Introduction
Cette première séance du triptyque consacré au houblon agroécologique pose le cadre : il ne s’agit pas seulement de parler de culture du houblon, mais de réfléchir à une « houblonnière de rupture », c’est-à-dire à une manière profondément renouvelée de concevoir la production.
L’enjeu est de penser la houblonnière comme un écosystème vivant, connecté à son environnement, et non comme une culture isolée. La discussion s’appuie sur l’observation du vivant, sur les savoirs agronomiques, et sur l’expérience d’Alain Canet et d’Hervé Covès.
Cette séance introductive ouvre ainsi plusieurs grands axes de réflexion :
- le rôle central du sol vivant ;
- la nécessité de couvrir les sols ;
- les liens entre houblon, arbres, haies et zones humides ;
- les connexions entre biodiversité, auxiliaires, champignons et fertilité ;
- l’importance des continuités écologiques à différentes échelles.
Le cadre de la formation
La formation est présentée comme participative et collaborative. Elle s’inscrit dans un cycle de trois rendez-vous de 2h30 à 3h, avec l’objectif de construire ensemble une vision de la houblonnière agroécologique.
Le point de départ est clair : il faut revisiter la culture du houblon à la lumière des enjeux contemporains, notamment :
- la biodiversité ;
- la qualité des sols ;
- la gestion de l’eau ;
- les maladies ;
- les évolutions climatiques ;
- les nouvelles attentes liées à l’essor des microbrasseries.
La question posée est simple en apparence : que veut dire « agroécologique » ? Mais derrière ce mot, c’est bien une transformation de la relation au sol, à la plante, à la biodiversité et au métier d’agriculteur qui est recherchée.
Le parcours d’Hervé Covès et son lien au houblon
Hervé Covès rappelle ses origines alsaciennes. Il est originaire de Kolbsheim, entre Strasbourg et Obernai, et a été élève au lycée agricole d’Obernai avant de poursuivre des études d’ingénieur agronome à Nancy.
Son lien au houblon remonte à l’enfance : des houblonnières se trouvaient près de chez lui, et il a connu la récolte manuelle des lianes et des cônes dans les granges. Ces souvenirs personnels nourrissent son regard.
Par la suite, son travail l’a conduit à voyager et à étudier de nombreux écosystèmes sauvages, notamment des milieux arborés où le houblon est présent. Il n’a pas travaillé uniquement sur le houblon, mais sur des systèmes naturels dont cette plante fait partie. L’idée est donc de tirer des enseignements de ces milieux d’origine pour repenser les pratiques culturales.
Le sol nu n’existe pas dans la nature
Un point de départ fondamental est posé : dans la nature, un sol nu correspond à un désert. Dès qu’un sol est mis à nu, des plantes viennent spontanément le recouvrir.
Selon Hervé Covès, le sol n’est pas seulement une matière minérale : c’est l’interaction entre la fraction minérale et le monde vivant, végétal, animal et microbien. Plus cette vie est abondante, plus le sol est vivant.
Lorsque le sol est nu, sa couche superficielle est exposée directement au rayonnement, notamment aux ultraviolets, ce qui provoque une stérilisation de surface. Les premières plantes pionnières qui s’installent cherchent donc avant tout à :
- protéger le sol ;
- relancer la vie microbiologique ;
- restaurer des échanges entre la partie aérienne et le sol.
Cette idée conduit à une règle forte : un sol ne doit pas rester nu.
Le rôle des plantes pionnières et des couverts
Les petites plantes pionnières qui apparaissent sur les sols remués ou nus ont une fonction de protection. Elles possèdent souvent :
- une racine pivotante ;
- un petit collet ;
- un port étalé couvrant rapidement la surface du sol.
Elles ne sont pas là par hasard : elles traduisent un besoin du sol de se protéger et de relancer la vie. Dans cette logique, les couverts végétaux deviennent une base de travail essentielle.
Le message est réaffirmé à plusieurs reprises : pour rendre un sol vivant, il faut le couvrir. Cela rejoint les enseignements de Lucien Séguy, auquel un hommage est rendu pendant la séance. Son message est résumé en une formule : « il faut mettre du carbone ».
Le carbone, c’est la vie
Hervé Covès insiste sur le sens réel du mot « carbone ». Chimiquement, c’est un atome. Agronomiquement et écologiquement, c’est d’abord la vie.
Le carbone présent sur Terre se trouve :
- dans l’atmosphère sous forme de gaz carbonique ;
- dans les roches carbonatées ;
- dans toute la matière vivante ou issue du vivant.
Même le calcaire ou les combustibles fossiles sont liés à la vie passée. Ainsi, quand on mesure le carbone d’un sol, on mesure indirectement la vie qui s’y trouve ou qui y a transité.
Dans les horizons superficiels, la fraction vivante du sol peut représenter une part considérable de la masse totale. L’objectif agronomique devient alors clair : enrichir le sol en carbone, donc en vie.
Les milieux d’origine du houblon
Hervé Covès présente les milieux naturels dans lesquels pousse le houblon sauvage. Deux grands types de milieux sont évoqués :
- la ripisylve, c’est-à-dire la forêt de bord de cours d’eau ;
- la forêt alluviale.
Cela peut sembler paradoxal, car en culture, le houblon supporte mal l’excès d’humidité, notamment au niveau du pied ou du feuillage, avec des risques accrus de mildiou, d’oïdium ou de phytophthora. Pourtant, dans la nature, il est bien associé à des milieux humides.
Un constat intrigue alors : les houblons sauvages présents le long des cours d’eau semblent souvent moins malades que ceux des houblonnières cultivées.
La réponse proposée n’est pas que le sauvage serait intrinsèquement plus résistant. Au contraire, Hervé Covès affirme qu’un houblon sauvage transplanté en culture dépérit souvent très vite. Le problème n’est donc pas seulement dans la plante, mais dans le système écologique qui l’entoure.
Pourquoi le houblon sauvage semble moins malade
La réflexion s’oriente vers les mécanismes écologiques de régulation. Dans la nature, le houblon n’est jamais seul. Il pousse dans un ensemble de relations avec :
- des arbres ;
- d’autres lianes ;
- des insectes ;
- des champignons ;
- des gradients de température et d’humidité.
L’un des mécanismes évoqués est celui de la condensation. Dans les milieux naturels, le houblon grimpe souvent dans une structure végétale complexe :
- au plus près du tronc, le lierre ;
- puis la clématite ;
- puis, en périphérie et plus au soleil, le houblon.
Cette architecture produit des différences thermiques. L’intérieur de cette végétation est plus froid que l’extérieur. Comme dans une maison où la condensation se forme sur la vitre froide, l’humidité de l’air condense préférentiellement sur les parties internes, plus fraîches, et non sur les feuilles du houblon exposées à l’extérieur.
Selon Hervé Covès, cela explique en partie pourquoi les maladies liées à l’humidité, comme l’oïdium ou le mildiou, s’expriment différemment dans les systèmes sauvages.
Le houblon, la vigne et les autres lianes
La vigne est évoquée comme une autre liane de ripisylve. Elle partage avec le houblon une niche écologique proche. Dans la nature, il est assez rare de voir vigne et houblon parfaitement mêlés, car ils occupent des positions semblables et entrent en concurrence pour la lumière.
Cela n’interdit pas leur proximité, mais souligne que chaque espèce prend sa place dans une organisation verticale et spatiale précise.
D’autres lianes sont citées :
- la clématite ;
- le lierre.
La clématite investit fortement son énergie dans le feuillage et développe peu de bois. Elle utilise les arbres comme support. Le lierre, quant à lui, aura un rôle beaucoup plus important encore dans la suite de la réflexion.
L’aulne glutineux et les arbres associés au houblon
Parmi les arbres de la ripisylve, l’aulne glutineux occupe une place particulière. C’est un arbre de milieu humide, capable de vivre avec les pieds dans l’eau. Il est intéressant parce qu’il enrichit le milieu en azote, non pas par des nodosités de légumineuses, mais par d’autres symbioses racinaires avec des micro-organismes.
Comme le houblon a des besoins importants en azote, la présence naturelle de l’aulne dans son environnement d’origine n’est pas anodine.
D’autres arbres et arbustes sont aussi présentés comme compagnons fréquents du houblon :
- le cornouiller sanguin ;
- le sureau ;
- le fusain d’Europe ;
- le noisetier ;
- le pin ;
- le chêne ;
- le prunellier ;
- l’orme.
L’idée n’est pas de dire qu’il faut reproduire mécaniquement la nature, mais de comprendre avec quelles plantes le houblon a appris à vivre.
Le rôle du sureau et des plantes réservoirs d’auxiliaires
Le sureau est présenté comme une plante très utile pour les auxiliaires. Au printemps, il héberge très tôt des pucerons. Cela peut sembler négatif, mais ces pucerons servent en fait de nourriture précoce pour de nombreux auxiliaires.
Le raisonnement est le suivant :
- s’il y a des pucerons tôt en saison, les auxiliaires peuvent se développer tôt ;
- une fois présents, ces auxiliaires pourront intervenir ailleurs, notamment sur la culture de houblon.
Le sureau a donc un rôle de plante réservoir. D’autres plantes sont évoquées dans cette logique, comme les groseilliers à fleurs.
Cette idée est résumée par une formule marquante : avoir du puceron toute l’année, c’est une façon d’avoir moins de puceron sur la culture, car cela permet de nourrir en permanence les auxiliaires.
Les haies, les corridors et la connectivité du paysage
Une part importante de la séance est consacrée à l’idée de connectivité écologique. La houblonnière ne doit pas être pensée isolément, mais en lien avec :
- les ripisylves ;
- les forêts alluviales ;
- les fossés ;
- les haies ;
- les bords de route ;
- les zones humides ;
- les bassins de rétention.
Tous ces milieux peuvent jouer le rôle de réservoirs de biodiversité. Les haies et corridors végétalisés permettent alors de faire circuler les auxiliaires et les régulateurs naturels depuis ces réservoirs vers les parcelles cultivées.
Le raisonnement est paysager : si la houblonnière est située dans un endroit favorable à la production, mais éloignée des zones sources de biodiversité, on peut créer des continuités pour reconnecter la culture à ces milieux.
Cela ouvre la voie à un travail futur sur le design de la houblonnière : quelles interfaces créer ? quelles zones laisser évoluer ? où placer les haies ? comment articuler production, biodiversité et mécanisation ?
La question de l’humidité et des zones humides
Une objection est formulée : rapprocher des zones humides de la houblonnière ne risque-t-il pas d’aggraver les maladies liées à l’humidité ?
La réponse d’Hervé Covès est nuancée. Oui, ouvrir la parcelle à l’extérieur, c’est aussi s’ouvrir à l’arrivée possible de pathogènes. Mais c’est surtout permettre l’arrivée de tout ce qui peut réguler ces pathogènes.
L’enjeu n’est donc pas d’éliminer tout risque, mais de créer un système plus équilibré, où les maladies ne sont plus seules à bénéficier des conditions du milieu.
Les vieux arbres comme banques de mémoire écologique
Les vieux arbres occupent une place centrale dans la réflexion. Le saule blanc est donné comme exemple emblématique dans les milieux du houblon.
Selon Hervé Covès, plus un arbre est vieux, plus il a accumulé :
- des interactions avec la biodiversité ;
- des résistances à différentes maladies ;
- des auxiliaires ;
- des micro-organismes dans son sol ;
- des expériences écologiques, en quelque sorte.
Il parle des vieux arbres comme de véritables « banques de mémoire » de la biodiversité locale. Ils ont traversé :
- des sécheresses ;
- des froids intenses ;
- des tempêtes ;
- des épisodes pathogènes.
Leur sol, leur tronc, leurs cavités, leurs litières et les déjections des oiseaux ou chauves-souris qui les fréquentent concentrent une biodiversité exceptionnelle.
Cela conduit à une recommandation implicite : repérer, conserver et valoriser les vieux arbres présents près des parcelles.
Le microbiote diffusé par les oiseaux et chauves-souris
Un point original est développé autour des fientes d’oiseaux et de chauves-souris. Ces animaux transportent, dans leur appareil digestif, des éléments issus de ce qu’ils consomment : insectes, graines, micro-organismes.
En fréquentant les vieux arbres, ils y déposent des fientes qui enrichissent le milieu en microbiote, c’est-à-dire en bactéries et champignons provenant d’autres lieux.
Les vieux arbres deviennent ainsi des concentrateurs et diffuseurs de biodiversité microbienne.
Les limaces et leur rôle positif inattendu
Les limaces sont abordées sous un angle inhabituel. Elles sont souvent perçues uniquement comme nuisibles, mais Hervé Covès rappelle qu’elles jouent aussi un rôle écologique majeur.
Elles consomment notamment :
- des champignons ;
- des matières organiques en décomposition ;
- des tissus riches en enzymes digestives, comme certaines jeunes pousses.
Surtout, elles digèrent les spores de champignons pathogènes mais pas celles de certains champignons mycorhiziens. Leurs excréments deviennent donc des vecteurs de diffusion de mycorhizes utiles.
Ainsi, les limaces contribuent à favoriser les champignons qui relient les plantes entre elles, tout en réduisant certains champignons nuisibles.
La discussion aborde aussi la question pratique des dégâts sur semis. Hervé Covès explique que les limaces ont besoin d’enzymes comme les diastases, qu’elles trouvent dans certaines jeunes pousses. Une stratégie consiste donc à leur offrir très tôt une plante appât, comme le colza, afin qu’elles s’y habituent et délaissent ensuite d’autres cultures.
Les pollinisateurs, les araignées et les chaînes alimentaires
L’abeille est évoquée comme indicateur de richesse écologique : là où il y a nectar et pollen, il y a aussi toute une diversité d’autres insectes.
À partir des pollinisateurs se construisent des chaînes alimentaires :
- les insectes pollinisateurs nourrissent des prédateurs ;
- les araignées capturent ces insectes ;
- d’autres auxiliaires se nourrissent ensuite de diverses proies.
Cette densité de vie contribue à la régulation globale des équilibres biologiques dans et autour de la houblonnière.
Le lierre, plante clé de l’écosystème
Le lierre fait l’objet d’un développement particulièrement important.
Plusieurs fonctions lui sont attribuées :
- Il fleurit tardivement, apportant nectar et pollen à une période où peu d’autres ressources sont disponibles.
- Il produit ensuite des baies utiles à la faune.
- Il héberge de nombreux insectes et donc des auxiliaires.
- Il crée un microclimat froid favorable à la condensation.
- Il absorbe de l’eau atmosphérique par ses feuilles, notamment la nuit.
- Il contribue à redistribuer cette eau dans le réseau du sol, notamment via les mycorhizes.
Hervé Covès insiste sur la capacité du lierre à condenser l’humidité atmosphérique et à en absorber l’équivalent de plusieurs millimètres d’eau par nuit dans certaines conditions. Cette eau serait ensuite redistribuée via la sève et le réseau mycorhizien.
Le lierre devient alors un acteur essentiel d’une hydratation indirecte du système, particulièrement intéressante en période chaude et humide.
L’eau, la condensation et la réhydratation des systèmes
Cette réflexion sur le lierre s’inscrit dans une vision plus large de la gestion de l’eau.
L’objectif n’est pas seulement d’irriguer, mais de recréer des systèmes capables de :
- condenser l’humidité ;
- stocker l’eau ;
- la redistribuer dans le sol ;
- limiter les à-coups entre excès d’eau et sécheresse ;
- augmenter la réserve utile réelle du sol.
Le message n’est pas qu’il faudrait supprimer toute irrigation du jour au lendemain, mais qu’il faut travailler à restaurer les fonctions naturelles de réhydratation et de régulation hydrique.
Dans un sol vivant, couvert et connecté, l’eau disponible n’a plus du tout le même comportement que dans un sol nu, travaillé et biologiquement appauvri.
Les vers de terre et la reconstruction du sol
Les vers de terre sont présentés comme les grands ingénieurs du sol. Hervé Covès rappelle, en s’appuyant sur les travaux de Marcel Bouché, qu’un objectif de 2 tonnes de vers de terre par hectare serait un bon repère dans un sol très vivant.
Leur rôle est multiple :
- création de porosité ;
- structuration du sol ;
- incorporation de matière organique ;
- amélioration de l’infiltration ;
- participation à la fertilité.
Les témoignages des participants confirment qu’après la mise en place de couverts végétaux et l’apport de matière organique en surface, les vers de terre réapparaissent rapidement.
Leur présence devient alors un indicateur direct du redémarrage de la vie du sol.
Le bois raméal fragmenté, le guano et la fertilité produite sur place
Le bois raméal fragmenté (BRF) est mentionné comme ressource intéressante pour nourrir le sol. Il fournit une matière carbonée fraîche qui stimule fortement l’activité biologique.
Le guano est évoqué à travers les déjections d’oiseaux fréquentant les haies et les systèmes arborés. Dans une vigne bien équipée en haies et couverts, il est estimé que plusieurs centaines de kilos de guano par hectare peuvent être produits naturellement.
Derrière ces exemples, une idée forte se dessine : la fertilité ne doit pas seulement être importée. Elle peut être en partie produite in situ par le fonctionnement même de l’écosystème.
Le rouleau Faca et la gestion des couverts
Un outil comme le rouleau Faca ou un rouleau type « Eurodan » est présenté comme moyen de gérer les couverts sans travail du sol.
L’intérêt de ce type d’outil est double :
- coucher ou freiner un couvert végétal sans bouleverser le sol ;
- éviter de détruire l’habitat des vers de terre et des champignons.
Quand un couvert est roulé au bon stade, la partie aérienne ralentit fortement, tandis que le système racinaire entre en décomposition. Cette décomposition nourrit ensuite les champignons et alimente le réseau mycorhizien.
Les mycorhizes et l’hyperfluidité
Une large partie de la séance est consacrée aux champignons mycorhiziens.
Les mycorhizes sont présentées comme des prolongements ultra-fins des racines, capables d’explorer des pores du sol inaccessibles aux racines seules. Elles augmentent donc considérablement la surface d’échange avec le milieu.
Elles permettent :
- une meilleure alimentation en eau ;
- une meilleure alimentation minérale ;
- des échanges entre plantes ;
- une résilience accrue face aux stress.
Hervé Covès insiste sur la notion d’« hyperfluidité » : autour des réseaux fongiques, bactéries et nutriments peuvent circuler très rapidement. Cette circulation permettrait des transferts efficaces entre zones de décomposition, racines vivantes et plantes connectées.
Il est aussi rappelé que certaines plantes du couvert, une fois détruites, restituent via leurs racines et les champignons associés une partie de leurs ressources à la culture principale.
Les champignons associés au houblon
Plusieurs types de champignons sont évoqués :
- les glomus ;
- les rhizophagus ;
- les sebacinales, notamment Sebacina epigaea.
L’idée avancée est qu’il reste encore beaucoup à étudier sur les mycorhizes spécifiques du houblon, mais que les observations existantes montrent clairement que le houblon entre bien en relation mycorhizienne.
Les plantes fréquemment associées au houblon dans la nature pourraient donc jouer un rôle important dans la construction de ces réseaux souterrains.
Les plantes herbacées compagnes du houblon
Une liste de plantes souvent observées avec le houblon sauvage est présentée. Parmi elles :
- l’ortie ;
- la ronce bleue ;
- le lierre terrestre ;
- le gaillet gratteron ;
- la reine-des-prés ;
- l’angélique ;
- la benoîte ;
- la douce-amère ;
- les lamiers.
Le lierre terrestre est notamment signalé comme couvre-sol potentiellement intéressant. La reine-des-prés et l’angélique ouvrent des pistes autour de plantes profondes ou de familles botaniques associées. La douce-amère fait penser à des voisinages possibles avec certaines Solanacées.
L’idée n’est pas de prescrire immédiatement un mélange type, mais de s’inspirer de ces communautés végétales pour imaginer des associations progressives et prudentes.
Prudence sur la concurrence et importance de l’expérimentation
La question de la concurrence entre plantes est posée frontalement. Hervé Covès répond qu’il n’existe pas de recette universelle : la bonne réponse doit venir de l’expérimentation locale.
Son conseil est de commencer en bordure ou sur des zones limitées, d’observer, puis de laisser progresser le système lorsque les plantes « apprennent à vivre ensemble ».
Dans un premier temps, les associations peuvent mal fonctionner. Puis, au fil des années, à mesure que les connexions mycorhiziennes et les ajustements écologiques se mettent en place, le système peut devenir plus coopératif.
Les migrations d’oiseaux et la circulation planétaire de la vie
La séance s’élargit ensuite à une échelle beaucoup plus vaste avec les migrations d’oiseaux, notamment des cigognes.
Les trajets migratoires entre l’Europe et l’Afrique, y compris vers l’Éthiopie, sont interprétés comme des chemins de circulation du vivant. Les oiseaux transportent avec eux :
- des micro-organismes ;
- des spores ;
- des fragments de biodiversité ;
- des éléments de solution autant que des éléments pathogènes.
L’Éthiopie est évoquée comme un immense réservoir de biodiversité ancienne, non affecté par les glaciations qui ont remodelé l’Europe. Dans cette vision, les migrations assurent une sorte de respiration planétaire du vivant et de ses capacités de régulation.
Cette idée est aussi ramenée au territoire alsacien, où la cigogne devient presque le symbole d’un lien entre agriculture, fertilité, biodiversité et fécondité.
Vers une houblonnière ouverte sur son environnement
La conclusion de cette première séance est très nette : l’agroécologie consiste à rouvrir la culture à son environnement.
Pendant longtemps, les systèmes agricoles ont été conçus pour séparer la parcelle cultivée de la nature extérieure. La proposition ici est inverse :
- recréer des interfaces ;
- reconnecter la culture aux continuités écologiques ;
- faire revenir des fonctions écologiques disparues ;
- travailler avec la nature plutôt que contre elle.
Cela suppose :
- du temps ;
- de l’observation ;
- de l’expérimentation ;
- de l’humilité ;
- une vision de long terme.
Conclusion
Cette première séance n’apporte pas encore de recette technique prête à l’emploi pour une houblonnière agroécologique. Elle pose plutôt les fondations d’un changement de regard.
Le houblon y apparaît comme une plante de relation :
- relation au sol vivant ;
- relation à l’eau ;
- relation aux arbres ;
- relation aux lianes ;
- relation aux champignons ;
- relation aux auxiliaires ;
- relation au paysage ;
- relation, même, aux grandes migrations du vivant.
L’idée centrale est que les solutions ne sont pas seulement dans les intrants ou les interventions ponctuelles, mais dans la reconstruction de systèmes capables d’apprendre, de coopérer et de se réguler.
C’est dans cet esprit qu’est formulée la perspective des séances suivantes : poursuivre l’exploration, aller vers le design de la houblonnière, et travailler concrètement les formes possibles de cette « houblonnière de rupture ».
Citation de clôture
La séance se conclut sur une conviction exprimée par Hervé Covès : apprendre à faire avec la nature, dans une relation de synergie et de symbiose, pour faire émerger des systèmes plus résilients et plus féconds.
En résumé : la vie est belle.